‹ Prolégomènes a toute métaphysique qui aura le droit de se présenter commeChapitre 94 sur 98 · W GÉNÉRAL. 4SS · texte numérisé non relu

W GÉNÉRAL. 4SS

notion toute prête pour Fintuition donnée , compare Fimagination (dans la simple action de saisir l'objet) avec Tentendement (dans l'exposition d'une notion en général), et aperçoit un rapport des deux facultés, lequel constitue en général la condition subjective purement sensible deTusageobjectif du jugement (c'est-àdire de l'accord réciproque de ces deux facultés). Mais un jugement esthétique des sens {Sirmenurtheit) est possible aussi, lorsque le prédicat du jugement ne peut être une notion d'un objet, puisqu'il n'appartient à aucune faculté de connaître, v. g., le vin est agréble; car alors le prédicat exprime le rapport immédiat d'une représentation au sentiment de plaisir et non à fa faculté de connaître.

Un jugement esthétique en général peut donc être défini : un jugement dont le prédicat ne peut jamais être une connaissance (notion d'un objet), quoiqu'il puisse contenir les conditions subjectives d'une connaissance en général. Dans un pareil jugement le principe de détermination est la sensation. Or il n'y a qu'une sensation particulière, comme telle, qui ne puisse jamais être notion d'un objet, et cette sensation est le sentiment de plaisir et de peine. Elle est purement subjective, à l'inverse de toute autre sensation qui peut servir pou Par conséquent un jugement esthéti le principe de détermination consis tion qui est immédiatement unie au sir ou de peine. Dans le jugement timent, la sensation est immédiate)

rintuilion empirique de lobjet; mais dans le jugement esthétique de réflexion elle est le produit du jeu harmonique des deux facultés de connaître du jugement dans le sujet, l'imagination et Tentendement, puisque, dans la représentation donnée, la faculté de compréhension de Tune et la faculté d'exposition de lautre sont réciproquement nécessaires. Ce rapport produit alors, par cette simple forme, une sensation qui est le principe de détermination d'un jugement qui, par cette raison, s'appelle esthétique, et qui, coramo finalité subjective (sans notion) est lié avec le sentiment déplaisir. Le jugement esthétique de sentiment contient une finalité matérielle, et le jugement esthétique de réflexion contient une finalité formelle. Et comme le premier ne se rapporte pas à la faculté de connaître, mais immédiatement par le sens au sentiment de plaisir, ce dernier seul doit être considéré comme fondé sur des principes propres du jugement. En effet lorsque la réflexion sur une représentation dçnnée précède le sentiment de plaisir (comme principe de détermination du jugement), la finalité subjective est conçue avant qu'elle soit sentie dans son effet, et le jugement esthétique appartient, à ce titre, c'est-à-dire quant à ses principes, aux facultés supérieures de connaître, et môme au jugement, sous les conditions subjectives et cependant générales duquel la représentation de l'objet est subsumée. Mais comme une condition purement subjective d'un jugement n'occasionne aucune notion déterminée du principe de détermination de ce jugement, ce principe ne jpeut être donné que dans

le «entimenf de plaisir, de telle sorte cependant que le jugement esthétique soit toujours un jugement de réflexion, tandis qu un jugement qui ne suppose aucune comparaison de la représentation avec les facultés de connaître qui agissent simultanément dans le jugement, est un jugement esthétique de sensibilité, qui rapporte aussi une. représentation donnée (mais pas au moyen du jugement et de son principe) au sentiment du plaisir. Mais le caractère ou signe qui sert à prononcer sur cette dififérence ne peut être donné que dans un traité, et consiste dans la prétention du jugement à une totalité et à upe nécessité universelles : car si le jugement esthétique emporte avec soi Tun et l'autre caractères, il prétend aussi à ce que son principe de détermination soit placé non seulement dans le sentiment de plaisir et de peine pour soi, seul, mais en même temps dans une règle de la faculté supérieure de connaître, et ici particulièrement dans celle du jugement qui est par conséquent législatrice a priori par rapport aux conditions de la réflexion, et prouve YaU" tonomie. Mais cette autonomie n'est pas (comme celle de l'entendement par rapportaux lois théoriques de la natureoude la raison dans des lois pratiques delà liberté) objective, c'est-à-dire qu'elle n'a paslieu par des notions de choses ou d actes possibles, ms^is qu'elle est simplement subjective, valable pour le jugement de sentiment, qui, s'il peut prétendre à une valeur universelle, prouve que son origine est fondée sur des principes a priori. On devrait nommer proprement heautonomie cette législation , puisque le jugement

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donne des lois non à la nature ni à la liberté, mais à lui-même, et qu'il n est point une faculté de produire des notions d'objets, mais seulement de comparer avec ceux qui lui sont donnés ultérieurement les cas qui se présentent, et d'établir « j»nbn les conditions subjectives de la possibilité de cette liaison.

