SOLUTION DU PROBLÊME ACADÉMIQUE
Quel progrès peat faire la Métaphyt
La Critique delà raison p] vé qu'en dehors des objets ( y avoir de connaissance thi être alors connu a priori par aucune connaissance théori par la simple raison qu'une
soumise à toutes les notions, elle, leur donne par le fait une réalité objective. Or toutes nos intuitions sont
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seosifcleSi En d'antres termes, nous ne pouvons abso*^ lument rîcii connattre de la nature d'objets sursen** sibleS) de Dieu, de notre propre liberté, de notre âme (séparée du corps). Que pourrions-nous savoir de ce principe interné de tout ce qui fait partie de l'exis^ tence de c^ choses, des conséquences et des effets par lesquels leurs phénomènes, leur principe, l'objet iflême, ne nous sont que très peu explicables!
Il ne s'a^t donc plus que de savoir si, malgré cela, il ne peut y avoir de ces objets sursensibles une connaissance pratiquement dogmatique, qui serait le troisième stade de la métaphysique et en remplirait tout le but.
Dans ce cas nous pourrions admettre la chose sursensible, non comme elle est ^u soi, mais seulement comme nous la concevons avec ses propriétés, pour être d'accord avec l'objet pratiquement dogmatique du principe moral pur, à savoir la fin dernière, qui est notre souverain bien. Nous ne rechercherions pas alors quelle peut être la nature des choses que nous nous faisons à nous-mêmes, par pur intérêt pratique encore, et qui n'ont peut-être aucune existence en dehors de ridée, qui ne sont peut-être pas possibles (quoiqu'elles n'impliquent d*ailleurs aucune contradiction) parce que nous ne pourrions que nous égarer dans l'immensité. Nous nous contentons de savoir, ce qui est conforme à cette Idée que la raison conçoit nécessairement, que ces choses président aux principes moraux des actions. C'est une connaissance et un savoir pratiquement dogmatique delà qualité de l'objet,
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avec entier désist^eent de connaissaace théorique {suspensto judicii). Il ne s'agit presque uniquement que du nom à donner à cette modalité de notre croyance, de manière qu'il ne dise pas moins (comme dans la simple opinion), ni pas plus (comme dans la vraisemblance), qu'il ne convient pour le but proposé, et ne donne gain de cause au scepticisme.
Mais une persuasion qui est une vraisemblance dont on ne peut décider en soi-même si elle repose sur des raisons purement subjectives, ou sur des raisons objectives, est opposée à la persuasion purement sentie, dans laquelle le sujet croit en avoir conscience et l'estime suffisante , quoi qu'il ne puisse pas la nommer ni par conséquent s'en expliquer clairement la liaison avec l'objet. Ni l'une ni l'autre ne peuvent être regardées comme appartenant à la modalité de ia vraisemblance dans la connaissance dogmatique , que cette connaissance soit théorique ou pratique, parce que la connaissance dogmatiqe doit avoir lieu par principes, et par conséquent êtresusceptible d'une représentation claire, intelligible et communicable.
Le mot foi peut donc convenir pour rendre cette croyance de l'opiner et du savoir comme fondée sur un jugement critique dans un but théorique, si par foi l'on entend une supposition {hypothesis) qui n'est nécessaire que comme base d'une règle pratique, objective, de la conduite. Nous voyons la possibilité de l'exécution et de l'objet en soi qui en résulte; et quoique cette connaissance ne soit pas théorique , nous y reconnaissons subjectivement la seule manière d'approprier l'exécution à la fin dernière.
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Cette foi est la croyance à ane proposition théorique par la raison pratique, par exemple : // est un Dieu. Et alors, comme la fin dernière est la tendance de nos forces au souverain bien, sôus une règle pratique absolument nécessaire, la règle morale , dont nous ne pouvons concevoir Teffet possible que sous la supposition de Texistence d'un souverain bien primitif, nous sommes obligés a priori ^^.v la raison pratique pure d admettre pratiquement ce bien.
Pour la partie du public qui n*a pas à s'occuper de la greneterie, la prévision d'une mauvaise récolte est une simple opinion, lorsque la sécheresse a régné tout le printemps ; mais la connaissance certaine de cette sécheresse est pour le marchand, quiapourbutet pour intérêt de s enrichir par ce commerce, une croyance que la récolte sera mauvaise, qu'il doit par conséquent ménager ses provisions, parce qu'il doit conclure qu'il y a là quelque chose à faire. Mais son intérêt, ses affaires exigent que la nécessité d'une détermination prise d'après les règles de la prudence ne soit que conditionnelle, tandis que celle qui suppose une maxime morale repose nécessairement sur un principe qui est absolument nécessaire.
La foi, au point de vue moralement pratique i a donc une valeur morale encore , parce qu'elle renferme une libre adhésion. Le Credo des trois articles de foi de la raison pratique pure : Je crois en un seul Dieu, comme source de tout bien dans le monde, comme sa fin dernière; — je crois à la possibilité de l'accord de cette fin dernière avec le souverain bien
MO PROCHES BB U BIÉTAPHYSiQUE
dans le inonde, autant qpi'il est dans Thomme; — je crois à une vie future étemelle, comme à k condition d'une appro^mation incessante du monde à l'égard du souTerain bien possible en lui; — ce Creda, dis-je, ^t une libre croyance sans laquelle il n'y aurait antenne valeur morale. Il ne permet donc aucun impé** ratif (aucun CréâJb), et le fondement de sa justesse n'est pas une preuve de la vérité decfô propositions coDsidérées comme théoriques. Ce n'çrt pas un eûseignement objectif de la réalité de leurs ob;^t&, réalité impossible, en efibt, par rapport au sursensible; ce n'est qu'un enseignement subjectif, d'une valeur pratique , il est vrai , et qui suffit à cet égard. 11 apprend à agir annme si nous savions que ces objets sont réels. Mode de représentation qui ne doit pas non plus être ici considéré comme nécessaire au point de vue techniquement pratique , comme théorie de la prudence (d- admettre plutôt trop que trop peu), parce qu'autrement elle ne serait pas sincère ; elle n'estsni^ cessaire qu'au point de vue moral à l'^réi^e bœqn^ nous sommes déjà obligés par nquBihiôihQS)UoqMrsiti-t4 quer, à savoir de tendre à ]IaeoôiB^àseQ£Si^>pi«|g^MBH sif du souverain bien dans le'jmoifide^ridfaîantjdDscb tout cas l^^ {te%iî4éS*jteu^P^r8Honn8}|e&xpnisiiM)lémçïilt %il9 j^o^^e IsipQçgibili*^^ çg.J^j^^^iBVi^ttft W9»?Jitf *9HS^.*>i»aWS êff .Qfej^tWIftîej^rfi^ae>libest^.i^
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DEPUIS LEIBNIZ ET WOU^* tôt
aucune contradiction. La réaction qui résulte de leur croyance sûr les principes subjectifs de la moralité et sur leur autorité, par conséquent sur Faction et Vomission, est aussi morale par Tintention.
