‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 3 sur 98 · CARACTÈRE PROPRE DE TOUTE CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE PROPRE DE TOUTE CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE

Quand ssance comme

science, ^terminer avec

précisioB la distingue de

toute autre connaissance; autrement les limites de toutes les sciences se confondent, et aucune d'elles ne peut être traitée, quant à lière

fondamentale.

Or, ce côté distiûctif peu *il y

a de propre soit à Yobjet, con-

naissance^ soit encore à la , ou

dans quelques-unes de ces choses , ou dans toutes. C*est là-dessus que repose avant tout l'idée de la science possible et de son domaine.

Et d abord, en ce qui regarde les sources d'une connaissance métaphysique, il est évident, par la notion même de cette coonaissance, qu'elles ne peuvent être empiriques. Ses principes (don,t font partie non seulement^les propositions qui les constituent, mais encore les notions fondamentales) ne doivent donc jamais

INTRODUCnOIf. 25

être pris de Texpérience. Cette connaissance, en effet, doit être non pas physique, mais métaphysique, c'està-dire dépasser lexpérience. Par conséquent, ni l'expérience externe, qui est la source de la physique, ni l'interne, qui est le fondement de la psychologie em^ pirique, ne peuvent lui servir de base. Elle est donc une connaissance a priori^ ou d'entendement pur et de raison pure.

Mais il n'y aui listingu&t

des mathématiqui s'appeler

une cormaisscmce j ie pour la

signification de ç( Je la Cri-

tique de la raisc é, d'une

manière claire et satisfaisante , la différence de ces deux sortes d'usage et la raison. — Voilà ce que j'avais à dire des sources de la connaissance métaphysique.

Dé Tespèce de connaissance qui senle peut s'appeler métaphysique.

Du jugement tyvXUtviut et dujugfment analyse en général.

Une connaissance métaphysique ne doit contenir que des jugements a priori purs; le caractère propre de ses sources l'exige. Mais quelle que soit l'origine ou la forme logique des jugements, ils présentent une

(1) Tome 11^ p. 814 de la troisième édition française, à laquelle nous renverrons désormais. — T.

26 PROLÉGOMÈNES A Li HÉTAPHYSIQUE*

différence, quant à la matière, bui^ant qu'ils sont on purement explicatifs et n'ajoutent rien au contenu de la connaissance, ou qu'ils sont extemifs et étendent la connaissance donnée : les premiers peuvent s'appeler des jugements ana/y/2'<^^^, les seconds des jugements synthétiques.

Des jugements analytiques ne disent dans le prédicat rien qui n'ait déjà été pensé réellement dans la notion du sujet, quoique pas aussi clairement et avec la même conscience. Quand je dis : Tous les corps sont étendus, je n'ai absolument rien ajouté à ma notion de corps, mais je l'ai analysée, puisque l'étendue était déjà pensée réellement de cette notion avant lé jugement, quoiqu'elle ne fût pas littéralement exprimée; le jugement est donc analytique. Au contraire, la proposition : Quelques corps sont pesants, contient dans le prédicat quelque chose qui n'est pas réellement conçu dans la notion générale de corps; elle étend donc ma connaissance, puisqu'elle ajoute à ma notion quelque chose ; elle doit donc s'appeler un jugement synthétique?

Le pnnctpe commun à iou% Ui jugmen.t» analytiquet ut U frineipi de contraiictiùn.

Tous les jugements analytiques absolument portent sur le principe de contradiction, et sont, quant à leur nature, des connaissances ^ïjonbn, que les notions qui leur servent de matière soient empiriques ou non.

INTBODUCrK»!. f7

Car le prédicat d'un jugement analytique af&rmatif étant déjà pensé dans la notion du sujet, il n'en peut être nié sans contradiction.

De même l'opposé de ce prédicat dans un jugement analytique, mais négatif, est nécessairement nié du sujet, et toujours en conséquence du principe de contradiction. C'est ce qui arrive dans les propositions : Tout corps est étendu, et Nul corps n'est inétendu (simple).

Toutes les propositions analytiques sont donc aussi des jugements a />nor2, quoique leurs notions soient empiriques, par exemple, TOr est un métal jaune; car, pour le savoir, je n'ai besoin d'aucune autre expérience en dehors de ma notion d'or, notion qui emporte celle de corps jaune et métallique; car c'était là précisément ma notion; il m'a suffi de la décomposer sans m'occuper d'autre chose autour de moi.

ui.

Le» jugementt iynthitiques ont besoin d'un principe autre qw le principe de contradiction.

Il y a des principes synthétiques a posteriori dont l'origine est empirique ; mais il y en a aussi qui sont certainement a priori et qui proviennent d'un entendement pur et de la raison. Ces deux sortes de jugements s'accordent en ce qu'ils ne peuvent jamais avoir lieu d'après le seul principe de l'analyse, le principe de contradiction ; ils veulent un principe tout autre encore, bien qu'ils doivent toujours être dérivés d'un

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principe, quel qu'il soit, conformément au principe de contradiction. Rien; en effet, ne peut être contraire à ce principe, quoique tout ne puisse en être dérivé. Je conunencerai par classer les jugements synthétiques.

