‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 86 sur 98 · TROISIÈME DIVISION · texte numérisé non relu

TROISIÈME DIVISION

De ce qui a été fait depuis Tépoque de Leibniz et Wolf, par rapport à Tobjet de la Métaphysique, c*eât-à-dire à sa fin suprême.

On peut diviser les progrès de Ta métaphysique, pendant cette période, en trois stades : premièrement, celui du joro^r^^théorico-dogmatique; deuxièmement^ celui du r^/?05 sceptique; troisièmement^ celui de Y achèvement pralico-dogmatique, et du succès de la métaphysique. Le premier stade est exclusivement compris dans les liniites de l'ontologie; le second dans celles de la cosmologie transcendantale ou pure, qui, comme théorie de la nature encore, c'est-à-dire comme cosmologie appliquée, a pour objet la métaphysique de la nature corporelle et celle de la nature pensante, la première commeobjet des sens extérieurs, la seconde c<3mme obj psyehologia

rationalis), 'e en eux a

priori. Lé ti alogie, avec

toutes les c )portent, et

qui la rend empirique

qui, suivant l'usagede l'université, estépisodiquement

DEPUIS USIBNIZ BT WOLP.. .3S3

introduite dans la métaphysique, est ici justement écartée.

PREMIER STADE DE LA MÉTAPHYSIQUE dans le temps et le pays indiqués.

En ce qui regarde la décomposition des notions intellectuelles pures et des principes a priori employés dans la connaissance expérimentale, comme fonds de Tontologie, on ne peut disconvenir que nos deux philosophes, surtout le célèbre Wolf, n'aient rendu le grand service d'avoir traité la métaphysique avec plus de clarté, de précision et de tendance à la profondeur démonstrative qu'on ne l'avait fait avant eux, même en dehors de l'Allemagne. Mais, sans parler du défaut d'intégralité , puisque aucune critique n'avait encore dressé une table des catégories suivant un principe fixe, le' défaut de toute intuition a priori^ intuition qu'on ne connaissait pas du tout comme principe, que Leibniz intellectualisait plutôt, c'est-à-dire convertissait en notions simplement confuses, devint cependant la causeque ce qu'il ne pouvait pas rendre représentable par de simples notions intellectuelles fut regardé par lui comme impossible, et qu'il établit ainsi des prin- ^ îment

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I irrap-

354 PROGRÈS DE U BIÉTAPHYSIQUET

port à toutes leurs déterminatious internôs (de qualité et de quantité), une notion comme de deux choses, nous nous trompons, et que nous devons les regarder comme une seule et même chose {numéro eadem) . U ne pouv^t pas admettre que nous pouvons cependant les distinguer par les lieux dans l'espace, parce que des espaces tout à fait .Semblables et égaux peuvent être représentés en dehors les uns des autres sans qu'on puisse dire pour cela qu'il n'y a qu'un seul et même espace, attendu qu'autrement nous pourrions réduire l'espacç infini à un pouce cube, et même à moins; car il n'accordait qu'une distinction par notion, et n'admettait pas de mode de représentation qui en fût spécifiquement distinct, à savoir une intuition , même a priori. Il croyait plutôt devoir la résoudre en pures notions de coexistence pu de successioii, et donna par 1^ un démenti à l'entendement humain, qui ne se laissera jamais persuader que si une goutte est en un lieu, elle soit un obstacle à ce qu'une autre goutte d'eau toute pareille soit en un autre lieu.

2° Son principe de la raison suffisante^ auquel il ne crut pas pouvoir subordonner une intuition a priori, mais dont au contraire il ramena la représentation à de pures notions a priori, eut pour conséquences : de farre considérer toutes les choses, métapbysiquement conçues, comme composées de réalité et de nation, d'existence et de non- existence, de même que tout, suivant Démocrite, se composait, dans l'espace cosmique, d'atomes et de vide, et de donner pour raison d'une négation qu'il n'y a pas de raison de poser