Mais ne doit-il pas aussi y avoir des preuves théo* riques de la vérité de ces croyances, des preuves telles qu'on piûsse dire en conséquence qu'il est vraisemblable qu'il y a un Dieu , qu'il y a dans le monde un rapport moral conforme à la volonté 4e ce Dieu, d'accord avec l'idée du souverain bien, et une vie future pour chaque homme? — La réponse est que l'exprès-^ sion de vraisemblable est parfaitement absurde dans l'espèce. Car est vraisanblable {probabile) ce qui a pour soi un motif de cnédil^lité plus grand que la moitié de la raison suffisante; ce qui a par conséquent une détermination mathématique de la moralité de la croyance, oh ces moments doivent être pris comme uniformes, et où par conséquent il est possible d'approcher de la certitude. Le principe du plus ou moins appareqt [vero simile) peut, au contraire, se composer aussi de motifs hétérogènes , et dont par conséquent le rapport à la raison suffisante ne peut être connu.
Or il faut distinguer, même quant à l'espèce {Joto génère)^ le sursensible de ce qui peut être sensiblement connu, parce qu'il est au-dessus de toute con*naissance possible. Il n'y a donc pas de voie qui y conduise par là, et sur laquelle nous puissions espérer d'arriver à la certitude dans le champ du sensible. Il n'y a donc aucune approximation de la certitude , aucune croyance qui puisse avoir une vraisemblance de quelque valeur logique.
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Au point de vue théorique , nous ne pouvons pas le moins du monde arriver par les plus grands efforts de la raison à la persuasion de Texistence de Dieu, de Texistence du souverain bien, et d'une prochaîne vie future, car il n y a pour nous aucune connaissance possible dans la nature des objets sursensibles. Mais au point de vue pratique nous nous faisons ces objets mêmes, comme nous jugeons leurs idées, utiles à la fin dernière de notre raison pure. Cette fin, parce qu elle est nécessairement morale, peut bien causer Tillusion de faire regarder ce qui a une réalité subjective, à savoir pour Tusage de la liberté de l'homme (parce qu'il lui est présenté dans des actions qui sont conformes à la loi morale) comme une connaissance de Texistence de l'objet qui correspond à cette forme.
Il s'agit mainteùant d'esquisser le troisième stade de la métaphysique dans les progrès de la raison pure vers sa fin dernière. — Il forme un cercle dont la limite revient sur elle-même, et renferme un tout de connaissance sursensible en dehors duquel il n'y a plus rien de cette sorte, et qui comprend néanmoins tout ce qui peut satisfaire le besoin de cette raison. — Après donc s'être affranchie de tout ce qui est empirique, dont elle s'était toujours embarrassée dans les deux premiers stades, ainsi que des conditions de l'intuition sensible qui ne lui présentent les objets que dans le phénomène , et s'être placée au poinf de vue des idées d'où elles sont aperçues comme leurs objets en eux-mêmes , elle décrit son horizonqui, procédant d'une manière théorico-dogmatique, part de la liberté,
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comme sursensible, mais comme faculté comiaissable par le canon de la morale, revient au point de vue qui a pour objet la fin dernière, le souverain bien à réaliser dans le monde , et dont la possibilité est complétée par les idées de Dieu et de rimmortalité,et flnit parla confiance qu'inspire la moralité môme d y réussir. De cette manière celte notion reçoit une réalité objective, mais pratique.
Vouloir prouver théorico-dogmatiquement ces propositions : Il y a un Dieu ; il y a dans la nature du monde une disposition primitive, quoique incompréhensible, à raccord avec la finalité morale; il y a enfin dans Tàme humaine une disposition qui la rend capable d'un progrès constant dans cette voie; vouloir prouver ces propositions , disons-nous , c'est se jeter dans rinfini, quoiqu'en ce qui regarde la deuxième proposition , Texplication qu on en donne par la finalité physique qui se rencontre dans le monde puisse être très favorable à une finalité morale. 11 faut en dire autant de la modalité de la croyance, de la connaissance et du savoir présumé , en quoi Ion oublie que ces idées, œuvre arbitraire de nous-mêmes, et nullement dérivées des objets, n aboutissent qu'à légitimer théoriquement la croyance (Anhehmen) de la finalité rationnelle, et même à raffermir au point de vue pratique.
De là aussi la conséquence remarquable que le progrès de la métaphysique dans son troisième stade, dans le champ de la théologie, est le plus facile de tous, par la raison qu'il tend au but final. Et quoiqu'ici la mé-
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tapbysîque s'occupe du sursensible, elle n'est cepen^ daat pas transcendante (ueberschwaenglich); elle est, au contraire, aussi accessible au sens commun qu'aux philosophes; à tel point que ceux-ci sont obligés d6 s'orienter sur oelui-là^ pour ne pas s'égarer dans le transcendant ( Uebersckwaengliche) '. La philosophie a cet avantage, comme théorie de la sagesse, sur elle-même, comme science spéculative, de ne procéder que de la raison pratique pure, c est-à-dire de la morale, en tant qu'elle part de la notion de libe^té^ comme d'un principe sursensible, il est sable a priori.
