TOUR DE L’ILE—LA PARTIE NORD— ANECDOTES
Ouf... Ouf... | Quelle côte ?
Quelle chaleur! Me voilà bien et duement aussi essouflé qu’un chevreuil poursuivi par une meute de chiens acharnés à sa poursuite pendant la durée de six longues heures !
Ouf... OU Éssscse ouf. Quelle sueur ! Ne dirait-on pas que je viens de prendre un bain de vapeur à l’eau bouillante. Ouf... our... Le bon M. Godfroi Tremblay, mon vieil ami asthmetique, n’a jamais soufflé ni plus dru ni pius court, pendant une de ses plus rudes crises.
Voilà ce que c’est que d’avoir de vieux reins, de vieilles jambes, de vieux poumons, un vieux sifilet rouillé ! Ouf... ouf... mais voilà
ue ça va mieux: ma respiration evient moins courte, moins gênée, moins siflante. Comme on apprend
toujours quelque chose en vieillis-
sant, je comprends aujonrd'hui que les jeunes gens peuvent courir, si cela leur plaît; que les hommes d’un âge mur peuvent marcher à grands pas, s'ils le veulent; mais que les vieillards doivent se faire mener Ou- se condamner à marcher au pas de la blanche, c'est tout différent,
Si jamais je me vaya's contraint de monter une pareille côte à pieds, je promets d’être plus avisé que :e ne l'ai été cette fois ci. Voici com ment je m'y prendrai: Rendu au pied de la côte, je me tournerai le dos vers le haut et le visage vers le bas, et ja la monterai à reculons; il me semble qu’en la montant ainsi, ce serait comme si je la descendais Comme il me semble indubitable qu'on fatigue beaucoup moins, infiniment moins et ses jambes et ses reins et surtout sa respiration, en descendant une grande côte qu’en la montant, j'aurai fait une décou verte dont pour laquelle un grand nombre de personnes du bas des Eboulementset du Cap-aux-corbeaux, de la Baie-Saint-Paul, devront avoir une grande reconnaissance.
Badinage à part, nous voilà arrivés sur le haut rempart du côté nord de l'Ile, que nous allons suivre, presque partout, jusqu’à la descente de la côte du Cayp-à-la-Branche. Maintenant le chemin sera généralement moins beau et moins uni que celui que nous avons parcouru depuis notre départ de l’église. Mais, en revanche, nous distinguerons mieux les objets éloi gnés. Quant à la rive du fleuve, nous ne la reverrons plus avant d’être rendus au haut de lle.
La première maison, que voici tout de de nous, est la demeure de Vital
ailloux, dont le père portait le même nom de baptème. J'ai toujours beaucoup aimé cette famille. Et je vais vous dire ce qui m’y attache.
J’ai raconté ailleurs, en vous disant la triste histoire du jeune Pedneau, que celui qui avait obéi à son père lorsque celui-ci l'avait pris par le bras et l'avait conduit en avant près des
béni; il a non-seulement ce qu'il
balustres, n'avait opposé aucuné résistance à l'autorité paternelle. Ge jeune homme était Vital Mailloux, qui a été le père de celui qui demeure dans cette maison. Quoique je fusse encore bien jeune, cet acte d’obéissance publique, et certaine.
ment très-admirable, m'avait singulièrement frappé.
J'ai fait connaître ce qu'était deveou André Pedneau, je ne puis omettre de dire ce que devint Vital Mailloux. Le premier fut un enfant rebel; le second un enfant obéissant. Dieu, qui est fidèle dans ses promesses, a promis de grandes bênédictions, en ce monde, aux enfants soumis à l'autorité de leurs pères et de leurs mères. Une fois de plus nous allons voir ce qui advint à ce Vital Mailloux.
Ayant quitté l’Ile aux Coudres, en 1814, pour aller étudier au Séminaire de Québec, j'avais complétement oublié la scène qui s'était passée dans l’église de l'Ile aux Coudres, pendant l'été de 1808. En étudiant le quatrième commandement de Dieu, je me l’étais rappelée. J'avais été témoin de la fin déplorable de l’enfant qui s'était publiquement révolté contre son père, mais j'ignorais ce qu'était devenu celui qui avait donné un exemple public d’obéissance. J'étais prêtre, quand passant un jour près de cette maison, je crus devoir y entrerpour m'informer de Vital Mailloux ce que Dieu avait fait pour lui. Il me dit qu’il était le plus heureux des pères ; que tout allait bien dans sa maison ; que ses affaires étaient on ne peut mieux, et que jamais un seul de ses enfants ne lui avait causé le moindre chagrin, Que loin de lui faire de la peine, ils prévenaient ses moindres désirs, le respectaient et lui obéissaient en tout,
Vital Mailloux, son fils, a hérité des bénédictions que Dieu avait accordées à son père pour le réco npenser de son obéissance. Comme le champ de son père, son champ est
uné rélle. Ge ailloux, qui de- Juoique “et acte ertaine- , singu-
it deve- 1e puis nt Vital
enfant t obéisans s°s ides bêenfants ères et lus nous ce Vital
joudres, r au Sécompléi s'était Ile aux 808. En imandes rappea fin déit puplipère, devenu exemple prêtre, de cette erpour ce que me dit
B pères ; aison ;
e peut
l de ses oindre
b de la bindres obéis-
hérité ait ac- Dnpenme le mp est b qu'il
lui faut pour les besoins de sa famille mais encore bien au-delà. Comme celle de son père, sa famille est bénie de Dieu et il est un heureux père :
aimé, respecté et obéi. Et j'ajoute ue cette branche de la nombreuse amille du vénérable père Elie Mail.
foux, mon grand oncle, sera bénie de Dieu et comblée de biens de père en fils, aussi longtemps qu'un misérable, sorti de cette branche, ne se révoltera pas contre l’autorité paternelle par un acte criminel d'insubordination, surtout publique Lui et ses descendants auront perdu l’héritage de bénédiictions divines que le premier chef de cette famille avait acquises, dans l’église de l'Ile aux Coudres, en l’été de 1808.
Voilà pourquoi j'aime cette famille et je vous avouerai que j'ai bien raison d'aimer une maison que Dieu a visiblement bénie et que, j'espère, il continuera de béniret de combler de biens dans 1 s générations qui suivront. Car tous les descendants de cette même branche pourront toujours dire à Dieu : ‘* Souvenez-vous, ‘: Seigneur, de notre ancêtre Vital “ Mailloux et de l'acte d’obéissance | ‘“ publique qu’il a fait à son père, ‘“ en présence de toute la paroisse. # Bénissez-nous, comme vous l’avez ‘ béni. ”
Embarquons maintenant dans notre antique calèche et laissons à notre cheval, qui a de plus forts jarrets et de meilleurs poumons que nous, la tâche de marcher à notre place,
Vous avez vu les Eboulements et son église de la rive du fl:uve, regardez les maintenant de cette hauteur, à travers les feuillages des arbres qui moutrent leurs têtes audessus de la côte, comme pour nous saluer à notre passage. Donnez-vous la peine de considérer de nonveau le cordon de maisons qui court vers le Cap-aux-corbeaux, et vous allez voir que tout a changé d'aspect pour le mieux. C'est ainsi qu’en parcourant le chemin de l'Ile, on revoit les mêmes objets, et qu'ils apparaissent
comme si on les voyait pour la première fois.
