‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 27 · Considérez la Pointe-à-Antoine · texte numérisé non relu

Considérez la Pointe-à-Antoine

Elle se trouve placée au centre de la partie ouest de l'Ile. Remarquez qu'elle ne présente aucune défense sérieuse par ses crans unis qui s’étendent jusqu’au rivage où vous n'açercevez que des battures de sable mouvant, Beaucoup plus que la Pointe del’Ilette, où nous sommes, elle a besoin d’avoir ce que j'appelle un contre fort. Si elle en a un, il doit posséder une force trèsconsidérable parce qu’il sera seul, et que les lois de la nature exigent que la force de résistance soit au centre. Regardez maintenant ce que j'appelle son contre-fort. La première chose que vous remarquerez, C’est qu’il est beaucoup plus avancé vers l’ouest que celui où nous sommes, et vous verrez bientôt qu’il est également pius avancé que celui de la Pointe des-sapins. Regardez maintenant sa hauteur, voyez sa largeur, considérez surtout sa solidité et sa longue et large base s'unissant aux remparts qui bordent les deux anses et, par leur moyen, se prolongent autour de l'Ile pour se terminer à son extrémité de l’est.

Ce second contre fort placé au centre

de VIle, possède donc une force de

résistance aussi grande que toute l'Île entière, qui lui sert de base et d'appui.

30. La Pointe-des-sapins, différente dé celle du nord de l'Ile, où nous sonmes, n’a point d’Z/ette. Mais elle n’est pit complétement dépourvue de défense comme celle du milieu de l’extrémité-ouest de l'Ile. Son

re

rivage n'est pas, non plus, comme celui de cette dernière pointe, toutà fait privée de défense. La Pointedes-sapins se compose de crans plus élevés et plus solides que ceux de la Pointe-à-Antoine ; ses rivages sont plus hauts et plus susceptibles de résistance. Elle a aussi un contre-fort, placé sur une ligne parallèle à celui de l’Ilette, et plus s0-

bouillons qui s'élèvent à cinq à six pouces au-dessus de la surfare de ce sable moins mouvant que celui des battures où est tendue la pêche aux marsouins.

Ce qui a fait découvrir cette merveille c’est qu’on a tendu, pendant plusieurs années, une pêche aux marsouins dans l'endroit où elle est.

Elle se trouvait au-dedans du rac-

lide que ce dernier, à raison surtout |croc. Il est arrivé, un grand nombre

de sa base qui s'appuie, mais peu

de fois que ceux qui avaient soin de

solidement, sur le rempart qui borde | cette pêche, et dont plusieurs sont

l'anse du sud, Voilà, ce me semble, ce que je

encore vivants, ont bu à cette source qu’ils m'ont assurée être d’une très

puis regarder comme une singula-|bonne qualité. Dans l’été de 1870, rité particulière à l'Ile aux Coudres, | j'ai voulu me procurer de cette eau, de la crois d'autant plus Gigne d’at-| pendant le temps d’une des grandes tentionu, que les autres îles de notre |mers du mois d'août. Deux hommes Saint-Laurent, n’offrent rien de|qui connaissaient l'endroit d'où elle semblable dans leur extrémité ouest.|sortait m’y ont conduit dans une Une autre singularité dans la petite barge. Mais la marée n’a pas conformation de l'Ile aux Coudres,|/suffisamment baissée, pour nous comme je vous l'ai dit plus haut, | procurer le plaisir de réaliser le but c'est qu’elle a deux Jlettes dont l’une | de notre expédition. à son extrémité de l’ouest, et l’autre| Sur la partie ouest des hautes à son extrémité de l’est. Ce n’est pas | côtes de l'Ile, il y a une source d'ean tout. Celle de l'extrémité ouest se | salée très-abondante Je me suis pra: trouve en ligne du rivage nord de|curé de cette eau qui est d’une liml'Ile; celle de l'extrémité est, se |pidité admirable. L'ayant conservés trouve en ligne du rivage sud. Élles | pendant l’espace de pius d’un mois, sout à peu près de mème largeur et|elle n’a rien déposé au fond de la de même longueur, couvertes l’une | bouteille, ; et l'autre d’épinettes et de sapins. Enfin, un homme très-digne de Mais pn fait plus singulier encore |foi m'a assuré qu’on avait trouvé distingue cette partie de l'Ile aux/|des petits morceaux d'un or très-pur Coudres : c'est une source d’eau|dans le ÆRuisseau-rouge, au bas de

douce. Où pensez-vous qu’elle se trouve ? Non pas sur l'Ile, puisque ce serait la chose la plus commune possible. Non pas même sur la plus

l'Ile et queles ayant portés à Québec pour les montrer à des hommes compétents, ils avaient assuré que c’était vraiment de l’or. Qu'on ne dise pas après tout cela que mon île est

haute des côtes, car ce serait une Lost très-petite mervei:le que d’autres lo- | une terre ordinaire ! calités pourraient dispuier à mon lie natale. Cette source se trouve à CHAPITRE SEPTIÈME une grande demi-lieu: de l’extrémité|,,% pm LA PROMENADE AUTOUR DE L'ILE ouest de cette Zkite, sur les battures de sable qui sont à {a tête de l’Ile et AURANEUREE dans un endroit d’où les eaux salées] Je vous ai promis de vous indidu fleuve ne se retirent que dans les|quer l'endroit où j'avais passé les grandes marées du printemps. premières années de ma jeunesse, je Cette source d’eau douce, qui|vais remplir ma promesse et je provient Je ne sais d’où, est très abon-|fiterai de l’occasion pour vous dire dante. Elle sort du sable par gros|quelques mots de mes parents.

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Regardez à votre gauche, sur cette | à la Pointe des-Roches, et lui donna petite éminence à environ un arpent | une de ses filles en mariage. De ce au sud du pied de la butte des chas | mariage naquit une fille, qui fut

seurs ; c'est là qu'était la maison de mes parents, À un demi arpent, envi.

ron, au sud de la maison, était le moulin à vent qui servait, en partie, À gagner le pain d’une nombreuse fa mille. Mon père était cultivateur d'a bord, puis ensuite meunier. Ca moulin appartenait aux Messieurs du Séminaire de Québec. Très-mal placé pour les vents d'est et les vents de nord, qui ne s’y faisaient presque pis sentir, ce moulin ne pouvait ser vir que dans les vents d'ouest ou de sud-ouest.

