LA PHILOSOPHIE EN GÉNÉRAL
Il y a trop de désaccord sur la question de savoir ce qu'il convient d'entendre par le mot pratique, et ce désaccord est en même temps trop préjudiciable à la constitution de la science, pour que ce mot puisse être introduit A^xï^yme philosophie pratique. On a cru pouvoir ranger dans cette philosophie la science du gou-
(1) En donnant ici ce dernier fragment^ j'aurai réuni dans ce volume tous les écrits de Kant qui se rapportent directement à la Critique de la raison pure^ et qui furent composés par Fauteur depuis la première édi- • tion de cet ouvrage. M. Rosenkranz en fait cet historique : « Le professeur Sigism. Beck^ qui enseigna en dernier lieu à Rostock, donna de 1793 à 1794, à Riga, un abrégé explicatif de la philosophie critique de Kant en deux volumes in-8o. (De 1794 à 1796 il fit paraître deux autres volumes, destinés à justifier le criticisme contre les objections de Reinhold). Kant lui avait adressé pour cette publication une introduction, mais si longue que Beck dut la remanier pour Tabréger. C'est ce travail que nous reproduisons sous le titre ci-dessus. Il avait déjà été recueilli par Starke dans ses Mélanges, p. 223-262; nous ne pouvions donc pas marche du traité est, à quelques modifications près, la mén que dans la préface à la Critique du Jugement, qui parut Texécution présente naturellement de grandes différences, ressaut de voir comment Kant savait varier un seul et : Nous n'avons qu'un mot à ajouter à cela; c'est que le rc Beck n'a pas dû contribuer à rendre la pensée de Kant plus cette retouche serait encore regrettable à ce point de vui que la doctrine du maître n'en aurait pas souffert. — T.
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Yemeruent et l'économie politique, les règles de Téeonomie domestique et celles de la conversation, les préceptes de Thygiène et du régime à suivre tant pour l'âme que pour le corps (pourquoi pas aussi tous les métiers et tous les arts?) ; et cela parce que tous ces arts contiennent une certaine quantité de propositions pratiques. Mais si des propositions pratiques diflfèrent des théoriques par le mode de représentation, elles n'en diffèrent pas par la matière. Les propositions théoriques contiennent la possibilité des choses et leurs déterminations, mais celles-là seulement qui concernent la liberté soumise à des lois. Toutes les autres ensemble ne sont rien de plus que la tliéorie de ce qui appartient à la nature des choses, appliquée seulement à la manière dont elles peuvent êtres produites par nous suivant un prindpe; c'est-à-dire à leur possibilité conçue par le moyen d'un acte libre (qui, à d'autres égards, est du domaine de la physique). Ainsi la solution de ce problème de mécanique : Etant donnée une puissance qui doit faire équilibre à un poids donné, trouver en conséquence* le rapport des bras de levier, — est exprimée, à la vérité, comme formule pratique, mais elle ne contient rien que cette proposition théorique : que la longueur des bras de levier est dans un rapport inverse à la puissance quand il y a équilibre. Seulement, ce rapport, quanta sa réalisation possible, est conçu relativement à une cause dont le principe de détermination est la représefUation de ce rapport (notre libre arbitre). 11 en est absolument de même pour toutes les propositions pratiques qui
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concernent simplement la production des objets. Si des préceptes nous sont donnés pour nous procurer le bonheur, et que, par exemple, il ne soit question que de ce qu'il y a à faire à Fégard de notre propre personne pour être capable de bonheur, alors il n'y a de représenté que les conditions internes de la possibilité de ce bonheur en tant qu'elles dépendent de la nature du sujet (comme de modérer les penchants pour qu'ils ne deviennent point des passions, etc.), et en même temps la manière de produire cet équilibre comme effet possible de la part de nous-mêmes ; toutes choses qui sont conçues comme des conséquences immédiates de la connaissance théorique de l'objet par rapport à la connaissance théorique de notre propre nature (nousmêmes comme cause)* Si donc le précepte pratique-* diffère du précepte théorique pour la forme, il n'en diffère pas pour la matière. On n'a donc pas besoin d'une espèce particulière de philosophie pour saisir cette liaison des principes avec leurs conséquences. En un mot, toutes les propositions pratiques qui font dériver de la volonté comme cause ce que la nature peut contenir, appartiennent tontes à la philosophie théorique comme connaissance de la nature ; celles-^ là seules qui prescrivent une loi à la liberté en diffèrent spécifiquement parleur matière. On peut dire des premières qu'elles forment la partie pratique d'une philosophie de la nature^ et des autres qu'elles fondent seule une philosophie jore?//;^^ particulière.