On comprend aussi par là pourquoi l'autonomie dans une action qu'elle pratique pour elle-même (sans avoir pour fondement une notion de l'objet) comme jugement purement réflexif, au lieu d'un rapport de la représentation donnée à sa propre règle avec conscience de cette représentation, ne rapporte (ce qui n'arrive pour aucune autre faculté supérieure de connaître) immédiatement la réflexion qu'à la sensation qui, comme toutes les sensations, est toujours accompagnée de plaisir et de peine ; la raison en est que la règle même n'est que subjective, et que l'accord avec la règle ne peut être connu que par ce qui exprime également le simple' rapport au sujet, à savoir la sensation, xîomme caractère et principe de détermination Su jugement. Ce jugement s'appelle donc aussi esthétique, et tous nos jugements d'après l'ordre des facultés supérieuies de connaître, peuvent en conséquence être divisés en théoriques^ esthétiques ei pratiques. Par jugements esthétiques il ne faut étendre que les jugements de réflexion qui ne se rapportent qu'à un principe de la faculté déjuger, comme faculté supérieure de connaître, tandis que les jugements esthétiques de sensibilité n'ont immédiatement affaire qu'au rapport des représentations avec le sens interne, en tant que sentiment.

Mais c*C8tici qu'il est sui tout nécessaire d'expliquer la définition du plaisir comme représentation sensible de \di perfection d'un objet. D'après cette définition, un jugement esthétique de sens ou de réflexion serait toujours un jugement de connaissance d'un objet ; car la perfection est une détermination qui suppose une notion de l'objet ; en quoi par conséquent le jugement qui attribue la perfection à l'objet n'est pas différent des autres jugements logiques, ainsi qu'on le prétend sous prétexte qu'une certaine confusion s'attache à la notion (confusion qu'on est convenu d'appeler sensibilité, mais qui ne peut constituer absolument aucune différence spécifique des jugements; car autrement une foule innombrable non seulement de jugements d'entendement, mais encore de jugements de raison, devraient aussi être appelés esthétiques parce qu'ils portent sur un objet déterminé par une notion qui est confuse : tel est, par exemple, le jugement sur le juste et l'injuste. Combien peu d'hommes en effet ont une notion claire de ce qui est juste! La représentation sensible de la perfection est une contradiction formelle, et si la réduction du divers à l'unité doit être appelée perfection, elle doit être représentée par une notion, autrement elle ne peut porter le nom de perfection. Si l'on soutient que le plaisir et la peine né doivent être que de simples connaissances des choses par l'entendement (qui seulement n'aurait pas conscience de sa notion) et qu'ils nous semblent seulement n être que de pures sensations, on devrait alors appeler le jugement des choses par le plaisir et la peine.

non pas esthétique (sensible), mais plutôt intellectuel, et les sens ne seraient au fond qu'un entendement qui jugerait (quoique sans conscience suffisante de ses propres actes). Le mode esthétique de représentation ne serait pas distingué spécifiquement du mode logique. Et, comme on ne peut tracer nettement les limites de Tune et de Taulre, cette difTérence de détermination serait ainsi tout à fait inutile* Quant à cette représentation njystique des choses du monde , qui n'admet aucune intuition sensible distincte des notions en général, en conséquence de laquelle il ne resterait alors comme mode de représentation qu'un entendement intuitif, ce n est pas ici le li^u d'en parler.

On pourrait encore demander si notre notion de la finalité de la nature n'est pas la même chose que la notion de la ^perfection, et si par conséquent la conscience empirique de la finalité subjective, ou le sentiment de plaisir à l'occasion de certains objets, n'est pas l'intuition sensible d'une perfection? C'est ainsi du moins que quelques-uns prétendent expliquer le plaisir en général.

