‹ Promenade à travers le Paris des martyrs, 1523-1559Chapitre 18 sur 23 · AU BOUT DU PONT SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

AU BOUT DU PONT SAINT-MICHEL

Le rédacteur du Journal d'un bourgeois de Paris sous François /" paraît un peu étonné que cette femme d'hérétique soit morte « dans son lit ".

Il y avait des femmes qui mouraient autrement. Telle cette maîtresse d'école qui, le il avril 1535, fut menée en tombereau faire amende honorable devant Nore-Dame, après quoi, ramenée place St-Michel, elle y fut pendue au poteau de justice de l'Abbé, étranglée et brûlée (1).

Remarquons en passant que la peine du feu appliquée aux femmes hérétiques est déjà un progrès des mœurs. Précédemment, pour les crimes les plus graves comme pour les plus légers, on condamnait les femmes à être enterrées vivantes ! Cette peine de l'enfouissement de femmes vivantes est commune aux XIIP et XI V^ siècles. Des femmes furent ainsi traitées pour avoir volé des souliers, des effets, des poules. On ne pendait pas les femmes pour épargner la pudeur du temps. Mais on les brûlait déjà pour les crimes les plus graves (2).

L'enfouissement de femmes vivantes pour vols, mauvaises mœurs ou hérés'es ne se pratiquait plus à Paris, au XVP siècle. Par contre, dans les Pays-Bas et dans le Nord de la France, en plein XVP siècle, on cite de nombreux cas de cet affreux supplice appliqué à des femmes simplement hérétiques (3). Le 10 septembre 1545, Ma-

(i) Nous disons dans le chapitre sur l'Abreuvoir Popin les raisons qui nous font penser que la Catelle fut brûlée en réalité à l'abreuvoir Popin, non loin, il est vrai, de la place St-Michel.

(2) Cf. L. Tanon, Histoire des justices de Paris, p. 3o, 35.

(3) Cf. Paul Beuzard, La Réforme dans la région de Douai, d'Arras et au pays de VAlleu, Le Puy, 1912, p. i55.

thinette du Buisset « notable €t vertueuse » fut condamnée à être enterrée vive à Douai pour avoir maintenu en constance et intégrité la Parole de Dieu.

Nous devons bien un souvenir plein d'admiration et de pitié aux femmes héroïques qui ont accepté de pareilles souffrances, la fosse ou le bûcher, pour maintenir l'intégrité de leur foi et la liberté de leurs consciences.

Le Carrefour du Puits S^^'-Qeneviève

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