Il est très important de déterminer exactement la philosophie d'après ses parties, et de ne pas faire en-
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trer comme membre de division dans cette science considérée comme un tout systématique, ce qui n'est qu'une conséquence ou une application de ces parties à un cas donné, sans qu on ait besoin à cet effet de principes particuliers. Des propositions pratiques sont différentes des propositions théoriques, ou par rapport aux principes ou par rapport aux conséquences. Dans le dernier cas elles ne constituent point une partie spéciale de la science ; elles appartiennent au contraire à la partie théorique, en ce sens qu'elles en sont une espèce particulière de conséquences. Or la possibilité des choses suivant des lois physiques est essentiellement différente de la possibilité suivant des lois de la liberté réglée par ses proprés principes. Mais cette différence ne se fonde pas sur ce que, dans la dernière, la cause réside dans une volonté, et que dans la première elle tient aux choses mêmes et se trouve en dehors de la volonté. En effet si la volonté ne suit d'autres principes que ceux qui servent à faire voir à Tenfendement que l'objet est possible suivant ces principes et suivant de simples lois physiques, alors la proposition qui contient la possibilité de l'objet par le fait de la volonté peut toujours s'appeler une proposition pratique; mais elle n'est pourtant, quant au principe, nullement différente des propositions théoriques qui concernent la nature des choses; elle doit au contraire emprunter de cette nature le principe qui lui sert à exposer en réalité la représentation d'un objet.
Ainsi les propositions pratiques qui, par rapporta
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leur contenu, ne concernent que la possibilité d'un objet représenté (par un acte libre) ne sont que des applications d'une connaissance théorique complète, et ne peuvent former aucune partie spéciale d'une science. Une géométrie pratique, comme science distincte, est une chimère, quoique la géométrie pure contienne encore beaucoup de propositions pratiques dont la plupart, comme problèmes, ne peuvent être résolues qu'à l'aide d'une instruction spéciale. Le problème : Étant donnés une ligne et un angle droit, construire un carré, est une proposition pratique, mais une pure conséquence de la théorie. Aussi l'arpentage [agrimensorid) ne peut-il en aucune façon s'arroger le nom de géométrie pratique, et s'appeler une partie distincte de la géométrie en général. Il appartient aux scolies de la géométrie, à savoir, à l'usage de cette science dans les affaires (1).
Dans une science delà nature même, entant qu'elle repose sur des principes empiriques, c'est-à-dire dans la physique proprement dite, les opérations pratiques par lesquelles on essaie de découvrir les lois cachées de la nature, sous le nom de physique expérimentale.
(1) Cette science pure^ et par conséquent snblime, parait ignorer quelque chose de sa dignité , quand elle avoue que , comme géométrie élémentaire^ elle se sert pour la construction de ses notions dUnsiruments, quoique de deux seulement, du compas et de la règle. Cette construction s'appelle seulement géométrique, par oposition à la construction mécanique, qui est celle de la géométrie supérieure, et qui exige pour la construction des notions de cette géométrie, des machines compliquées. Il est vrai qu^on entend aussi par règle et compas, non pas les instruments réels, qui ne pourraient tracer ces figures avec une précision mathématique, mais les modes les plus simples des représentations de Timagination a priori qu'aucun instrument ne peut réaliser.
ne peuvent nullement autoriser à reconnattre unephy-
principes particuliers, mais qu'ils sont de simples scolies de cette p&ychologie.