Je réponds : \q. perfection comme simple plénitude, intégralité du multiple, en tantqu'il constitue quelque chose dans l'ensemble de ses parties, est une notion ontologique, identique à celle de la totalité d'un composé (par la coordination du divers an un seul agrégat, ou dans sa subordination comme principes et conséquences dans une série), et qui n'a rien de commun avec le sentiment de plaisir et de peine. La perfection d'une chose dans le rapport de sa diversité à une no-

tien de cette chose, est purement formelle. Mais si je parle d'une seule perfection (il peut y en avoir plusieurs dans une chose sous la même notion), la notion de quelque chose comme fin est toujours comme un fondement auquel la notion ontologique de Taccord du divers en une seule chose est appliquée. Mais cette fin ne peut pas toujours être une fin pratique qui suppose ou renferme un plaisir à Toccasion de Texistence de l'objet ; elle peut aussi appartenir à la technique , et alors elle concerne la simple possibilité des choses. En ce cas elle est la légilimité dune liaison en soi con-tingenie du divers dans le divers même. On peut pren^ dre pour exemple la finalité que Ion croit nécessaire à la possibilité d'un hexagone régulier, puisqu'il est tout à fait contingent que six lignes égales forment sur un plan des angles parfaitement égaux ; car cette liaison régulière supposée titre de principe une notion qui le rend possible. Une telle finalité objective, considérée dans les choses de la nature (surtout dans les êtres organisés), est donc conçue comme objective et matérielle, et emporte nécessairement avec elle la notion d'une fin de la nature (d'une fin réelle ou fictive) par laquelle nous attribuons encore aux choses la perfection. Cette espèce de jugement s'appelle télé* ologique et n'emporte en soi aucun sentiment de plaisir, de même que ce plaisir en général ne peut être

nt sur la simple liaison de

comme finalité objective n'a le sentiment de plaisir, et ce

sentiment rien avec cette notion. Le jugement de la perfection comprend nécessairement une notion d'objet, notion dont il n a pas besoin lorsqu'il est porté par le plaisir, une simple intuition empirique pouvant loccasionner. Au contraire, la représentation d'une finalité subjective d'un objet ne fait qu'un avec le sentiment de plaisir (mais sans notion abstraite d'un rap* port final), et entre cette représentation et ce plaisir est un abîme immense; car pour savoir si ce qui est subjectivement conforme à une fin Test aussi objectivement, il faut une connaissance fort étendue, non seulement de la philosophie pratique, mais encore de la technique, que cette technique soit celle de la nature ou celle de l'art. En d'autres termes : pour trouver la perfection en une chose, il faut la raison pour y reconnaître l'admissibilité {Armemlichkeif)^ le simple sens, pour y reconnaître la beauté, la simple réflexion (sans aucune notion), appliquée à une représentation donnée y suffit.

La réflexion esthétique ne juge donc que delà finalité subjective (non delà perfection) de l'objet; et l'on se demande si c'est seulement au moyen [vermittelst) du plaisir et, de la peine que fait éprouver cet objet, ou bien encore sur {ûber) ce plaisir et cette peine, de telle façon que le jugement décide en même temps que le plaisir ou la peine doit être liée à la représentation de l'objet?

Cette question, comme il a déjà été dit plus haut, ne peut pas encore être ici résolue d'une manière décisive. Il faut décider avant tout, d'après l'exposition

de cette espèce de jugements dans un traité spécial qui fait partie de la Critique du jugement, s'ils contiennent en soi une universalité et une nécessité qui les rendent propres à la dérivation d'un principe de détermination a /?nbr/. Dans ce cas, le jugement déterminerait sans doute quelque chose a 'priori par la faculté de connaître (surtout par celle déjuger) au moyen de la sensation de plaisir et de peine, mais en même temps aussi sur la généralité de la règle pour la rattacher à une représentation donnée. Si au contraire le jugement ne devait contenir que le rapport de la sensation au sentiment (sans l'intermédiaire d'un principe de connaissance) comme il arrive dans le cas des jugements esthétiques de sentiment (ce qui n^est ni un jugement de connaissance ni un j ugement de réflexion) , tous les jugements esthétiques seraient alors purement empiriques.

Il faut remarquer encore préalablement que de la connaissance au sentiment de plaisir et de peine il n'y a aucun passage possible par des notions d'objets (en tant que ces notions doivent être en rapport avec ce sentiment), et que l'on ne peut par conséquent pas espérer de déterminer a priori l'influence qu'une représentation donnée exerce sur l'âme. C'est ainsi que nous avons précédemment remarqué, dans la Critique de la raison pratique, que la représentation d'une égalité universelle de vouloir, qui est en même temps déterminante de la volonté, et qui doit sans doute exciter aussi par là .le sentiment du respect, comme une loi contenue, même a priori, dans notre jugement

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moral, mais que nous n'avons cependant pas pu déri* ver ce sentiment de notions. De même le jugement de la réflexion esthétique nous montrera par son analyse la notion y contenue de la finalité formelle mais subjective des objets, reposant sur un principe a priori, notion qui est identique au fond avec le sentiment de plaisir, mais qui ne peut être dérivé d aucunes notions, à la possibilité desquelles en général la faculté représentative a néanmoins rapport lorsqu'elle affecte Tâme dans la réflexion sur un objet.