DEPUIS ummz bt wolf. 38S

quelque chose, qu'il n'y a pas de réalité. De cette manière il tira de tout le mal appelé métaphysique, réuni au bien de cette espèce, un monde de lumière et d'ombres, sans songer que pour placer un espace dans les ténèbres, il faut qu'il y ait un corps, par conséquent quelque chose de réel qui empêche la lumière de pénétrer dans l'espace. Suivant lui la douleur ne serait que la privation du plaisir, le vice que l'absence de mobiles vertueux, et le repos d'un corps que le défaut de force motrice, parce que d'après les simples notions, une réalité = a ne peut être opposée à la non-réalité = b, mais seulement à la privation = o, II ne fait pas attention que dans l'intuition extérieure, par exemple a prtori\ c'est-à-dire dans l'espace, une opposition du. réel (de la force motrice) contre un autre réel, à savoir une force motrice agissant en sens contraire, et de même par analogie dans l'intuition interne, des mobiles réels opposés entre eux peuvent se rencontrer dans un même sujet, et que la conséquence de ce conflit des réalités, susceptible d'être connue a priori, peut être une négation. Mais il eût certainement dû admettre, en conséquence, des directions respectivement contraires, qui ne sont représentables que dans l'intuition, non dans les simples notions ; et alors disparaissait le principequi choque le bon sens, et même la morale, à savoir que tout mal, comme cause ?»= 0, c'est-à-dire est un simple phénomène, ou, comme disent les métaphysiciens, le formel des choses. Comme il plaçait son principe de la raison suffisante dans une simple notion, il n'en tira pas le moindre

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parti pour suppléer au principe des jugements analy^ tiques, le principe de contradiction, et s'étendre synthétiquement a jonon par la raison.

3** Son système de Tharmonie préétablie, quoiqu'il fùtiproprement destiné à expliquer le commerce enti*e l'âme et le corps, devait néanmoins avoir un but supérieur et général : lexplicatiou de la possibilité du commerce entre différentes substances qui composent un tout ; et Ion y arrivait inévitablement , parce que des substances doivent déjà se concevoir comme parfaites, isolément prises, si rien autre d'ailleurs ne leur convient; car par le fait qu'aucun accident, qui a sa raison dans une autre substance, ne peut adhérer à chacune d'elles par sa propre substance, mais, au contraire, ne doit dépendre en rien d'autres substances, alors même qu'elles existeraient, et quoiqu'elles relevassent toutes d'une troisième (l'être primitif) comme effets de leur cause; il n'y a pas de raison pour que les accidents d'une substance doivent se fonder sur une autre substance extérieure de même espèce par rapport à leur état. Si donc elles doivent néanmoins, comme substances cosmiques, être en commerce, ce commerce ne peut qu'être idéal, et aucune influence réelle (physique) n'est possible, parcequ'elle suppose la possibilité de l'action mutuelle, comme si elle s'entendait de leur seule existence (ce qui n'est cependant pas). C'est-à-dire qu'il faut regarder l'auteur de l'existence comme un artiste qui a modifié ou arrangé dans le temps, ou môme dès le commencement du monde, ces substances parfaitement isolées en soi , de telle façon

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qu'elles fussent entr'elles en parfaite harmonie, comme si, par suite du rapport de causalité, elles agissaient réellement les unes sur les autres. Le système des causes occasionnelles ne paraissant pas être aussi propre à lexplication par un principe unique que celui-ci, lesystema harmonies 5^a^//e/«, la plus merveilleuse fielion qu'ait imaginée jamais la philosophie, dut donc céder la place, par la raison que tout devait être expliqué et défini par des notions.

Si Ton admet, au contraire, Tintuition pure de l'espace, comme il est a priori au fondement de toutes les relations extérieures, et n'est qu'un seul espace, toutes les substances se trouvent par là reliées dans des rapports qui rendent possible l'influence physique et forment un tout ; en sorte que tous les êtres, comme choses dans l'espace, ne constituent qu'un seul monde, et ne peuvent être plusieurs mondes en dehors les uns des autres. Cette proposition de l'unité du monde, lorsqu'elle ne se compose que de simples notions, sans une intuition qui en soit la base, ne peut absolument pas être prouvée.

