‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 76 sur 98 · U CRITIQUB JUGÉE AVANT EXAMEN · texte numérisé non relu

U CRITIQUB JUGÉE AVANT EXAMEN

Le critique parle cependant comme un homme qui doit se croire des connaissances importantes, supérieures, mais qu'il tient encore en réserve; car je ne connais rien de nouveau en métaphysique qui puisse justifier un pareil ton. En quoi il a grand tort, puisqu'il prive le monde de ses découvertes. Car il n*est pas douteux que beaucoup d'autres ainsi que moi, n'ont cependant pas su trouver, malgré tout ce qui a été publié de beau depuis longtemps déjà dans cette partie, que la science ait par là fait le moindre progrès. Le monde peut bien ne pas trouver mauvais qu'on aiguise des définitions, qu'on donne des béquilles à des preuves boiteuses, qu'on ajoute aux centons de la métaphysique de nouvelles pièces, ou qu'on en renouvelle la forme, mais il ne le demande pas. Il est rassasié d'assertions métaphysiques : on veut la possibilité de cette science, les sources d'où la certitude en peut être dérivée, et des critères qui permettent de distinguer avec certitude l'apparence dialectique de la raison pure d'avec la vérité. Le critique doit posséder la clef de tout cela, autrement il n'aurait jamais pris un ton si haut.

Mais je soupçonne que le besoin de la science ne lui est peut-être jamais venu dans la pensée, car autre-

ne s'agît pas là du somnto objective sumpto de la philosophie de WoH, qui est purement formel^ et où Pou ne considère point la différence du sommeil et de la veille^ différence qui ne peut pas même être Tobjet d'une étude dans une philosophie transcendantale. Du reste, il dit de ma déduction des catégories et de la table des principes intellectuels, que ce sont « des principes connus de logique et d'ontologie, exprimés en langage idéaliste. » Le lecteur n*a qu'à voir là-dessus ces prolégomènes pour être assuré qu'on ne pouvait porter un jugement plus pitoyable et même plus faux historiquement.

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ment il aurait dirigé son jugement sur ce point, et un essai, même défectueux, aurait, dans une occasion si importante, provoqué son attention. S'il^n est ainsi, nous voilà redevenus bons amis. U peut réfléchir aussi profondément sur sa métaphysique qu'il le jugera convenable, personne n'est obligé de l'en empêcher ; seulement il ne peut juger de ce qui est en dehors de la métaphysique, sur les sources qui s'en trouvent dans la raison. Que mon soupçon ne soit pas sans fondement, c'est ce qui résulte de ce que mon censeur ne dit pas un mot de la métaphysique de la connaissance synthétique a priori, qui était le problème par excellence, de la solution duquel la destinée de la métaphysique est attachée, et qui fait tout l'objet de ma Critique (comme aussi de ces prolégomènes). L'idéalisme sur lequel il s'est achoppé, et auquel il s'est attaché, a été érigé en système (quoiqu'il ait aussi d'autres raisons en sa faveur) comme l'unique moyen de résoudre ce problème; et alors mon censeur aurait dû prouver ou que ce problème n'a pas l'importance que je lui attribue (comme je le fais encore maintenant dans les prolégomènes), ou qu'il ne peut être résolu par ma notion des phénomènes, ou bien encore qu'il peut l'être mieux d'une autre manière ; mais rien de tout cela dans son article. Mon censeur n'entend donc rien à mon ouvrage, et peut-être rien encore à l'esprit et àTessence de la métaphysique même, à moins, ce que je suppose plus volontiers, que sa précipitation de critique, irritée de la difficulté de se faire jour à travers tant d'obstacles, n'ait jeté une ombre fâcheuse

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surTou^rage qu'il avait sous les yeui, et ne Fait empêché d'en saisir les points essentiels.

Il s'en faut bien qu'un journal savant, malgré la sévérité et le discernement qui peut présider au choix des collaborateurs, puisse affirmer sa considération, d'ailleurs méritée , dans le champ de la métaphysique aussi facilement que dans d'autres parties. Les autres sciences et connaissances ont leur unité de mesure. Les mathématiques ont la leur en elles-mêmes , l'histoire et la théologie dans les livres profanes ou sacrés, la physique et la médecine dans les mathématiques et l'expérience , la jurisprudence dans les lois , et jusqu'aux affaires de goût dans les modèles de l'antiquité. Mais quand il s'agit de ce qu'on appelle métaphysique, l'unité de mesure est la première chose à découvrir (j'ai essayé de la déterminer, ainsi que son usage). Qu'y a-t-il donc à faire jusqu'à ce qu'elle soit trouvée, alors cependant qu'il faut juger des ouvrages de ce genre? Si ces ouvrages sont dogmatiques^ on peut faire ce qu'on voudra; personne en cela ne tranchera du maître sur un autre, sans rencontrer quelqu'un qui rende la pareille. Mais si les ouvrages sont critiques, non à la vérité par rapport à d'autres écrits, mais au regard de la raison même, de telle sorte que l'unité de mesure du jugement ne puisse être prise, mais qu'elle ne soit que cherchée, alors l'objection et le blâme peuvent être permis, mais avec des dispositions à l'accommodement , parce que le besoin est le même de part et d'autre, et que le défaut d'une connaissance forcée ne permet pas une autorité magistralement décisive.

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Or, pour rattacher mon apologie à rintérèt de la philosophie même, je propose un examen décisif sur la manière dont toutes les questions métaphysiques ayant un objet commun doivent être décidées. Ce n'est là d'ailleurs que ce qu'ont fait avec succès les mathématiciens pour donner à leur méthode l'avantage dans une discussion, c'est-à-dire une invitation faite à mon censeur de démontrer à sa manière , mais comme il est de droit, par des principes « jonon, quelque proposition vraiment métaphysique affirmée par lui, c'està-dire une proposition synthétique et procédant de notions a priori^ ou bien éhcore une des propositions les plus indispensables, telle, par exemple, que le principe de la permanence de la substance, ou de la détermination nécessaire des événements cosmiques par leur cause. S'il ne le peut pas (en quoi le silence est un aveu), il faut qu'il accorde que, si la métaphysique n'est absolument rien sans une certitude apodictique des propositions de cette espèce, sa possibilité ou son impossibilité doit être décidée d'abord par une critique de la raison pure, ce qui l'oblige par conséquent, ou à reconnaître que mes principes de la Critique sont justes, ou à prouver qu'ils ne le sont pas. Mais comme je prévois que , si peu soucieux qu'il ait été jusqu'ici de la certitude de ses principes, cependant , comme il s'agit d'une épreuve rigoureuse, il n'en trouvera pas un seul dans le domaine entier de la métaphysique avec lequel il puisse marcher hardiment, je veux bien lui faire cette condition généreuse , qu'on ne peut attendre que dans une discussion, à savoir de prendre pour moi Venus probandi, et de s'en exonérer.

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