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Or une notion contradictoire de cette sorte est la base des deux premières antinomies, que j'appelle mathématiques, parce qu'elles s'occupent de l'addition ou de la division de l'homogène; d'où j'explique comment il arrive que thèse et antithèse sont également fausses.
Quand je parle d'objets dans le temps et l'espace je ne parle pas de choses en soi, par la raison que je n'en sais rien ; je ne parle que des choses phénoménales, c'est-à-dire de l'expérience, comme d'une espèce particulière de connaissance des objets, la seule dont l'homme soit doué. Or je ne puis dire de ce que je conçois dans l'espace ou dans le temps, qu'il est en soi, qu'il est aussi sans cette pçnsée ou conception, dans l'espace et le temps, car il y aurait là contradiction, attendu que l'espace et le temps, avec les phénomènes qu'ils comprennent, ne sont rien d'existant en soi et en dehors de mes représentations. 11 n'y a donc là que des espèces même de représentations , et il est évidemment contradictoire de dire qu'un simple mode de représentation existe aussi en dehors de notre représentation. Les objets des sens n'existent donc que dans Tejqpérience; leur accorder une existence propre, subsistant par elle-même, sans l'expérience ou avant elle, c'est donc s'imaginer qu'il y a aussi une expérience sans l'expérience ou avant elle.
Quand donc je me demande quelle est l'étendue du monde dans le temps et dans respace,il est également
POSSIBILITE d'une idnrAPHYSHîlIB. 143
impossible à toutes mes notions de dire qu'il est infini ou qu'il est fini. Ni Tuu niTautre en effet ne peut se rencontrer dans 1 expérience, parce que ni un espace ni un temps infini^ ni une limitatioa du monde par un espace vide ou par un temps vide qui aurait précédé n'est une affaire d'expérience possible ; ce ne sont là que des Idées. Cette grandeur déterminée du monde devrait donc être déterminée en lui d'une manière ou d'une aîutre , indépendamment de toute expérience. Or c'est ce qui répugne à la notion d'un monde sensible, qui n'est qu'un ensanble de phénomènes, dont l'existence et la liaison n'a lieu que dans la représentation, c'est-à-dire dans l'expérience, parce qu'elle n'est pas une chose en soi, mais seulement un mode de représentation. D'où il suit que la notion d'un monde sensible existant en soi , étant contradictoire par elle-même, la solution du problème de sa grandeur sera toujours fausse, qu'elle soit affirmative ou négative.
C'est la même chose pour la deuxième antinomie, celle qui a pour objet la division dés phénomènes. Car ces phénomènes sont de pures représentations, et les parties n'en existent que dans leur représentation, c'est-à-dire dans une expérience possible où elles sont données, et chacune va juste aussi loin que cette représentation même. Admettre qu'un phénomène , par exemple celui du corps, contient en soi avant toute expérience toutes les parties auxquelles ime expérience possible peut §eule arriver, c'est en môme temps accorder à un simple phénomène, qui ne peut
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exister que dans Texpérience , une existence propre avant toute expérience, ou dire qu'il y a de simples représentations avant qu'elles se produisent dans la faculté représentative; ce qui est contradictoire, ainsi que toute solution du problème mal conçu , que les corps se composent en soi d'une infinité de parties,* ou d'un nombre fini de parties simples.
§ Lin.
Dans la première classe les antinomies (la mathématique) la fausseté de la supposition consiste en ce que ce qui se contredit (à savoir un phénomène comme chose en soi) serait représenté comme susceptible d'être uni dans une notion. Dans la seconde classe des antinomies, la dynamique, la fausseté de la supposition consiste à se représenter comme contradictoire ce qui est susceptible d'être uni. Et comme dans le premier cas les deux assertions opposées entre elles étaient fausses, ici au contraire celles qui sont opposées par simple malentendu peuvent être vraies toutes deux.
La liaison mathématique suppose donc nécessairement l'homogénéité de ce qui est lié (dans la notion de quantité); la dynamique n'exige rien de semblable. S'il s'agit de la quantité en étendue, toutes les parties doivent être de même nature que le tout. Au contraire dans la liaison de la cause et de l'effet l'homogénéité peut se rencontrer assurément, mais elle n'est pas nécessaire; du moins la notion de causalité (au moyen
pOssiBiLnÉ d'one métaphysique. 145
delaqueile est posé, par quelque chose, quelque autre chose qui en diffère entièrement.
Si les objets du monde sensible étaient pris pour des choses en soi, et les lois naturelles précédemment énoncées pour des lois des choses en elles-mêmes, la contradiction serait inévitable. Pareillement, si Iç sujet de la liberté était représenté comme simple phénomène, semblable aux. autres objets, la contradiction sérail encore inévitable, caria même chose serait en même temps affirmée et niée d'un même objet, dans le même sens. Mais si la nécessité n'est rapportée qu'à des phénomènes, et la liberté qu'à des choses en soi, il n'y a pas contradiction, quoiqu'on admette ou qu'on accorde deux espèces de causalité , si difficile ou impossible qu'il puisse être de concevoir celle de la dernière espèce.
