DEUXIÈME STADE DE LA MÉTAPHYSIQUE
Dans le premier stade de la métaphysique, appelé stade de l'ontolpgie parce qu'il n'enseigne pas à rechercher l'essentiel de nos notions des choses en résolvant
leurs caractères, ce qui est l'affaire de la )arce qu'elle a pour objet d'examiner 1 nous formons a priori des notions, et \ nous nous faisons des choses, pour y subordonner ce qui peut nous être donné dans l'intuition en général; ce qui ne pouvait, à son tour, avoir lieu qu'autant que la forme de l'intuition a /^nbn nous rend ces objets connaissables dans l'espace el dans le temps, simplement comme phénomènes, et non comme choses en soi. — Dans le stade précédent la raison se voit portée, dans une série de conditions subordonnées entre elles 1ns condi-
tionnées, î inditionné,
parce que le peut ja-
mais être 1 une partie
d'un espa< rand, dans
lesquels n les condi-
tions de ce \ intuition,
pour parvenir à l'inconditionné.
Le second grand pas qui est à présent demandé à la métaphysique , est celui qui doit la conduire du conditionné dans des objets d'une expérience possible à rincondilionné, et d'étendre sa connaissance jusqu'à l'intégralité de cette série par la raison (car ce qui était arrivé jusqu^là avait eu lieu par l'entendement et le jugement) ; et le stade qu'elle doit maintenant parcourir pourra en conséquence s'appeler celui de la cosmologie transcendantale, parce que l'espace et le temps doivent être considérés dans toute leur étendue comme enî^emble de toutes les conditions et repré-
sentes comme les réceptacles de toutes les réalités réunies, et le tout de ce^ réalités, en tant qu'il remplit l'espace et le temps être conçu sous la notion d'un monde.
Les conditions synthétiques {principia) de la possibilité des choses, c'est-à-dire leur principe de détermination (principia essendi) , sont ici cherchées, — même dans la totalité de la série ascendante dans laquelle elles sont subordonnées les unes aux autres, — par rapport au conditionné {auxprincipiatis)^ pour parvenir à Tinconditionné (principium quod non est principiatum) . Ce que demande la raison pour sa propre satisfaction. La série descendante de la condition au conditionné n'est pas nécessaire, car elle n'exige aucune totalité absolue, et cette totalité peut rester comme une suite toujours inachevée, parce que les conséquences sortent d'elles-mêmes, pourvu seulement que la raison suprême dont elles dépendent soit donnée.
Or il arrive que dans l'espace et le temps tout est conditionné, et que Tinconditionné dans la série ascendante des conditions est absolument inaccessible. Il y a contradiction à concevoir la notion d'un tout absolu de choses purement conditionnées, comme quelque chose d'inconditionné; l'jnconditionné ne peut donc pas être considéré comme un membre de la série qui la termine, comme un principe qui n'est pas lui-même uno conséquence d'aucun autre principe; et l'impénétrabilité qui échappe à toutes les classes de catégories, entant qu'elles sont appliquées
au rapport des conséquences à leurs principes, est ce qui jette la raisou dans une contradiction sans fin avec elle-même, tant que les objets qui occupent Tespace et le temps sont pris pour des choses en soi, et non pour de simples phénomènes ; ce qui était inévitable avant Tère de la critique rationnelle pure. En sorte que thèse et antithèse se détruisaient toujours réciproquement, et devaient précipiter la raison dans le scepticisme le plus désespéré, et funeste à la métaphysique, qui, ne pouvant pas même satisfaire ses exigences par rapport aux objets des sens, ne pouvait pas songer à passer au sursensible, qui est cependant sa fin dernière (1).
Si donc nous nous élevons dans la série ascendante du conditionné aux conditions dans un tout cosmique, pour arriver à l'inconditionné, alors se présentent les contradictions suivantes, contradictions vraies ou simplement apparentes de la raison avec elle-même dans la connaissance théoriquement dogmatique d'un tout cosmique donné : (f abord quditil aux Idées mathématiques de la composition ou de la division de Thomogène; secondement quant aux Idées dynamiques du fondement de Texistence du conditionné sur Texistence inconditionnée.
(1) La proposition : L'ensemble de toutes les contradictions dans le temps et Pespace est inconditionné^ est fausse. Car si tout est conditionné dans l'espace et le temps (intérieurement), aucun tout n'en est possible. Ceux-là donc qui admettent un tout absolu de conditions purement conditionnées, qu'elles soient limitées (finies) ou illimitées (infinies), se contredisent; et cependant Pespace doit être regardé comme un tout de cette nature, ainsi que le temps écoulé.
