‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 10 sur 27 · UT · texte numérisé non relu

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Entre le Cap-aux-Corbeaux et la Pointe à-Louison, se trouve un petit cours d’eau qui descend des côtes et à qui son parrain a donné le nom assez peu édifiant de Ruisseau Jureux (iureur). Pourquelle raison ? Je n’en sais trop rien. Quant à moi, je puis assurer que plusieurs fois, Je suis passé, par eau, assez près de ce mauvais parleur sans l'entendre Jurer. Si jamais vous traversez ce ruisseau, vous ne l’entendrez probablement pas prononc2r c2s mauvais mots. Mais enfin il porte ce nom, et Je ne puis rien pour lui en donner

LAURE plus édifiant. Revenons sur Ile.

Nous voilà rendus à un petit ruisseau que la couleur de ses eaux a fait nommer: Ruisseau rouge. Ce petit cours d’eau mérite de n'être pas passé inaperçu pour les raisons suivantes : 10. Il est le seul endroit où ilya un havre pour les cha- Joupes des habitants du bas de l'Ile ; 20. Il est le seul cours d’eau de cctte partie de l'Ile ; 30 A sa sortie sur le rivage, il forne un fort joli petit bassin, le plus propre de tous les débarquements sur l'Ile; 43. Il n’a paint le désagrément d’avoir un pont du genre et de la qualité de ce lui que nous avons traversé, sur la rivière-rouge, et des deux autres que nous verrons dans la partie ouest de l'Ile; 5). Au nord et au sud-est, il a pour accessoires deux solides bancs de sable qui se découpent merveilleusement, quand la marée montante a rempli l'étendue de son gentil bassin ; 60. Dans l'opinion de M. le grand-vicaire Demers, c'est le meilleur de tous les cours d’eau de l'Ile aux Coudres pour y bâtir un moulin à farine. Voilà, je pense, plus qu’il en faut pour mériter lattention du voyageur qui le rencontre sur son passage.

Au point où nous en sommes de la marée montante, tous les promeneurs intelligents s'accordent à dire que la partie du chemin de la rive sud de l'Ile, que nous venons de parcourir, offre un aspect des plus

pittoresques. En effet, il sufitd’avoir un cœur capable d'aimer les beautés que je Créateur a semées, à pleines mains, sur cette terre où habite sa créature inielligente, pour en juger ainsi.

Mais pour être sensible à de tels aspects, il faut, ce semble, avoir passé les jours d’une candide enfance à contempler les belles choses qu'offrent les rives d’un beau fleuve. Quand. on est parvenu à l’âge mûr, sans en avoir reçu les impressions dans sa j-unesse, on les voit la plupart du temps sans les romprendre, sans les aprrécier, sans même y faire attention.

Ne me parlez jamais des impres sions qu'ont reçues ceux qui ont été élevés sur les bords d'un lac. Ils n’ont pu contemp'er que des eaux mortes, indolentes, inertes, que les ven's étaient contraints de galvani ser pour leur donner une apparence de vie. leur vue m'a toujours offart ‘idée d’un paresseux qui ne remue que sous les coups de fouet d’un maitre en colère.

N>: me vant-z jamais le bonheur de ceux qui ant passé leur enfance sur les bords d’une rivière, toute belle qu’elle soit. Ils ont vu des eaux,qui ne changent jamais d’aspect, qui passent une seule fois sous leurs yeux, comme pour leur dire un adieu de mort, et qui ne reviennent plus. Ces eaux n’ont point, en ellesmê nes, un principe de vie. Voyez plutôt, elles ne remuent que par suite del’inclinaison du sol dontelles suivent machinalement la pente.

Puis, allant toujours vers l'océan pour se perdre dans son immensité, eiles font naître des pensées trop sombres, trop mélancoliques, je devrais dire, décourageantes pour l'âme de quiconque a reç1 de Dieu un ins:

ünct qui le porte à aimer la vie, une volonte pour agir, une liberté qui lui donne le choix de ses actes.

Mais il n’en a pas été ainsi pour celui qui à passé les beaux jours de sa Jeunesse sur les rives d'un fliuve, surtout sur celles du beau

Saint-Laurent, et, peut-être encore plus, s’il les a passés à l'Ile aux Coudres. Pour celui ci, il a eu le bonheur de contempler des eaux qui nonseulement ont le mouvement, mais encore la vie avec des manières d’être et d'agir qui présentent l’image de la liberté, du travail, de l’activité, de la constance, de la persévérance et de l’intelli- .gence dans l’action. Vous allez vous en convaincre. En eff:t, les eaux du Saint-Laurent, vues de l'Ile aux Coudres, à part quelques courts instants, sont prodigieusement actives.