Dans le phénomène, tout eflet est un événement ou quelque chose qui arrive dans le temps. Il doit être précédé, suivant laloi physique universelle, d'une détermination de la causalité (1) de sa cause (un état de cette cause), détermination qu'il suit d'après une loi constante. Or cette détermination* de la cause pour la causalité doit aussi être quelque chose qui se produit ou qui arrive-, la cause doit avoir commencé d'agir, car autrement on ne concevrait entre elle et l'effet aucune succession. L'effet aurait toujours été, tout comme la causalité de la cause. La détermination de la cause à l'agir
(1) L'auteur entend par causalité ce que nous exprimons mieux par le mot caudation^ effectio. T.
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doit donc aussi faire partie des phénomènes, et par conséquent être, tout comme son effet, un événement qui doit avoir sa cause, etc., et par conséquent la nécessité naturelle être la condition d'après laquelle les causes efficientes sont déterminées. Si au contraire la liberté doit être une propriété de certaines causes des phénomènes, elle doit être une faculté relative à ces derniers, comme événements, de les commencer ûT^/^même (sponte), c'est-à-dire sans que la causalité 'de la cause même doive être commencée, et par conséquent sans qu'elle ait besoin d'aucun autre principe qui détermine son commencement. Mais alors la cause, quant à sa causalité, ne devrait pas se rencontrer parmi les déterminations de temps de son état, c'est-à-dire qu'elle ne devrait joa^^/r^ un phénomène ^ ou, en d'autres termes, qu'elle devrait être prise comme une chose en soi , et les effets seulement comme des phénomènes (1).
(1) L'Idée de liberté se rencontre aisément dans le rapport de Vintelligièle comme cause, au phénomène comme effet. Nous ne pouvons donc pas attribuer une liberté à la matière par rapport à Taction incessante dont elle remplit le lieu qu'elle occupe, quoique t'ette action procède d'un principe interne. Nous ne p^juvons pas davantage trouver une notion" adéquate de liberté pour des êtres purement intelligents, pour Dieu, par exemple, en tant que leur action est immanente. Car son action, quoique indépendante de causes extérieures déterminantes, est cependant déterminée dans son étemelle raison, par conséquent dans sa nature divine. Seulement si quelque chose doit commencer par une action, si par conséquent l'effet doit se trouver dans une succession, et, par suite, dans le monde sensible (par exemple le commencement du monde), alors se présente la question de savoir si la causalité môme de la cause doit auàsi commencer, ou si la cause peut commencer son effet, sans que sa causalité même commence. Dans le premier cas la notion de cette causalité est une notion de nécessité naturelle; dans le second, c'est une nolion de liberté. D'où le lecteur comprendra que quand je définissais une liberté comme faculté de commencer un événement, je considérais précisément la notion qui est le problème de la métaphysique.
possiBiirrÉ d'une métaphysique* 147
Si l'on peut sans contradiction concevoir une telle influence des êtres intelligents sur les phénomènes, il y aura bien une nécessité naturelle inhérente à toute liaison de cause et d'effet dans le monde sensible, mais au contraire la liberté de la cause qui n'est pas ellemême un phénomène (quoique lui servant de principe) pourra^être reconnue libre; en sorte que la nature et la liberté peuvent être attribuées à une seule et même chose, mais envisagée à différents points de vue, d'un côté comme phénomène, de l'autre comme chose en soi,
Nous possédons une faculté qui n'est pas seulement en rapport avec ses principes subjectivement déterminants, qui sont les choses naturelles de ses actions, et en tant que la faculté d'un être est cela même qui fait partie des phénomènes, mais qui est aussi rapportée à des principes subjectifs, qui sont simplement des Idées, en tant qu'elles peuvent déterminer cette faculté. Cette liaison est exprimée par un devoir (Sollen). Cette faculté s'appelle raison, et, en tant que nous considérons un être (l'homme) uniquement d'après cette raison objectivement déterminable, il ne peut être regardé comme un être sensible ; mais la propriété dont il s^agit est celle d'une chose en soi dont la possibilité, c'est-à-dire en tant que le devoir^ qui n'est cependant jamais arrivé encore, en détermine l'activité, et peut être cause d'actions dont nous ne pouvons comprendre comment l'effet est un phénomène dans le monde sensible. Néanmoins la causalité de la raison serait une liberté par rapport aux effets dans le monde sen-
sible, en tant que des principes objectifs^ qui sont les idées mêmes, seraient considérés à leur égard comme déterminants. Car alors leur action ne dépend pas de conditions subjectives, ni par conséquent non plus de conditions de temps, — ce qui est une suite nécessaire d'une loi de la nature qui sert à déterminer les conditions, — parce que des principes de la raison donnent la règle des actions d'une manière universelle, en partant de principes, sans considération des circonstances de temps ou de lieu.