Une définition de ce sentiment, considéré en général, sans distinguer s il accompagne l'impression du sens ou la réflexion, ou la détermination de la volonté^ doit être transcendantale. Elle peut s'énoncer ainsi : le plaisir est un état dans lequel une représentation s'accorde avec elle-même, comme principe, ou pour le conserver (ce principe) purement et simplement (car l'état de facultés de l'âme qui se supposent les unes les autres et celui d'une représentation, se conserve lui-même), ou pour produire son objet. Dans le premier cas, le jugement sur une représentation donnée est un jugement esthétique de réflexion. Mais dans le , second, c'est un jugement esthético-pathologique, ou esthétiquement pratique. On voit facilement ici que le plaisir ou la peine, n'étant point des espèces de connaissances, ne peuvent être définis en eux-mêmes, qu'ils veulent être sentis et non perçus; qu'on ne les peut par conséquent définir imparfaitement que par l'influence qu'une représentation exerce au moyen de ce sentiment sur l'activité des facultés de l'âme.

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De la recherche d'un principe du jugement technique.

SU s'agit seulement de trouver le principe d'explication de ce qui arrive, ce principe peut être ou un principe empirique, ou un principe a priori^ ou même un principe qui participe de tous deux, comme on peut le voir dans les explications physico-mécaniques des événements dans le monde corporel, lesquels trouvent leurs principes en partie dans la science générale de la nature (matérielle), en partie dans celle des lois empiriques du mouvement. Quand on recherche des principes psychologiques de définition de ce qui se passe dans notre âme, c'est encore la même chose, à cette différence près, que les principes de tout ce dont j'ai conscience sont tous empiriques, un seul excepté, à savoir, celui de la continuité {St<ietigkeit) de tous les changenaents (parce que le temps, qui n'a qu'une dimension, est la condition formelle de l'intuition interne), lequel sert de fondement a priori à ces perceptions ; mais on n'en peut à peu près rien tirer pour l'explication^ parce que la théorie générale du temps, à la différence de celle de l'espace (géométrie), ne fournit pas une matière suffisante pour une science entière.

Si donc il s'agissait d'expliquer comment ce que nous appelons le goût a originellement pris naissance parmi Tes hommes, d'oti vient que certains objets ont beaucoup plus occupé que d'autres ; comment il apro-

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voqué le jugement en matière de beauté dans telles ou telles circonstances locales ou sociales; par quelle cause il a pu s élever jusqu'au luxe, etc.: les principes d'une telle expJication devraient être cherchés eu grande partie dans la psychologie (et par psychologie on entend toujours ea pareil cas la psychologie expérimentale seulement) . C'est ainsi que les moralistes désirent expliquer avec le secours des psychologues l'étrange phénomène de l'avarice, qui met un prix ab* solu dans la simple possession des moyens de réaliser le bien-être (ou tout autre dessein) avec l'inlention cependant de n'en jamais faire usag^, ou le désir d'un honneur qu'on croit trouver dans la simple renommée sans autre but, afin de pouvoir établir en conséquence des règles, non de la loi morale, mais de l'aplanissement des obstacles qui s'opposeort à scm influence. Explications psychologiques misérables, il faut l'avouer, si on les compare aux explications physiques, parce qu'elles consistent dans des hypothèses sans iin , et qu'on peut ajouter très facilemeaà aux trois différents principes d'explication un quatrième tout aussi vraisemblable. Aussi une foule de ces prétendus psychologue^s qui savait mettre en scène, par des représentations pratiques, les causes de chaqae pa^ion ou mouvement de Vàm^ exdibé par des objets de la nature, appellent aussi philosophie l'esprit qu'ils déploient dans ce genre de travail. Poub définir scientifiquement le phénomène le plus ordinaire de la nature dans le monde corporel, il n'est pas nécessaire d'avoir (j^uelque connai^saoce, ni pe^t-être môme k

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capacité d'en acquérir. Observer psycholc^iquement (comme Burk^ dans son écrit su r le beau et lé sublime) , par conséquent réunir les matériaux pour établir ultérieurement et d'une manière systématique des règles de lexpérience, sans vouloit^ pourtant les comprendre, est bien la seule fonction véritable de la psychologie empirique, qui ne peut prétendre que bien difficilement au rang d'une science philosophique.