Je ne puis passer devantcette maison, à notre gauche, et voisins de celle du bon Vital Mailloux, sans vous dire qu'elle était la demeure d'Abraham Martel péri, on ne sait comment, sur les bittures de sable de la Pointe de la Rivière-Ouelle, dans l’automne de 1834. Je ne sais trop pourquoi la mort de cet homme de bien m'a toujours singulièrement aflligé. Je vous l'avoue en toute sincérité, je ne puis me faire à l’idée que le corps d'un homme, qui méritait d’aller reposer dans la
aix d’un cimetière catholique, soit
emeuré enseveli dans un lieu profane et y repose séparé de ses amis et de ses parents |
Son frère, Cléor has Martel, mort dans cette maison il n’y a pas encore longtemps, était un des meilleurs chrétiens de l’Ile aux Coudres. Cet homme était vraiment bon, tranquille, ami de la paix, constamment l'ami de ses curés ; soumis de cœur à leur autorité ; faisant le moins de bruit possible ; d’une tenue pleine de mod»stie pendant les offices divins; d’une conscience infiniment délicate; plein de complaisance et de charité pour tout le monde.
Cléophas Martel a passé sa vie comme un saintetilest mort dans la paix du Seigneur. J'ai été jeune et et me voilà vieux, et j'ai constamment vu mourir dans la paix du Seigneur, sans en excepter un seul, tous ceux qui, pendant leur vie, avaiant vécu comme Cléophas Martel, avaient été les amis respectueux de leurs curés, leur avaient obéi avec une soumission cordia'e, et avaient fait leur bonheur et leur consolation. J'ai été jeune et me voilà vieux, et j'ai vu mourir dans le trouble et dans la crainte, tous ceux qui ontou persécuté leurs curés, ou leur ont fait la guerre, ou leur ont causé de notables chagrins.
J'ai encore vu que tous ceux qui avaient persécuté leurs curés, et s'étaient révoltés ouvertement contrè leur autorité, d étaient tombés dans
une profonde pauvreté, ou avaient fait une fin tragique.
Le petit bois, que nous traversons maintenant, a conservé, dans les traditions de l’Ile aux Coudres, une certaine célébrité que je veux lui garder.
On prétend que ceux qui, en 1759, «valent tiré et tué les chevaux dont des officiers de la flotte anglaise s’étaient emparés pour faire une nromenade, étaient cachés en cet endroit. J'ai dit ailleurs que ces messieurs voyant les chevaux tomber morts sous eux, étaient partis d’ici en toute hâte pour regagner leurs vaisseaux. Ces officiers n’ont pas dû conserver un souvenir bien aimable de cette petite Ile, d’où ils ont été for.
cés de fuir, quand il leur a pris fan taisie d’y faire un tour de promenade.
Ici, à notre droite et dans une maison qui a été changée de place, demeurait autrefois un habitant du nom de Clément Dufour, que jai connu dans ma jeunesse et que j'ai bien souvent revu depuis. Clément Dufour, mort aux Eboulements, il n’y à pas encore un grand nombre d’années, était un homme vraiment extraordinaire. Vous le croirez sans peine, si je vous Affirme qu’étant encore jeune, il ava.‘ appris à lire, non pas à demi, mai. parfaitement bien, dans le court r nace de neuf jours. Il possédait u:& ,ectitude de jugement admirable ; uie mémoire qui était vraiment prodiieuse. Ce qu'il avait appris une fois il ne l’oubliait jamais ; ce qu’il avait lu une fois, ils’en souvenait toujours. 1] possédait un tact d’une finesse incomparable, une présence d’esprit qui n’était jamais en défaut. On ne pouvait l’'embarrasser sur aucune des choses qu'il avait lues ou étudiées. Aimable et spirituel, la mémoire pleine de bons mots, de sail.
lies, de faits, d’anecdotes, d'histoires, de légendes, etc. il faisait le charme des conversations, pendant les longues veiilées d'hiver.
Giémeat Dufour était un très.
habile charpentier de goëlettes et de chaloupes. 11 eût fait un ingénieur
de première classe. Un peu léger dans sa jeunesse, il avait corrigé ce défaut dans un âge plus avancé, et il était devenu sage et rangé dans toute sa conduite.
Ne pouvant plus à la fin travailler à la terre ou à des constructions navales, il avait pris. le parti de se mettre à sa rente, comme font ordinairement les vieux cultivateurs.
Mais au lien de fénéantiser, comme font certains rentiers, il consacrait tout son temps à lire des livres d’hietoire, des journaux, des relations de voyages, tout ce qui lui tombait sous la main et qui était capable de jrassasier l’insatiable ardeur qu'il ‘avait d'apprendre. Par co moyen, il avait acquis des connaïssances trèsétendues et très variées sur la géographie et sur l’histoire de tous les peuples. Il connaissait les noms, la Ce intellectuelle, les principales actions de presque tous les personnages remarquadñes destemps présents et passés. Il suivait les affaires politiques d’un grand nombre de peuples; il savait les apprécier, les comparer, les juger ‘avec une supériorité de vues qui eu dans l'admiration ceux qui ’entendaient. D'ailleurs, il était plein de foi, de crainte de Dieu et de fidélité à la pratique de ses devoirs religieux, surtout à l’époque ‘dont je parle.
Quelles vastes connaissances, quelle profonde érudition un tel homme eût acquises si, dans sa jeunesse, il eût eu à sa disposition les moyens d'instruction que nous possédons maintenant dans notre Canada! C'était la pensée qui me venait chaque fois que j'avais l’occasion de converser avee lui.
Longtemps avant sa mort, il avait complétement perdu le sens du goût. Quelque nourriture qu’il prit, breuvage, pain, viande, légumes poisson, sucreries, il n’y trouvait aucune différence de goût. Il savait plaisanter très-agréablement sur cette misère, dont il ne se plaignait
: léger ‘rigé ce ncé, et é dans
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comme 1sacrait es d’his- »lations tombait able de r qu'il yen, ik es trèsr la gétous les oms, la princious les 2stemps yait les
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jamais. C'était, disait-il, pour l’em
Depuis quelques années, on parle
pêcher d’être gourmand et lui faire | d'y construire un quai pour y accosexpier les excès de table qu'il avait |ter les bateau x-à-vapeur.
pu commettre autrefois.
Quant aux traits de son visage et à la beauté de son front, je n’ai rien vu qui en donnât une idée plus frappante que le portrait de l’adinirable historien, de l'Eglise Catho lique, l’abbé Rhorbacher, tel qu’or.
le voit au frontispice de la troisième édition de son histoire. Or, on connaît quelles étaient les capacités intellectuel es, la sûreté du jugement et la profonde sagesse de cet admirable abbé.
La partie de l'Ile. où nous sommes, porte le nom de Pointe-des-roches, à raison d’un cap sur le rivage duquel se trouvent beaucoup de gros cailloux. Les terrains de cette partie avaient été réservés pour un do maine seigneurial dont le front avait trente un arpents et se prolongeait jusqu’à la route du frait-quarré que nous rencontrous plus loin. Si cette réserve eût été maintenue, elle eût ôté dix familles à la population qui ne se serait établie que sur la partie du sud et de l'ouest de l’Ile.
Heureusement que les messieurs du Séminaire renoncèrent à cette réserve de terrain beaucoup trop étendu sur une Ile aussi petite. En 1773, ils divisèrent ce domaine en dix lots, qu'ils concédèrent à des habitants. Ce fut alors que la poputation s'établit tout autour de l'Île, comme nous le voyons maintenant.
Mais en coicédant leur domaine, les seigneurs se réservèrent les côtes très-bien boisées situées sur presque toute la partie nord de l’Ile. Elle ue furent vendues aux habitants que vers l’année 1851. Chacun eût la liberté d'acheter celle qui se trouvait au bout nord de sa terre.
Dupuis le cap de la Pointe-desroches jusqu’à la terre du sieur Gagnon, en remontant vers l’ouest, se trouve l'endroit du rivage d'où la marée baissante s'éloigne le moins des côtes de l'Ile,
Nous voilà rendus à l'endroit où le chemin coupe la terre du sieur Frarçois Gagnon. La tradition nous apprend que c’est sur le haut du rivage où aboutit cette terre qu'a dû être élevée la croix de la première messe dite le 7 septembre 1585. C'est Le de cette croix que se trouve un
escimetières qui a servi à inhumer les corps des français morts à bord de leurs vaisseaux. J’ai suffisamment fait connaître, dilleurs ce cimetière ainsi que celui quiest plus à l’ouest.