4** Sa monadologie. Suivant les simples notions, toutes les substances du monde sont ou simples ou composées de simples, car la composition n'est qu'un rapport sans lequel elles conserveraient nécessairement encore leur existence comme substances. Or ce qui reste, après avoir supprimé la composition, c'est le simple. Tous les corps, si on les conçoit simplement comme agrégats de subsfances , se composent donc de substances simples. Or toutes les substances doivent

avoir, outre leur rapport entre elles et les forces par lesquelles elles peuvent agir les unes sur les autres, certaines déterminations réelles qui s attachent à elles; c'est-à-dire qu'il ne suffit pas de leur attribuer des accidents qui ne consistent que dans des rapports extérieurs , mais qu'on doit leur attribuer aussi des accidents qui se rapportent simplement aux sujets, c'està-dire qui sont internes.

Mais nous ne connaissons pas d'autres déterminations réelles de l'ordre interne qui puissent êti^e rapportées à quelque chose de simple que des représentations, et ce qui en dépend. Et si l'on ne peut pas les rapporter aux corps , il faut bien les attribuer à leurs parties simples, si on ne veut pas les regarder comme des substances intrinsèques dépourvues de toute réalité. Or des substances qui possèdent la faculté dès représentations sont appelées par Leibniz des monades. Lés corps se composent donc de monades comme de miroirs de l'univers, c'est-à-dire douées de facultés représentatives qui ne se distinguent de celles des substances pensantes que par le défaut de conscience, et sont par cette raison appelées monades endormies, dont nous ignorons si le sort ne doit pas les réveiller un jour. Peut-être ont-elles déjà passé successivement une infinité de fois du sommeil à la veille, de la veille au sommeil, pour de nouveau s'éveiller et s'élever insensiblement sous forme d'animal à la condition d'âmes humaines, et de là plus haut encore ; sorte de monde enchanté auquel cet homme illustre n'a pu être conduit que pariée qu'il n'a pas admis des repré-

DEPUIS LEIBNIZ ET WOLF, dS&

sentations sensibles comme phénomènes, ainsi qu*il aurait dû faire, comme un mode de représentation différent de toutes les notions, c'est-à-dire comme une intuition, mais, au contraire, seulement comme une connaissauce par les notions qui ont leur siège dans Fentendement^ et non dans la sensibilité.

La proposition de ï Identité de rindiscemable^ celle de la Raison suffisante, le système de VHarmome préé-tablie^ enfin la Monadologie constituent la nouveauté que Leibniz et Wolf après lui, dont le mérite métaphysique dans la philosophie pratique a été bien supérieur,* ont essayé d'introduire dans la métaphysique de la philosophie théorique. Ceux qui ne s'eft laissent pas imposer par de grands noms pourront dire, à la fin de ce stade , si ces tentatives de Leibniz et de Wolf méritent le nom de progrès, bien qu'on ne puisse disconvenir qu'elles peuvent bien y avoir contribué.

La partie théoriquement dogmatique de la métaphysique comprend aussi la physique rationnelle , c'est-à-dire la philosophie pure sur des objets dés sens, — des sens externes, c'est-à-dire la théorie rationnelle des corps et celle du sens intime , ou la théorie rationnelle de l'âme, — théories qui servent à l'application des principes de la possibilité d'une expérience en général à une double espèce de perception, sans, du reste, leur donner pour base quelque chose d'empirique, par exemple qu'il y a de tels objets. — Dans les deux cas, la science n'y peut être qu'une sorte de mathématique appliquée, c'est-à-dire

une construction dès notions; par conséquent retendue en espace des objets de la physique a plus de portée a priori que la forme du temps qui sert de base à rintuilion par lé sens intime, intuition qui n'a qu'une seule dimension.

Les notions d'espace plein ou vide, de mouvement et de forces motrices, peuvent et doivent être ramenées, dans la physique rationnelle, à leurs principes a priori, tandis que la psychologie rationnelle ne comprend que la notion de l'immatérialité d'une substance pensante; la notion de son changement et celle de l'identité de le mngements selils, e n'est que de la p ^ lanthropologie }rouvé qu'il nous ijue le principe de jr sans le corps , et empirique, c'est-à-dire une connaissance que nous pouvons acquérir dans la vie, par conséquent dans la liaison de l'âme et du corps, et ainsi n'est pas d'accord avec la fin suprême de la métaphysique, la tentative de passer du sensible au sursensible. Ce pas doit se rencontrer dans la deuxième époque de la tentative de la raison pure en philosophie, dont nous allons parler.

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