‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 75 sur 98 · LA CRITIQUE JUGÉE AVANT EXAMEN · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE JUGÉE AVANT EXAMEN

qui la constituent; d où il suivrait qu'elle n'est qu'une vaine apparence. Suivant nous au contraire l'espace et le temps (en liaison avec des notions intellectuelles pures) prescrivent a priori à toute expérience possible sa loi, qui donne en même temps le critérium certain pour y distinguer la vérité de l'apparence (!)•

Mon prétendu idéalisme (proprement critique) est donc d'un caractère tout à fait propre, tel, c'est-à-dire qu'il ruine l'idéalisme ordinaire; tel que par lui toute connaissance a priori^ même celle de la géométrie, en reçoit tout d'abord une réalité objective qui, sans la preuve de mon idéalité de l'espace et du temps, ne peut pas être affirmée, même des réalistes les plus zélés. Dans cet état de choses je voudrais donc, pour prévenir tout malentendu, pouvoir appeler d'un autre nom ma notion, mais je ne puis la changer totalement. Qu'il me soit donc permis de l'appeler désormais, comme on Ta déjà fait plus haut, un idéalisme formel, ou mieux encore un idéalisme critique, pour le distinguer de l'idéalisme dogmatique de Berkeley, et de l'idéalisme sceptique de Descartes.

Je ne trouve rien de plus à remarquer dans la critique de cet ouvrage. L'auteur juge en gros d'un bout

(1) L'idéalisme proprement dit a toujours un but mystique, et ne saurait en avoir un autre; le mien n'a pour but que de faire comprendre la possibilité de notre connaissance a priori touchant des objets de l'expérience ; ce (pli est un problème qui n'a pas encore été résolu jusqu'ici^ pas même proposé. Par là tombe donc tout l'idéalisme bypeTpbysique^ qui conclut toujours (comme on peut le voir déjà par Platon) de nos connaissances a priori (même des connaissances géométriques) à une antre intuition (l'intellectuelle), comme celle des sens, parce qu'on ne peut absolument pas concevoir que des sens doivent percevoir aussi a priori.

à Tautre ; manière habilement choisie, parce qu'ainsi on dit ce qu'on sait sans laisser apercevoir ce qu'on ignore : un seul jugement développé, de détail^ s'il avait porté, comme cela devait être , sur la question principale, aurait peut-être rais à découvert mon erreur, peut-être aussi le degré de connaissance du critique dans cette espèce de recherches. Ce n'a pas été non plus un artifice mal imaginé pour ôter aux lecteurs qui ont l'habitude de ne se faire une notion des livres que d'après les journaux, l'envie de lire de sitôt le livre même, que de débiter d'un seul trait à la suite les unes des autres une multitude de propositions qui, dépourvues de leur liaison avec leurs preuves et leurs explications (surtout quand elles sont aussi opposées que celles-ci à la métaphysique scolastique) , doivent nécessairement sembler des absurdités, de fatiguer la patience du lecteur jusqu'au dégoût, et, après m'avoir attribué la proposition sententieuse que l'apparence constante est la vérité, de finir cependant par cette dure mais paternelle leçon : A quoi donc sert de contredire le langage reçu, à quoi bon, et d'où vient la distinction de l'idéalisme? C'est là un jugement qui finit par faire consister le caractère propre de mon livre (quand il devait être d'abord une hérésie métaphysique) en un simple néologisme, et qui montre clairement que mon prétendu juge n'en a pas entendu la moindre chose, et qu'il ne s'est pas non plus très bien compris lui-même (1).

(1) Le censeur se bat en plus d'un endroit avec son ombre. Ouand f oppose la vérité de l'expérience au réve^ il ne fait pas attention quil

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