De l'élévation où nous sommes, vous pouvez facilement voir le bout du Cap-aux-corbeaux, qui forme la par.
tie est de l’entrée de la Baie-Saint- Paul, dont vous apercevez le vaste bassin.
C'est au bout de ce cap, à peu ds distance du rivage, que se trouve le fameux gouffre qui, par le passé, a été célèbre par les terreurs qu'il a fait naître. Dans l'opinion publique, ce gouffre n’était, ni plus ni moins, qu’un autre Charybde qui engloutissait tout ce qui en approchait. Il n'avait point de fond, disaient ceux qui y avaient envoyé des lignes de sonde f. Aucun vaisseau n'osait s’en approcher, même d'assez loin. L'eau, disait-on, en était constamment dans une agitation extraordinaire. On avait porté les mauvais propos contre le gouffre du Cap-aux corbeaux jusqu’au point de dire, et peut-être de faire croire, que ce devait être l’entrée de l'erfer etque, conséquemment, les tourbillors et l’agitation continuells de ses eaux, étaient causés par les com-
t M. le Capitaine Lecours, du Vapeur Clyde, wa affirmé, l'été dernier (1870), que lui et plusieurs autres avaient sondé, avec le plus grand soin, cet abime qu’on disait
as de fond et que la plus grande profon- Aout d’eau qu'il y avait trouvée, n’était que de dix-sept brasses. Ce sondage avait eu lieu dans l’été de 1867. Je ne puis douter de la véracité du Capitaine Lecours, et croire gun ma trompé. Voilà douc la profondeur
e cet abimo réduit à dix-sept brasses d'eau!
bats que livraient aux démons qui voulaient les entraîner dans l’abime infernal, les Âmes que la justice de Lo avait condamnées au feu éternel.
D'où sont venues les terreurs qu'a fait naître le gouffre du Cap-aux-corbeaux? Pourquoi s-'-9n si mal parlé de lui? Pour quelle raison l'a t-on accusé d’avoir causé des maux infnis depuis la découverte du pays?
A toutes ces questions, je ne puis répondre autre chose sinon qu'il est à craindre que la peur, qu’on en a eue, n'ait tourné la tête à quelquesuns et ne leur ait fait imaginer des faits dont le gouffre n’était nullement coupable. Il faut cependant admettre qu'il est possible qu'il ait été plus dangereux qu'il ne l'est aujourd’hui. Il est encore possible que la cavité qui s’y trouvait se soit remplie, en partie, par les sables que les courants y auront entraînés, puisque sa profondeur n'est maintenant que de dix-sept brasses, suivant le sondage de 1867. Il est encore possible que le tournoiement des eaux y ait été plus violent et plus rapide qu’il né l’est maintenant. Mais il n’est nullement probable qu'il ait été aussi formidable que l’on a prétendu.
Ce que je sais, ce que j'ai vu de mes yeux, le voici: A plusieurs reprises, je suis passé assez près de l'endroit où la tradition l’a plaré, et je ne me suis aperçu de rien. Les eaux du fleuve étaieut là comme elles sont ailleurs, et pourtant c'était à mi.
marée. Une seule fois, jy suis passé en gcéletté, un peu après l’étale de la marée basse, lorsque le courant de la marée montante commençait à reprendre son cours, et voici ce que j'ai remarqué: J'ai vu d’a- Lord un petit tournoiement d’eau assez semblable à celui qui a lieu lorsque l’on verse âu liquide dans un entonnoir. J’ai observé que cette eau tournait avec assez de rapidité.
Puis j'ai vu ce petit tourniquet s'étendre en continuant de tourner, mais en diminuant de vitesse, à mesure que son diamètre prenait une
plus grande dimension, Puis enfin former un vaste cercle dont la cir conférence seule tournait. Le tem3s était parfaitement calme.
La goëlette, où j'étais, s'étant en gagée dans cette circonférence tournante, en fit le tour passablement vite, malgré les efforts que faisait l'équipage, par le moyen de leurs longues rames, pour la pousser en dehors de cette circonférence. Ils n’y réussirent qu’au moment où la goëlette allait commencer son second tour, Ce que je remarquai, c’est que le capitaine me paraissait fort content d'être débarrassé de ce tourniquet qui pouvait pousser son vaisseau sur les gros cailloux qui sont au bord de ce gouffre.
On m'a assuré que cette circonférence tournante disparaissait quand les eaux du fleuve avaient repris leur cours. On m'a encore assuré que le même tournôiement de l'eau avait lieu après l’étale de la marée haute, Mais je ne pu's l'affirmer, parce que je n'en ai pas été témoin.
Voilà le gouffre du Cap-aux-corbeaux tel que je l’ai vu en action, il y a à p u près une quarantaine d'années.
Je puis assurer que ce n’est pas là qu'est l'entrée de l'enfer, et qu’il u’engloutit plus quoique ce soit,
Mais si j'en crois les navigateurs de l'Ile aux Coudres, qui ont occasion de passer très souvent en été et en hiver, auprès de ce gouffre, iln’est pas inoffensif. [ls m'assurent: 1o.que la houle s’y fait très grosse et tiè:mauvaise, dans le temps que le vent souffle fort; 20. qu’il est presque ‘mnossible d'empêcher cette houle d’entrer dans les chaloupes ; 30. que les eaux y sont beancoup plus molles que dans les autres endroits du feuve ; 40. que, pendant la saison de l'hiver, les glaces ytourbillonnent, s’y culbutent, passent les unes pardessus les autres, et y font un sabbat épouvantable ; 52. que pendant cette saison, il est très-dangereux de s’y engager avec un jfiatle ou un canot, Car il n’y aurait guère moyen
y, enfin la cir tems
ant en e tourlement faisait > leurs ser en Ils n'y où la on searquai, raissait ssé de ousser ailloux circonraissait ivaient encore iement ale de u‘s l'alpas été
orbeaux | yaà années.
pas là t qu'il Dit, vateurs t occa- | été et iln’est lo.que t tiè:e vent resque houle 0. que molles ts du saison nnent, 8 parsabbat tcette de s’y n Camoyen
de n'y pas périr; 60, que, même en été avec des chaloupes, on ne se soucie guère d'y parser, parce qu’on eu à peur, à raison des mauvais tours qu’il peut jouer à ceux qui ne seraient pas sur leurs gardes ; 70. que le gouffre du Cap-aux-curbeuux n'a eu autrefois un mauvais nom, n’a été diffamé, que parce qu'il le méritait sous une foule de rapports; 80. que s’il a, encore aujourd’hui, un mauvais renom, il ne le doit qu’à sa mauvaise conduite et aux insultes qu'il prodigue à ceux qui vont le visiter; 90. enfin, qu'ils conseillent à tous ceux qui passeront entre l’Ile et le nord, de ne pas lui rendre une visite de civilité, parce qu'il leur ferait quelque grossièreté.
Comme où vient de le voir, le por trait que les navigateurs de l'Ile aux Coudres font de ce pauvre gouffre, est bien de nature à servir d’excuse à ceux qui en ont mal parlé cu qui, plus tard, en diraient du mal. Je crains donc de n'avoir pu rétablir la réputation du gouffre du Cap aux corbeaux, malgré tous les efforts que j'ai faits. Il est viai que je n'ai Jamais su faire le métier d'avocat du Diable, et que je suis trop vieux maintenant pour l’apprendre. Le plaidoyer que je viens de faire en faveur du gouff e en est une preuie que personne ue contestera. Voilà ce qui arrivera toujours à un homme honnète, qui se chargera de défendre une mauvaise cause. Il la défendra mal, parce qu'il ne connaîtra pas les ri.ses et les tours de passt-passe que seuls connaissent ceux qui font le métier de coquin f
t Ceux qui ne le savent point, aimeront à connaître ce que le Père de Charlevoix a écrit sur ce goufïre :
“ Le lendemain, avec un peu de vent et “ de marée, nous allâmes mouiller au-dessus “ de l'Ile aux Coudre: qui est à quiuze lieues “ de Québec et de Tadoussac. On la laisse “à gauche, et ce passag: est dangeieux “ quand on n’a pas le vent à souhait. Il est ‘ rapide, étroit et d’un bon quart de lioue.