1* Les jugements d expérience sont toujours synthétiques. Il serait absurde, en effet, de fonder un jugement analytique sur l'expérience, puisque je ne dois absolument pas sortir de ma notion pour embrasser le jugement, et que je n'ai besoin pour cela d'aucun témoignage de lexpérience. Qu'un corps soit étendu, c'est là une proposition qui subsiste a priori, et non un jugement expérimental. Avant de m'adresser à l'expérience en effet, j'ai déjà toutes les conditions de mon jugement dans la notion d'où je n'ai qu'à tirer le prédicat en suivant le principe de contradiction; et par là j'ai en même temps la conscience de la nécessité du jugement, nécessité que l'expérience ne m'apprendrait pas même.

2* Les jugements mathématiques sont tous synthétiques. Cette proposition semble entièrement contraire aux observations de ceux qui, jusqu'ici, ont analysé la raison humaine, bien qu'elle soit d'une certitude incontestable, et fort importante pour ce qui doit suivre. En effet; comme on trouvait que les raisonnements des mathématiciens procèdent tous d'après le principe de contradiction (ce qui est exigé par la nature de toute certitude apodictique), on se persuadait que les principes eux-mêmes étaient reconnus en vertu du principe de contradiction : en quoi l'on se

ffmaoDucnoN. 2»

trompait fort ; car une proposition synthétique peut bien être considérée d'après le principe de contradiction, mais à la condition seulement qu'on suppose un autre principe, un principe synthétique, d'oîi il puisse être dérivé, mais jamais en le considérant en luimême.

Il faut remarquer avant tout que des propositions mathématiques proprement dites sont toujours des jugements a priori et non des jugements empiriques, parce qu'elles emportent avec elles une nécessité qui ne peut provenir de l'expérience. Si l'on ne veut pas en convenir, soit; je restreindrai ma proposition aux mathématiques pures ^ dont la notion veut déjà qu'elles ne soient pas empiriques, mais qu'elles ne contiennent absolument qu'une connaissance pure a priori.

On devait bien penser tout d'abord que la proposition 7 -f- S== 12 est purement analytique; qu'elle résulte de la notion d'une somme de sept et de cinq, d'après le principe de contradiction. Mais, en considérant la chose de plus près, on trouve que la notion des sommes de 7 et de 5 ne contient autre chose que la réunion de deux nombres en un nombre unique; en quoi l'on ne pense point du tout ce qu'est ce nombre unique, formé des deux autres. La notion de 12 n'est point pensée déjà par le fait que je pense seulement cettB addition de sept et de cinq, et j'ai beau décomposer ma notion d'une telle somme possible, je n'y trouverai cependant pas douze. Il faut sortir de cette notion et recourir à l'intuition, qui correspond à l'un des deux nombres composants, par exemple les cinq

doigts de la main, ou (comme Segnon dans son arithmétique) cinq points, et ajouter successivement les unités des cinq choses données en intuition à la notion de sept. On étend donc réellement la notion par cette proposition 7 -f 5 = 1 2 , et Ion ajoute à la première notion une autre notion qui n'y était point contenue; ce qui veut dire que la proposition arithmétique est toujours synthétique. Ce qui sera d'autant plus visible que les nombres seront plus forts. Il est manifeste, en effet, que, tout en tournant et retournant notre notion, nous ne pourrions jamais trouver par la simple décomposition des concepts, sans le secours de rintuition, la somme totale des nombres partiels.

Une proposition de géométrie pure n'est pas davantage analytique. C'est une proposition synthétique que celle-ci :' D'un point à un autre la ligne droite est la plus courte. En effet, ma notion de droite ne contient rien de quantitatif ou de grand; ce n'est qu'une qualité. Lu notion de plus court possible est donc tout entière une addition, et ne peut être tirée par voie de décomposition de la notion de ligne droite. Une intuition est donc nécessaire ici pour rendre la synthèse possible.

Quelques àuttes principes employés par les géomètres, sont réellement analytiques, il est vrai, et reposent sur le principe de contradiction; mais ils ne sei'vent, comme propositions identiques, qu'à l'enchaînement delà méthode, et non de principes. Telles sont, par exemple, les propositions a=^a; le tout est

égal à lui-même, ou {a-\-b)y «, c'est-à-dire le tout est plus grand que la partie. Et cependant ces propositionslà même quoiqu'elles n'aient de \aleur que comme de simples notions, ne sont admises en mathématiques que parce qu'elles peuvent être représentées en intuition. Ce qui porte d'ordinaire à penser ici que le prédicat de semblables jugements apodictiques est déjà dans notre notion, et qu'ainsi le jugement est analytique, c'est tout simplement l'équivoque de Texpression. Nous sommes obligés, en effet, d'ajouter à un concept donné un certain prédicat, et cette nécessité tient déjà aux notions. Mais la question n'est pas de savoir ce que nous devons ajouter par la pensée à une notion donnée, mais bien de savoir ce que nous "^pensons réellement, quoique d'une manière obscure; d'oti l'on voit que le prédicat tient, à la vérité, nécessairement aux sujets» par le moyen d'une intuition qui doit s'y ajouter, et non pas immédiatement.

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