Mais si un jugement se donne pour universellement valable, et élève par conséquent des prétentions à la nécessité dans son affirmation, que cette prétendue nécessité repose sur des notions d'un objet a priori, ou sur des conditions subjectives de notions qui servent de principes a priori y il serait absurde, si l'on reconnaissait la prétention d'un tel jugement, de la justifier en expliquant psychologiquement l'origine du jugement, car on agirait contrairement à ses vues; et si Texplication tentée réussissait parfaitement, elle prouverait que le jugement ne peut élever absolument au* cune pré4;ention à la nécessité, par la raison précisément qu'on en peut démontrer l'origine empirique.

Or les jugements esthétiques de réflexion (que nous analyserons plus tard sous le nom de jugements de goût) sont précisément de cette espèce. lisent des prétentions à la nécessité ; et ne disent pas que chacun juge de telle manière, parce qu'ils deviendraient alors une question à résoudre pour la psychologie empirique ; mais ils disent qu'on doit juger ainsi, ce qui revient à dire qu'ils ont pour eux un principe a priori; si le rapport à un principe de cette nature n'était pas

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contenu dans de semblables jugements, il faudrait, puisqu'ils prétendent à la nécessité, admettre la possibilité d'affirmer d'un jugement qu'il doit réellement valoir universellement, parce que l'observation prouve que tello est en effet sa valeur, et réciproquement que, de ce que chacun juge d'une certaine façon, il suit que chacun doit effectivement juger ainsi ; ce qui est une manifeste absurdité.

Les jugements esthétiques de réflexion renferment à ^a vérité la difficulté de n'être absolument pas fondés sur des notions, et de ne pouvoir être déduits d'aucun principe déterminé, parce que autrement ils seraient des jugements logiques. Mais la représentation subjective de finalité ne doit pas être du tout une notion de quelque fin. Cependant le rapport à un principe «jonbn peut et doit toujours avoir lieu encore lorsque le jugement prétend à la nécessité. Ce n'est que d'un semblable jugement et de la possibilité d'un tel droit qu'il est ici question. Cette prétention occasionne néanmoins une critique rationnelle qui consiste à recherche^ le principe fondamental même quoi* qu'indéterminé. Elle peut parvenir à le trouver et aie reconnaître comme un principe qui estjs.ubjectivement et a priori la base du jugement, quoiqu'il ne puisse jamais créer une notion déterminée de l'objet.

Il faut avouer aussi que le jugement téléologique se fonde sur un principe a priori et qu'il est impossible sans lui, quoique nous trouvions seulement par l'expérience la fin de la nature dans ces sortes de jugements, et que nous ne puissions pas reconnaître,

sans Texpérience encore que les choses de cette espèce sont seulement possibles. Car le jugement téléologique, quoiqu'il rattache une notion déterminée d'une fin qu'il donne pour fondement à la possibilité de certains produits de la nature, à la représentation de l'objet (ce qui n'a pas lieu dans le jugement esthétique), n'est pourtant toujours qu'un jugement de réflexion^ ainsi que le précédent. Il ne prétend pas affirmer que dans cette finalité objective, la nature (ou un autre être par elle) procède en fait avec intention, ou qu'en elle ou dans sa cause, la pensée d'une fin détermine la causalité, mais bien que nous ne devons faire usage que d'après cette analogie (les rapports des causes aux effets) des lois mécaniques de la nature pour reconnaître la possibilité de tels objets, et en acquérir une notion capable de leur donner un enchaînement dans une expérience à établir systématiquement.

Un jugement téléologique compare la notion d'un produit de la nature, en le considérant comme il est par rapport à ce qu'il doit être. Le jugement critique de sa possibilité est alors une notion (de fin) mise en principe, et qui précède a priori. La possibilité des produits de l'art peut très bien se représenter ainsi : mais penser d'un produit de la nature qu'il a dû être telle chose, et juger en conséquence s'il est réellement ainsj, c'est déjà supposer un principe qui n'a pu être tiré de l'expérience (laquelle n'apprend que ce que sont les choses).