“ Du temps de Champlain, il était beaucoup ‘- plus aisé ; mais en 1663, un tremblement de ‘terre déracina une montagne, la lança sur ‘ l'Ile aux Coudres, qu’elle agrandit de moi-
L'endroit où nous sommes a dû être celui que, dans son second voyage, Jacques Cartier et ses compaguons ont visité. A vant les défrichements, cette partie de l'Ile avait beaucoup de noisetiers, dont il dit avoir mangé du fruit qu'il a trouvé meilleur que celui des noisetiers de son pays. Les louanges qu'il fait de la beauté des arbres et de la richesse du sol, en cetendroit de l'Ile, sont bien cajables de faire aimer cette pet port.on du Canada par les habitants qui ont l'avantage d'y avoir choisi leur demeure
Le chemin que l’on a ouvert, dans la côte, pour co nmuniquer avec le rivage de l'endroit où est le mouillage des gros bâtiments, est peut-être un peu plus long, mais beaucoup moins raide que tous ceux que l’on a ouverts sur toute la côte nord de l'Ile, C’est par ce chemin qu'ont dû monter les officiers de la flotte anglaise qui,
‘“ tié, et à la place où était cette montagne, ‘il parut un gouffre, dont il ne fait y “de s'approcher. ”—(Journal historique du Père de Charlevoix, page 66, Ed, de 1714.)
Voilà plus qu’il w’en faut pour avoir inspiré les terreurs que ce gouffre a fait naître.
Dans sou histoire générale de la nouvelle France, liv. VIII, il à un peu modifié cette opinion, comme suit : ‘ J'ai remarqué dans “mon Journal, que l'Ile aux Coudres, qui est “ à moitié chemin de Tadoussac à Québec, “ devint alors beaucoup plus grande qu’elle “était auparavant; mais il n’est point “ vrai, comme quelques-uns l'ont avancé, “ qu’elle ait été formée en entier par une ‘“ montagne, qui sauta dans le fleuve et à ‘“ la place de laquelle parut, pour la premi- “ ère foie, le gouffre qui FA 68 passage si “ dangereux ; car il est certain que ce fut “ Jacques-Cartier qui donna à cette Ile le “ nom qu’elle porte. Pour ce qui est du ‘ gouffre, comme il n’en est parlé, ni dans les ‘“ mémoires de cé voyageur, ni dans ceux de M. de Chumplain, et que l’un et l’autre ne ‘“ font mentiou que d’un grand courant, dans ‘“ ce canal, il peut bien avoir été, du moins “en partis, uu effet du tremblement de “ terre (arrivé en février 1663). !
Il est possible que ce gouffre ait été la conséquence de ce tremblement de terre, mais il u’est nullement probable que la cavité du goufïre ait été le résultat d’une partie de quelque montagne qui en sera sortie
our sautersur l’Ile aux Coudres, et s’y unir, ’Ile aux Coudres n’a ni soudure ni terre rapportée, elle à été faite tout d’un jet.
Ge REA PEN RENE AS DANee b daçso d « agt 9 4 a + 1 mu
en 1759 avait rebroussé chemin lors | Il résulte de là qu'en général, les qu'ils virent les chevaux dont ils s’é- | animaux sont établés fort maigres, taient emparés tués souseux, dansle qu'ils passent l'hiver encore plus
petit bois que je vous ai fait remarquer, vers le bas de l’Ile.
C'est dans les eaux de la partie du rivage avoisinant le mouillage, que l'on a pris le plus d’anguilles dans les pêches. Un nommé Louis Demeule, mort depuis assez peu de temps. en prenait jusqu’à quinze cents, deux mille et même davantage. Il payait aux messieurs du Séminaire de Québec, une riastre par chaquecent d’an guilles qu’il prenais dans ses pêches.
Louis Demeule avait planté, sur le haut de sa terre, un assez grand nombre d’érables. Longtemps avaxi sa mort, il a pu jouir de son industrie, en faisant une bonne provision de sucre avec les érables qu'il avait plantées.
Soa gendre, David Desbiens, dont la terre de Louis est devenue la pro priété, a trouvé le moyen de planter un grand nombre de pommiers, qu’il a eu le bon sens de greffer. Mainte nant il récolte jusqu'à au delà de cent minots de bonnes pommes qu’il vend bien. Ce qui prouve qu’en se dcnnant un peu de peine, un culti.
vateur peut augmenter ses revenus, pourvoir aux besoins de sa famille et mettre quelque argentde côté pour ui aider à s'établir. Pourquoi les autres habitants de l’Ile aux Coudres n'imiteraient-ils pas cet exemple ?
C’est un fait que partout sur l’Ile, les
ommiers viennent à merveille. Qui es empêche d'en planter, de les greffer et ensuite d’en prendre soin ?
Est-ce le temps qui leur manquerait?
Je ne le pense pas,
Eu considérant les terres de l'Ile, vous devez A tel qu'elles sont très peu améliorées ; que les pâtu:
rages sont très-mauvais et insuffsants, dans beaucoup d’endroits, aux besoins des animaux. Par suite de ce triste état de culture Se letras des habitants sont obligés e transporter leurs jeunes animaux au nord pour les empêcher de mourir de faim, pendant la saison de l'été.
maigres et que le printemps, ils sont d'une extrême maigreur. C’est le moyen le plus efficace de n’avoir point de lait, de ne point faire de beurre, et d’avoir une race d’animaux qui va toujours en 8e détériorant.
Le seul moyen de remédier à ce triste état de choses, serait de semer de la graine de foin. Quelques-uns ont commencé à en semer. Qui empêche les autres habitan s de l'Ile d'imiter “et exempte. Kst-:e qu'on 18 comprendrait pas, à l'Ile, que l’a:gent dépensé pour améliorer la terre, est toujours placé à gros intérêt.Que l'on veuille seulement employer l’argent que l’on gaspille à acheter des parures déplacées, et on se félicitera bi. ntôt d’avoir suivi ce conseil.
De la distance où nous sommes, il vous est possible de juger de la so'i dité du Cap-aux-corbeaux, dont la com.
position est de pierres sans crevasses ; vous voyez à quelles énormes masses il est lié. Vous pouvez mesurer d'ici la distance qui le sépare de l’Ile aux Coudres. Et pourtant malgré toutes ces raisons de croire à son inébran lable stabilité, je vous dirai qu’un vieux curé de la Baie Saint-Paul, mort avant que je galopasse sur les bords du Saint-Laurant, a prédit que le Cap-aux-corbeaux serait, un jour, détaché des montagnes dont il fait partie; qu'il serait lancé dans la direction de l'Ile aux Coudres ; qu'il séparerait les eaux de cette branche du fluve, etqu'’ilréunirait l'Ile à la terre du nord, comme par une jetée, Voilà des paroles que la tradition a jugées dignes de nous être transmises. Seront-elles accomplies à uns époque quelconque ? Je réponds que je n'ose pas dire que la chose n’aura jamais lieu et que le vieux prêtre n’en savait pas plus long que moi.
