U MÉTAPHYSIQUE GOMME SCIENCE
cienne et sophistique science d'apparence; il s'élèvera bien plutôt avec une véritable satisfaction à une métaphysique, qui est certainement en sa puissance, qui n'a plus besoin de découvertes préliminaires, et qui peut procurer à la raison un contentement durable. Car un privilège auquel la métaphysique seule entre toutes les sciences possibles peut prétendre avec certitude, c'est d'être exécutée pleinement et à demeure, puisqu'elle ne demande aucun changement, et qu'elle n'est pas susceptible d'augmentation par de nouvelles découvertes, parce qu'ici la raison possède les sources de sa connaissance, non dans les objets et leur intuition (qui ne peut rien lui apprendre de plus), mais en elle-même, et que si elle a exposé déterminément, complètement, et de manière à prévenir tout malentendu, les lois fondamentales de sa faculté, il ne reste plus rien à connaître a /?nbn par la raison pure, rien même qu'elle puisse raisonnablement se demander. L'attente assurée d'un savoir ainsi déterminé et achevé, a en soi un attrait particulier, abstraction faite de toute utilité (dont je parlerai cependant tout à l'heure).
Toute science fausse, toute vaine sagesse n'a qu'un temps ; elle finit par se détruire elle-même, et sa plus haute culture est en même temps le point de sa décadence. Que ce temps soit venu pour la métaphysique, c'est ce que prouve l'état où elle est tombée chez tous les peuples éclairés, quoiqu'elle ait été cultivée avec le même zèle que toutes les autres sciences. L'ancienne organisation des études universitaires en conserve encore l'ombre; la seule académie des sciences, par des
prix qu'elle propose de temps en temps, provoque une recherche ou une autre en métaphysique , mais cette science n'est plus regardée comme l'une des fondamentales, et l'on peut même Juger comment un homme d'une haute intelligence qu'on voudrait appeler un grand métaphysicien, prendrait cet éloge, parti d'un esprit bien intentionné , mais difficilement envié de personne.
Mais quoique le temps de la chute de toute métaphysique soit indubitablement arrivé , beaucoup de choses sont encore à désirer cependant pour qu'on puisse dire que le temps de sa résurrection au moyen d'une fondamentale et entière critique de la raison soit arrivé déjà. Toutes les transitions d'une inclination à l'inclination contraire s'opèrent en passant par l'indifférence, et ce moment est le plus périlleux pour un auteur, mais c'est, à mon sens, le plus favorable à la science. Car*si par l'entière dissolution des anciennes . associalions l'esprit de parti se trouve éteint, les intelligences sont dans une excellente disposition pour entendre insensiblement aux propositions d'une association basée sur un autre plan.
Si je dis que j'espère que ces prolégomènes porteront peut-être aux investigations dans le champ de la critique, et offriront à l'esprit général de la philosophie, qui semble manquer d'aliment dans la partie spéculative, un objet d'occupation nouveau et beaucoup plus fécond, c'est que je puis déjà me figurer à l'avance que quiconque a éprouvé de l'impatience et de l'ennui en passant par les voies épineuses où je l'ai
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conduit dans la Critique me demandera sur quoi je fonde cet espoir? Je réponds : sur f irrésistible loi de la nécessité.
Que l'esprit de Thomure abandonne un jour entièrement les recherches métaphysiques, c'est à quoi il ne faut pas plus s'attendre qu'a ne plus respirer du tout pour ne plus absorber d'air impur. Il y aura donc toujours dans le monde, et ce qui est plus encore, dans chaque homme, surtout chez celui qui réfléchit, une métaphysique qu'à défaut d'une règle publique, chacun se formera à sa manière. Or, si ce qui s'est appelé jusqu'ici métaphysique ne peut satisfaire aucun esprit qui réfléchit, il lui est cependant impossible d'y renoncer entièrement. Une critique de la raison pure même doit donc enfin être cherchée, ou, si elle existe, * être étudiée et soumise à un examen général, parce qu'autrement il n'y a pas moyen de se garantir du besoin pressant qui est encore quelque chose de plus qu'un simple désir de savoir.