Mon père, Amable Mailloux, était né à la Basse-ville de Québec, de parents fort à l’aise. IL eût le malbeur de perdre sa mère sans avoir eu l'avantage de la connaître. Comme j'en ai fit la remarque, en parlant du nère Elie Mailloux, oncle de mon père, sa famiile p-rdittout ce qu’eile possédait, pendant le siège de Québec (1759). Mon grand père Louis Mailloux, qui ne s'était pas remarié, descendit &vec son june enfant, âgé seulement de trois ans, à la Petite- Rivière-Saint François, cù il avait des pirents. Peu de temps après leur arrivée à la Petite-Rivière, le jeune Amable fut adopté et eminené à l'Ile aux Coudres par le Colonel Joseph Dufour (Grand Bona), qui se chargea de son avenir. Quant à mon grand père, qui possédait nne ins truction remarqguasle pour le temps, 1l s'engagea pour faire l'école aux enfants de la Petite-Rivère.

Après avoir enseigné pendant treize ans, mon grand père se décida à monter aux Trois-Rivières, où il avait deux sœurs (Angélique et Josephte Mailloux) mariées à des bourgeois des forges de Sain'-Maurice, 1 amena avec lui son fils Amable.

alors âgé de seize ans. Au bout de quatre ans, mon grand père redes cendit à la Petite-Rivière, et son fils, alors âgé de vingt-ans, revint à l’Ile aux Coudres, dans la maison de son père adeptif, qui luiacheta uneterre

nommée Marie. La mère mourut quelques mois après la naissance de cette en‘ant.

Après un an de veuvage, mon père se remaria avec Marie-Thècle Lajoie, dont les parents demeuraient daus la maison voisine de celle où il avait été élevé, comme je vous l'ai dit plus haut.

J'avais quatre ans, m'a-t-on assuré, lorsque mes parents laissèrent la Pointe-des- Roches, pour venir se fixer à l'endroit que je viens de vous indiquer. Notre famille avait pour ressource les revenus du moulin, après la redevance due aux Seigneurs ; les revenus de la terre de la Pointe-des- Roches ; ceux d’un circuit qui se trouvait près du bas de l’Île, sur sa partie nord, et ceux de l’emplacement du moulin. Nous avions de quoi vivre à l'aise. Vers l’année 1810, nous p'rdimes la terre de la Pointe des-Roches par suite d’un jugement de cour qui donna cette terre à l’enfant que mon père avait eue de son premier mariage. Elle était alors mariée avec un homme du nom de Jean Gagnon. Nous étions un grand nombre d'enfants, et mes parents durent travailler beaucoup pour subvenir aux besoins de leur famille. Ma mère était très industrieuse ; elle travaillait le jour et la nuit. Elle gagnait surtout beaucoup d’argent en faisant de larges et magnifi jues dentelles.

Mon père était un homme d’unsa très-remarquable sagesse ; d'une patience inaltérable ; il parlait peu ; jamais il ne disait un mot de blême de qui que ce fut; il était d’un carac tère grave et sérieux et avait un cœur très compatissant; mon père ne prenait jamais un seul verre de boisson forte, pas même dans ses voyages ; il aimait ses enfants en père vraiment chrétien; et possédait, ainsi que ma mère, une trèsgrande autorité sur sa famille. Mes parents avaient trouvé le moyen de

nous attacher à la maison, de mani.

ère que jamais, à ma connaissance, nous n'allions veiller dans d’autres familles. Pendant les longues soirées d'hiver, nous chantions des can.

tiques de Marseille, chacun à notre tour, ou nous faisions une lecture, et ma mère ne manquait pas de nous donner certains ouvrages que nous pouvions faire, J'ai toujours été convaincu que mon père et ma mère éleient de bons chrétiens, remplissant, avec une rare fidélité, leurs devoirs envers leurs enfants et respectés dans leur paroisse. Ma mère mourut pendant que J'étais encore écolier au Séminaire de Québec, A la mort de mon père, J'é tais à ma première année de soutane.

J'eus le bonheur de l'assister à çes dérniers moments. Nous étions dix eufants du second mariage de mon père ; six garçons et quatre files.

Quant à moi, j'étais le quatrième en âge, de cette nombreuse famille.

ël me semble que ma mère aimait ses enfants sans jamais les ménager quand ils avaient besoin d’une cor reaction, Eïile était, au reste, douce, bonne, compatissante. Je l’aimais, ce me semble, de toute mon âme. J'ai la co: solatiou de pouvoir dire que je ne me rappelle pas de lui avoir causé volontairement un seul chagrin.

Dans l'automne de 1814, je laissai la maison de mes parents pour aller au Séminaire de Québec, sur une pension que m'’accordèrent les Mes s.eurs du Séminaire, mes insigies hienfaiteurs, à qui je dois, après Pieu, tout ce que je suis et le peu que je vaux. de terminai mon ceurs d'étude dans l'été où fut bâtie la partie qui sert aujourd’hui de salles aux écaliars pensionnaires. Je pris la soutane et fus ordonné prêtre le 28 de mai, veille de la Trinité, dans l’année 1825. Puis je fus nommé chapelain de l'église de Saint Roch de Québec—puis curé lors de l’érec.

tion de celte paroisse—puis curé de ‘Rivière-du-Loup, en bas de Québec puis directeur du Collège de

Sainte-Anne—puis curé de cette paroisse, après la murt de M, Painchaud—guis, non pas prédicateur, cela ne serait pas correct, mais précheur de retraites paroissiales—puis précheur de tempérance—puis donneur de missions dans le district de Gaspé et partie du Nouveau Brunswick—puis précheur de tempérance dans le diocèse de Saint-H vacinthe et dans celui des Trois-Rivières—puis missionnaire aux Illinois, dans les commencements du schisme de M. Chiniquy—puis curé de Saint-Bonaventure, dans la Baie des Chaleurs—puis de nouveau prêcheur de retraites et de tempérance he ce qu’on voudra que je fasse.

—Puis après avoir bien des fois placé mes pieds au dessus de la tête du peuple, pour lui parler, dans une Chaire, ce même peuple me foulera sous ses pieds, quan je serai dans la terre d’où j'ai été tir’.—Pendant quarante-cinq ans, j’ai essayé de tous les genres de ministère, sans avoir jamais rien fait de mieux que d’en changer toujours—Enfin, le monde

que J'ai tant fatigué, tant tourmenté, tant harassé, tant ennuyé, tant remué, pourra bien placer sur ma tombe cette épitaphe, faite pour un autre, mais qu’on n'aurait dû ne faire que pour moi:

Cy-git Monsiour—Oh ! qu'il est bien Pour son repos et pour le mien ! !

