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Si notre intuition devait être de telle sorte qu'elle représentât des choses telles quelles sont en elles-mêmes , il n'y aurait aucune intuition a priori ; elles seraient toutes empiriques. Je ne puis en effet savoir ce qui est contenu dans l'jobjet même qu'autant qu'il m'est présent et donné. Sans doute on ne comprend pas encore alors comment l'intuition d'une chose présente doit me la faire connaître telle qu'elle est en soi, puisque les propriétés de cette chose ne peuvent passer dans ma faculté représentative ; mais en supposant le fait possible, il n'y aurait cependant pas lieu à une intuition a priori^ c'est-à-dire avant que l'objet me fût représenté ; condition sans laquelle le rapport de ma représentation à l'objet est inconcevable, si ce n'est par inspiration. 11 n'y a donc qu'une seule manière dont mon intuition puisse précéder la réalité de l'objet , et se constituer comme connaissance a priori^ c'est quelle ne contienne que la forme de la sensibilité^ qui précède dans mon sujet toutes les impressions réelles par lesquelles les objets peuvent m' affecter. Je puis en effet savoir a priori que des objets des sens ne sont perçus que suivant cette forme
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de la sensibilité. D où il suit que des propositions qui concernent uniquement cette forme de l'intuition sensible sont possibles et valables à Tégard des objets des sens, et à Imverse que des intuitions qui sont possibles a priori ne peuvent jatnais concerner que des objets des sens.
La forme de l'intuition sensible est donc ce par quoi nous pouvons percevoir des choses a priori, ce par quoi seulement nous pouvons connaître les objets tels qu'ils peuvent nous apparaître (à nos sens), non tels qu'ils peuvent être en soi ; et cetle supposition est absolument nécessaire si Ion reconnaît la possibilité de propositions synthétiques a /?mn; et, si elles sont réelles , sa possibilité doit être conçue et prédéterminée.
Or l'espace et le temps sont ces intuitions que la mathématique pure donne pour base à toutes ses connaissances, et aux jugements qui s'offrent en même temps comme apodictiques et nécessaires; car une mathématique doit d'abord présenter toutes ses notions en intuition, et une mathématique pure doit les présenter en une intuition pure, c'est-à-dire les construire, sans quoi (parce qu'elle ne peut procéder analytiquement, ou par décomposition des notions, mais synthétiquement) il lui est impossible de faire un pas tant qu'elle n'a pas une intuition pure, dans laquelle seule la matière des jugements synthétiques a priori peut être donnée. La géométrie a pour base l'intui-
POSSIBILITÉ d'une MATHÉMATIQim PURB. 83
tion pure de Tespace. L'arithmétique réalise ses notions numériques mêmes, par une addition successiye des unités dans le temps. La mécanique pure surtout ne peut établir ses notions de mouvement qu'à l'aide de la représentation du temps. Or ces deux représentations ne sont que de simples intuitions ; car si Ion fait abstraction des intuitions empiriques des corps et de leurs changements (mouvement), de tout ce qui est empirique, de tout ce qui appartient à la sensation, restent encore l'espace et le temps, qui sont (par conséquent) des intuitions pures, qui servent de fondement a priori à tout ce qui précède, et dont on ne peut par conséquent jamais se défaire, mais qui, précisément parce qu'elles sont des intuitions pures û/7r/on, prouvent qu'ils sont de simples formes de notre sensibilité, formes qui doivent précéder toute intuition ejipirique , c'est-à-dire la perception d'objets réels, et suivant lesquelles des objets peuvent être connus ajonon, mais seulement, bien entendu, comme ils nous apparaissent.
La question de la présente section est donc résolue. Une mathématique pure, comme connaissance synthétique a priori n'est donc possible qu'autant qu'elle ne s'occupe que de simples objets sensibles, à l'intuition empirique desquels une intuition pure (celle de l'espace et du temps) sert de fondemept et même a priori, et peut par cette raison avoir cet usage, parce qu'elle n'est que la simple forme de la
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sensibilité, forme antérieure à l'apparitioii des objets, puisqu'elle seule la rend réellement possible. Cependant cette faculté de ^erce^yoir a priori ne concerne pas la matière du phénomène, c'est-à-dire ce qui est sensation en lui, car cette sensation est ce qu'il y a d'empirique; elle ne concerne que la forme du phénomène, l'espace et le temps. Si l'on doutait le moins du monde que ces deux choses ne font pas partie des dé* terminations inhérentes aux choses en elles-mêmes, mais qu'elles ne sont que des déterminations inhérentes à leur rapport avec la sensibilité, je voudrais bien savoir comment il est possible a priori^ et par conséquent avant toute connaissance des choses, c'està-dire avant qu'elles nous soient données, de savoir ce que doit être leur intuition ; ce qui est cependant le cas avec l'espace et le temps. Mais cela est parfaitement concevable si tous deux ne sont que des conditions formelles de notre sensibilité, et que les objets n'aient qu'une valeur purement phénoménale; car alors la forme du phénomène, c'est-à-dire l'intuition pure, peut être représentée absolument de nous-mêmes, c'est-à-dire a priori.