Depuis que je connais la Critique je n'ai pas pu ne point me demander, après avoir lu un ouvrage métaphysique qui m'avait intéressé et formé par la détermination de ces notions, par la diversité, l'ordre et la clarté de l'exposition, si cet auteur avait fait avancer la métaphysique ctiin seul pas. J'en demande pardon aux savants dont les ouvrages m'ont servi à d'autres égards, et ont tous contribué au développement de mes facultés, mais je confesse que je n'ai pu trouver dans leurs travaux ni dans mes faibles essais (auxquels cependant Tamour-propre donne l'avantage) que la science ait par
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i ; et cela par la raison toute naxistait pas encore ^ et qu'elle ne 3nt, mais que le germe en doit préformé dans la critique. Mais adu, il faut se rappeler ce qui a ju'un traité analytique de nos concepts est sans contredit fort utile à Tentendement, naaisquela science (delà métaphysique) nes*en trouve pas plus avancée, parce que ces analyses des notions ne sont que des matériaux qui doivent enfin servir à la construction de la science. Ainsi Ton peut très joliment décomposer et déterminer les notions de substance et d'accident, ce qui est fort bon comme préliminaire pour un usage futur; mais si je ne puis absolument pas prouver que dans tout ce qui existe la substance reste, que les accidents seuls changent, la science n'a pas avancé d'un point par toute cette .analyse. Or, la métaphysique n'a pu jusqu'ici prouver a priori d'une manière satisfaisante ni cette proposition ni la proposition delà raison suffisante, bien moins encore quelque proposition plus composée, appartenant, par exemple, à la Psychologie ou à la Cosmologie, et en général aucune proposition synthétique. Rien do] cette analyse d'effectué, rien d'acquis, p grès, et la science, après tant de tumulte en est encore où elle était du temps d'A que les méthodes qui y conduisent, n'e que le fil conducteur pour les connaissances synthétiques, soient incontestablement supérieures à celles d 'autrefois.
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Si quelqu'un se croyait offensé par ment détruire cette inculpation ; il i noe seule proposition synthétique \ métaphysique, qu'il ait démontrée d priori; s'il le fait, je lui accorderai q fait avancer la science, dût cette proj leurs suffisamment établie par l'expérience commune. Aucune demande ne peut être plus équitable et plus modérée, et dans le cas (inévitablement certain) où elle serait sans réponse, rien de plus juste que cette assertion : la métaphysique, comme science, est nulle jusqu'ici.
Je n'ai que deux choses à repousser pour le cas où mon appel serait écouté : le jeu de la vraisemblance et de la conjecture, qui conviennent aussi peu à la métaphysique qu'à la géométrie; la décision par la baguette divinatoire du sens commun^ qui ne tourne pas pour chacun, mais qui s'accommode aux qualités personnelles.
En ce qui regarde le jeu de la vraisemblance^ rien ne
peut être plus absurde que de vouloir fonder, dans une
métaphysique, dans une philosophie par raison pure,
sur une vraisemblance et une présomp-
qui doit être connu a priori est par là
pour apodictiquement certain, et doit,
îe, être prouvé de la sorte; autrement
issi bien fonder une géométrie ou une
ur des conjectures ; car en ce qui re-
ulus probabilium de cette dernière
science,^ il ne contient pas des jugements vraisem-
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blables, mais des jugements tout à faits certains sur le degré de possibilité de quelques cas, sous des conditions uniformes données, qui doivent se rencontrer infailliblement, suivant une règle, dans la somme de tous les cas possibles, quoique cette règle ne soit pas suffisamment déterminée par rapport à chaque cas particulier. Les conjectures ne sont permises que à ce empirique (à laide de Tinduction et
d , de telle sorte cependant que du moins
1) de ce que j admets soit parfaitement
ippel au bon sens, c'est encore pis, si cela se peut , lorsqu'il s'agit de notions et de principes, non pas en tant qu'ils doivent être valables par rapport à Texpérience , mais en tant qu'ils doivent être donnés comme valables en dehors même des conditions de l'expérience. Car qu'est-ce que le bon sens? C'est le sens commun en tant qu'il juge sainement. Et qu'est-ce que le sens commun? C'est la faculté de la connaissance et de l'usage des règles m comreto, par opposition avec le sens spéculatif, qui est une faculté de connaître les règles in abstracto. Ainsi le sens commun entendra à peine la règle que tout ce qui arrive est déterminé par sa cause , mais il ne pourra jamais voir ainsi en général. Il demande donc un exemple tiré de l'expérience, et s'il comprend que cela ne signifie autre chose que ce qu'il a toujours pensé quand sa fenêtre était cassée, ou qu'un meuble lui avait été enlevé, il comprend alors le principe, et l'accorde également. Le sens commun n'a