Je ne puis vous permettre de continuer notre promenade, sans vous parler du voisin que nous avions à l’est de la maison paternelle: son nom était Franç.is Tremblay. E était le plus grand propriétaire en biensfonds de toute l'Ile aux Coudres, lors de son mariage.

Jamais homme ne fut plus hospitalier, ni ne reçut mieux ceux qui venaient lui rendre visite. Sa maison, tout ce qu’elle contenait, ses voitures, ses chevaux, étaient à leur service, tout le temps qu'ils étaient chez lui, Il laissait tout pour leur tenir compagnie et pour les promener autour de l'Ile, et partout où ils désiraiént aller,

tte pa- Paincateur, is pré- —puis Is dondistrict )uveau tem pét-H vaois-Rix Illints du is curé a Baie au prèérance > fasse.

8 fois la tête ns une oulera Li dans endant de tous s avoir 1e d'en monde menté, ant reur ma bur un dû ne

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le con- £ vous ions à : son l'était

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spitaui vehison, tures, rvice, YA lui, D mpaur de aller,

Alors sa table était toujours mise et tout ce qu’il avait de meilleur y était placé, sans jamais oublier les ‘carafes qu’on remplissait À mesure

coup et le boire à sa santé, et à celle de tous ceux qui passaient auprès de l’église, car Français Tremblayétsit d'une politesse exquise, quand il

qu'elles se vidaient, Soit par l'effet | avait son verre et sa bouteille dans

des buveurs qu’il fréquentait, soit par inclination naturelle, François Tremblay buvait des liqueurs fortes, et assez souvent même en buvait beaucoup trop. Il s'ensuivait qu'il négligeait son travail, chaque fois qu’il était dans ses fêtes, et, de temps en temps, un demi arpent, d’autres fois un arpent entier était vendu.

Mais François Tremblay n'avait qu'un seul garçon et trois filles ; il avait toujours assez de terres pour ses enfants, disait il,

On a dit que les ivrognes avaient un ange tout exprès pour eux. On peut dire que cet homme en avait un qui s'était fait son protecteur spécial, car sans cela, il eût été en danger de périr bien souvent. Ainsi, on rapporte que, en revenant de la Baie- Suint-Paul, où il avait rencontré des amis fêtants, il avait plus que la tête pesante. Pendant la traversée, s'étant placé sur ie devant de la chaloupe, il tomba à l’eau, mais n’alla pas au fon. On le pêcha au gouvernail où il s'était accroché. Une autre fois, étant encore à la Baie Saint- Paul, dans un temps où l’on travaillait au clocher de l’église, François Tremblay, qui n’était pas à jeûa, vint a passer auprès : il avait, selon son ordinaire, une bouteille et un verre à la main. Voyant ceux qui travail laient au clocher, il lui prit envie de leur faire la politesse d'un coup. Tant bien que mal, il réussit à monter sur les échafauds. Par malheur, il n'avait ni les jambes ni la tête très-solides Après avoir fait sa politesse, il s’ap procha trop du bord de l’échafaud, perdit l'équilibre et tomba par terre, d’une hauteur de vingt pieds, au moins. On le croyait mort. Mais, François Tremblay était bien encore vivant. Pour le prouver, il se leva subitement. Il n'avait cassé ni sa bouteille ni son verre, et il eût le plaisir de s’en servir pour verser un

les mains.

Malgré cette grande misère, François Tremblay avait un excellent cœur, beaucoup de foi et eh rt charité envers les pauvres. Mais ;il se faisait déjà vieux et quelques efforts qu’il eût faits jusque là pour se corriger, il ne lui arrivait encore que trop souvent de franchir les bornes de la tempérance chrétienne.

Monsieur Asselin, son curé, # voyait souvent ét, chaque fois, lui faisait des avertissements que François Tremblay recevait toujoursles larmes dans les yeux. Ç1 allait cependant mieux de jour en jour, mais pas:encore comme il eut fallu. Un jour, après être revenu d’un oubli assez grave qu'il avait fait, François Tremblay se décida d’aller trouver son curé et de le prier de défendre aux paroissiens de le traverser à la Baie, quelques instances qu'il put leur faire. La défense fut faite au prône de la grande messe, mais il avait encore des oublis.

Après tous les moyens qui :v’avaient pas réussi, Monsieur Asselin, qui estimait beaucoup cet homme À cause de son bon cœur, se décidaiée frapper un graïd -coup pour l'urrecher à sa malheureuse habitude. Un jour donc, Monsieur Asselin se rend chez François Tremblay, æ#t duai adresse de durs et sévères reproches qu'il termine par ces paroles: “.f'a- : vais toujours cru que François ‘“ Tremblay avait du cœur, :mais je ‘“ m'aperçois que je me suis +rom- “ pé: François Trembklay n’a ‘pas de ‘“ cœur.” Puis en achevant wesdernières paroles, il se lève, dirige vers la porte de la maïson'ét enisort saus jeter un regard'sur Cekui qu'il n'avait pas jugé digne de saluer.

Le pauvre homme ne pouvait plus tenir contre de telies paroles, at contre untel départ..lseldèxe ; il:gagne la porte, la franchit et courant

après M. Asselin, il l’arrête, le prie, | vous avoir retenu, si longtemps dans les larmes aux yeux, de lui danner|le même eudroit, pendant un tour la main. Monsieur Asselin ne pou-|de promenade. Mais cet endroit de

vait le refuser. Et pendant que le brave homme tenait, dans la sienne, la main de son curé, il lui adressa ces touchantes paroles : “ Monsieur “ le curé, François Tremblay avait “ du cœur, et il a encore du cœur.

« Eh | bien, François Tremblay voss & dit qu’il ne preudra plus jamais “ une seule goutte de boisson eni- “ vrante.”’ Monsieur Asselin s’(loigna en branlant la tête. Son interlocuteur, qui s’aperçut de ce que cela voulait dire, lui dit avec un ton de voix ferme: ‘ François Tremblay “ viens de dire qu'il ue prendra plus ‘“ une goutte de boissons enivrantes, “ et il n’en prendra plus!”

