LE PILORI DES HALLES
Le 14 novembre 1534, un drapier de la rue St-Denis à l'enseigne du cheval noir accusé d'avoir affiché des placards dans Paris fut condamné à faire amende honorable devant Notre-Dame, à avoir le poing coupé devant la Fontaine des Innocents et à être brûlé au pilori des Halles.
Voici le récit de cet épisode d'après le Martyrologe de Crespin (1).
« 14 Novembre 1534. Jean du Bourg, marchand de Paris, monstra en ceste persécution qu'elle connoissance de l'Evangile il avoit receuë de Dieu, c'est assavoir ferme et fondée sur le rocher qui est Jésus-Christ ; car ni bien, ni parentage ne le seut onques divertir'et esbranler de la vérité. Son logis estoit à l'entrée de la rue Sainct Denis, à l'enseigne du cheval noir, faisant estât de marchandise de drapperie. Il fut bruslé aux Halles, lieu publique de Paris. (2) »
Driart, qui rapporte le même fait, affirme que Jean Du Bourg mourut « bon chrétien », nous n'avons pas de peine à le croire.
Mais l'année 1535 devait voir amener au Pilori des Halles bien d'autres victimes de la réaction furieuse alors déchaînée sur la France de la Renaissance et de la Réforme.
Le 21 janvier 1535, le bon roi François i'''' « pour apaiser l'ire de Dieu » et en expiation du sacrilège commis par les luthériens qui avaient osé afficher leurs fameux
(i) I, p. ook.
(2) C'est-à-dire lieu d'exécution publique.
placards contre la Messe, fit faire la plus belle procession que Ton vit jamais en France. Les chasses de sainte Geneviève, de St-Marceau, toutes les chasses des églises de Paris sans exception, « le fer de la lance » « le précieux chapeau d'épines » et toutes les reliques de la Ste-Chapelle y furent solennellement portées. L'évêque de Paris, Jean du Bellay, portait le corjms domini sur lequel il y avait le riche ciel du roi ». Le dauphin, le duc d'Angoulême et les enfants du roi, le duc de Vendôme en portaient les quatre coins. Devant le Corpus domini marchaient toutes les paroisses, les archers du roi et les suisses en bon ordre avec leur tambourins, puis les neuf gentilshommes du roi avec leurs haches d'armes, enfin messeigneurs les cardinaux de Tournon, de Lisieux et de Châtillon, tous nus-têtes. Après le St-Sacrement, marchait à pied le roi lui-même vêtu d'une robe de velours noir fourrée de martres, nu-tête et portant en ses mains une grande torche de cire blanche allumée. A côté de lui cheminait le cardinal de Lorraine ; ils étaient suivis des princes du sang et des plus grands personnages tous nus-têtes avec une torche de cire aux écussons de France. Puis venaient le Parlement, la cour des comptes, la Ville, le lieutenant de la prévôté de Paris, l'Université. Partie de St-Germain l'Auxerrois, la procession gagna Notre-Dame. La grand'messe dite, le roi et la reine allèrent dîner chez monseigneur l'évêque de Paris (1).
(i) Driart raconte que pendant le dîner auquel assistaient également le Dauphin, les enfants de France et la noblesse, le roi vou-