Ce qui m'empêche de rire de cette prédiction, c'est le fait suivant, ar.
rivé depuis que je suis homme fait,
éral, les naigres, re plus ils sont C'est le n'avoir aire de e d’anidétério-
ier à ce le semer jues-uns Qui emde l'Ile 6e qu'on que l’a:la terre, rêt.Que )yer l'ar- Leter des féliciteonseil.
mmes, il e la soi it la com.
eVAsses ; s masses rer d'ici l'Ile aux é toutes inébran hi qu’un nt- Paul, b sur les édit que n jour, til fait ns la dis; qu'il branche 'Ile à la re jetée, radition e transbs à un3 nds que B n'aura x prêtre ue moi.
de cette.
ü nt, ar-
me fait,
et dont j'ai vu le résuliat de mes] détruisant les ponts qui latraversent,
propres yeux:
La Baie Saint Paul a deux grandes rivières, dont l’une à l’ouest et l’autre à l’est de l’entrée de son vaste bassin Celle de l’ouest a jour nom : Rivière-des-mares ou du moulin ; celle de l’est porte Le nom de Rivière du-gouffre. Cette dernière est beaucoup plus grande que sa voisine de l’ouest, dont elle est éloignée de près de trois quarts de lieue. Eh bien le vieux curé dont j2 viens de parler (son nom était M. Chaumont) avait aussi prédit qu’un jour la Rivière-du-gouffre se réunirait à la Rivière-des-mares.
Pour ceux qui connaissent les terrains entre ces deux rivières et la distance qui les sépare, cette réunion présente des obstacles pres qu’insurmontables. Voici cependant ce qui est arrivé à une époque assez peu éloignée de nous après plusieurs jours de pluies torrentieiles : La rivière-du-gouffre, sortit de son canal et s’en creusa un autre en gagnant vers l’ouest. Les eaux furieuses brisèrent tous les obatarles qu’elles rencontrèrent sur leur passage, Quani elles s’arrétèrent dans leur course vers le sud-ouest, elles n'avaient plus qu’une assez courte élévation à franchir pour arriver dans l'inclinaison du sol où elles se fussent ouvert facilement un passage jusqu’à la rivière-des mares. Ainsi peu s’en est fallu que cette dernière prédiction de M. Chaumont n'ait eu son parfait accomplissement. Mais ce qui eet diffèré n’est pas toujours perdu.
Pour croire à la manie qu'a la rivière-du-gouffre de n’être pas satisfaite des terrains où elle a creusé son lit, et à l’idée qu’elle a de vouloir en chercher d’autres plus à son goût, il suffit de savoir qu’elle a une trèsmauvaise réputation. Ceux qui :a connaissent bien, en parlent comme d’une rivière tortueuse, vagabonde, malfaisante, toujours en guerre avec ses rives qu'elle coupe, renverse, change, et dont elle porte les terres tantôt d’un bord, tantôt d’un autre ;
emportant les mais 18 construites sur ses bords, les shemins qui la cotoient, les terrainsqui l’avoisinent, et, pour tout dire en un mot: un vrai fliau pour ses voisins et pour ses voisines, qui ne cessent de se plair dre d’elle.
Il suffisait donc à M Chaumont de la bien connaître pour annoncer qu’elle fiuirait tô: ou tard, par aller s'emparer du lit d’une autre rivière.
Quant au sault que devrait faire le Cap-aux-corbeaux pour barrer lecanal entre le nord et l’Ile aux Coudres, qui peut assurer qu’un formidable trembiement de terre, dont les se- >ousses sont si fréquentes dans cette partie de la côte du nord, ne lui fera pas faire ce sault ? Qui vivra verra.
A notre gauche, sut la terre où vous voyez cette nouvelle maison, aujourd’hui habitée par un cultivateur du nom d'Olivier Boudreault et sa famille, est né celui que plus tard, on a appelé bien à tort Grand Vicaire Mailloux. IL n’e:t demeuré dans cet endroit de l'Île que jusque vers l’âge de quatre ans. Quand nous serons rendus dans l’Anse de PIlette, si cela vous intéresse, je vous indiquerai l'endroit où il a passé sa jeunesse, dans une maison qui n'existe plus.
La dernière maison, que vous apercevez à notre droite, se trouve vis-à-vis de l’endroit du fauve appelé le mouillage. Îl est à peu près certain, comme j'en ai fait la remarque ail:
leurs, que c’est sur cette partie de l’Ile que Cartier ou ses compagnons de voyage sont débarqués, en 1535 et que là a été dite la messe le ( septembre de la même année.
a maison, que je viens de vous faire remarquer, a été, pendant un grand nombre d'années, habitée par une famille portant le nom de Demeule, dont les hummes étaient remarquablement grands. Il n’y a pas très-longtemps qu'elle a changé de nom. Je ne vous rappelle le nom de cette famille Demevule, que pour vous
amuser un peu, eri vous racontant le singulier tour qu'un de ces De meules joua à un june loup marin d'esprit.
Il arriva, je ne sais depuis combien d’années, qu’une noce avait lieu chez la famille D meule. Les noces canadiennes, à cette époque éloignée de nous, étaient célébrées dans l’enivrement d’une joie des lus bruyantes. C'était encore vers a même époque qu'était en vogue la danse du menuet, dont les mouvements lents, les pas mesurés, les ré vérences profondes, les saluts gracieux des mains, de la tête et des pieds demandaient pour danseurs des vieux et des vieilles qui avaient passé l’âge des saults. des gambades et des frétillements. Sans être, sous certains rapports, plus exemptes de dangers moraux que cells de notre temps, elles avaient cela de remarquable qu'on s’y divertissait, sans ruderie, sans arrières-pensées, mais onnement, franchement, cordialement,
Depuis déjà assrz longtemps qu’on s’en donnait à cœur-joie, il nit fantaisie à des jeunes gens d’aler faire un tour sur le bord de la côte, L’enivrement des réjouis sances et, peut être aussi, un peu d'eau-de-vie-de-France, avaient monté toutes ces têtes. Quelqu'un de la joyeuse bande,en regardant le fleuve, avait aperçu un jeune loup-marin qui, montè sur un gros caillou, à marée haute, avait commis l'insigne imprudence de s’y laisser aller à un rofond sommeil, sans avoir calculé es conséquences de sa position, à la marée baissante. Car c’est un fait, connu des habitants de l'Ile aux Coudires, que plus d’un jeune loupmarin a, pendant son sommeil,donné le temps aux eaux du flauve de s'éloigner, et s’est fait tuer d’une ma.
nière peu honorable, je veux dire, à eoups de bâton.
À la découverte dont je viens de
rler, un espiègle de la bande eût ‘idée qu’il fallait aller chercher cet individu et le conduire à la noce.
Emnerveillé deson projet,ille communique à ses compagnons. Oa croira sans peine que cet exploit fut trouvé ingénieux, admirable et digne de la Fe unanime approbation. Oui loui !
1 faut aller le chercher, crièrent à la fois tous ces imberbes. Tout allait bien jusque là. Mais qui d’entre eux 8e chargerait d'exécuter la commune résointion ? Aucun ne voulut s'offrir, et c'était assez bien pensé, car on savait qu’auprès du caillou l’eau était encore profonde ; que pendant le trajet du rivage au lit du dormeur, celui-ci pouvait se réveiller, prendre le large et faire ainsi un long pied.
de-nez à celui qui tenterait l’averture, ce qui lui aurait mérité les huées de ses compagnons. On savait encore que le loup-mariu est agile, tort et vigoureux ; que pour se dé fendre, il a des dents dont le tranchant peut faire de larges et pro fondes blessures.
Jusqu'ci les jeunes gaillards dont je parle, n’uvaient fait qu'imiter le conseil des rats qui, eux aussi, avaient passé une résolution pour aller attacher un grelot au cou du chat.
Comme novs l’apprend le bon Lafontaine, la résolution ne fut pas mise à exécution, parce que la dÿfficuité fut de trouver quelqu'un d’entre eux qui voulut aller attacher le grelot. Car l’un disait : je n'y vais pas, je ne suis pas si sut ; l’autre je ne saurais. Si bien que sans rieu faire on se quitta.