La vanité de toutes sique pour s'étendre t ce qui regarde sa fin i mièrementy par rapporl ture divine, comme s condementy par rapport
dans le monde, où et par lequel le souverain bien dérivé doit être possible ; troisièmement^ par rapport à la connaissance de la nature humaine, en tant qu'elle est naturellement appropriée à ce progrès d'accord avec la suprême fin : la vanité, dis-je, de toutes les tentatives *de ce genre jusqu'à la fin de la période de Leibniz et de Wolf ; l'insuccès nécessaire de toutes les tentatives de ce genre qui pourraient être fautes en* core, doit prouver maintenant qu'il n'y a pas de salut pour la métaphysique par la méthode théorico-dogmatique; qu'elle n'atteindra pas ainsi sa fin suprêmCi et que toute connaissance soi-disant transcendante
DEPUIS LEIBNIZ ET WOIT. âSS
dans ce champ, est par conséquent tout à fait vaine.
Théorie transcendante, .
La raison veut, en métaphysique, se faire une notion de lorigine de toutes choses, de l'être premier [ens origmarium),ei de ses quah'tés intrinsèques. Elle commence subjectivement par la notion primitive {concep- [uelque chose en général {realitace dont la notion en soi représente înce de ce dont la notion répré- Seulement, pour concevoir objecr onditionné dans cet être premier, elui-ci comme contenant le tout lité [ens realissimum). Elle en dé- 3tion universellement; ce que ne peut faire aucune autre notion. Quant à la possibilité d'un tel être, elle ne fait, ajoute Leibniz, aucune difficulté de la prouver, parce que des réalités , comme pures affirmations, ne peuvent se contredire, et que ce qui est concevable, c*est-à-dire tout ce dont on a la notion est aussi une chose possible, par le fait que la notion n'est pas contradictoire. Sur quoi cependant la raison, conduite par la Critique, pourrait bien hésiter.. La métaphysique a bien du bonheur si par hasard elle ne prend pas ici de simples notions pour des choses, et des choses, ou plutôt leurs noms, pour des notions, et si, par le fait, elle ne raisonne pas entièrement dans le vide.
A là "vérité, quand nous voulons nous faire une no-
tion a priori d'une chose en général, une notion ontologique par conséquent, nous mettons toujours en principe, dans notre pensée, comme notion première, celle d*un être universel, Têtre le plus réel de tous; car une négation, comme détermination d'une chose, n*est jamais qu'une représentation dérivée , parce qu'on ne peut la concevoir comme retranchement [remotio) sans avoir auparavant conçu la réalité qui lui est contraire comme quelque chose qui est posé {posiiio, seu realé). Ainsi quand nous convertissons cette condition subjective de la pensée en condition objective de la possibilité des choses mêmes, toutes les négations doivent être considérées comme de simples limites de la notion universelle [Allinbegriff!^) des réalités; toutes les choses, à l'exception de cellelà seule qui est la raison de leur possibilité, ne doivent donc être regardées que comme dérivées de cette dernière.
. Celle-ci seule, dont on s'étonne que la métaphysique se soit ensorcelée à ce point, est le souverain bien métaphysique. Elle contient ïa matière propre à faire toutes les autres choses possibles, comme le bloc de marbre sert à faire des statues de toutes sortes, qui ne sont toutes possibles que par limitation (séparation de tout le reste d'avec une certaine partie du tout^ par conséquent par négation). Ainsi le mal moral ne se distingue du bien dans le monde que comme l'élément formel des choses, de même que les ombres dans la lumière solaire qui inonde l'univers, et les êtres qui composent le monde ne sont mauvais que parce qu'ils
De sont ^ue des parties et Don le tout. Mais ils sont en partie réels,>en partie négatifs. Par cette construction'' d'un monde, ce Diev métaphysique (le realissimum) semble bien être identique avec le monde (malgré toutes les protestations contre le spinozisme) comme un être tout existant.
Mais passons sur toutes ces objections, et voyonâ les prétendues preuves de l'existence d'un tel être, qui par cette raison peuvent être appelées ontologiques.
Il n y a que deux arguments; il' ne peut y en avoir dayantage. — Ou Ton conclut de la notion de Fêtre souverainement réel à son existence, ou de Texistence nécessaire de quelque chose à une notion déterminée que nous avons à nous en faire.
Le premier argument conclut ainsi : un être souverainement parfait mélaphysiquement doit nécessairement exister, car s'il n'existait pas il lui manquerait une perfection, Texistence,
Le second argument conclut à l'inverse : un être qui existe comme être nécessaire doit avoir toute perfection, car s'il n'avait pas en soi toute perfection (réalité), il ne serait pas universellement déterminé a priori par sa notion, et, en conséquence, ne pourrait pas être conçu comme être nécessaire.
Le défaut de solidité de la première preuve, dans laquelle l'existence est conçue comme un^ détermination particulière en dehors de la notion d'une chose et ajoutée à cette chose, quand cependant la simple position de la chose avec toutes ses déterminations, en quoi cette notion n'est par conséquent pas étendue, —
ce défaut de solidité, dis-je, est si frappapl que l'o^ ne peut se tenir à cette preuve, qui d'ailleurs semble déjà être abaodonnée par les métaphysiciens comme insoutenable.
La conclusion de la seconde preuve est plus spécieuse en ce qu elle essaie d'étendre la connaissance non par de simples notions a priori, mais par expérience, quoique par expérience en général seulement : il existe quelque chose. Et comme toute existence doit 0tre ou nécessaire ou contingente, et que l'existence contingente suppose toujours une cause qui ne peut avoir sa pleine raison que dans un être non contingent, par conséquent dans un être nécessaire, il existe donc quelque être de cette dernière espèce.