I. Par rapport à la grandeur extensive du monde dans sa mesure, c'est-à-dire par rapport à Taddition de Tunité homogène et égale, comme unité de mesure, pour avoir une notion déterminée,
flr).de sa grandeur dans l'espace, et
b) de sa grandeur dans le temps, en tant que Tune et l'autre sont données et dont la dernière par conséquent doit mesurer le temps écoulé de la durée du monde. La raison affirme de l'une et de l'autre avec une égale autorité qu'elle est infinie, et qu'elle n'est eependant pas infinie, par conséquent qu'elle est finie. Mais la preuve de ces deux propositions, chose remarquable, ne peut se faire directement; elle n'est possible qu'apagogiquement , c'est-à-dire par une réfutation du contraire. Donc :
a) Thèse : le monde est infini quant à son étendue dans l'espace ; car, s'il était fini, il serait limité par l'espace vide, qui est lui-même infini, mais qui n'e^t rien en soi d'existant, et qui suppose cependant l'existence de quelque chose comme objet d'une perception possible, à savoir l'espace d'un espace, qui ne renferme rien de réel, et qui cependant suppose l'existence de quelque chose comme objet de la perception possible, c'est-à-dire l'objet d'un espace qui ne contient rien de réel, et qui contient néanmoins, comme limites du réel, c'est-à-dire comme la dernière condition à remarquer de ce qui se limite réciproquement dans l'espace; ce qui est contradictoire, car l'espace vide ne peut être perçu, ni emporter avec soi une existence (qu'on puisse signaler) .
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b) Antithèse : le monde est aussi infini quant à la durée passée; car s'il avait un commencement, un temps vide se serait écoulé avant celui-là, temps qui néanmoins faisait l'objet d une expérience possible, la naissance du monde, par conséquent de rien qui eût précédé. Ce qui est contradictoire.
II. Par rapport à la quantité intensive, c'est-à-dire au degré suivant lequel cette quantité remplit l'espace et le temps, se révèle l'antinomie suivante :
a) Thèse : les choses corporelles dans l'espace se composent de parties simples ; car si l'on suppose le contraire , les parties seraient, à la vérité , des substances; mais si toute leur composition s'évanouissait, comme une simple relation , il ne resterait que le simple espace comme unique sujet de toutes les relations. Les corps ne seraient donc pas composés de substances. Ce qui contredit la supposition.
b) Antithèse : Les corps ne se composent pas de parties simples.
Là première antinomie tient à ce que, dans la notion de la grandeur des choses du monde, tant dans l'espace que dans le temps, nous pouvons nous élever des parties données d'une manière absolument conditionnée au tout inconditionné dans la composition, ou descendre, par une division, du tout donné aux parties conçues sans condition. — Que Ion admette, en ce qui regarde la première sorte d'antinomie, que le monde est infini quant à l'espace et au temps, ou qu'il est fini, on tombe inévitablement dans des contradictions. Car si le monde, comme l'espace et le temps
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écoulé qu'iloccupe, est considéré comme une quantité infinie donnée, c'est alors une quantité donnée, qui ne peut jamais être entièrement donnée ; ce qui se contredit. — Si chaque corps ou chaque temps, dans le changement d*état des choses, se compose de parties simples, il faut, puisque l'espace et le temps sont divisibles à Tinfini (ce que les mathématiques démontrent), qu'une multitude infinie soit donnée, quand cependant, d'après sa notion même, elle ne peut jamais être donnée^ Ce qui est également contradictoire.
Il en est de même avec la seconde classe dés idées de l'inconditionné dynamique. Gelarevientà dire, en effet, d'un côté, qu'il n'y a pas de liberté, et que tout dans le nu)nde arrive suivant une nécessité physique. Car dans la série des effets par rapport aux causes, le mécanisme de la nature domine absolument; c'est-à-dire que tout changement est prédéterminé par l'état antérieur. D'un autre côté, à cette affirmation universelle s'oppose l'antithèse : quelques événements doivent être conçus comme possibles par liberté, et ils ne sauraient être soumis à la loi de la nécessité physique, parce qu'autrement tout n'arriverait que conditionné, et rien d'inconditionné ne se rencontrerait dans la série des causes. Mais admettre une totalité des conditions dans une série de choses purement conditionnées est une contradiction.
Enfin la proposition appartenant à la classe dynamique, qui est d'ailleurs suffisamment claire, à savoir que dans la série des causes tout n*est pas contingent,
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qu'au contraire il peut y avoir un être nécessairement existant, d'une nécessité absolue, se trouve justement contredite par Tantithèse qu'aucun être à nous toujours concevable ne peut être pensé comme cause abr solument nécessaire d'autres êtres cosmiques, parce qu'alors il ferait partie, comme membre de la série ascendante des effets et des causes, des choses du monde, série qui ne comprend aucune causalité inconditionnée, mais qui doit cependant être admise ici comme inconditionnée. Ce qui est contradictoire.
Observation. Si la proposition : Le monde est infini en soi doit signifier qu'il est plus grand que tout nombre (en comparaison avec une mesure donnée), alors la proposition est fausse, car un nombre infini est une contradiction. Si cela signifie qu'il n'est pas infini, c'est bien vrai, mais on ne sait pas alors ce qu'il est. Si je dis : il est fini, cela est faux également, car sa limite n'est pas un objet d'expérience possible. Je dis donc, en ce qui concerne sôit un espace donné, soit un temps écoulé, qu'il n'est exigé que par opposition. Les deux choses spnt donc fausses parce qu'une expérience possible n'a pas de limite, sans cependant pouvoir être infinie, et que le monde, comme phénomène, n'est que l'objet d'une expérience possible.