Nous constatons immédiatement que nous pouvons voir par l'œil, comme nous observons la structure ex-

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térieure et intérieure de cet organB, deux choses qui sont les conditions de son usage possible, ^t par conséquent la causalité suivant des lois ipécaniques. Mais je puis me servir aussi d'une pierre pour rompre quelque chose dessus ou pour y édifier, etc.; et ces effets peuvent aussi être rapportés comme fin à leurs causes; mais je ne puis pas dire pour cela que la pierre a dt) servira bâtir. Je juge de mon œil seulement qu'il a dû être organisé pour voir ; et quoique la figure de cet organe, la propriété et Tarrangement de toutes sçs parties soient jugées suivant des lois purement mécaniques, ce qui est tout à fait contingent pour mon jugement, je conçois pourtant par rapport k sa forme et à sa construction, la nécessité qu'il ait été fait d'une certaine manière, c'est-à-dire qu'il a dû être fait d'après une notion antérieure aux causes formatrices de cet organe, sans lesquelles la possibilité de ce produit de la nature n'est compréhensible pour moi selon aucune loi naturelle mécanique (ce qui n'e3t point le cas d'une pierre). Cette obligation contient donc une nécessité qui se distingue clairement dès lois physicomécaniques suivant lesquelles une chose est possible d'après les simples lois des causes actives ou efficientes (sans idée préalable de cette chose) et ne peut pas plus être déterminée par des lois purement physiques (empiriques) que la nécessité du jugement ^thétique ne peut Têtre par des lois psychalogiquesi. ISUç exige au contraire un principe propre a />r?onda«^t* jugement Féflexif , principe auquel le jugement téléolc^iqqe est soumis, et d'après lequel la valeur et la sphère de ce jugement doivent être déterminées.

EN GÉNÉRAL. fti

Ainsi, tous les jugements sur la finalité de la nature qu'ils soient esthétiques ou téléologiques, sont soumis à des principes a priori qui .appartiennent proprement et exclusivement au jugement, parce qu'ils sont des jugements simplement réflexifs et non déterminatifs. Aussi se rapportent^ils à la critique de la raison pure (prise dans son acception la plus générale), dont les derniers ont tesoin plus que les premiers, puisque, laissés à eux-mêmes, ils poussent la raison à des conclusions qui se peuvent perdre dans le chimérique (Ueberschwangliche) ^ au lieu que les premiers exigent une recherche pénible, pour empêcher seulement qu'ils ne se restreignent eux-mêmes, d'après leur principe, uniquement à ce qui est empirique, etnedétruisent ainsi leurs prétentions à une valeur nécessaire pour tout le monde.

Introduction encyclopédique à la critique du jugement dans le système de la critique de la raison pure.

Toute introduction d'un traité consiste ou dans une théorie préliminaire, ou dans l'introduction à la théorie même, réduite en un système dont elle fait partie. La première espèce d'introduction précède la doctrine, la seconde n'en doit être que la conclusion, pour lui assigner, suivant des principes fondamentaux, sa place dans l'ensemble des théories auxquelles elle se rapporte en vertu des principes communs. La première est une introduction propédeutiquê^ la seconde une introduction encyclopédique.

472 SUR LA HilLOSOPHlE

Les introdactionspropédeutiques sont les introductions ordinaires ; elle préparent à une théorie qu'on doit exposer, en tirant d'autres, théories ou des sciences déjà exposées, la connaissance préalable nécessaire à Tintelligence de l'exposition de la nouvelle théorie pour rendre la transition possible. Mais si Ton destine les introductions à distinguer soigneusement les priucipes propres \domestkq) d'une science nouvellement introduite, de ceux qui appartiennent à une autre (peregrinis) , elles servent à la détermination des limites des sciences ; précaution qui ne saurait être trop recommandée, parce que sans elle point de fondamentalité^ surtout en matière de philosophie.

Mais une introduction encyclopédique ne suppose point une théorie analogue et qui prépare à la théorie nouvelle ; elle suppose Tidée d'un système à la perfection duquel elle est nécessaire. Or, comme un tel système ne consiste pas à rassembler et à coordonner les divers matériaux que Ton a rencontrés, chemin faisant, dans l'investigation de la nature, mais qu'il n'est possible au contraire qu'autant que l'on est eu mesure d'exposer pleinement les sources subjectives et objectives d'une certaine espèce de connaissances au moyen de la notion formelle d'un tout qui contient en soi et a priori le principe d'une division complète, alors on comprend facilement pourquoi les introductions encyclopédiques, si utiles qu'elles soient, sont si peu communes.

Comme la faculté dont le principe propre doit être ici recherché et expliqué (le jugement) ^ est d'une es-

pèce si particulière qu'elle ne produit dçUe-i^ôffli^^-: cune connaissacice (ni théoritique ni pratique) et qu^^ malgré son principe a priori, elle ne constitue pourtant pas une partie de la philosophie transcendant£^e comme science objective, mais forme seulement le lien entre deux autres facultés de connaître (l'ejatendément et la raison); il m'est permis alors, dans la dé termination des principes d'une faculté qui, comme celle-ci, n'est point susceptible d'une théorie, vï^i:^ seulement d'une critique, de m'écarter de l'ordre par-r tout ailleurs nécessaire, et de la faire précéder d'une courte introduction encyclopédique, non pas au point de vue du système des sciences de la raison, mais salement pour la critique de toutes les facultés de l'âme déterminables a priori, en tant qu'elles forment dans leur ensemble un système dans l'esprit, et d'unir de cette façon l'introduction propédeutique à l'introduction encyclopédique.