Or comme nous ne pouvons connaître la nécessité de Texistence d'une chose, comme en général toute nécessité, qu'à la condition d'en dériverTexistence de notions a priori, et que la notion de quelque chose d'existant est celle d'une chose universellement déterminée, la notion d'un être nécessaire est celle qui contient en même temps l'universelle détermination de cette chose. Or nous n'avons qu'une seule notion de ce genre, celle de l'être souverainement réel [allerrealesten). Donc l'être nécessaire est celui qui contient toute réalité, que ce soit comme principe ou comme ensemble.
C'est un progrès de la métaphysique par la porte de derrière. Elle veut démontrer a priori, et cependant elle met en principe une donnée empirique, qu'elle emploie comme Archimède son point fixe en dehors
de la terre (mais ici il est sur la terre) pour y appuyer son levier, et élever la connaissance jusqu'au sursenslbie.
Mais si Ion accorde la proposition qu'il existe quelque chose d'absolument nécessaire, quoiqu'il soit certain que nous ne nous faisons aucune notion d'une chose existant à ce titre, et qu'ainsi nous ne puissions point la déterminer comme telle par rapporta sa qualité naturelle (car les prédicats analytiques, c'est-àdire ceux qui sont identiques à la notion de nécessité, par exemple Timmuabilité, l'éternité, et même la simplicité de la substance, ne sont pas des déterminations, et Tunité 4'un tel être ne peut par conséquent pas être démontrée) ; — si, dis-je, l'on se tient mal à propos à la tentative de s'en faire une notion, la notion de ce Dieu métaphysique n'est toujours qu'une notion vide et vaine.
Or il est absolument impossible de donner une notion déterminée d'un être qui soit de telle nature qu'il y ait contradiction si je le fais disparaître par la pensée, encore bien que je le considère comme le tout de la réalité. Car une contradiction n'a lieu dans un jugement qu'autant que j'y retranche un prédicat, tout en maintenant dans la notion du sujet quelque chose qui est identique au prédicat retranché ; ce qui n'arrive jamais si je supprime la chose avec tous ses prédicats, et que je dise, par exemple : Il n'y a pas d'être souverainement réel .
Nous ne pouvons donc nous faire absolument aucune notion d'une chose rigoureusement nécessaire
comme telle. (La raison en est que c'est une simple notion de modalité, qui ne contient pas le rapport à l'objet comme propriété delà chose, mais uniquement la liaison de sa représentation avec la faculté de connaître.) Nous ne pouvons donc pas du tout conclure de son existence supposée aux déterminations qui en étendent notre connaissance plus loin que la représentation de son existence nécessaire, et qui puissent par là fonder une espèce de théologie.
La preuve appelée cosraologique par quelques-uns, mais transcendantale en réalité ( quoiqu'elle admette l'existence d'un monde), quoiqu'elle puisse être ramenée à l'ontologie, retombe dans le néant, comme la précédente, puisqu'elle ne veut rien conclure de la propriété d'un monde, mais seulement de la supposition de la notion d'un être nécessaire, par conséquent d'une notion rationnelle pure a priori.
Progrès de la Métaphysique vers le sursensible depuis le temps de Leibniz et de Wolf.
Le premier pas du progrès de la métaphysique vers le sursensible qui est le fondement de la nature, comme condition suprême de tout ce qui Qst conditionné en elle, est donc la base de la théorie. Il conduit à la théologie, c'est-à-dire à la connaissance de Dieu, quoique d'après l'analogie de la notion de Dieu avec celle d'un être intelligent comme principe premier de toutes choses essentiellement distinct du monde. Cette théorie procède de la raison, non pas dans le sens théorico-dogmatique, mais uniquement dans le sens pu-
rementpratico-dogmatîque, c'est-à-dire subjectivement moral, ce qui veut dire qu'elle n'est pas destinée à servir de base aux lois de la moralité , ni même à donner un fondement à s^ 6n dernière , car la moralité sub-*siste par elle - même , mais qu'elle sert à concevoir l'idée du souverain bien possible dans un monde, bien qui, considéré objectivement et théoriquement, dépasse notre faculté d atteindre une réalité à cet égard, par conséquent au point de vue pratique. En ce sens, la simple possibilité de concevoir un tel être suffit, et un progrès vers ce sursensible est une connaissance qu'on peut en avoir, mais au point de vue praticodogmatique.
C'est donc un argument qui suffit à prouver l'existence de Dieu, comme être moral, et pour le faire accepter par la raison humaine, en sa qualité de raison moralement pratique. Il peut fonder une théorie du sursensible, mais seulement comme acheminement pmtico-dogmatiqueà ce terme. Ce n'est donc pas proprement une preuve de l'existence de Dieu dans le sens absolu du mot [simpliciter) , mais seulement à certain égard {secundum quid)^ à savoir par rapport à la fin suprême de l'homme moral. Il est donc tout simplement raisonnable de Y admettre si l'homme, en conséquence d'une idée qu'il se fait à lui-même par suite de ses principes moraux, tout comme s'il la tirait d'un objet dojmé, a le droit d avoir une influence sur ses résolutions.
Cette théologie n'est sans doute pas une théosophie^ c'est-à-dire une connaissance de la nature divine, qui
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est inaccessible , mais c'est une connaissaiice d'un principe de détermination inscrutable de notre volonté f principe que bous ne trouvons pas suffisant en nous seuls pour sa fin suprême, et qu en conséquence nous admettons dans un autre au-dessus de nous, Fêtre suprême, pour lui donner par Tidée d'une nature sursensible, 0n vue de laccomplissement de ce qui lui est prescrit par la raison pratique, le complément de la théorie encore défectueuse.
L'argument moral pourrait donc s'appeler argumentum xar àv8p«ictav valable pour des hommes, comme êtres raisonnables en général, et non à titre de façon de penser, éventuellement admis pour tel ou tel homme. Il doit donc se distinguer de l'argument théorico-dogmatique xaf' àX^Gitov qui affirme assurément plus , comme certain , qu'il n'est donné à l'homme dô savoir.
Prétendu progrès théorico-dogmatique en Uiéobgie morale pendant la période de Leibniz et de Wolf.