Les observations qui suivent trouvent donc ici leur place.
Premièrement. La proposition que : A tout conditionné doit être donné un absolument inconditionné vaut comme principe de toutes choses, comme sa liai-
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Bon par raison pure, c'est-à-dire comme liaison de
irrive que cette proion , être appliquée )s, et qu*on ne peut i*en admettant que nps, comme objets vent pas être regars comme de simples se sur la propriété
subjective de notre manière de les percevoir.
L'antinomie de la raison pure revient donc inévitablement à cette limitation de notre connaissance, et ce qui a d'abord été prouvé dogmatiquement « />nV^i dans l'analytique, se trouve également confirmé dans la dialectique par. une expérimentation de la raison qu'elle institue dans sa propre dont la raison a besoin ne pi pace et le temps, et cette faci le progrès incessant dans les l'achever.
Deuxièmement. Le conflit pas purement logique,— celu tique [contradictorie opposite simple contradiction , car il l'une d'elles était vraie l'autre devrait être fausse, et réciproquement; par exemple la proposition : Le monde est infini quant à l' espace ^ comparée avec la proposition : Le monde n'est pas infini dans l'espace, — mads il est transcendanlal, c'est-à-dire celui d'une opposition synthétique {contrarie oppositorum), par es^emple, le
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monde est fini quant à l espace, proposition qui dît plus qu'il ne fout pour qu'il y ait opposition logique, puisqu'elle ne dit pas simplement que rinconditionné n'est pas trouvé dans le progrès de conditions en conditions , mais encore que cette série des conditions subordonnées entre elles est cependant un tout absolu; deux propositions qui peuvent être également fausses^ — comme en logique deux jugements qui sont opposés entre eux par des affirmations incompatibles [con-^ trarie opposita), — et le sont en réalité, parce qu'il est parlé de phénomènes comme de choses en soi.
Troisièmement. La thèse et l'antithèse peuvent aussi contenir moins que ne l'exige l'opposition logique , et être ainsi toutes deux vraies , — comme en logique deux jugements opposés entre eux par la simple différence des sujets (Judicia subcontraria) , ainsi qu'il arrive dans l'antinomie des principes dynamiques , quand le sujet des jugements opposés est pris ici et là dans deux sens différents. C'est ainsi, par exemple, que la notion de cause, comme causa phœnomenon^ dans la proposition : Toute causalité des phénomènes dans le monde sensible est soumise au mécanisme de ta nature, semble être en contradiction avec l'antithèse : Quelques causalités de ces phénomènes ne sont pas soumises à cette loi; mais la contradiction ne se rencontre pas ici nécessairement; car dans l'antithèse le sujet peut avoir un autre sens que dans la thèse, parce qu'il peut être conçu comme causa noumenon; et alors les deux propositions peuvent être vraies, et le même sujet peut, comme chose en soi, être affranchi de la né-
cessité physique, et par conséquent être libre par rapport à la même action. Même chose avec la notion d'un être nécessaire.
Quatrièmement. Cette antinomie de la raison pure, qui semble nécessairement aboutir au repos sceptique de la raison pure, finit par conduire, au moyen de la Critique, au progrès dogmatique de cette raison , s'il est prouvé que ce noumène , comme chose en soi , est réellement susceptible d'être connu, et même quant à ses lois, du moins dans le sens pratique du mot, quoiqu'il soit sursensible.
La liberté de l'arbitre est ce sursensible qui est déterminant par des lois morales, non seulement comme réelles dans un sujet donné, mais aussi au point de vue pratique, par rapport à l'objet, qui ne serait absolument pas susceptible d'être connu spéculativement, couijaissance qui est cependant le but propre de la fnétaphysique.
La possibilité de ces progrès de la raison par les idées dynamiques se fonde sur ce qu'en elles la composition de la liaison propre de l'effet à la cause, ou du contingent avec le nécessaire, ne peut pas être une liaison de l'homogène, comme dans la synthèse mathématique, mais que principe et conséquence, la condition et le conditionné peuvent être d'espèce différente, et qu'ainsi dans la progression du conditionné à la condition, du sensible au sursensible, comme à la condition suprême, un enjambement peut s'accomplir suivant des principes.
Les deux antinomies dynamiques disent moins que ne l'exige lopposition^par exemple comme deux propositions particulières. Elles peuvent donc être vraies toutes les deux.
Dans les antinomies dynamiques, quelque chose d'hétérogène peut être pris pour condition. — Ou a là encore quelque chose par quoi le sursensible (Dieu, fin par excellence) peut être connu, parce qu'une loi de la (iberté est donnée comme sursensible.
La fin dernière va au sursensible dans le monde (la nature spirituelle de l'âme) et à ce qui est en dehors du monde (Dieu), par conséquent à l'immortalité et à la théologie.