Ce fut même crainte, même appréhension, même hésitation parmi cette bande de jeunes braves, quand il fallut trouver quelqu'un qui consentit à aller chercher le loup-marin. On hésitait; on s’excusait; c'était une insigne folie ; on ne réussirait pas; on se ferait dévorer par ce mauvais gars ; on ferait rire de soi. On allait doc laisser le Jormeur continuer son somme, aussi longtemps qu’il lui plairait, lorsqu'un des grands D3meule, il me semble que ce devait être le nouveau marié, se redressa sur ses longues eee et déclara que puisqu’aucun de ceux qui avaient
comm 1 croira
Ju savait st agile, ir se dé le tran- , et pro
rds dont imiter le aussi,
on pour du chat.
bon Lafut pas e la difun d’entacher le vais pas, je ne saufaire on
be appréparmi quand il consenarin. On ait une ait pas ; mauvais bn allait ntinuer qu’il lui ‘ ds D:e devait edressa lara que avaient
PROMENADE AUTOUR DE L'ILE AUX COUDRES “à
pris la résolution ne se présentait pour la mettre à exécution lui, était décidé à aller chercher cet individu et l’'amener à la noce. O:tte déclaration soulagea toutes les poitrines, et fut acceptée sans la moindre opposi-
tion.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Sans rien changer à sa toilette de noce, le grand Demeules descend la côte, se traîne au bord de l’eau, s’y enfonce jusqu’au meuton, et, sans faire le moindre bruit, il se dirige vere le caillou, s’en approche doucement, sans remuer l’eau Enfin il est rendu tout près de son dormeur qui ronfle de son mieux. Alors, il allonge lentement son long bras, il saisit forte.
ment le pauvre imprudent par les nageoires de dernière. Par un vi goureux tour de bras, il l’arrache de son lit, le suspend la tête en bas
pour n'en être pas mordu, et aux
acclamations, aux cr's de j6ie, aux
applaudissements frénétiques de
ceux qui regardaient, il se hâte de trainer son loup marin hors de l’eau, le fait glisser sur le sable du rivage, l'enitraîne avec lui dans la côte, puis enfin jusqu’au milieu de ses compa gnons qui riaient à s’en tenir les cô-
Alors le conseil s'assembla de nouveau pour décider ce qu'on allait faire de ce singulier camarade. La délibération ne fut pas longue. Tous opinèrent qu'il fallait l'emporter à la maison, au milieu de la noce, dans le salon même où tous les convivés étaient réunis. Cette résolution p’eêt point d'opposant et ce que je ne dois pas passer sous silence, c'est
ue pour la mettre à exécution, é/ ne se trouva que des brav.s.
Impossible de donner, ici, une idée des battements de RU 2 éclats de rire, des invités, à l'arrivée du survenant, au milieu de la noce. La joie fut grande pendant celte noce
lus que dans aucune autre qu'on his vu de mémoire d'homme.
Pendant que j8 vous ai raconté ce fait, dont bien souvent j'ai entendu le récit duns ma jeunesse, je m'a-
pue que nous sommes arrivés à ’endroit où le chmin change tout à a 4 de direction pour gagner vers le sud +. Cette montée, dont vous apercevez la fin, nous conduit à une autre équerre qui nous fera re:
prendre la même direction que celle que nous venons de quitter. :
Ce bouquet de bois que vous voy.
es à votre droite, pas trèe-éloigné de nous, me rappelle une singulière aberration de l'esprit public qui prend si facilement, même ches une ponulation d'hommes intelligents. :
Dans ce petit bouquat de bois, venaient chaque printemps faire leurs couvées, une grande quantité d'assez gros oiseaux app-lés couaques.
Je me rappelle que dans ma jeunesse, ces oiseaux étaient souverainement méprisés, inspiraient un profond dégoût, rendaient la risée de tous les habitants de l’Ile ceux qui se hazardaient à s’en servir pour nourriture.
Pour exprimer le mépris qu’on faisait d'eux, on les appelait des mangeurs de couiques. J'ai souvenance que ceux qui les tuaient pour les manger, 8e cachaient comme quel.
qu'un qui fait un mauvais coup. Ils en cachaient les plumes et les débris avec le plus gran i soin et n’en mangeaientque lorsqu'ils étaient très-cef.
tains que personne ne surviendrait pendant qu’ils se nourrissaient de ia viande du couaque.
Pourquoi ces anathènes, ces mépris, ces mauvais propos contre le pauvre oiseau ? Ne se nourrissait-il pas du même poisson que les habitants de l’Ile mangeaient aussi bien que lui ? Ne savait on pas, dans l’Ile, que pendant la nuii, il allait se placer sur une pierre environnée des eaux du fleuve; que là il attendait avec une patience admirable les
t C’est près de cet endroit qu'était bAtie la première maison que le père Elie Mailloux avait habitée après avoir émigré sur l’Ele. C’est pres cac g gs « (re réunissaien natre et ciaq families, les gens de pet ge ie de l'Ile pendant les en du fameux trémblemént de terre dé 1791, comme on te voit par le récit que la mère
Lapointe nous a né do ce tremblement,
poissons qui en approchaient; les saisissait avec son bec; en mettait dans son estomac autant qu'il en pouvait contenir, et retournait chargé de sa proie en faire uvre part à ses petits et gardait le surplus pour s’en nourrir lui-même en faisant son somme, pendant le jour ? Quelle rai son avait-on de tant le mépriser et de le régarder comme indigr.e d’être servi en nourriture sur la table d’un habitant qui se respectait? Pas autre raison que celle de l'opinion publique qui fait adopter ses lois äux personnes mêmes les plus capables de connaître combien elles sont parfois insensées et ridicules.
Un sage inspiré a dit que l'insensé changeait comm la lune Telle fut à l'Ile, le sort de l'opinion contre les couaqgues. À une époque tra TAppEOChSe de celle dont je viens de parler, l'opinion générale décida que la chair de ces oiseaux n'était pas à dédaigner. Un peu plus tard, on pouvait en manger sans s’attirer le mépris de ceux qui n'en mangeaient pas encore. Un peu plus tard encore, cette viande était bonne, très-bonne, délicieuse enfin. Rendue à ce point, l’opinion publique en faveur de ces pauvres oiseaux, fit qu'on les recherchât avec le plus grand empressement C'était à qui s’en procurerait. On en vint au point de monter dans les arbres pour s'emparer des petits couiques avant même qu’ils fussent revêtus de leur plumage et lorsqu'ils étaient dans l'impuissance absolue de se soustraire aux massacres qu'on en faisait, Or, il est arrivé que les pères et les mères de ces jeunes oi seaux, indignés de la barbarie que les habitants exerçaient envers leurs progénitures. ont jugé expédient.
pour la conservation de leur espèce, d'aller faire leurs nids ailleurs. Et je dis qu’ils ont bien fair. Depuis ce temps, on en voit presque plus à l'Ile dont ils semblent avoir pris les &abitants en horreur. La conclu.
sion de ce fait serait peut-être celleci : on est puni par où on a péché,
Le récit de l'histoire de mes couaques, a donné à notre cheval le temps qu'il lui fallait pour se rendre au chemin ombragé d'arbres qu’on a appelé : la Route.
uisque notre vue est harrée par les arbres et que nous voilà bien et dûment emprisonnés dans ce bois, laissez moi vous raconter le fait suivant, arrivé dans l’endroit où nous sommes. Vous vous garderez bien de le mettre en doute, par Ja raison que je n’invente rien, dans mes récits. Je ne suis que l’écao de ceque m'ont raconté les anciens. Or les anciens de l'Ile aux Coudres n’ont. jamais menti, excepté toutefois quand ils ra.
contaient aux enfants, pour les rendre peurhux et les empêcher de s’absenter de leurs familles pendant les veillées, des histoires de lutins, de chasse-galerie. de fi-follet, de loup-garou, de revenant entin t. N’exigez pas de
+ Voici ce que me racontait très-sérieusement, dans l’hiver de 1844, un vieux cansadien de l’Ile aux Coudres, alors âgé d’environ 68 aus.