Aucune division particulière n'a été faite, il est vrai, pour ce degré du J)rogrès de la métaphysique dans cette partie de la philosophie; il se rapporte tout entier à la théologie et au chapitre de la théologie qui traite de la fin dernière de la création, fin qui est, dans ce système, ia gloire de Dieu. Or, on ne peut entendre par là qu'une liaison finale dans le monde réel, qui, prise dans son ensemble, est le plus grand bien pos-
DBPUIS U^IBIflZ BT WOLT. SSS
sible dans un monde, la suprême condition téléologique de son existence, et qui le rend digne dune divinité, comme auteur moral du monde.
Or la suprême, sinon Tentière condition de la perfection du monde , est la moralité des êtres raisonnables. Cette moralité tient à son tour à la notion de liberté dont ces êtres doivent avoir conscience, comme d'une spontanéité inconditionnée, pour qu'ils puissent être moralement bons. Or il est absolument impossible, sous cette condition, de les admettre théoriquement, d après cette finalité, comme êtres créés , soumis par conséquent à la volonté d*un autre, comme on peut attribuer des êtres naturels privés de raison à une cause distincte du monde, et par conséquent concevoir cette cause comme douée d'une perfection physico-téléologique intimement diversifiée. Au contraire, la cause moralement téléologique , qui doit avoir originairement sa raison dans Thomme même, ne peut être l'effet, ni par conséquent la fin qu'un autre peut se proposer.
L'homme ne peut donc point s'expliquer théoricodc^matiquement la possibilité de la fin dernière à laquelle il doit tendre, mais qu'il n'a pas entièrement à sa puissance, puisqu'en donnant la réalisation physique de cette fin pour base à cette théologie, il fait disparaître la moralité, qui est cependant la principale affaire dans cette fin dernière. Mais s'il donne une base morale à tout ce qui est fin dernière, ce qui fait que la liaison du physique avec le souverain bien, qui en est la fin suprême, ne peut être dissoute, il regrette
DigitizecLby VjOOÇIC
394 PROGRÉS DU U MÉTAI^ftStQUË
ce qui pourrait subvenir à rimpuîssance où il se trouve de réaliser cette fin. Il lui reste cependant un principe pratiquement dogmatique pour s'élever à ce* idéal de la perfection cosmique; c'est, malgré l'objection tirée du cours du monde comme phénomène contre ce progrès, d y admettre, comme objet en soi, une liaison moralement téléologique, qui tend à la fin dernière, comme au terme sursensible de sa raison pratique, le souverain bien conçu d'après un ordre naturel qu'il ne comprend pas.
Aucune théorie ne l'autorise à admettre que le monde, en somme, va toujours au meilleur. Il doit cette croyance à la raison pratique qui prescrit dogmatiquement d'agir suivant cette hypothèse , et qui se fait, en conséquence de ce principe, une théorie h laquelle il ne peut Subordonner à cet égard que la pensée [Denkbarkeit). Ce qui ne suffit pas théoriquement pour prouver la réalité objective de cet idéal, tant s'en faut,' mais au point de vue moralement pratique, la raison s'en contente.
Ce qui est impossible théoriquement, à savoir le progrès de la raison jusqu'au sursensible du monde où nous vivons [mundus noumenon)^ jusqu*au souverain bien dérivé, est donc réel au point de vue pratique pour donner à la conduite de l'homme ici-bas comme une direction vers le ciel, c'est-à-dire que le monde peut et doit être conçu par analogie d'accord avec la téléologie physique que la nature nous fait observer (indépendamment aussi de cette perception) a priori, comme déterminé; d'accord avec l'objet de la téléo-
IHSPOiS UEIBNIZ ET WOLF.
ipgie morale , à savoir la un dernière de toutes choses suivant les lois de la liberté, pour s'élever à l'idée du souverain bien. Ce bien, comme produit moral, veut que Thomme même en soit lauteur (dans les limites de son pouvoir). Sa possibilité ne s'explique pas théoriquement, comme le croyaient Leibniz et Wolf, ni par la création qui suppose un auteur extérieur, ni par une connaissance de la faculté qu'aurait l'homme de se conformer à cette fin ; c'est une notion transcendantale {uebersckwaenglicker), mais réelle au point de vue pratico-dogmatique, et sanctionnée par la raison pratique pour notre devoir.
Prétendu progrès théorico-dogmatique de la métaphysique en psychologie pendant la période Leibnizo-V^olfienne.
La psychologie n'est et ne peut être pour l'esprit humain que de l'anthropologie, c'est-à-dire qu'une connaissance de l'homme, restreinte à la condition qu'il soit un objet du sens intime. Mais il a également conscience d'être un objet des sens externes, c'est-àdire d'avoir un corps auquel est uni l'objet du sens intime qu'on appelle l'âme de l'homme.
On prouve rigoureusement qu'il n'est pas tout entier corporel, si ce phénomène est considéré comme une chose en soi, parce que l'unité de la conscience qui doit nécessairement se repcontrer dans, toute connaissance (par conséquent aussi en soi-même), ne permet pas que des représentations qui seraient distri-
buées entre plusieurs sujets constituent l'unité de la pensée; Le matérialisme ne peut donc jamais servir de principe pour expliquer la nature de notre âme.
Mais si nous ne considérons des corps et des âmes que comme des phénomènes^ ce qui n'est pas impossible, puisque ce sont deux objets des sens, et que nous fassions attention que le noumène, qui sert de fondement à tout phénonrène, c'est-à-dire Tobjet extérieur comme chose en soi, peut être un être simple.... (!)
Mais si l'on passe sur cette difficulté, c'est-à-dire si âme et corps sont admis comme deux substances spécifiquement différentes, il est impossible à la philosophie, surtout à la métaphysique, de décider delà part el de Tétendue de cette part qui revient à l'âme ou au corps dans les représentations du sens intime; et même dans le cas oîi Tune de ces substances serait séparée de l'autre, l'âme ne perdrait pas ateolument toute espèce de représentations (intuition, sensation et pensée).