En général, les propositions pratiques (qu'elles soient purement a priori^ ou qu'elles soient empiriques), si elles expriment immédiatement la possibilité d'un objet par notre volonté, appartiennent toujours à la connaissance de la nature et à la partie théorique de la philosophie. Celles-là seules qui présentent directement comme nécessaire la détermination d'une action par la représentation de sa forme (d'après des lois en général), ssms égard au moyen de l'objet à ré-
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alîser par là, celles-là seules, disoDS^nous, peuvent et doivent avoir leurs principes propres (dans Tldée de la liberté) . Et quoiqu'elles fondent sur ces mêmes principes la notion d'un objet de la volonté (le souverain bien), ce n'est cependant qued'une manière indirecte, et par suite de l'injonction pratique (qui s'appelle plutôt morale). Aussi la possibilité de cet objet ne peut*elle être aperçue par la connaissance de la nature (par la théorie) . Ces propositions seules forment donc une partie spéciale d'un système de L nelle, sous le nom de philosopt
Afin d'éviter toute équivoque autres propositions de la pratiqi science à laquelle on puisse to non pas : propositions pratiqueî techniques; car elles appartiennent à l'art de produire ce qu'on désire réaliser, art qui, dans une théorie, est toujours un simple corollaire, et non une partie réelle, spéciale, et indépendante de quelque espèce d'enseignement. De cette manière tous les préceptes de l'habileté appartiennent à la technique, et par conséquent à la connaissance théorique de la nature, comme autant de conséquences. Mais à l'avenir nous nous servirons aussi de l'expression de : technique, pour les cas oîi les objets de la nature sont simplement jugés comme si leur possibilité se fondait sur l'art. Dans ces sortes de cas les jugements ne sont ni théoriques ni pratiques (dans le sens indiqué en dernier lieu), puisqu'ils ne décident rien sur la qualité de l'objet, ni sur la manière de le produire, mais qu'ils
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prononcent au contraire sur la nature elle-même, simplement par analogie avec un art, et même au point de vue subjectif sur notre faculté de connaître, mais non au point de vue objectif sur les objets. Ce ne sont pas, il est vrai, les jugements mêmes que nous nommerons techniques, mais bien plutôt la faculté de juger dont les lois sont la base des jugements, ainsi que la nature qui se trouve d'accord avec elle. Mais cette technique ne renfermant pas de propositions objectivement déterminantes, ne constitue pas non plus une partie de la philosophie dogmatique, elle n'est qu'une partie de la critique de notre faculté de connaître.
Du système de toutes les facultés de l'âme humaine.
Nous pouvons réduire toutes les facultés de l'àme humaine, sans exception, à trois : la faculté de connaître^ le sentiment du plaisir et de la peine, et la fa^ culte appétitive. A la vérité, des philosophes, dignes d'ailleurs, par la profondeur de leurs pensées, de toutes sortes d'éloges, ont tenté de démontrer que la différence de ces facultés n'était qu'apparente, et de les ramener toutes à la seule faculté de connaître. Mais il est très facile de prouver, et depuis quelque temps on Ta déjà remarqué, que cette tentative, quoique entreprise dans l'esprit vraiment philosophique de mettre de Tunité dans la diversité des facultés, est vaine , car il y a toujours une grande diflférence entre
des représentations considérées comme faisant partie d'une connaissance rapportée simplement à l'objet, et à l'unité de conscience, comme aussi entre le rapport objectif de ces représentations (lorsque, considérées en même temps comme causes de la réalisation de l'objet, elles sont comptées parmi les facultés appétitives) etleur rapport purement subjectif (lorsqu'elles sont pourellesmêmes de simples raisons d'y maintenir leur propre existence), et des représentations considérées par rapport au sentiment du plaisir, sentiment qui n'est pas du tout une connaissance et n'en produit aucune, quoiqu'il puisse du reste présupposer un principe de détermination.
