LES PROGRÈS RÉELS
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m ALLEmGNE DEPUIS LEIBNIZ ET "WOLF
PUBLlé
PAR LE DOCTEUR PRÉD.-THÉOD. RÎNK
L occasion de cet écrit est dans Fanniversairo dont je puis par conséquent me dispenser de parler longuement. La question dont il s'agit ici, fit, comme de raison, quelque bruit, dès qu'elle fut mise au concours. Trois hommes de mérite, Messieurs Schwab^ ReinhddeX Abicht^ se partagèrent le prix, et leurs mémoires sur ce sujet sont entre les mains du public, depuis 1796. Comme chacun d'eux suit généralement dans cet examen une marche qui lui est propre, Kant s*en est également frayé une à lui , et même la plus originale , la seule toutefois qui fosse pressentir que s'il eût dû prendre cette question pour objet de sa réponse, il Teût choisie.
Il existe trois manuscrits de ce mémoire, mais aucun, chose regrettable, n'est complet. J'ai dû prendre dans l'un la première moitié de cet écrit jusqu'à la fin de la première période [stadium) ; un autre m'a donné la dernière moitié , depuis le commencement de la deuxième période jusqu'à la fin du mémoire. Chacun de ces manuscrits contenant un autre travail de la matière donnée, et. même avec de légères diver-
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gences, on ne peut manquer d'apercevoir ici et là un certain défaut d'unité et d'ensemble dans le traité; mais il était impossible de l'éviter dans la situation. La troisième copie est à certains égards la plus complète, mais elle ne contient que le commencement du tout. Pour que l'inconvénient signalé ne fût pas encore aggravé par une fusion violente de plusieurs rédactions, je n'avais qu'à faire entrer le contenu de cette troisèime copie dans lin supplément [Beilagé) ou à le supprimer tout entier. Le dernier parti m'a semblé une façon d'agir trop arbitraire, trop contraire à l'attente de fous les amis de la philosophie critique. Je me suis donc décidé pour le premier. Le supplément contient encore quelques remarques de Kant qui se trouvent en marçe des manuscrits, et lé commencement de la deuxième période, tiré de ce que j'appelle le premier manuscrit.
Cependant, même dans ce que contiennent les deux manuscrits indiqués d'abord, il y a quelques lacunes que Kant avait bien pu combler, comme il le pratiquait bien souvent, par l'addition de fragments, mais qui auront été perdus : je les ai indiqués en quelques endroits par des étoiles.
Voilà tout ce que j'avais à dire de la mise en ordre de ces papiers, pour faire connaître le véritable état dés choses à celui qui voudra apprécier la valeur de cet écrit. Je n'ai pas besoin de le recommander ou de mettre en lumière ce qu'il a, de bon, même sous sa forme défectueuse. Mais Kant a terminé le grand rôle de sa vie, comme je l'apprends à l'instant même. U faut
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attendre que l'opposition soulevée fort innocemment ici ou là par la supériorité de son esprit soit assoupie, et qu'une impartialité plus entière daigne apprécier les services essentiels qu'il a rendus à la science.
Pour Tanniversaire de 1804.
RINK.
L'Académie des sciences demande qu'on fasse connaître les progrès d'une partie de la philosophie, dans une partie de l'Europe savante, et pour une partie du siècle présent.
Le problème semble d'une solution facile, car ce n'est qu'une affaire d'histoire. Et de même que les progrès de l'astronomie et de la chimie , comme scienCiBS empiriques, ont déjà trouvé leurs historiens, et que les progrès de l'analyse mathématique ou de la mécanique pure qui ont eu lieu dans le même pays et dans le même temps ne tarderont pas non plus , si l'on veut , à trouver les leurs ; il semble qu'il n'y a pas plus de difficulté pour la science dont il s'a-git ici.
Mais cette science est la métaphysique, ce qui change tout à fait la situation. C'est une mer sans rivages, où le progrès ne laisse aucune trace, et dont l'horizQn n'a pas de terme sensible à l'aide duquel on puisse déterminer l'étendue du chemin qu'on a fait pour en approcher. — Par rapport à cette science, qui n'a presque jamais été qu'en Idée, la. question proposée est très difficile; c'est presque à douter de la
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possibilité delà solution. Et, dût-on réussir, la difficalté se trouverait encore accrue par la condition prescrite de mettre sous les yeux les progrès de cette science, dans un discours de peu d*étendue. En effet, par son essence et par son but, la métaphysique est un tout complet; on ne peut donc parler de rien partiellement, ou il faut parler de tout ce qui se rapporte à sa fin suprême. Il n'en est pas d'elle comme, par exemple, des mathématiques ou des science physiques qtri progressent toujours sans s'arrêter. Essayons cepédant.
La première et nécessaire question est bien : €e qu'ont propren^nt de commun la raison et ta métaphysique? quelle fin^la raison se propose dans son ti*av&il? Car c'est la grande fin, peut-rêhre la jrfus grande, la seule même que la raison puisse se proposer dan^ sa spéculation, parce que tous les hommes y prennent plus ou moins de part; et Ton ne comprend pas pourquoi, malgré Imutilité toujours vîsiWe de leurs efforts dans ce champ, il était néanmoins inutile de leur mer : Ne cesserex-vous pas enfin de rouler toujours cette pierre de Sisyphe, si l'intérêt qu^y prend la raison B*était pas le plus profond qui puisse être.
Cette fin, qui est l'objet de toute la métaphysique, est facile à décourcir, et peut à cet égard servir à en donner une définition : « La métaphysique est la science qui apprend à passer de la connaissance du sensible à celle du surs^nsible au moyen de h raison. »
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Par sensible nous n'entendons pas simplement ce dont la représentation est considérée par rapport aux sens, mais encore ce qui est eni^isagé par rapport à l'entendement, pourvu que ses notions pures soient conçues dans leur application à des objets des sens ; par conséquent en vue d'une expérimce possible. Le non sensible, par exemple la notion de cause , qui a son si^e et son origine dans l'entendement, mais qui concerne cependant la connaissance d'un objet par ce moyen, ne peut encore être convenablement rapporté au champ du sensible , c'est-à-dire aux objets des sens.
L'ontologie est la science (comme partie de la mé*^ taphysique) qui constitue un système de toutes les notions intellectuelles et de tous les principes , mais en tant seulement qu'ils se rapportent à des objets qui peuvent tomber sous les sens, et par conséquent prouvés par l'expériei^ce. Elle ne concerne pas le sursensible ^ qui est cependant la (in suprême de la métaphysique; elle n'appartient par conséquent à la métaphysique qu'à titre de propédeutique, comme sa galerie ou son vestibule, et prend le nom de philosophie transcendantale, parce qu'elle renferme les eon-^ ditions et les premiers éléments de toute connaissance a priori.
Elle n'a pas fait de grands progrès depuis* Aristote. Car elle est, de même qu'une grammaire est la résolution d'une forme de langage en ses règles élémentaires, ou comme la logique est unç décomposition de la forme de la pensée, une analyse de la connaissance