Il est donc absolunaent impossible de savoir si, après la mort de l'homme, lorsque son torps est décomposé, l'âme, malgré la permanence de sa substance, peut continuer de vivre, c'est-à-dire de penser et de vouloir; c'est-à-dire encore si elle est un esprit (car on entend par ce mot un être capable d'avoir conscience de soi-même et de ses représentations sans un co ou si elle ne l'est pas.
(i) Place resiée en blanc dans le manuscrit.
DBPCIS LKIBNIZ BT WOLF. 397
La métaphysique de Leibniz et de Wolfa prétendu sans doute nous démontrer là-dessus d'une manière théorico-dogmatique I)eaucoup de choses, c'est-à-<]ire non seulement la vie future de Fâme, mais jusqu'à Timpossibilité de la perdre par la mort de Ffaomme, c'est-à-dire encore son immortalité; mais elle n'a convaincu personne. On voit plutôt a priori qu'une telle preuve est impossible, parce que l'expérience interne est ce par quoi seul nous pouvons nous connaître nous-mêmes, et que toute expérience ne peut être conçue que dans la vie, c'est-à-dire si l'âme et le corps sont encore unis. Nous ignorons donc absolument ce que nous pourrons être et faire après la mort; nous ne pouvons point connaître la nature de l'âme séparée. Si donc on croyait pouvoir essayer de mettre par la pensée hors du corps l'âme qui l'anime encore^ on ne ressemblerait pas mal à quelqu'un qui prétendait se voir dans une glace les yeux fermés, et qui répondît à un curieux qui lui demandait ce qu'il entendait faire par là : Je voulais seulement savoir comment je vois quand je dors.
Mais au point de vue moral, nous avons une raison suffisante d'admettre la vie de l'homme après la mort ^a fin de la vie terrestre), même pour l'éternité, par conséquent l'immortalité de l'âme ; et cette doctrine est un pas vers le sursensible, c'est-à-dire vers ce qui n'est qu'une simple idée, et qui ne peut être un objet dé l'expérience, mais une idée objective, quoiqu'elle n'ait de réalité valable qu'au point de vue pratique. L'aspiration au souverain bien, comme fin dernière,
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porte à croire une durée proportionuée à cette infinité, et tient insensiblement lieu de ce qui manque à la preuve théorique ; si bien que le métaphysicien ne s'aperçoit pas de l'insuffisance de sa théorie , parce que Tinfluence morale lui dissimule secrètement le défaut d'une connaissance qu'il croit tirée delà nature des choses, et qui est impossible dans ce cas.
Tels sont donc les trois degrés de la marche de la métaphysique vers le sursensible, qui en est la fin par excellence. Elle s'est donné jusqu'ici la peine inutile de vouloir l'alteîndre par la voie de la spéculation et de la connaissance théorique, et cette science a été le tonneau sans fond des Danaïdes. Ce n'est qu'après que les lois morales ont eu dévoilé le sursensible dans l'homme, la liberté, dont aucune raison ne peut^pliquer la possibilité , mais dont la réalité peut être prouvée dans les théories pratico-dogmatiques ; ce n'est que depuis lors, dis-je, que la raison a pu justement prétendre à une connaissance du sursensible, mais dans les limites de l'usage indiqué par une certaine organisation de la raison pratique pure. Alors le sujet de la législation universelle, comme auteur du monde, dune part, l'objet de la volonté des êtres cosmiques, comme fin dernière conforme à cette volonté, et autre part ; en tromèfne lieu, l'état de ces êtres, où seulement ils pourront atteindre ce souverain bien, sont des idées pratiquement spontanées, mais qu'il ne faut pas du tout établir théoriquement , parce qu'au-
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trement elles font, de la théologie une théosophie, de latéléologie morale une mystique, et de la psychologie une pneumatique, et qu'ainsi des choses dont nous pourrions cependant tirer quelque profit, au point de vue pratique, pour la connaissance, se perdent dans un indéfini [Ueberschwaengliche) ^ oti elles sont et restent complètement inaccessibles à notrQ raison.
La métaphysique n'est donc en cela même que ridée d une science comme système qui peut et doit être construit après Texéculion de la critique de la raison pure, dont on a maintenant les matériaux et le plan : c'est un tout qui, pareil à la logique pure, n'est susceptible d'aucun accroissement et n'en a pas besoin. C'est un lieu qui doit toujours être habité et tenu proprement, si des araignées et des syhains, qui ne manquent jamais d'y chercher place , ne parvien** nent pas à s'y nicher, et à le rendre inhabitable à la raison.
Cet édifice n'est pas non plus très spacieux ; mais on aurait besoin, pour l'élégance, qui consiste ici dans la précision, sanç préjudice pour la clarté, de la réunion des efforts et du jugement de différents artistes, pour lui donner une forme éternelle et immuable. Ainsi se trouverait pleinement résolu le problème de l'Académie royale, non seulement d'énumérer les progrès de la métaphysique, mais d'en mesurer encore le stade parcouru dans la nouvelle époque critique.
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APPENDICE m gniae de coup d'œil général.
Si un système est tel, premièrement, que chacun de ses principes y soit démontrable en soi; secondement, que, si Ton prend même soin de sa régularité, il conduise aussi, et inévitablement, comme simple hypothèse, à tous ses autres principes, comme conséquences , on ne peut rien désirer de plus pour en connatlre la vérité.