L'introduction du jugement dans le système des facultés pures de connaître par notions repose tout entière sur son principe transcendantal propre, à savoir, que la nature, dans la spécification des lois transcendanlales de l'entendement (dans les principes de sa possibilité comme nature en général) , c'est-à-^dire dans la diversité de ces lois empiriques, procède suivant l'idée d'un système de la division de ses lois, dans l'intérêt de la possibilité de l'expérience comme système empirique. — Ge procédé fournit d'abord la notion d'une légalité objectivement contingente, mds subjectivement nécessaire (pour notre faculté de

connattre), c est-à-dire la notion d'une finalité de la nature, et même a priori. Or quoique ce principe ne décide rien par rapport aux formes physiques particulières, et que la finalité de ces formes doive toujours être donnée empiriquement, le jugement acquiert cependant sur ces formes un droit à l'universalité et à la nécessité, comme jugement purement réflexif, par le rapport de la finalité subjective de sa représentation donnée au jugement avec ce principe a priori du jugement touchant la finalité de la nature dans sa légalité empirique en général. De cette manière un jugement réflexif esthétique pourra sembler reposer sur un principe a priori (quoique ce principe ne soit pas déterminant), et la faculté de juger alors aura droit à une place dans la critique des facultés pures de connaître, dont il a été parlé plus haut.

Mais comme la notion d'une finalité de la nature (en tant que finalité technique, qui se distingue essentiellement de la finalité pratique, s'il n'est pas une pure substitution de ce que nous faisons cette finalité à ce qu'elle est, est une notion abstraite de toute la philosophie dogmatique (théorique et pratique), notion qui se fonde uniquement sur le principe du jugement qui précède les lois empiriques et rend seul possible leur réduction à l'unité de système; il est clair par conséquent que des deux espèces de jugements réflexifs (lejugement esthétique et le jugement téléologique) celle qui précède toute notion d'objet, parconséquentle jugement réflexif esthétique, a seul son principe de détermination dans le jugement, sans mélange d'au-

EN 6ÉKÉRÂL. 475

cune autre faculté de connaître ; qu*au contraire le jugement téléologique, quoique la notion d'une fin de la nature ne serve dans le jugement même que comme principe du jugement réflexif et non du jugement déterminatif, ne peut cependant pas être porté autrement que par l'union de la raison avec des notions empiriques. La possibilité d'un jugement téléologique sur la nature est facile à montrer d après cela, sans qu'il soit nécessaire de donner pour base à ce jugement un principe particulier de la faculté de juger : car cette faculté suit simplement le principe de la raison. Au contraire la possibilité d un jugement esthétique de pure réflexion, et cependant fondé sur un principe a jonon, c'est-à-dire, d'un jugement dégoût, s'il est possible de démontrer qu'un pareil jugement peut réellement prétendre à une valeur universelle, ne peut se passera cet effet d'une critique du jugement comme faculté de principes transcendantaux particuliers (comme l'entendement et la raison) ; et ce n'est même que par là qu'il est susceptible d'entrer dans le système des facultés cognitives pures. La raison en est que le jugement esthétique, sans supposer une notion de son objet, lui attribue pourtant une finalité et même une valeur universelle. 11 doit donc avoir sa raison dans la faculté même déjuger, quand au contraire le jugement téléologique suppose une notion de l'objet, notion que la raison soumet au principe de la liaison des fins seulement; cette notion d'une fin de la nature n'est employée par la faculté de juger que dans le jugement réflexif, et non dans le jugement déterminatif.

476 SDR U f HlLOa^HIE

II n'y H donc proprement que le goût, et même par rapport aux objets de la nature, dans lequel la faculté déjuger se montre comme une faculté qui a son principe propre, et par cette raison élève une prétention fondée à une place dans la critique générale des facultés supérieures de connaître, prétention dont on lui a peut-être contesté la légitimité. Mais si la faculté qu a le jugement de se poser des principes a priori est une fois reconnue, il est aussi nécessaire d'en déterminer l'étendue; et il faut, pour cette intégralité de la critique, que la faculté esthétique soit reconnue ayec la faculté téléologique comme contenue dansuuQ seule faculté, et reposant sur un même principe, Car le jugement téléologique, même en matière de choseï^ natu^ relies, n'appartient pas moins que le jugement esthétique au jugement réflexif (non au ji)gemant déterminatif).