Elles montent vers l’ouest puis elles descendent vers l’est, elles s’avan cent au nord vers le rivage, elles s’en éloignent vers le sud, tantôt plus, tantôt moins. Eiles se séparent en arrivant à l’une des extrémités de!

l'Ile, comme pour respecter la demeure de l’homme, puis elles se réunissent quand elles sont rendues à l’autre extrémité. A certains jours, elles vont avec plus de rapidité dans leurs voyages, parce qu’elles ont un plus long trajet à parcourir, et qu’elles ont garde de manquer à l'heure du rendez-vous. D'autres jours, elles ralentissent eur marche parce qu’elles doivent ne jamais arriver là où elles vont, avant le temps fixé. Parvenues au bout de leur course, ell:s se reposent un peu, comme pour reprendre haleine, puis elles se remettent en marche pour parvenir, à temps, au but où ellesdoivent se rendre sfin d'arrêter encore un peu, sans Cependant ne jamais prendre d'autre repos que celui qui leur est indispensable. Quelquefois, elles se retirent si loin du rivage qu’on #rut qu'elles n’y reviendront ra 8e n’est que pour y accou- # 1: vs et plus animées. Dans "340 es «vrs les rives qui les x der’ rome on attend la visite G'un ‘21 : “in, elles apportent dans leur sein, une foule de poissons de toute espèce dont elles ont l’intention, en se retirant, de laisser une partie dans les enclos que l’homme avait préparés pour les recevoir,

puis, sans perdre de temps, elles retournent en chercher d’autres pour les y laisser encore.

Si quelquefois elles sont malfaisantes, l’homme réfléchi ne doit pas s'irriter contre elles, puisque la cause, qui les lui rend hostiles, leur est étrangère. Mais, alors même, elles sont encore aimables par ces ondulations, ces houles, ces lames qui font cesser la monotonie de leur surface, laquelle, trop prolongée, finirait par inspirer du dégoût et à en faire détourner les regards. Non-seuleent alors elles sont aimables, mais encore elles ont l'avantage de piquer la curiosité de celui qui les regarde, et elles l’engagent et le forcent à s'associer à leurs luttes. Pour se préparer à ces luttes, elles revêtent leurs robes blanches Ÿ, puis elles se provoquent, elles se poursuivent, elles s’agacent, elles se poussent, elles se frappent pour s’animer au combat. Tantôt elles s’abaissent, tantôt elles se relèvent ; tantôt elles tombent, tantôt elles se redressent; tantôt elles poussent des cris aigus, tantôt elles font entendre de longs mugissements, tantôt elles se séparent, tantôt elles se réunissent et, par leurs formes bizarres, changeantes et variées comme à l'infini, par le dévergondage de leurs allures et de leurs aspects. elles ne sont, hélas!

qu’une trop fidèle image de la s0ciété humaine, livrée à ces étranges folies auxquelles on a donné le nom de révolution, ou encore, elles ressemblent à ces masses d'hommes d’une même paroisse, réunis auprès d’un poll, et qui se ruent les uns sur les autres, se poussent, se frappent, crient, hurlent, dans la fureur d’un délire, si hideux que la langue humaine n'a pas de mots assez énergiques pour les flétrir.

Dans d'assez rares occasions, poussées à une espèce de désespoir par les coups redoublés de la tem-

t Les gens de l’Ile appellent ces lames:

des moutons blancs.

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pête, les eaux du Saint-Laurent montrent une audace qui épouvante le navigateur, glace le sang de ses veines, et lui fait payer de sa vie la témérité qui l'avait porté à vouloir s’y frayer un passage. Mais ces excès contre leur nature, ne durent jamais bien longtemps. Et, comme si elles se repentaient de leur audace, elles s’apaisent bientôt, et font cesser les terreurs qu'elles avaient inspirées, en redevenant les belles eaux du majestueux Saint Laurent,

Nous voici rendus au pied de la côte de Vital Mailloux. Ici, nous allons cesser pendant quelque temps de cotoyer le rivage de l'Ile.

Jetons un dernier regard sur ce rivage qui, jusqu'ici, s'est montré prodigue d’agréments multipliés. Laissons les basses régions de l’Ile, pour nous élever et voyager sur la haut rempart de son côté nord. Da cette élévation, nos regards s’étendrort plus au loin pour admirer d’autres beautés dont la vue continuera de rendre agréable notre promenade autour de l'Ile.

Descendons de voiture pour monter la côte à pieds, nous dégourdir un peu les jambes et moins fatiguer celles de noire bucéphale.

Avant d’escalader le rempart de l'Ile, approchons-nous un peu du bord du rivage pour voir de plus près la limpidité des eaux et entendre ce frémissement qu'elles font en vcnant frapper sur le sable. Voyez ces petites lames qui se suivent, s’arprochent pour venir embrasser le rivage, dont elles se retirent aussitôt our donner à d’autres le plaisir de e baiser à leur tour, puis, en se

balançant toujours mollement et

gentiment, le laissent en lui donnant l'espérance de revenir bientôt l’embrasser de nouveau. Car, il ne faut pas l'oublier, le rivage est l’ami des eaux du Saint-Laurent, parce qu’il les empêche de voyager toujours sans se reposer jamais, comme font celles de 1'océan qui ne savent où diriger leur course et n’ont jamais de repos.

Vous rires peut-être de moi, si je vous disais que cent fois, j'ai été m'asseoir sur ce rivage de l’Ile pour contempler les flots, surtout quand le vent s'élevait, Je ne sais trop comment exprimer l’admiration où [es en voyant d’abord de petites ames devenir des masses d’eau énormes et redoutables en s’associant : de deux en faire une, de deux de ces dernières en faire encore une seule, et puis toujours devenir plus grandes en continuant de s’unir.

Puis quaud le vent diminuait, diminuer elles-mêmes, et quand il ne ventait plus redevenir de toutes petites lames en se partageant pour former la surface unie du fluve.

Enfin je laissai le rivage, en emportant la pensée d’une grande population, dont chaque individu s'efface dans l’union générale de tous pour élever une grande et belle église à la gloire de Dieu.

Allons maintenant faire notre as. cension.

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