Or c'est ce qui arrive réellement avec la métaphysique, quand la critique de la raison en observe soigneusement tous les pas, et qu'elle se demande où ils akoutissent.il y a deux pivots autour desquels elle tourne : premièrement, la théorie de Fidéàlîté de FespB.ee et du temps, qui vise, par rapport à la théorie des principes, au sursensible, mais pour nous le montrer comme simplement en dehors de notre connaissance possible, tandis qu'elle est théorico-dogmatique en restant sqr la voie qui la conduit au but , où il s agit pour elle de la connaissance a priori des objets des sens; secondement, la théorie de la réalité de la notion de liberté, comme notion d'un sursensible susceptible d'être connu ; en quoi la métaphysique n'est cependant que pratiquement dogmatique. Mais ces deux pivots sont comme enfoncés dans le poteau de la notion rationnelle de l'inconditionné dans la totalité de toutes les conditions coordonnées entre elles, où doit s*évanouir l'apparence qui opère une antinomie
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un nom. Mais la possession qu'on lui destinait en la constituant, et qui ne regarde que son but, et non celle qui a pour objet les moyens de 1 atteindre, est celle dont on demande compte aujourd'hui, lorsque TAcadémie veut savoir : Si cette science a fait des progrès réels.
La métaphysique contient dans Tune de ses parties (lontologie) des éléments de la connaissance humaine a priori tant en fait de notions que de principes, et doit, d après le but qu'elle se propose, les contenir. Mais sa partie de beaucoup la plus considérable trouve son application dans les objets d'une expérience possible ; telle est, par ^exemple, la notion d'une cause, et le principe du rapport de tout changement à cette cause. Mais jamais on n'entreprit dans l'intérêt de la connaissance de ces objets de l'expérience, une métaphysique où ces principes soient bien expliqués, quoique souvent ils soient si mal prouvés par des principes a priori ^ que si l'inévitable procédé de l'entendement d'après ces principes toutes les fois que nous jugeons en matière expérimentale, et si une expérience qui leur donne continuellement raison, ne faisaient pas mieux, on aurait mauvaise opinion de ce principe par preuves rationnelles. On se serttou* jours de ces principes en physique (si Ton entend par là, en prenant le mot dans son acception la plus générale, la science de la connaissance rationnelle de tous les objets de l'expérience possible), comme s'ils rentraient dans la circonscription (de la phyisique), sans les en séparer, sous prétexte qu'ils sont des principes
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a priori, et sans en faire une science particulière, parce que le but qu'on se proposait en les étudiant ne se rattachait qu'aux objets de l'expérience, à l'égard desquels seulement ils poutaient nous être expliqués; mais ce n'était pas là le but propre de la métaphysique. On n'aurait donc jamais songé, pour cet usage de la raison, à une métaphysique comme science distincte, si la raison n'y avait attaché un intérêt supérieur. A cet égard, la recherche et la liaison systématique de toutes les notions élémentaires qui servent de fondement à notre connaissance a priori des objets de l'expérience, n'était qu'une préparation.
Le vieux nom de cette science furà xà fu^uca, est déjà un signalement du genre de connaissance auquel elle visait. On veut par son moyen s'élever au-dessus de tous les objets d'une expérience possible [trans physicarri)^ pour connaître, si faire se peut, ce qui n'en peut absolument pas être un objet. La définition de la métaphysique, suivant le but proposé, qui contient la recherche et une science de cette nature serait donc : Une science de s'élever de la connaissance du sensible à celle du sursensible (je n'entends ici par sensible que ce qu^ peut être un objet de l'expérience). On fera voir plus tard que tout ce qui est sensible est pur phénomène, et non l'objet de la représentation en soi. Or comme le fait n'est possible que par des principes empiriques de connaissance, la métaphysique contiendra des principes a priori, quoique les mathématiques en aient également, mais qui ne se rapportent jamais qu'à des objets d'une intuition ^^^/â/^,^ possible (ou
réelle), qui ne peut pas servir à s'^ever au sursensible. De sorte que la métaphysique diflfère des mathématiques en ce qu'dle est considérée comme une science philosophique qui est un ensemble de la connaissance rationnelle par notions a priori (sans leur construction). Comme enfin, pour étendre la connaissance au-delà des limites du sensible, il faut avant tout une pleine connaissance de tous les principes a priori qui sont appliqués au sensible, la métaphysique, si Ton veut la caractériser , non pas tant par son but que par les moyens d'arriver à une connaissance en général par des principes a priori^ c'est-àdire d'après la simple forme de son procédé, doit être définie le : système de toute connaissance rationnelle pure des choses par des notions.
Or, on peut prouver avec une entière certitude que jusqu'à Leibniz et Wo//* inclusivement, la métaphysique n'a pas fait la moindre acquisition par rapport à son but essentiel, pas même celle de la simple notion de quelque objet sensible, au point d'avoir pu prouver en même temps théoriquement la réalité de cette notion, ce qui eût été le plus petit progrès possible vers le sursensible, auquel cependant eût toujours manqué la connaissance de cet objet en dehors de toute expérience possible. Quoique la philosophie transcendantale, en ce qui regarde ses notions a pnbn (qui valent pour des objets d'expérience) , eût reçu par-ci par-là quelque extension, comme <;ette extension n'est pas celle qu'ambitionne la métaphysique, on ne peut dire avec raison que cette science ait fait jusqu'à
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cette époque quelque progrès dans le sens de sa destination.
Nous savons donc de quels progrès de la métaphysique il s'agit dans la pensée de l'Académie, et nous pouvons distinguer la connaissance a priori dont l'examen n'est qu'un moyen, — celle, à savoir, qui, toute fondée qu'elle e^t a priori, peut cependant trouver dans l'expérience les objets de ses notions, qui dès lors ne comprend pas la fin de la métaphysique, — par opposition à celle qui constitue cette fin, ou dont l'objet dépasse toutes les bornes de l'expérience, et à laquelle la métaphysique, copfimençant par la première, conduit moins encore qu'elle ne la veut dépasser, puisqu'elle en est séparée par un abtme immense. Aristote^ avec ses Catégories, se tient presque uniquement à la pre* mière, Platon, avec ses Idées, tend à la seconde. Mais , après cet ^amen préliminaire de la matière dont s'occupe la métaphysique, la forme qu'elle doit suivre doit aussi nous occuper.
La seconde chose demandée implicitement par la question de l'Académie royale, c'est de prouver que les progrès que la métaphysique peut se flatter d'avoir faits sont réels. Dure exigence, qui ne peut que mettre dans l'embarras les nombreux soi-disants conquérants dans cette région, s'ils veulent la comprendre et y réfléchir.