La liaison entre la connaissance d'un objet et le sentiment de plaisir et de peine dépendant de son existence, ou duire, est sai ment; mais sur aucun prii forment sous système. On p son entre le i facultés, en c'est-à-dire la petit comme î trouver subje<
tion objective, un sentiment de plaisir contenu dans la détermination de la volonté. Mais la faculté de connaître n'est point liée de cette manière, à l'aide du plaisir ou de la peine, à la faculté appétitive. En
^et, 1q plaisir et la peine ne précèdent pas Tappétit; au contraire, au ils en suivent immédiatement la détermination, ou ils ne sont peut-être pas autre chose que le sentiment de cette détermination possible de la volonté par la raison même, et par conséquent ne sont point un sentiment spécial, une susceptibilité particulière qui exige, dans un traité des facultés de rame, une section séparée, Mais comme, dans l'analyse des facultés de Tâme en général, se tirouye incontestablement un sentiment de plaisir qui, loin de dépendre dé Tappétit, peut au contraire en donner un principe de détermination, et comme il est nécesrsaire pour l'union de l'appétit avec les deux autres facultés en un même système, qu'il repose, comme les deux autres facultés, non pas simplement sur des principes purement empiriques, mais aussi sur des principes a priori, une critique (quoique pas une doctrine) des sentiments de plaisir et de peine, en tant que cette critique n'a pas de raisons empiriques , est donc nécessaire à l'idée de la philosophie comme système.
Or, la faculté de connaître par notions ayant ses principes a priori dans l'entendement pur (dans sa notion de la nature), et ïappétit ayant les siens dans la raison pure (dans sa notion de la liberté), il y a de plus, parmi les aptitudes de l'âme en général, une faculté ou capacité intermédiaire, à savoir, le sentiment de plaisir et de peine, qui occupe comme le milieu entre les facultés supérieures de connaître; c'est le jugement. Quoi donc de plus naturel que de conjec-
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turerque le jugemeat contiendra pour la faculté dé sentir des principes a prioril
Sans rien prononcer encore sur la possibilité de. cette liaison, déjà cependant se présente ici une certaine conformité du jugement avec le sentiment de plaisir, conformité qui peut servir de principe de détermination au sentiment, ou aider à le trouver en ce point : c est qu'il est impossible de méconnaître que si, dans la division des facultés de connaître par no-' tions, lentendement et la mison rapportent leurs représentations à des objets pour en avoir des notions, le jugement se rapporte uniquement au sujet et ne produit par lui seul aucune notion des objets. De même, si, dans la division des facultés de rame en général^ les facultés de connaître, aussi bien que celles de Tappétit, contiennent un rapport objectif des représentations, le sentiment de plaisir et de peine n*est au contraire que la susceptibilité d'une détermination du sujet, en sorte que si le jugement doit partout déter* miner quelque chose par lui seul, ce ne peut être autre chose que le sentiment de plaisir, et que si, réciproquement, le sentiment doit avoir partout un principe a priori^ ce principe ne se rencontrera que dans le jugement.
De Texpérience^ comme \m système pour le jugement.
Le jugement, qui a pour objet de ramener les lois particulières mômes, en ce qu elles ont de différent, h
des lois naturelles plus élevées, quoique toujours empiriques, doit avoir pour base de son procédé un principe transcendantal ; car le tâtonnement à travers des formes naturelles pour arriver par leur accord à des lois empiriques communes mais supérieures, — accord que le jugement regarderait néanmoins comme tout à fait contingent, — serait encore plus fortuit si des perceptions particulières étaient tout à coup converties {sich qualificirten) heureusement en une loi empirique. Il faut au contraire que des lois empiriques diverses forment, dans leur complet enchaînement, une unité systématique de la connaissance de la nature dans une expérience possible, sans présupposer par un principe a priori une telle forme dans la nature.