Ce que je dis ici n'est qu'un exemple de l'intelligibilité, et ne tient pas nécessairement à notre question, qui doit être résolue par simples notions, indépendamment des qualités que nous trouvons dans le monde réel.
Or, je puis dire sans contradiction, que toutes les actions des êtres raisonnables, en tant qu'elles sont des phénomènes (se rencontrent dans quelque expérience), sont soumises à la nécessité physique ; mais aussi ces mêmes actions, considérées seulement par mpport au sujet raisonnable,* et à sa faculté d'agir d'après la simple raison, sont libres. Que faul41 en efifet pour qu'il y ail nécessité physique? Rien de plus que la déterminabilité de tout événement du monde sensible suivant des lois constantes , par conséquent un rapport à une cause dans le phénomène, en quoi la chose en soi, qui est le fondement du reste, ainsi que sa causalité, demeurent inconnues. Mais si je dis : la loi physique subsiste^ que l'être raisonnable soit cause par raison, par conséquent par liberté^ des
POSSiaiUTÉ d'une lIÉTAraYSIQUE. {49
effets du monde sensil}Ie, ou qu'il ne les détermine point par des principes de raison, dans le premier cas, laction s'accomplit suivant des maximes dont Teffet sera toujours conforme dans le phénomène à certaines lois constantes; si, dans le second cas, Faction n'arrive pas suivant des principes de la raison, elle est soumise à des lois empiriques du monde sensible, et dans les deux cas les effets tiennent à des lois constantes; mais si nous ne demandons rien de plus pour la nécessité physique, nous n'y connaissons rien de plus encore. El alors, dans le premier cas la raison est la cause de ces lois physiques , et par conséquent est libre; dans le second cas, les effets s'accomplissent suivant de simples lois physiques de la sensibilité, parce que la raison n'exerce sur eux aucune influence; mais la raison n'est pas poi^r cela déterminée par la sensibilité (ce qui est impossible), et dans ce cas encore elle est donc libre. La liberté empêche donc aussi peu la loi physique des phénomènes, que celleci la loi de la liberté de l'usage pratique de la raison, usage qui subsiste avec les choses en soi, comme principes déterminants.
Par là se trouvé donc sauvée la liberté pratique, c'est-à-dire celle où la raison a déterminé la causalité par des principes objectivement déterminants, sans le moindre dommage pour la nécessité physique par rapport aux mêmes effets comme phénomènes. Ceci peut aussi servir à l'explication de ce que nous avons à dire à propos de la liberté transcendantale et de sa liaison avec la nécessité physique (considérée dans le
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même sujet, mais pas à un seul et même poiqt de vue). Car en ce qui la regarde, tout commencement d'action d'un être par causes subjectives, par rapport à ces principes déterminants, est toujours un premier eammemement ^ quoique cette action ne soit dans la série des phénomènes qu'un commencement subalterne que doit précéder un état de la cause qui soit de nature à la déterminer, et qui soit lui-même déterminé par un état antérieur; en sorte que Ton peut concevoir dans les êtres raisonnables^ ou en général dans les êtres en tant que leur causalité est déterminée en eux comme choses en soi, sans se trouver en contradiction avec les lois physiques, une faculté de commencer de soi-même une série d'états. Car le rapport de l'action aux principes objectifs de la raison n'est pas un rapport de temps. Ce qui détermine ici la eausalité ne précède pas l'action quant au temps, parce que ces sortes de principes déterminants ne représentent pas un rapport des objets aux sens, ni par conséquent aux causes dans le phénomène, mais bien des causes déterminantes comme choses «n soi, qui ne sont pas soumises à des conditions de temps. Ainsi l'action par rapport à la causalité de la raison peut être regardée comme un premier commencement par rapport à la série des phénomènes, mais en même temps toutefois comme un commencement purement subordonné, et, sans qu'il y ail à ce point de vue contradictoire avec sa liberté comme soumise ici (en qualité de simple phénomène) à la nécessité physique. La quatrième antinomie est résolue de la même
POSSIMiltÉ D'imB MÉTAPHYSIOl^. iKl
manière que le combat de la raison avec elle-même dans la troisième. Car sî la cause dans le phénomène ne se distingue de la cause des phénomènes, qu'en tant qu'elle peut être conçue comme chose en soi, ces deux propositions peuvent bien subsister ensemble, à savoir, qu'il n'y a point de cause (suivant des lois semblables de causalité) du monde sensible, dont l'existence soit absolument nécessaire, et, d'un autre côté cependant, que ce monde tient à un être nécessaire comme à sa cause (mais d'une autre manière et suivant une autre loi). L'incompatibilité de ces deux propositions ne repose que sur un malentendu, qui consiste à étendre aux choses en soi ce qui n'est valable qu'à l'égard des phénomènes, et à confondre en général les deux choses en une seule notion.