Depuis ce jour mémorable, Tremblay allait aux noces, dans les repas, dans les réunions, et quand les couvives versaient des rondes, il faisait emplir son verre de boissons fortes, puis le prenait dans sa main, l'approchait de ses lèvres pour saluer en même temps que les autres salu aient, mais il n’en buvait pas une seule goutte. IL a vécu encore plusieurs années, priaut et pleurant beaucoup. Get homme de cœur a vaircu sa mauvaise habitude et a eu Île bonheur, dans l'absence de Monsieur le curé de l’Ile, d’avoir le bon et admirable M. Faucher, mort depuis curé de Lotbinière, pour lui administrer les deruiers sacrements qu'ilreçut avec une abondance de larmes extraordinaire, aplès avoir demandé mille fois pardon, à sa famille et à tous ceux qui étaient présents, du scandale qu'il leur avait donné, pendant le temps qu'il avait

assé dans sa malheureuse hatitude.

t François Tremblay : laissi dans l'Ile aux Coudres, la persuasion qu'il a fait une heureuse fin, parce qu'il a réparé sa mauvaise vie, par unc autre vie de regret et de pénitence aussi grande que ses fautes l'avaient été.

Me voilà bien sûrement obligé de vous demander mille pardons pour

l'Ile aux Coudres, renferme toutes les joies de ma vie de jeunesse. Cette butte des chasseurs où je suis si sou vent monté; cette petite Ilette où j'allais voir et entendre chanter les petits oiseaux du bon Dieu; cette Pointe de l’Ilette, ces roches surtout où j’allais si souvent tendre ma ligne dans le fauve pour prendre des poissons par trois, quatre, cinq, six à la fois; cette éminence surtout où j'ai reçu tant de fois les baisers d’une mère bonne et sage, les avis d'un père plus sage encore, que confirmaient les exemples d’une vie sans reproches, des frères et des sœurs &i heureux de me revoir quand je venais en vacances, pendant les detnières années de mes études ; et puis cette vue du fleuve, revenant deux fois par jour emplir cette anse de ses eaux, tantôt unies comme la glace d’un miroir, tantôt bouleversées par la violence des vents de l’ouest; puis enfin les souvenirs d’une tranquille enfance: toutes ces choses ont fait une trop profonde impression sur mon Cœur pour que d’autres ne les effacent jamais. Que voul z-vous ! Il fallait bien, en passant ici, jeter quelques regards sur tous ces lieux que je ne revois plus qu’à de longs intervalles, sur ces lieux hélas! qui sont aujourd’hui si différents de ce qu'ils étaient alors, car, vous le voyez de vos yeux, il n’y reste plus que des souvenirs qui attristent le cœur!

Marche donc, chevall Tu do être bien assez reposé. March Nous avons encore d’autres arrêl faire dans les fonds —-Marche!

Voyezvous cette maison que voilà, au su2-st d'autres bâtisses qui lui servent d’accompagnements ?

Eh ! bien c’est là que demeurait un homme que j'ai bien connu. Son nom était François Dufour, son surnom Bédais. 11 était, je pense, le plus adroit chasseur de son temps.

C'était le frère d’Alexis Dufour

aps dans un tour droit de putes les a, Cette y si sou

[lette où inter les u ; cette ; surtout ma lignée des pois- six à la t où j'ai rs d’une vis d'un à confirvie sans cœurs fi nd je veles det- ; et puis ant deux anse de omme la boulevervents de ouvenirs outes ces proforde

temps.

Dufour

(Lagarcette) et de la grande Madeleine que, déjà, je vous ait fait connaître.

Pendant la saison de la chasse, Frarçois Dufour allait avec son long fusil, de bonne heure, chaque matin, faire un tour à l’Ilette que nous venons de passer. En retournant chez lui, il arrêtait ordinairement à la maison de mes parents.

Presque toujours il avait fait chasse.

Sans être encore parvenu à un âge avancé, il ne voyait presque plus clair. Cependant, il allait chaque matin faire son tour de chasse. Les gibiers pan près de lui, se levaient de déssous ses pieds, sans qu’il les vit suffisamment pour pouvoir les tirer. Celà ne le rebutait cependant pas; il allait toujours faire son tour de ehasse, jusqu'à ce que ne voyant plus assez pour se conduire, il dut renoncer à cette occupation qu'il avait tant aimée, et suspendre, une dernière fois, son fusil à une poutre de sa demeure.

François Dufour se faisait vieux lorsque j'allai établir la touchante et belle société de la croix à l’Ile aux Coudres. Comme il n’y a point de chaire dans l’église, je prêchais à la balustrade. Tous les chefs de famille, à très peu d'exception près, étaient venus prendre la croix. -J’al.

lais m'en retourner à la sacristie lorsque François Dufour sortit de son banc pour venir me trouver. Rendu près de moi, il éleva la voix pour me

: “ Ecoutez donc, Monsieur se

itil que j'en prenne une aussi,

\, une croix? N’y atil que les ognes qui en prennent ? Moi, je ne

ais pas un ivrogne!l” C'était vrai, François Dufour n'était pas un i ne. Lui ayant répondu que c'était surtout ceux qui n'étaient pas des ivrogn. qui devaient la prendre afin de pr our ceux qui l’étaient ; # Cest me répondit il, je vais en pren ne.” Et François Dufour als, mettre à genoux au pied de l'autel. it une croix des mains de son curé, et retourna dans son banc, ayant de grosses larmes dans

les yeux.

Sans qu'on put l'appeler un homme profondément violent, François Dufour, qui était grand et avait de fort larges épaules, faisait, parfois, ce que les gens de l'Ile aux Coudres appelaient des tempétes. Et je ne puis dire que le mot n'était pas vrai, parce que j'avais été témoin de ce que pouvait cet homme, quand il se mettait en colère.

Mais, du moment que la croix fut entrée dans sa maison, François Dufour éprouva ce que je pourrais apçeler une métamorphose. Ce ne fut plus lé même homme. Il aimait singulièrement sa croix et semblait y avoir puisé toute l'intelligence nécessaire pour comprendre ca qu’elle enseigne à ceux qui ont confiance en elle. Ce qui le prouve, c'est le fait suivant.

Un jour, il entend dire qu'il y avait des personnes qui, ayant cette croix dans leurs maisons, sous leurs yeux, osaient encore offenser le bon Dieu, Le voilà tombé dans un chagrin inexprimable. Persuadéque cela était impossible, il crut qu’on voulait le tromper. Voulant enfin connaître la vérité, il part pour aller trouver son curé. Il a le cœur trop chagrin, l’es.

prit trop préoccupé, pour faire attention où il entre. Il ne salue personne et, voyant monsieur le curé, il va tout droit à lui et, sans plus de façin, il lui adresse cette question :

‘“ Est-ce vrai, Monsieur le curé, “qu'il y a des personnes qui ont la “ croix, dans leurs maisons, et qui “ offensent encore le bon Dieu ? ” Hélas, lui répond son curé, ce n'est malheureusement que trop vrail ‘“ Oh! les misérables ! Oh ! les misé- ‘“ rables ! ” s’écrie François Dufour.