Du jugement réflexif.
Le jugement peut être considéré : ou comme simple faculté de réfléchir suivant un principe déterminé, sur une détermination donnée, en considération d'une notion devenue par là possible, ou comme une faculté de déterminer par une représentation empirique donnée une notion fondamentale. Dans le premier cas, le jugement est réflexif. dans le second il est déterminatif. Mais réfléchir c'est rapprocher et mettre en rapport des représentations données, soit avec d'autres représentations soit avec la faculté de connaître par rapport à une notion possible par cette opération. Le jugement réflexif est celui que Ton nomme encore critique (facultas dijudicandi) .
L'acte de réflexion (qui se retrouve même chez les animaux, quoiqu'à Tétat de pur instinct, c'est-à-dire non par rapport à une notion à obtenir par cette réflexion, mais qui précède sans doute un penchant à déterminer par là), atout aussi besoin pou mous* mêmes d'un principe que Tacte de détermination dans lequel la notion de Fobjet mise en principe prescrit la règle du jugement, et tient par conséquent Heu du principe.
Le principe de la réflexion sur des objets donnés de la nature, consiste en ce que des notions empiriquement déterminées soient trouvées pour toutes les choses physiques (1) ; ce qui revient à dire qu'on peut toujours
(1) Ce principe n'a pas, au premier aspect, Tair d'une proposition synthétique et transcendantale ; il parait plutôt tautologique et appartemr exclusivement à la logique. La logique, en effet, apprend la manière de comparer une représentation donnée avec une autre; elle enseigne par conséquent que Ton peut se faire une notion de ce que telle représentation a de commun avec d'autres représentations diverses , comme d'un caractère d'un usage général. Mais, quant à la question de savoir si la nature offre encore beaucoup d'autres termes de comparaison pour chaque objet, ayant avec lui plusieurs points communs dans la forme, la logique n'apprend rien là-dessus. Cette condition de la possibilité de l'application de la logique à la nature est plutôt un principe de jugement servant à la représentaticoi de la nature comme système, ou la diversité divisée par genres et par espèces, permet de ramener, au moyen de la comparaison, toutes les formes physiques à des notions (d'une généralité plus ou moins étendue). Or l'entendement pur apprend déjà (mais par des propositions synthétiques) à concevoir toutes les choses de la nature comme formant un système transcendantal suivant des notions a priori (les catégories). Mais le jugement (réflexif) qui cherche aussi des notions pour des représentations empiriques, conune telles, doit encore admettre à cet effet que la nature, dans sa diversité sans borne, a atteint une telle division de cette diversité en genres et en espèces, qu'il devient possible à notre jugement de rencontrer l'harmonie des formes de la nature dans leur comparaison^ et d'arriver à des notions empbiques et à la subordination des uns aux autres pour s'élever ainsi aux notions empiriques les plus générales. C'est-à-dire que le jugement présuppose aussi im système dé la nature selon des lois empiriques, et qu'il le fait a priori, par coQiséquent en vertu d'un principe transcendantal
présupposer aux productions de la nature une forme possible d'après des lois universelles susceptibles d'être connues par nous ; car si nous ne pouvions pas faire i^ette supposition, et que notre manière de traiter les représentations empiriques n'eût point ce principe pour base, toute notre réflexion serait faite à l'aventure et aveuglément, par conséquent sans attente fondée de l'accord de cette réflexion avec la nature.
Par rapport aux notions physiques universelles, parmi lesquelles une notion expérimentale en général (sans détermination empirique particulière) est d'abord possible, la réflexion a déjà son indication dans la notion d'une nature en général, c'est-à-dire dans l'entendement; et le jugement ne requiert aucun principe spécial de la réflexion; il la schématise au contraire a priori^ et en applique les schèmes à toute synthèse empirique, sans laquelle il n'y a point de jugement expérimental possible. La faculté de juger est ici en même temps déterminante dans sa réflexion même, et son schématisme transcendantal lui sert aussi d'une règle sous laquelle elle subsume les intuitions empiriques données.