Il était jeune homme alors et c'était 'à l'époque eù les voyages entre l'Ile et Québec, se faisaient en canot de bois.
Ils étaient partis trois ou quatre de l'Ile aux Coudres pour monter à Québec. Et arrivèrent sur le soir au bout d’en bas de l'Ile d'Orléans, dont la pointe portait le nom d'Argentenay. C'était l’eudroit des sorciers par excellens:, comme le savait bien une des femuies ‘» St-Joachim ; appelée, la Blouin, que tous ies écoliers de mon temps de sémipaire ont très-bien connue.
Nos voyageurs résolurent donc de n’aller pas plus loin et de passer la nuit surcette pointe. On renversa:le canut la gueule en bas, pour s’y mettre à l’abri et y doruir en paix. Or voici ce oui arriva: Dès que la ntit se fut fuite, un être revêtu d’un corps de loupgarou, lutin, revenaut ou sorcier quelconque, &. mit à sauter par dress le canot renversé, Il saute d’un. côté, saute de l’autre, saute toujours pendant toute la nuit sans discontiauer pour un seul mouient, Et nos hommes, tapis les uns contre les autres, passèrent la nuit dans des transes qui les faisaient trembler de tous leurs membres, Ce ne fut qu’au jour ouvert que ce bandit les laissa en repos, en s'éloignant d'eux. Et, pour me prouver que ce n’était pas l'effet de la peur qri leur avait fait entendre cette danse, il m'assurait que le ieudemain, tout le sable autour de leur canot était comme criblé par les pieds de ce sauteur. Le bon vieux m’assurait qu’il
moi que je vous fasse connaître le | jeune insulaire qui n’avait ni la tête
Jour et l'heure où est arrivé ce fait, parce que je vous dirais que vous n'avez pas le droit de vous inscrire en faux contre un récit historique, ou une gende, par la seule raison que celui qui vous le raconte, n’en peut préciser l’époque.
Il arriva donc qu’un soir (Etait-ce en hiver? Etait ce en été ? je ne m’en rappelle plus) il arriva donc qu’un jeune garçon ayant, comme il convenait, fait sa toilette et mis.
comme lorsqu'il fallait aller au bal ch: z Boulay, sa chemise blanche et son gilet barré +1 le reste à l'avenant.
Pour ne rien oub'ier, il faut dire qu'il ne passait pas pour un des plus braves. 1l allait rendre une visite à sa blonde ou à sa brune, qui demeurait dans «sde des maisons près desquelles nous venons de passer. Comme, à l’épnque dont je parle, c'était la mode reçne dans l'Ile de se couvrir la tête avec un bonnet de laine, mon jeune insulaire n’eût garde de manquer de se conformer à l’usage. La tradition nous ayant conservé la couleur de son bonnet, comme narrateur fidèle, je dois dire était d’un beau rouge couleur de eu.
Pour un motif ou pour un astre, il paraît qu’il prolongea longuement sa visite, et ne partit pour ne revenir à son logis que fort tard dans la soirée. Par malhevur, le temps était si sombre, la nuit si noire, qu’on ne voyait goûte et qu'il lui fallait taire la plus grande attention pour distinguer le chemin par où 1l passait.
C'était bien réellement une de ces nuits qui semblent faites exprès pour favoriser les courses de loups garous et de revenants. Aussi notre
ne passait jamais, depuis, près du bas de l’Ile d'Orléaus, saus éprouver un sentiment de frayeur,
Qui, des écoliers de mon temps, n’a pas entendu la Blouin affrmeravoir vu un gran« nombie detuis, des ji-folettes travers>r d'Argenténay à St-Joachin sur des bottes de paillé pour ue pas se mouiller les pattes dans les eaûx du fleuve!!:
d’un Jean-Bart, ni les nerfs d’un Robinson ne pouvait s'empêcher d’éprouver certaines frayeurs qui augmentaient à chaque pas. Il marchait donc craintif, l'oreille tendue pour -ntendre ‘le plus léger bruit, les yeux grands comme des salières et la poitrine oppressée par l’appréhension de rencontrer quelqu'un de ces êtres malfaisants qui reviennent de temps à autre de l’antre monde, pour eff ayer les vivants, ou leur jouer des mauvais tours.
Tantqu’il parcourut le chemin qui se trouvait auprès des maisons, ses céaintes et ses frayeurs ne furent pas de nature à lui troubler la tête.
Mais il lui fallait traverser la route, au milieu du bois, sans espérance de rencontrer une maison où il put se réfugier. La nuit devait y être plus sombre et offrir plus de facilité aux êtres malfaisants de s’y cacher et de le surprendre. Mais il fallait bien en prendre son parti et sffronter tous ces dangers, braver toutes ces terreurs, Car il était trop tard pour chercher un gîte ailleurs que dans la maison paternelle.
l'out en faisant ces réfiixions peu rassurantes, 1l était arrivé à cette fatale route et, comue les plus poltrons savent quelquefois retrouver du courage, il y rentra et se mit à allonger ses pas afin de la parcourir le plus tôt possible. Mais 1l en avait à peine franchi quelques arpeais que tout à coup un cri sinistre, eff ayant, tel que jamais il n’en avait eutendu, retentit près de lui sur un des côtés du chemin, comme un glas de mort. À ce bruit lugubre, il fi un sault en poussant un cr peut-être plus effayant que celui qu'il venait d'entendre. i! n’y avait pas moyen de s’y méprendre, c'était bien ou un loup-garou, ou un lutin, ou un être maudit qui en voulait à sa vie. Croyantréussir à se soustraire à ses étreiautes, il se. mit à courir à toutes jambes. Mais il n'avait pas fait dix eujambées, qu’un autre cri retentit à ses oreilles et, en mème
RE ITEM LANrES EDEu BP
temps, il s'aperçoit qu'on lui enlève|effraver, outre mesure, un jeure son bonnet sans plus de façon et| homn.e qui n'avait jamais ni vu ni que le voleur qu'il ne peut voir s’en |entendu rien de semblable, va se meltre dans un arbre en riant Répondant aux cris qu'il entendait et criant comme pour se moquer du | par un autre cri de terreur, il reg. pauvre décoiffé. | gna le chemin et, prenant ses jambes Si, dit un Ait on ne doit pas|à son cou, il se mit à courir de toutes faire le diable plus noir qu’il ne|ses forces sfin de s'éloigner au plus l'est, l'équité exige de moi que je ne | vite du fatal endroit où se tenait cet fasse pas connaîtr :: insulaire |être surhumain. € oyant être pour. pour plus lâche e. plus ; ultron qu'il |suivi par le malfaiteur dont il enten. ne l'était en réaiité. En conséquence. | dait toujours les cris, rendus doubleje dois déclarer qu'en recevant l’in-| ment effrayants par l'écho de la fosigre € front d’être décoiffé, sans en- | rêt et les ténèbres qui devenaient de entendre dire: excusez, il eût un |plus en plus profondes, il ne se posmoment de courage “: ‘":-:; héro.|sédait plus, il tombait. se relevait, il Yque, c'était, quoiqu':: .u €: “8sul-| retombait encore pour se relever de tr, d'aller reprendre £&uu et |nouveau. Erfia, épuisé, hors d'ha- L'obscurité de la nuitns ni puruiet- | ieine, presque sans conna ssance, il tait, à la vérité, le n'apercevoir & ie | ed le bonheur d'arriver à la maison les yeux flamboyants à: ‘étre 1. :cussant un dernier cri de terfernal qui venait ue l'iüsultet, 1, “ tomba sur le seuil de la porte, rouleur rouge de son Honnet qu pri * © <entiment et à demi mort. tranrhait avec celle de la verdure! Houreusement pour lui qu'il avait des arbres; mais ces indices suffi | 646 entendu par quelqu'un de la fa. scient pose lui dire où il fallait} mille qui vint à son secours, l’entra aller. Il s'approche done du bois, | dans la maison, le mit sut je plancasse la première branche sèche qui |cheret alluma la lampe. Apercevant s'offre sous sa main, et, ainsi armé, | son visage inondé de sueurs, ses yeux il approche de l'arbre où devait être | fermés, sa respiration presque le monstré, le frappe avec cette | éteinte, il poussa, lui aussi, un cri branche sans peut-être l’atteindre et, | de terreur qui réveilla toute la fapoussant le courage plus loin, il sai | mille. On se leva avec précipitation