“ Je ne l’aurais jamais cru, si vous “ ne me le disiez pas ! ” Et François Dufour, les yeux pleins de larmes, retourna chez lui, se mit à genoux an pied de sa croix et répéta ces mots douloureux: ‘ Oh! les misé- “ rablest Oh! les misérables! Ils “ osent ‘ffenser le bon Dieu, en “ préser. ce de sa croix | ”

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Depuis cette époque et jusqu’à sa mort, arrivée plusieurs années après, François Dufour redoubla d'amour, d’attachement et de vénération pour sa croix. Souvent pendant le jour, pis souvent encore pendant le si-

nce de ia nuit, il se levait de son lit, allait se metira à genoux au pied de sa croix, pour y réciter son Chapelet. Cet homme corrigé, devenu doux et paisible, mourut en embrassant sa croix avec -une confiance et un amour incroyables.

(Vive Jésus! Vive sa croix!

# Ch! qu’il est bien juste qu’on l’aime “ Puisque en expirant sur ce bois,

# Il nous aima plus que lui-même ! ”

Combien d’autres ont aussi trouvé au pied de la croix, un remède à des misères beaucoup plus grandes que celle de ce Frar çois Dufour! Combien ont été transformés en d’autres hommes au moment où ils embrassaient la croix, au pied des autels!

Combien d’autres enfin, après une vie pleine de crimes, de scandales |, et de désordres de toute espèce, ont trouvé, danse la croix et par la croix, le courage de faire pénitence, de

corriger leur vie, et ontautant édifié leurs familles, et ieurs paroisses, qu'ils les avaient scandalisés, avant d’avoir pris la croix!

Mais pourquoi ai-je toujours le cœur serré par la crainte, chaque fois que je parle de cette croix de tempérance, que j'ai vu tant d'hommes recevoir au pied des autels, où réside le Dieu crucifié ! J’ai peur, oui, j'ai peur, qu’au lieu d’être une protection et une sauve-garde pour les familles qui l'ont sous leurs yeux, elle ne devienne une occasion de ruine et de perdition pour quelques unes d’entre elles, parce qu'elle y sera dédaignée, peut-être insultée et qu’on pourra leur applique ces paroles du bou François Dufour! “ Ohlles misérables ! Ils “ osent offenser le bon Dieu, en pré- & sence de sa croix. ?

Dans la maison que vous apercevez à l’ouesi de celle de François Dufour, vivait un homme de bien

dont je ne puis passer le nom sous silence : c’était Le Père Alexis Perron, un des habitants de l’Ile aux Coudres qui a été en grande vénération et qui, sous tous les rapports, était digne üe la grande estime qu’on avait de lui. Les missionnaires qui desservaient Ile, avaat qu’il y eût un presby.îre, prenaient leur logemeut chez lui. Plusieurs fois ils y ont dit la Sainte Messe. Une huche servait dutel pour y appuyer la pierre consacrée, me Pr ET était déposée la victime divine. Depuis qu'elle a servi d’autel, cette huche est devenue comme une relique que l’on conserve, dans la famille, avec une grande vénération.

Voici ce que m'écrivait Joseph Perron, fils d’Alexis Perron, dont je viens de dire un mot. Je lui av 8 écrit pour avoir des informetions.

(# Ceite huche dont vous me par lez est dans notre fan.ille, depuis “un temps immémorial. Mon père “ l’a sue, mon grand père l’a eue, et

‘ problablement quelques autres do “ mes ancetres. C* qui fait qu’on la ‘“ conserve avec un soin tout spécial, ‘“ c'est que les traditions, conser- ‘“ vées dans la familie, ont constam- ‘“ ment dit qu’elle avait servi d’au- ‘““tel, pour dire la messe, aux pre- “ miers missionnaires qui ont des- “ servi l'Ile aux Coudres.

“ Au commencement du présent “siècle, un curé de l'Ile dit à notre ‘{ famille de la conserver précieu- ‘“ sement, parce que c'était une vraie “ relique, qui protégerait notre mai- “ son tant que nous la conserverions ‘ avec le respect qu’elle mérite.

# Quoiqu'il en puisse être de cette “ parole d’un de nos curés, notre ‘ famille prétend avoir été préservée “du feu, à quatre reprises diffé- ‘‘ rentes, par la protection de cette ‘ huche. Voici des faits que je re “ crois en droit de citer pour ex- ‘“ emple de cette protection :

“ Un dimanche, après avoir enten- “ du la messe, j'étais venu diner à “ma maison. Après avoir pris mon ‘ diner, j'a!lai, contre ma coutume,

‘ faire un tour au jardin, et, pen- “ dant que je me promenais, je me “sentais pressé d'aller visiter le ‘“ comble de ma maison. Il me sem- ‘€ blait que quelque malheur mena- “ çait la famille. J'avais une échelle, “ appuyée sur la couverture. J’y al- ‘ lai, et, après avoir jeté mes regards ‘ de tous côtés, je m’avisai de regar- ‘ der dans la dalle et, à ma grande ‘ surprise, je m’aperçus que le feu y ‘était pris. Je descendis aussitôt “ chercher de l’eau et j'eus le bon “ heur de l’éteindre facilement, Trois ‘autres fois, il y eût des commence- “ments d'incendie, dans notre mai- “son, et à chaque fois, quelqu'un “ de la famille le découvrit à temps “ pour l’éteindre, sans qu’il eût cau- “ sé des dommages. ”

Ces quatre commencements d’incendie, toujours découverts et arrétés dans le principe, ont fait croire à la famille Perron, que la protection de cette huche y était pour quelque chose. Qui oserait la blâmer de sa pieuse confiance. Et ne serait-ce pas pour le respect et la vénération qu'elle a pour cet autel où l’on a célébré la Sainte Messe, que cette huche serait devenue une protection pour la famille ? Je reviens au Per.

Alexis Perron.