Mais pour les notions qui doivent servir tout d'abord à des intuitions empiriques données, et qui présupposent une loi physique particulière d'après laquelle seulement une expérience particulière est possible, le jugement a besoin pour sa réflexion d'un principe propre, et en quelque façon transcendantal, et l'on ne peut pas le-renvoyer encore à des lois empiriques déjà connues, et convertir la réflexion en une simple com-
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paraison avec des formes empiriques pour lesquelles on a déjà des notions; car il s'agit de savoir comment on peut espérer parvenir par la comparaison des observations à des notions empiriques de ce qui est commun aux différentes formes physiques, si la nature (comme on peut pourtant l'imaginer) avait mis dans ses formes, à cause de la grande diversité de ses lois empiriques, une si grande hétérogénéité que toutes les comparai^ns, ou du moins le plus grand nombre fussent inutiles pour produire entre elles unité et subordination de genres et d'espèces. Toute comparaison de représentations empiriques, pour connaître dans les choses de la nature des lois empiriques, et des formes spécifiques qui soient d'accord avec ces lois, puis, par la comparaison de ces formes spécifiques avec d'autres, des formes qui s' accordent génériçuement, suppose cependant que la nature aussi, par rapport à ses lois empiriques, a observé une certaine économie conforme à notre jugement et une uniformité saisi&sable par nous; et cette supposition doit précéder, comme principe du jugement a priori, toute comparaison.
Le jugement réflexif procède donc, à Tégard des phénomènes donnés, pour les soumettre à des notions empiriques de choses naturelles déterminées, non point schémâtiquement mais techniquement, non pas pour ainsi dire tout mécaniquement, comme un instrument sous la conduite de l'entendement et des sens, mais artiellement , suivant le principe, général sans doute mais indéterminé, d'un arrangement final et systéma-
tique de la nature^ Cet ordre est comme établi en faveur de notre jugement, par la conformité de ses lois particulières (sur lesquelles Fentendement ne dit rien) à la possibilité de l'expérience comme système. Sans cette supposition nous ne pouvons pas espérer de nous retrouver dans le labvrinthe de la diversité des lois particulières possibles. Ainsi, le jugement se donne lui-même a priori pour principe de sa réflexion , la technique de la nature, Sans cependant pouvoir définir cette nature ni la mieux déterminer, c'est-à-dire sans avoir pour cela un principe des notions physiques généi sance des choses en ellespour pouvoir réfléchir d'à] suivant ces besoins, quoiqi se trouver en harmonie a\
Mais le principe du juge nature est conçue comme s piriques, est simplement ui du jugement , principe ti origine, il est vrai, mais pr a priori que la nature se pi sa diversité sous des lois empiriques.
La forme logique d'un système consiste uniquement dans la division de notions générales données (telle, ici, que la notion d'une nature en général) en concevant suivant un principe déterminé le particulier (ici, l'empirique) avec sa diversité, comme contenu sous le général. C'est ce qui arrive quand on procède empiriquement, et qu'on va du particulier au gé-
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néral; ou obtient une classification du divers, c'est-à-dire, une comparaison de plusieurs classes dont chacune est soumise à une notion déterminée ; et si les classes sont complètes quant au caractère commun , leur subsomption à des classes plus élevées (genres) s'élève à la notion qui contient en soi le principe de la classification entière (et qui constitue le genre le plus élevé). Si Ion commence, au contraire» par la notion générale pour descendre à la notion particulière par une division complète, ce procédé s'appelle la spécification du multiple sous une notion donnée, puisqu'on va du genre suprême aux genres inférieurs (sous^genres ou espèces), et des espèces aux sous-espèces. On s'exprimerait plus justement si, au lieu de dire, comme dans le langage vulgaire, qu'il faut spécifier le particulier soumis au général, on disait plutôt qu'il faut spécifier la notion générale, puisqu'on lui soumet le divers ; car le genre (logiquement considéré) est pour ainsi dire la naatière ou le substratum brut que la nature, au moyen de plusieurs déterminations, convertit en espèces et en sous-espèces particulières ; en sorte qu'on peut dire que la nature se spécifie elle-même, d'après une certaine notion l'analogie de l'i lorsqu'ils parle tières brutes.