Or la critique du goût, qui ne sert d'ailleurs qu'à l'amélioration et à l'affermissement du goût lui-même, ouvre, si on la traite sous un point de vue transcendantal parce qu'elle remplit une lacune dans le système de nos facultés cognitives, une perspective frappante et féconde, à ce qu'il me semble, dans le système complet de toutes les facultés de l'âme, en tant qu'elles se rapportent dans leur destination, non seulement au sensible mais encore au sursensible, sans pourtant renverser les bornes qu'une critique sans quartier à posées à ce dernier usage (sursensible) des facultés intellectuelles. Peut-être sera-t-il utile au lecteur, pour saisir plus facilement la liaison des recherches suivantes, que

BN GÉNÉRAL. 477

je donne dès maintenant de cette liaison systématique un aperçu qui ne devait proprement, eomme tout cet article, avoir sa place qu'à la fin du traité.

Toutes les facultés de Tâme se rapportent aux trois suivantes :

Faculté de connaître.

Sentiment de plaisir et de peine ^ Appétit.

Mais Texercice de chacune de ces facultés suppose toujours la faculté de connaître, quoiqu'il n'y ait pas toujours connaissance (car une représentation appartenant à la faculté de connaître peut aussi être une intuition pure ou empirique, sans notion). Les facultés supérieures suivantes, s'il s'agit de facultés de connaître d'après des principes, doivent avoir leur place auprès des facultés de l'âme en général.

Faculté de connaître. — Entendement.

Sentiment de plaisir et de peine. — Jugement. Appétit. — Raison.

Il se trouve que l'entendement contient des principes propres a />nbn pour la faculté de connaître, que le jugement n'en contient que pour le sentiment de plaisir et de peine, et la raison pour l'appétit seulement. Ces principes formels établissent une nécessité en partie objective, en partie subjective, et qui, d'un autre côté, parce qu'elle est subjective, est en même temps d'une valeur objective, puisqu'ils déterminent

ATê

SUR U raiLOSm>HIE

aa moyen des facultés supérieures qui s'y rapportent les facultés correspondantes de Tâme qui suivent :

Faculté de connaître. — Entendement. — Légitimité.

Sentiment de plaisir et dé peine. — Jugement. — Finalité.

Appétit. — Raison. — Finalité qui est en même temps une loi. (Obligation).

Enûn s'associent aux principes a priori précédents de la possibilité des formes, les suivants qui an sont les produits :

Faculté de connaître.

Sentiment de plaisir et de peine.

Appétit.

Entendement.

Jugement ( Raison.

Légitimité.

.&.! / Finalité.

Obligation.

EN GÉNÉfUL. 479

La nature fonde donc sa légitimité sur des principes aprioride Tentendement comme faculté de connaître. L'art se dirige dans sa finalité a priori d'après le jugement par rapport au sentiment du plaisir et de la peine. Enfin les mœurs (comme produit de la liberté) sont sou mises à l'idée d'une forme de Isl finalité qui se qualifie de loi universelle, comme principe de détermination de la raison par rapport à V appétit. Les jugements qui résultent ainsi de principes a /^ribn propres aux facultés fondamentales de l'âme, sont des jugements théoriques, esthétiques et pratiques.

Tel est le système des facultés de l'âme dans ses rapports avec la nature et la liberté, deux choses dont chacune a ses principes a priori déterminants propres, et qui réunies constituent par cette raison les deux parties de la philosophie (la partie théorique et la partie pratique) comme parties d'un système doctrinal : telle est en même temps la transition ménagée par le jugement, qui lie par un principe propre deux parties en passant du substratum sensible de la première philosophie au substratum intelligible de la seconde, par la critique d'une faculté (le jugement) qui sert uniquement de lien et ne peut par conséquent produire d'elle-même aucune connaissance, ni fournir matière à la doctrine, mais dont lesjugements que l'on nomme jugements esthétiques (dont les principes sont purement subjectifs), en se distinguant de tous ceux dont les principes sont objectifs (qu'ils soient du reste théoriques ou pratiques) et qu'on a appelés jugements logiques, sont d'une espèce si particulière qu'ils rappor-

480 SUR U PHIL060PIIIE Bff GÉNÉRAL.

tent les intuitions sensibles à une idée de la nature, dont la Bpalité ne peut être comprise indépendamment de leur rapport à un substratum sursensible. Ce qui sera prouvé dans le traité même (1).

(I) Dans la Critique du jugement — T.

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