Par sa sagesse, sa profonde piété, et surtout par sa prudence remar quable, le père Alexis Perron se distinguait de tous les autres habitants de l'Ile. Il était et il devait être l’homme de confiance de tous les missionnaires qui ont desservi l’Il> de son temps. C'était à lui qu'ils recommandaient les malades, pendant leur absence. Chargé de cette importante mission, il allait les visiter avec une grande charité et quand les malades ne pouvaient se procurer l’assistance d'un prêtre, il leur aidait à se préparer à la mort. Lorsque j'étais jeune on parlait encore du père Alexis Perron comme d’un homme qui avait passé sa vie à faire le bien et dont les exemples avaient été comme une semence précieuse qui avait produit des fruits de salut,

dans un grand nombre d’âmes,

Le père Alexis Perron est mort en 1807, le 24 août, à l’âge avancé d’environ 72 ans, comme il avait vécu, dans la paix du Seigneur.Sa mémoire, comme celle du juste, est en vénération dans l'Ile aux Coudres. Ses enfants n'ont jamais entendu un mauvais mot contre leur père!

Joseph Perron, que je crois être le dernier, en âge, des garçons de la nombreuse famille du père Alexis Perron, dont je viens de faire mention, demeura à la maison paternelle, eï il sut rempiacer dignement son excellent père.

Passablement instruit, sage, prudent, bon, religieux, ami de la paix, doué d’un rare bon sens, Joseph Perron qui était l’ornement de l’Île aux Coudres, a émigré à Saint-Arsène, il n’y a qu’un an. Comme tous les hommes qui ont une foi profonde, une piété éclairée et l’amour vrai de leur religion, ce brave citoyen n’a pu dévié du chemin de la vertu.

l'a constamment été l'ami de ses curés et il n’a jamais manqué de les appuyer de son influence, dans toutes les mesures qui avaient pour but le bien de la paroisse. Comme le bon et vertueux Jean Lapointe, il ne s’est jamais mêlé des affaires pu.

bliques de la paroisse, que comme Îles pacifiques que le Sauveur des hommes a beatifiés et qu'il nous a appris a désiguer sous le glorieux nom d'enfants de Dieu. Il est encore dit de ces hommes qne les biens (es vertus) qu'ils ont laissés à leur postérité lui demeureront toujours, et que les en fants de leurs enfants sont un peuple saint, et qu’enfin leur race se conservera dans l'alliance du Seigneur.

Avant de nous rendre vis-à-vis la maison voisine, il nous faut encore traverser sur un pont, qui n’a pas la longueur du pont- Victoria. Ce sera le dernier que rous passerons pendant notre promenade, Comme tous ceux que nous avons vus, il porte les marques non douteuses d’une häüte antiquité. Comme les autres, il suffira pour vous aider à traverser ce

tit cours d’eau, auquel on a donné e nom pompeux de rivière. À défaut de cours d’eau assez considérables , pour avoir le droit de porter ce nom,

on a été forcé, pour conserver ce mot dans le langage des insulaires, de changer le nom d'un ruisseau, en celui de rivière. Cela veut dire que, dans le royaume des aveug'es. les borgnes sont rois.

Dans la maison, que voilà à notre gaucbe, la dernière des fonds, a vécu et est mort le père Pierre Boudrault.

A l'Ile, on ne l’appelait jamais autrement que Pierre Laure. Cet homme mérite une mention spéciale, sous un grand nombre de rapports.

Laure n’était pas son nom de famille. Son père s'appelait René Boudreault: Il était né en Acadie.

Ses parents furent du nombre des malheureux qu’on obligea de quitter leur patrie. Pendant leur émigration au Canada, René Boudreault mourut. Sa femme, Marie Judith Pitre, arrivée à Québec, se remaria avec un autre acadien qui portait le nom de Joseph Laure +. Ce second mari, qui était meunier, fut envoyé à l'Ile aux Coudres, par les Messieurs du Séminaire de Québec et placé dans le moulin à vent où, plus tard, mon père le remplaca. Pierre Boudreault se maria en 1714 avec Josephte Tremblay, sœur de François Tremblay, dont j'ai parlé plus haut.

Ca Bondreault eut de son beau-père la terre où est bâtie la maison que Je viens de vous indiquer. Il se maria avec une des sœurs de François Tremblay et fut le père d’une nom breuse , famille, huit garçons et

uatre ou cinq filles. IL n'avait

‘abord que cette terre, que ses descendants possèdent encore.

Ce qui paraîtra étonnant à un grand;:nombre de personnes, c’est qu'avec les revenus de cette terre, il a élevé convenablement sa nombreuse famille, a pu établir un de

t Ce Joseph Laure est le même qui se noya le 15 avril 1775. ;

ses enfants sur une terre, aux Eboulements, un autre sur une terre, à l'Ile, un troisième sur sa propre terre. Toujours avec les revenus de son bien, il a pu payer, en partie du moins, les dottes de deux de ses filles, religieuses à l’Hôtel-Dieu, et et d’une demoiselle (Caron, de Saint Roch-des-Aulrets, qui était sa cousine. De plus, il a fait faire, au Séminaire de Québec, des cours complets d’études à trois de ses garçons, c’est-è dire, à Thomas qui a été curé de l'Ile aux Coudres, à Etienne et en partie à Noël, tous deux devenus notaires, enfin à Louis,

ui a été médecin. Le cours d'étude e ses quatre enfants terminé, il a fallu payer, pour son fils Thomas, ses années de grand Séminaire, et et pour les trois autres, leur pension et leur entretien, pendant le temps de leurs études professionnelles, toujours avec les revenus de la même terre.

“ ILest peut-être rare, m'écrivait ‘“ quelqu'un, de trouver ane famn..le ‘ comme celle du père Pierre Bou- “ dreault, simple aabitant. qui ait “eu un prêtre, deux relijieuses, deux “ notaires et un medecin. ”

Un seul de ses huit garçons, Françons Boudreault, n’ayant pas voulu s'établir, est demeuré avec son père Jean, dans la maison paternelle, où il est mort, dans un âge peu avancé.

Voilà, je crois, un père de famille de l'Ile aux Coudres, qui devait avoir un talent bien extraordinaire, et que je dois citer comme ex emple pour un grand nombre d’autres qui feraient bien d’apprendre à mieux travailler. Puisque l’occasion 5e présente, je dois ajouter que si nos cultivateurs savaient mieux régler les dépenses de leur maison et surtout la toilette de leurs femmes et de leurs enfants, ils trouveraient bien aussi, à peu d’exceptions près, les moyens qu’il faut, pour pourvoir à leur avenir. Mais cemprend-on bien, aujourd’hui, ce

ue savait le père Boudreault : que

es cultivateurs doivent être les

ension ) temps nelles, mème

crivait farn..le

économes “bn He des fruits que Dieufait pousserdansleurschamps!!