. #it son bonnet de l’autre main, le| puis on se réunit autour du noue
tire vers lui sans réussir à l’arracher | arrivé, on le poussa, on le question:
. du voleur. na. Mais en vain. Qu'avaitil dene
Cette résistance inattend décon |van? Que lui étaitil advenu? certa le pauvre homme. ton cou-| Point de réponse, pas même d'autre rage l’abandonna de nouveau, etdes|signe de vie qu'une respiration terreurs iadicibles et beaucoup plus|semblable au râle d'un mourant, grandes que les premières, vinrent|Cet état se prolongea pendant s'emparer de son esprit. {1 ne lui |un temps qui parut un siècle à La fa fat plus possible de douter que ce ne | mille désolée. Enfin, il poussa un ES être qu'un être extraordi- | soupir, ouvrit des yeux égarés, tour-
aire, un revenant erfin, qui avait|na ses regards de tous côtés pour
u résistér au Coup qu'il avait cru | voir si l’être maudit n’était plus au-
ui porter et à l'effort qu'il avait |près de lui, enfin, rassuré par la vue tenté pour lui arracher son bonnet | des personnes de sa famille, il put Pour comble dé malheur, le voleur | leur faire part, tant bien que mal, à qui il avait essayé d’arracher sa |de la fatale rencontre qu'il venait de
roie, se prit à puusser ‘les cris de | faire dans la route. en fixant des regards terribles! Je dois faire reriarquer, ici, que sur le téméraire qui avait os6 le |oetie triste aventure s'étant pissôe À - frapper, C'an était trop pout ne pas | l'époque dont j'ai parlée plus haut,
icure vu ni
endait
| reg. -
jambes
toutes
u plus ait cet
» pourentenjoublela foient de se possvait, il ever de 8 d'haance, il maison de tera porte, i mort.
il avait e la fa.
l’entra e planrcevaut Les yeux presque un cri e la fabitation nouve uestios il dene dvenu ?
d'autre Diration ourant.
pendant” à la fa issa un “LA tourd pour plus au-
les récits du pauvre jeune homme rendirent plus crovables toutes les histoires de revenants et d’autres ètre malfaisants que, tant de fois, on avait entendues raconter pendant les veillées.
On se coucha ceperdant, mais je n'aurai pas de peine à être cru si j'ajoute que des rèves plus eff ayants que jamais vinrent troubler le sommeil des enfants.
Quand le grand jour fut venu, alors que les sorciers, les loups-garous et tous ces êtres abominables ennt rentr s dans leurs sombres demeures, une bande de jeunes gens se rendit sur le lieu du sinistre. A leur grande joie, l'être maudit n'y était plus. Où trouva le bonnet rouge, par terre, mais brisé et déchiré d'une manière à ne pouvoir douter que celui qui s’en était emparé. avait essayé d'en faire son repas, Où n’apprit que plus tard quel était l’auteur de toutes les terreurs Au parvre jeune hamme ? Ce n'était hélas 1 qu'un pauvre hibou qui, allé.
ché par la vue du bonnet rouge, s'en était emparé, avait essayé d’en faire son repas et que, l'ayant trouvé d’un
oût trop peu savoureux il l’avait aissé tomber de ses griff:s et était allé chercher pâture ailleurs.
Pour ne pas faire rire, outre mesure de mon jeune insulaire, je dois faire remarquer que pour quelqu'un
ui ne l’a jamais entendu, le cri du
bou, dans les grands bois, au milieu des ténèbres d'une nuit orageuse, surtout lorsqu'il apeiçoit du feu ou quelque chose ressemblant à du feu, le eri du hibou, dis-je, a plus qu'ilne faut pour épouvanter par ses rires saccadés, ses sons lugubres et les éclats de sa voix rauque et stridente. Mal-
ré qu'on l'ait vingt fois entendu, jamais on ne peut l’oui- sans éprouver un certain malaise accompagné de terreur et de frissons. Car le cri du hibou est unique. Il commence ce chant lugubre à l’aigü ; ensuite il fait entendre des siflements, qui
ressemblent à des rires moqueurs,
puis il descend par .agrés, en ren-
dant les sons de sa voix plus déchi rants, plus rauques, plus caverneux, jusqu’à ce qu'enfin il termine sa sinistre chanson par des notes d’une incroyable mélancolie.
Bientôt nons allons sortir de la route. De vastes et pue points de vue vont s'offrir à vos regards. Nous voilà sortis. Mais regardez donc. Voyez en avant, sur la rive nor et nord ouest du fleuve, cette masse imposante de montagnes plus hautes les unes que les autres.
Regardez sur le sommet, leurs crêtes aigûes, les coupes qui les séparent; et ces arbres de tant de couleurs diverses dont les longs rameaux ressemblent aux longs cheveux d'une jeune fille. Regarde, à l'entrée ouest
de la Baie Saint-Paul. cette masse ef-
frayante ani s'élève jusqu'aux nues, c'est le Cap-de la Bonnefemme, sur le sommet duquel passe le chemin des caps et d’où le fleuve, l'Ile aux Coudres et les maisons de ses habi ants semblent placés à une ditance prodi:ieuse. Si jamais vous passez sur cette hauteur, donnezvous la peine de monter sur une espèce d’echafaud de pièces de bois posées les unes sur les autres et, si le temps est clair, votre vue s’étendant par-dessus les hauteurs des autres montagnes et même de celle du Cap tourmente, vous fera vhs voir notre bonne ville de Québeo,
Comme vous pouvez en juger maintenant, cette sortie de la route boisée dont la monotonie ennuie un peu le voyageur devient toujours une surprise. Quand tout d’un coup, et sans s’y attendre, on découvre ces grandes œuvres de Dieu et leur incomparable magnificence, on pousse un cri de joie, et du cœur chrétien sort comme involontairement cette belic orière du prophète :
‘ Vos œuvres soùt admirables, Sai.
“ gneur, plus je les étudie et gius “ mon âme en est ravie |”
Le chemin de cette partie de l'Ile suivait le bord de la côte jusqu'à la descente du Cap. Vous voyez qu'on a jugé à propos de le cond
à travers les champs, en Jui faisant faire plusieurs caracoles qui l’al.
Jongent un peu. Ainsi l’a décidé le conseil municipal de l'Ile, seul juge compétent en cette ma'ière Ce que j'ai toujours cru, c'est que ceux qui sont obligés de parcourir un chemin, plusieurs fois chaque semaine, doivent connaître quelles améliorations il faut. y faire, Malheureusement pour le bien de la paix parmi nos habitants, on ne s'entend pas toujours. Certains qui se croiént lus éclairés et plus sages que tous es autres, se mettent en travers.
et de, là naissent des divisions et quelquefois des procès infiniment regretiables sous tous les rapports.
Nous avons eu à déplorer beaucoup de ces faits qui n’ont abouti qu'à semer. des haines et à faire des sé parations entre des paroiïssiens qui, devant avoir des intérêts communs, auraient dû s'entendre pour promouvoir ces mêmes intérêts. Mais eston toujours capable de comprendre que les intérèts particuliers doivent céder le pas à l'intérêt gé.
néral ?