11 est clair n peut entrepren ses différences, qu'autant qu'il suppose que la nature
elle-même spécifié ses lois transcendantales, suivant quelque principe. Mais ce principe ne peut être que celui de la conformité à la faculté même de juger, afin de rencontrer dans Timmense multiplicité des choses, selon les lois empiriques possibles, une suffisante affinité entre elles, et de les ranger sous des notions empiriques (classes), et celles-ci sous des lois plus générales (genres plus élevés), et arriver ainsi à un système empirique de la nature. — Mais de même qu'une telle classification n*est pas une commune connaissance expérimentale, mais bien une connaissance artielle, de même la nature, en tant qu'elle est conçue se spécifiant, d'après un pareil principe, est aussi considérée comme un art, et de cette manière le jugement emporte nécessairement a jonbn un principe de la technique de la nature, technique qui est différente de la nomothétique de la nature, d'après les lois transcendantales de l'entendement, en ce que la nomothétique peut faire valoir son principe comme loi, tandis que celle-là ne peut faire passer le sien que pour une présomption nécessaire.
Le principe caractéristique du jugement est ainsi conçu : La nature a spécifié ses lois universelles en les rendant expérimentales, suivant la forme dun système logique en faveur du jugement.
De là l'origine delà notion à' xxhq finalité Ab la nature, comme notion propre du jugement réflexif, et non de la raison, attendu que la fin n'est pas placée dans l'objet, mais seulement dans le sujet, et même dans la seule faculté de réfléchir du sujet ; car nous
nommons final ce dont Texistence parait supposer une représentation de la même chose. Or, des lois physiques qui sont faites et enchaînées Tune àlaulre, comme si le jugement les avait soumises h son propre usage, ont une ressemblance avec la possibilité des choses, ressemblance qui présuppose une représentation de ces choses comme leur principe. Le jugement conçoit donc par son principe une finalité de la nature dans la spécifi<îation de ses formes par des lois empiriques.
Mais ce ne sont pas les formes mêmes qui sont regardées par là comme finales, c'est seulement leur rapport respectif, et la convenance de leur grande diversité à un système logique des notions empiriques. — Si donc la nature ne nous montrait rien de plus que cette finalité logique, nous aurions déjà une raison d'en ê:tre étonnés, puisque nous ne pourrions l'expliquer par les lois générales de lentendement ; mais il serait difficile qu'un autre qu'un philosophe transcendantal fût capable de cet étonnement; et encore ne pourrait-il pas indiquer un seul cas particulier où cette finalité se démontre in concreto; il ne pourrait la concevoir qu'en général.
De Testhétique du jugement.