Je crois nonseulement ne pas manquer à la mémoire de l’admirable père Boudreault, mais encore ajouter une nouvelle perle à sa couronne, en rapportant le faitsuivant :

Le père Pierre Boudreault faisait usage de boissons fortes, et il lui arrivait parfois d'en prendre trop.

Ba femme, une excellente créature, éprouvait chaque fois un tel chagrin,

u’elle en était inconsolable. Mais, emme chrétienne avant tout, elle se contentait de répandre des larmes sous l’œil de Dieu, dans le silence d’une âme résignée à la volonté de Tr qui sait seul consoler les affigés.

Celui dont la nature est bonté et miséricorde envers ceux qui souf frent sans se plaindre, avait-il eu pitié des larmes de cette femme af figée ? Ou fut-ce un des coups de la grâce, comme Dieu seul peut et suit en faire ? Je n’en puis rien connaître.

Mais je sais ce qui arriva et je dois le publier à la gloire de Dieu et pour rendre, encore plus vénérable, le souvenir de cet homme de bien.

Le père Boudreault était encore dans la vigueur de l’âge et à l’é poque où il semblait aimer davantage ces boissons dont il abusait parfois, lorsque, un matio, il fut à son placage, y prit sa Fouteille et son verre, selon son invariable coutume, s’approcha de la cheminée de sa cuisine, se versa un verre de boisson, mais, s’arrêtant tout à-coup, il promena lentement ses regards sur son verre et sur sa bouteille, puis lançant de toute la force de son bras, d’abord son verre ensuite sa bou.

teille, il les brisa en mille morceaux contre les jambages de la cheminée.

Sans paraître troublé le moins du monde, il ee sa chambre de nuit, s'y mit à geuoux pour faire sa prière du matin et s’en alla à son ouvrage. Depuis ce jour, il ne mit jamais dans sa bouche, une seule goutte de boissons enivrantes.

Que s'était-il donc passé dans l’esrit et dans le cœur de cet homme?

nterrocé plusieurs fois par ses amis,

le père Boudrault a tenu caché le secret du roi jusqu’à sa mort!

Cette admirable conversion, ar rivée bien longtemps avant l’établissement de notre belle et sainte société de la croix, me suggère les pensées suivantes, que je crois devoir écrire, espérant qu'elles seront utiles à quelques-uns.

Dieu a fait les peuples et les inüividus guérissables, mais à une condition qu’on ne doit jamais oublier. Il faut le secours surnaturel de la grâce pour convertir, ou rendre guérissable tout pécheur quelconque et notamment tout homme adonné à la malheureuse habitude de prendre, avec excès, des boissons enivrantes. Ce secours surnaturel, qui rend un ivrogne guérissable, c’est la prière. On comprenait bien, ce me semble, cette vérité fondamentale, lors de l’établissement de la societé de la croix. Aussi, une foule de personnes, ayant reçu la croix dans leurs familles, se mettaient devant cette croix, pour demander au ciel, par d’instantes prières, cette grande et puissante grâce de la gurison de leur frère intempérant.

Les pauvres ivrognes étaient touchés, profondément remués, et entraînés vers la croix qui achevait l’œuvre de leur guérisen commencée par la prière. Aussi les auberges, source principale des maux que nous causait l’ivrognerie, disparaissaient de nos paroisseset, avecles auberges, disparaissaient les malheurs et les re d’une longue suite d'années.

Aujourd’hui les auberges reviennent dans quelques-unes de nos paroisses de la campagne, et j'en conclus qu’on oublie de prier pour obtenir la continuation de la grâce de la sainte tempérance, pour la guérison de ceux qui sont encore

t Pierre Boudreault était le beau-frère de François Tremblay dont j'ai raconté, plus haut, la couversiou et la mort édifiante.

ivrognes, et si nous avons le malheur d2 ne plus prier, dans notre grande société, nous verrons revenir encore les scandales que nous avions travaillé à faire disparaître, dans nos belles campagnes du Ca.

nada.

Tout en vous parlant du généreux Pierre Boudreault, notre cheval, gardant le vrai train de la blanche, nous à entraînés auprès de la de meure d'Antoine Perron, fière d’A.

lexis Perron dont je vous ai parlé plus haut. Sans être aussi remar quable que son frère, le père Antoine Perron n’en était pas moins un de ces antiques insulaires de ma paroisse natale, dont on aime à se rappeler le souvenir. Comme son frère Alexis, c'était un homme grave, laborieux, paisible, et qui comprenait que la religion, pour être selon Dieu, ne doit pas consister dans de vaines démonstrations extérieures, mais dans une conviction profonde qui porte à aimer ce que Dieu aime et à pratiquer avec une foi siacère, les devoirs que la foi impose à la conscience. Une manifes.

tation sincère d’un profond respect pour son curé et uns grande docilité à ses avis, formaient le caractère distinctif du père Antoine Perron.

Comme son frère Alexis, c'était un homme hospitalier et qui n'avait ja.

mais de plus grand bonheur que de rendre service à quelqu'un. Il était un de ces hommes intrépidrs toujours prêts à s’exposer aux dangers de la navigation dans de frèles canots pour aller chercher des prêtres ailleurs, pour les malades ou pour les autros besoins de la paroisse, dans le temps que l’Ile aux Coudres n'avait pas encore de curés résidents.

Il est peut-être le seul habitant de l'Ile aux Coudres qui ait eu l’honneur de laisser son nom à un endroit de l’Ile: c'est celui de la pointe où était sa demeure, la Pointe-à-Antoine dont j'ai tant de fois parlé.

Son fils, Christophe Perron, aujourd’hui parvenu à l’âge de quatre-

vingtans, je pense f, est encore d’une grande activité pour son âge.

La qualité marquante de Christophe Perron, est une complaisance rare envers les prêtres qui visitent l’Île aux Coudres. Qu'un prêtre, débarqué sur l’Ile, manifeste la volonté d’aller faire la pittoresque promenade du tour de l'Ile, Christophe s’offrira de le conduire, et il serait désolé si on le refusait. Pendant tout le long de la promenade, il saura ne pas laisser s'ennuyer celui qu’il conduira dans sa voiture.