En ce qui concerne la réalité des notions élémentaires de toute connaissance a priori qui peuvent trouver leui:s objets dans l'expérience, ainsi que les prîn-; cipes par lesquels ces objets peuvent être subsumés à
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C68 notions, l'expéFÎence même peut servir de preuve à leur réalité, quoiqu'on ne voie pas comment, sans être dérivées de Texpérience, elles peuvent avoir leur origine dans l'entendement pur, par conséquent a ^priori; par exemple, la notion d'une substance, et la proposition que dans tous les changements la substance reste, que les accidents seuls arrivent ou passent. Le physicien admet sans hésiter que ce pas de la métaphysique est réel, et non purement imaginé, car il en fait usage avec un entier succès dans toute contemplation de la nature, procédant par expérience, assuré qu'il est de n'être contredit par aucun fait, non point parce qu'une expérience ne lui a jamais donné de démenti jusqu'ici, quoiqu'il ne puisse pas prouver non plus comment ce principe doit se ren- ['entendement, mais parce que ir dont l'entendement ne peut me expérience.
! le propre de la métaphysique [•re de touche pour éprouver la iu champ de l'expérience posla connaissance par celte noiissance est réelle ; cela, dis-je, pourrait presque désespérer le métaphysicien le plus résolu, pourvu seulement qu'il entendît ce qu'on lui demande. Car s'il s'élève au-dessus de la notion par laquelle il peut simplement concevoir des objets mais sans pouvoir les prouver par aucune expérience possible, et si cette pensée n'est possible que parce qu'elfe saisit la notion de telle sorte qu'elle ne s'y contredit
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point; alors il peut concevoir tout ce qu'il voudra, avec la certitude qu'il ne rencontrera aucune expérience qui le contredise, parce qu'il a, imaginé un objet, par exemple un esprit, avec une détermination telle qu'il ne peut être absolument aucun objet de Texpérience. En effet, peu lui importe qu'aucune expérience particulière ne confirme son idée, puisqu'il a voulu concevoir une chose avec des déterminations qui s'élèvent au-dessus de toutes les bornes de l'expérience. De pareilles notions peuvent donc être tout à fait vaines, et par conséquent les propositions qui en admettent les objets comme réels entièrement erronées; et il n'y a cependant aucune pierre de touche propre à découvrir cette erreur.
La notion même du sursensit s'intéresse à tel point que la mé général, au moins comme tentai a toujours été et sera toujours, une réalité objective, ou une si qui, par la même raison, ne pe quement par aucune épreuve o vérité, on n'y trouve pas de c( d'un autre côté, tout ce qui est et qui peut être n'est pas non plus un objet de l'expérience possible, on ne saurait établir ou contredire par aucune preuve que cette notion du sursensible soit capable de fonder qu'elle ne soit pas en général parfaitement vide, et que le prétendu passage du sensible au sursensible n'en soit par conséquent pas trop éloigné pour qu'on puisse le réputer réel.
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Mais a?ant ^ue la mélapbysique soit parvenue à faire cette distinction , elle confond des Idées qui peuvent avoir seulement pour objet le sursensible, avec des notions a priori, avec lesquelles cependant las objets de Teipérience sont d'accord, puisqu'elle n'a pas eu ta pensée que l'origine de ces Idées pouvait être différente d'autres notions pures a priori. D'où il est arrivé une chose particulièrement remarquable dans l'histoire des aberrations de la raison humaine, c'est que cette rsdson s'étant reconnue capable d'acquérir une grande étendue de connaissances fljBrebn de ce qui peut être un objet d'une expérience possible (non seulement en physique, mais aussi en mathématiques), et qu'ayant démontré ^ar le fait la réalUé de ces progrès, elle n'ait pii voir pourquoi elle ne peut pénétrer avec bonheur plus avant à l'aide de ses notions a priori^ c'est-à-dire jusqu'aux choses ou à leurs propriétés.
Mais un autre phénomène remarquable a dû enfin tirer la raison du sommeil auquel elle se livrait sur l'oreiller d'un savoir qu'elle croyait étendre par des Idées en dehors de toutes les bornes d'une expérience possible; c'est la découverte que les propositions a priori qui se bornent à l'expérience, non seulement forment un tout d'un bel ensemble, mais constituent également un système de la connaissance de la nature à priori, tandis que celles qui dépassent les limites de Texpérience, quoiqu'à la vérité elles semblent être d'une origine semblable, sont en partie opposées entre elles, en partie contraires à celles qui se rapportent
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à la connaissance de la nature, et se détruisent les unes les autres; elles semblent ainsi enlever à la raison toute confiance en matière théorique, et introduire un scepticisme illimité.
A ce mal pas donc d*autre remède que de soumettre la raison pure elle-même, c est-à-dire la faculté générale de connaître quelque chose a priori , à une critique précise et détaillée, de telle façon que la possibilité d'une véritable extension de la connaissance par cette faculté, en ce qui r^arde le sensible, soit reconnue et qu'il en soit de même pour le sursensible; ou, si l'extensioîi de la connaissance à cet égard ne devait pas être possible ici, que la limitation soit établie, et qu'en ce qui touche l'intelligible comme fin de la métaphysique, la possession dont elle est capable ne soit pas assurée par des preuves qui se sont trouvées si souvent trompeuses, mais par une déduction du droit de la raison à l'égard de ces déterminations. Les mathématiques et la physique, autant qu'elles contiennent une connaissance pure de la raison, n'ont besoin d'aucune critique de la raison humaine en général. En effet, l'épreuve de la vérité de leurs propositions est en elles-mêmes, parce que leurs notions ne vont pas au-delà des objets correspondants qui peuvent être donnés par l'expérience, au lieu qu'en métaphysique elles sont destinées à un usage qui doit dépasser ces limites, et s'étendre à des objets qui ne peuvent absolument pas , du moins dans la mesure de l'usage ambitionné pour la notion, être donnés en accord avec ellOi
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