XLIX
Que quelque chose de réel hor» de nous corresponde et doive même correspondre à nos perceptions extérieures, c'est ce qui ne peut non plus être jamais prouvé comme liaison des choses en soi, mais bien au point de vue de Texpérience. Ce qui vetit dire qu'on peut bien prouver que quelque chose existe d une manière empirique, par conséquent comme phénomène dans l'espace hors de nous ; car nous n'avons pas affaire à d'autres .objets que ceux qui appartiennent à une expérience possible, parce qu'ils ne peuvent être donnés dans aucune expérience, et par le fait ne sont rien pour nous. Est empiriquement hors de moi ce qui est perçu dans l'espace, et comme l'espacé avec tous les phénomènes qu'il contient, appartient anx représentations dont la liaison suivant des lois expérimentales ne prouve pas moins leur vérité ob-
mais tirer de l'expérience même ce principe, tant parce qu'elle ne peut pas suivre les corps (substances) dans tous leurs changements et résolutions^ assez loin pour en trouver toujours la matière non amoindrie^ que parce que le principe renfenne une nécessité qui est toujours la marque d'un principe a priori. Ils ont donc appliqué ce principe à la notion de rftme comme à une substancBy et ont conclu à sa durée nécessaire après la mort de Thomme (par la raison surtout que la simplicité de cette substance^ qui était conclue de l'indivisibilité de la conscience^ les assurait de l'impérissabilité par dissolution). S*ils avaient trouvé la véritable source de ce principe, — ce qui demandait des recherches plus approfondies qu'ils n'ont jamais eu l'intention d'en faire, — ils auraient vu que cette loi de la permanence des substances n'a lieu que pour l'expérience, et n'a par conséquent de valeur que pai* rapport aux choses en tant qu'elles doivent être connues et unies à d'autres dans rexpérience/ mais jamais aux choses mêmes, sans considération dç toute expérience possible, par conséquent pas non plus par rapport à l'âme après la mort.
POSSIBIMTÉ d'une IIÉTAPHYSIQl». 138
jective, que la liaison des phénomènes du sens intime ne prouve la réalité de mon âme (comme objet du sens intime), je suis aussi conscient par lexpérience externe de la réalité des corps , comme phénomènes extérieurs dans l'espace, que je le suis par le moyen de Teipérience interne de Texistence de mon âme dans le temps, que je ne connais paiement que comme objet du sens intime par des phénomènes qui constituent un état interne, et dont l'être en soi qui sert de base à ces phénomènes m'est inconnu. L'idéalisme cartésien^ de distingue donc que l'expérience exterpe du rêve, et la régularité comme critérium de la vérité de l'expérience, d'avec l'irrégularité et la fausse apparence du rêve. Il suppose dans les deux cas un espace et un temps comme conditions de l'existence de l'objet, et se demande seulement si les objets des sens extérieurs qu'à l'état de veille nous plaçons dans l'espace s'y trouvent réellement, de même que l'objet du sens intime, l'âme, est réellement dans le temps, c'est-à-dire si l'expérience emporte avec soi des critères certains d'une différence avec l'imagination. Le doute est ici facile à dissiper, et nous le faisons toujours céder dans la vie commune en recherchant la liaison des phénomènes dans les deux milieux suivant les lois universdles de l'expérience, et nous ne pouvons (Jouter, si la représentation des choses extérieures se trouve constamment d'accord avec ces lois, qu'elles ne doivent constituer la véritable expérience. L'idéalisme matériel, lorsque les phénomènes ne sont considérés comme phénoioiènes que suivant leur liaison
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dans Texpérience, est doue facile à dissiper, et lexpérience de Texistence des corps hors de nous (dans Tespace) est aussi sûre que celle de mon existence (dans le temps) ; car là notion : hors de nous ne signifie que l'existence dans Tespace. Mais comme le moi, dans la proposition je suis n'indique pas seulement l'objet de l'intuition interne (dans le temps), mais aussi le sujet de la conscience, de même qu'un corps n'indique pas seulement l'intuition externe (dans l'espace), mais aussi la chose en soi qui sert de fondement à ce phénomène, alors la question : si les corps (comme phénomènes du sens externe) existent hors de ma pensée comme corps, peut être niée, sans hésiter, dans la nature. Mais il en est absolument de même dans la question de savoir si j'existe moi-même dans le temps comme phénomène du sens intime (âme suivant la psychologie empirique) en dehors de ma faculté représentative dans le temps, car celte question doit également recevoir une solution négative. Tout étant ainsi réduit à sa véritable signification, reçoit une solution décisive et certaine. L'idéalisme formel (que j'appelle autrement transcendantal) fait réellement disparaître l'idéalisme matériel ou cartésien. En effet si l'espace n'est qu'une forme de la sensibilité, il est aussi réel en moi comme représentation , que moimême, et il ne s'agit encore là que de la vérité empirique des phénomènes. Mais s'il n'en est pas ainsi, et que l'espace et les phénomènes qu'il contient soient quelque chose d'existant hors de nous, alors tous les critères de l'expérience ne pourront jamais prouver en
POSSIBIUTÉ d'une llÉTiU>HTSIQUR. 131
dehors de la perception la réalité de ces objets extérieurs à nous.
U. — n>ÉBS COSUOLOGIQUIS (Gritiqiie,t.n, p.eT).
Ce produit de la raison pure dans son usage transcendant en est le phénomène le plus digne de remarque, celui qui, aussi, tend avec le plus de force à faire sortir la philosophie de sa torpeur dogmatique, el à la porter à Tœuvre difficile de la critique de la raison même.
J'appelle cette Idée cosmologique parce qu'elle ne prend son objet que dans le monde sensible, et qu'elle n'a besoin d'aucune autre que de celle dont l'objet tombe sous les sens, en tant par conséquent qu*il est immanent et non transcendant, et n'est point jusquelà, par le fait, une idée. Au contraire, concevoir Tâme comme une substance simple, c'est dire déjà qu'on la conçoit comme uu objet (le simple) , tel que les sens n'en peuvent pas saisir. Malgré cela Tldée cosmologique étend si loin la liaison du conditionné avec sa condition (qui peut être mathématique ou dynamique) que l'expérience ne peut jamais l'égaler, et qu'à ce point de vue c'est toujours une Idée, dont l'objet ne peut jamais être donné d'une manière adéquate dans une expérience quelconque.
138 PROUGOMÂNBS a U MÉTAî^HtSIQUE.