La pointe du miheu de l’Ile, où nous sommes, est remarquable par la quantité d’éperlans que l’on y prend, pendant la saison d'automne, dans des pèches, tendues avec des cldies, Par une singularité dont j: ne puis me rendre raison, c’est que dans la pêche tendue devant la derneure de Christophe Perion, sur le côté nord de l’extrémité de cette pointe, on ne prend presqu’exclusivement que de gros éperlans approchant de la grosseur des harengs ordinaires, au lieu que, dans celle tendue sur le côté sud de l'extrémité de la même pointe, l’éperlan que l’on prend est généralement d’une médiocre grosseur.

Ce poisson, surtout celui que l’on prend à l’eau salée, est un des plus délicats que renferme notre fleuve Saint-Laurent. Dans certaines marées, on en prend plusieurs barriques à la fois.

Si les propriétaires de ces riches pèches, trouvaient un moyen dé transporter ce délicieux poisson sur les marchés de Québec, ils seraient certains de le vendre pour un haut prix. Pc ‘rquoi ne profiteraient-ils pas autre: ent qu'ils ne font de cetté manne que les marées du fleuvé amènent dans leurs pêches ?

Vous avez dû remarquer, pendant notre longue promenade, que ma chère petite Ile aux Coudres a conservé, avec un soin tout spécial, l'antique et la sainte tradition catholique de planter des croix

+ Il est mort en l’année 1874,

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sur le bord des grands chemins. Si je ne me trompe, cellé que voilà devant nous, doit être la septième ou huitième que nous avons eu le bonheur de saluer depuis notre dé part de l’église. Vous avez dû remarquer, avec plaisir, qu’elles sont entourées d’une petite palisside et convenablemententretenues. Je vous avoue que Je suis glorieux, chaque fois que je mets le pied sur l’l'e aux Coudres, de rencontrer et de pouvoir saluer la croix. Je le disavec vérité, c'est là un des motifs qui me font aimer cette petite population d'insulaires. Il me semble qu'elle aime grandement Îa croix, et comment ne pas aimer ceux qui aiment la croix ! Il y a, au reste, dans cette tradition, des enseignements qui par lent éloquemment à la vue et, par le moyen de la vue, au cœur de tout homme qui a le bonheur d’avoir conservé une foi pleine et entière.

J'aime mon Ile aux Coudres, parce que ses habitants ont conserv6 fidèlement la tradition catholique de la croix au bord des chemins.

J'aime mon Ile aux Coudres, parce qu’en conservant cette tradition catholique, elle a pris le moyen d’être protégée contre l'invasion des mauvais anges. J'aime enfin mon Ile aux Coudres, parce qu’elle aime la croix, parce qu’elle aime sa vue, parce qu’elle aime à la saluer, parce qu’elle comprend que la croix est une protection et une sauve-garde.

Je ne puis passer devant la maison un peu éloignée du chemin que voilà à votre gauche, sans vous en dire un mot, parce qu’elle me rappeli:

une famille très-remarquable. Le chef de la famille actuelle qui habite cette maison, était un des enfants du vénérable père Alexis Perron, que vous connaissez maintenant.

Celui de ses enfants qui a donné origine à cette famille, portait le nom de Zacharie Perron.

Zacharie Perron était d’une tranquillité et d’une bonté qui rappelaient son vénérable père. Il avait soin, comme tous les bons parois-

siens, de ne se mêler des affaires publiques que pour empêcher les divisions, apaiser les querelles et soutenir l’autorité de son curé. Dieu qui dirige les hommes vertueux dans le choix d’une épouse, l'avait conduit aux Eboulements où il rencontra une personne des plus dignes et des plus remarquables par sa haute intelligence, sa vertu et son savoir-vivre. Elle avait reçu une éducation beaucoup plus qu'ordinaire. La femme de Zacharie Perron sut plaire à son mari, bien élever sa famille et conduire admirablement bien sa maison. C'était un vrai modèle de la femme intelligente et de la mère chrétienne.

Séraphin Perron, un deses enfants, chef de la famille actuelle, a eu le bonheur d’hériter des bonnes «ualités et de la piété de ses vertueux parents. C’est un des meilleurs chrétiens et des plus remarquables chefs des familles de l'Ile aux Coudres.

Personne, dans l'Ile, ne contredira le témoignage que je lui rends.

Nous voilà enfin au bout de la Pointe-à-Antoine, à quelques arpents seulement de l’église, que nous ne faisons qu’apercevoir. On dirait que ceux qui l’ont fixée en cet endroit, voulaient laisser aux étrangers la peine de chercher leur église et leur Ôter le plaisir de la voir avant d’y arriver. Sous d’autres rapports, je la trouve bien placée. Car vous remarquerez qu’elle est seule, isolée du bruit et bien située pour être la maïison du recueillement et de la prière.

Excepté les dimanches, elle conserve toujours cette paix, cette tranquillité. Car la paroisse de l’Ile aux Coudres a le bonheur de n’avoir pas de village, autour de son église.

Vous le savez aussi bien que moi, ces villages sont souvent l'occasion de dangers nom'reux pour l’innocence des jeunes enfants. C’est dans ces villages que se concentrent, presque toujou::, une partie des quéteurs et des fainéants des paroisses, et où, à part d’assez nombreuses exceptions, se trouvent les pernicieux exemples

du luxe, de l’orgueil et des vaines prétentions, qui font la désolation d'un certain nombre de eutés de la campagne |

Voilà notre promenade autour de l'Ile aux Coudres enfin terminée.

Maintenant vous n’avez plus besoin de Cicéroné pour l'apprécier et vons aider à connaître sa beauté, ses charmes et les points de vue remarquables qu’elle offre à l'œil de l’ob servateur, Vous avez souvent entendu parler de l’Ile aux Coudres, vous pourrez désormais en parler avec connaissance de cause, et juger si on lui rend justice.

Il serait bien temps d'aller nous reposer un peu chez le bon et aimable curé de la paroisse, qui a le talent de si bien recevoir ceux de ses confrères, qui lui font le plaisir d'accepter sa franche et cordiale hos pitalité. Mais ce qui est différé, n’est pas perdu. Nous trouverons, à la maison de M. le curé, deux vieilles créatures, dont la bonté et l’obligeance à rendre service ne peuvent être surpassées. Ce sont des personnes que j'estime beaucoup, parce qu’elles sont sans prétentions et d’une humeurcharmante.Mais avant d'entrer au presbytère je veux vous conduire à l’endroit, où a si long temps demeuré le bou François Leclere, avec qui je veux vous mettre en connaissance. Ce sera comme le bouquet de notre promenade, et notre dessert après le repas d'1 soir.

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