LE PILORI DES HALLES
Pour acfiever la fête on brûla l'après-midi six « luthériens » à savoir trois à la Croix du Trahoir : Maître Simon Foutret, natif de Cusset en Auvergne, chantre du roi ;
Audebert Valeton, receveur de Nantes. On avait trouvé dans sa demeure, près de la Croix du Trahoir, des livres luthériens qui furent brûlés avec lui ;
Maître Nicole Lhuillier, clerc du greffe du Châtelet.
Les trois autres furent brûlés aux Halles après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame. C'étaient un riche fruitier des Halles, Jean Lenfant, un faiseur de petits paniers de fil d'archal et un menuisier dont le nom est resté inconnu. Driart raconte à ce propos que l'on avait dressé huit potences, quatre à la Croix du Trahoir (1) et quatre aux Halles, car on devait exécuter huit luthériens mais « pour quelque cause » il n'en fut exécuté que six. Les malheureuses victimes furent conduites au supplice, deux par deux, dans six tombereaux de voierie. Un autre tombereau les précédait, chargé, celuilà, de « grands sacs de livres de la fausse et mauvaise doctrine de Luther. » {Chronique parisienne, p. 176).
Le lendemain, 22 janvier, dit le Journal d'un bourgeois de Paris fut brûlée la femme d'un cordonnier demeurant près de l'église St-Séverin. Elle était maîtresse
lant montrer à l'Eglise son bon vouloir calîioliquc, déclara que s'il pensait que l'un de ses membres fût souillé de la mauvaise hérésie de Luther, que lui-même il le voudrait couper pour être brûlé et ars — et même de ses propres enfants. Propos qui fut, ajoute Driart, « fort agréable aux bons catholiques, n (i) Rue St- Honoré.
d'école et « mangeait de la chair aux vendredis et samedis. » Driart dit qu'elle était « luthérienne » et âgée d'environ trente-six ans. Menée dans un tombereau devant Notre-Dame, elle y fit amende honorable puis, ramenée à l'abreuvoir Popin, elle « fut pendue à une potence et laissée choir au feu toute vive. » (1)
Sous Henri II, le nombre des martyrs brûlés aux Halles est considérable et tous ne sont pas connus. C'est, le 26 mai 1548, Pierre Guyon originaire d'Auxerre qui, pour réparation des blasphèmes séditieux, hérétiques et scandaleux dicts et proférés par lui contre l'honneur de Dieu, du saint sacrement de l'autel, de notre mère sainte Eglise, est condamné à avoir la langue coupée au sortir de la chapelle de la Conciergerie, à être mené aux halles à y être soulevé à une potence et brûlé tout vif en l'air (2).
Le 4 octobre de la même année, c'est Antoine Sebilleau, dit Navet qui est condamné à la même peine pour le même délit. Mais il faudrait un volume à part pour
(i) Driart place ce supplice au samedi 22 janvier. Le Bulletin (1862, p. 256), place le fait au 21 avril. Mais il y a dans ce texte plusieurs erreurs évidentes de lecture. Cf. Bibl. publ. de Soissons, ms. 189, fol. 79.
Crespin, dont la Chronique du roy François P"", le Journal d'un bourgeois de Paris, la Chronique parisienne, de Pierre Driart, le Journal de François Grin, etc., n'ont fait que confirmer l'exactitude, nous donne le nom de la pauvre maîtresse d'Ecole. Elle s'appelait la Catelle. Il commet, croyons-nous, une erreur en indiquant qu'elle fut brûlée vive au bout de la rue de la lluchctte (Voir le chapitre sur V Abreuvoir Popin). (Martyrologe, éd. Toulouse, t. I, p. 3o5.)
(2) N. Weiss, La Chambre ardente, p. 57, 58.