L'expression de mode de représentation esthétique est sans équivoque , si l'on entend par là le rapport de la représentation à un objet comme phénomène,
pour la connaissance de son objet ; car alors l'expression à! esthétique signifie que la forme de la sepsibilité (la manière dont le sujet est-affecté) tient nécessairement à une telle représentation, et que cette forme est inévitablement transportée à l'objet (mais seulement comme phénomène). 11 pourrait donc y avoir une esthétique transcendautale comme science appartenant à la faculté de connaître. Mais depuis longtemps on a pris l'habitude d'appeler une certaine représentation : esthétique, c'est-à-dire sensible, dans le sens aussi de : rapport d'une représentation non à la faculté de connaître, mais au sentiment de plaisir ou de peine. Quoique nous ayons coutume d'appeler encore cette manière d'être affecté (en conséquence de cette dénomination) un sentiment (une modification do notre état), parce qu'une.aulre expression nous manque, ce n'est pourtant point un sentiment objectif, destiné à contribuer à la connaissance d'un objet (car voir, ou autrement connaître quelque chose, avec plaisir, n'est point un pur rapport de la représentation à l'objet, c'est une susceptibilité du sujet) ; il n'y aide en rien. C'est précisément parce que toutes les déterminations du sentiment n'ont qu'une valeur subjective, qu'il ne peut y avoir une esthétique du sentiment comme science , à peu près comme il y a une esthétique de la faculté dé connaître. Il reste donc toujours une équivoque inévitable dans l'expression de mode de représentation esthétique, si l'on entend par là, tantôt la représentation qui excite le sentiment, de plaisir et de peine, tantôt celle qui concerne seule-
ment la faculté de connaître, en tant qu'elle contient Tintuition sensible qui nous fait connaître les objets seulement comme phénomènes.
Cependant cette équivoque peut être levée si Ion n'emploie pas Texpression : esthétique pour signifier rintuition et encore moins des représentations de Tentendement, et qu'elle ne serve qu'à indiquer les actes du jugement. Un jugement esthétique, si on voulait lui donner un caractère objectif, serait si évidemment contradictoire qu'on est suffisamment prémuni contre la fausse interprétation de cette expression ; car des intuitions peuvent bien être sensibles, mais le jugement n'appartient absolument qu'à l'entendement (pris dans le sens large) , et juger esthétiquement ou sensiblement, en tant que le jugement doit être une connaissance d'un objet, est même alors une contradiction si la sensibilité s'immisce dans l'affaire de l'entendement, et (par un vitium subreptionis) donne à cette faculté une fausse direction. Le jugement objectif au contraire n'est jamais porté que par l'entendement^ et peut, comme tel, s'appeler esthétique. Par conséquent notre esthétique transcendantale de la faculté de connaître peut bien traiter des intuitions sensibles, mais jamais des jugements esthétiques, parce que, comme elle n'a affaire qu'aux jugements de connaissance qui déterminent l'objet, les jugements doivent tous être logiques. Par la dénomination de jugement esthétique sur un objet, il est donc démontré qu'une représentation donnée a bien rapport à un objet, mais la détermination du sujet et de son sentiment, et non
celle de Tobjet, ne sera pas comprise dans le jugement; car dans la faculté de juger, l'entendement et rimagination sont considérés F un par rapport à l'autre, et ce rapport peut bien être pris en considération, objectivement d'abord comme appartenant à la connaissance (c'est ce qui a lieu dans le schématisme transcendantal du jugement), mais on peut aussi considérer ce rapport des deux facultés de connaître d'une manière purement subjective, en ce que Tune favorise ou entrave Fautre dans la même représentation, et afifecte ainsi Vétat de rame. Ce rapport est par conséquent sensible (ce qui n'a jamais lieu dans Tusage isolé d'aucune autre faculté de connaître). Mais quoique cette sensation ne soit point une représentation sensible d'un objet, elle peut pourtant (puisqu'elle est subjectivement liée à l'acte de rendre sensibles les notions de l'entendement par le jugement, comme représentation sensible de l'état du sujet affecté par un acte de cette faculté) être rapportée à la sensibilité, et être appelée un jugement esthétique, c'est-àdire sensible (quant à l'effet subjectif et non quant au principe de détermination) , quoique le jugement (objectif, s'entend), ou un acte de l'entendement (comme faculté supérieure en général) et non de la sensibilité.
Tout jugement déterminatif est logique parce que son prédicat est une notion objective donnée. Mais un simple jugement réfïexif sur un objet particulier donné peut être esthétique û (avant toute comparaison de cet objet avec d'autres) le jugement qui n'a pas de