‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 27 · EE SE · texte numérisé non relu

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nids et y adresser, perché sur la cime des arbres, leurs chants au ciel!

On doit n’avoir pas oublié, au col lège de Sainte-Anne, l’insigne con fiance que témoigna, dans les élèves, une merluche (merle). Elle avait d’abord fait son nid, assezloin du jeu-depelottes, dans le haut d’une épinette.

Une corneille, infâme brigande, en eût connaissance, et elle venait voler les œnfs de la pauvre petite mère, dans son nid, à mesure qu’elle les pondait. Désolée de ce brigaudage, elle vint faire un autre nid, au nord du jeu-de-pelottes, dans une petite épinette, qui se trouvait sur le bord de la terrasse, où était un banc ge servait de siége aux écoliers, et

’où l’on pouvait la prendre avec la main. La pauvre petite mère était si assurée qu’elle n'avait rien à craindre que, quelque tapage que fissent les écoliers, elle ne se dérangeait jamais de dessus son nid.

Je me rappelle qu’étant encore enfani, j'avais été sur la grève pour aider à sauver du foin. Jetant, par hasard, la vue en l'air, j’aperçus une toute petite alouette que pour suivait un oiseau de proie, avec un acharnement imaitoyable. La pauvre petite montait, descendait, se sau vait avec un courage héroïque.

Mais le vilain brigand la gagnait vi siblement,. Effrayée, pressée par son ennemi, elle n’en pouvait plus de fatigue lorsque je la vois descendre tout à coup vers moi, avec la rapidité d’un trait, puis venir se jeter à mes pieds, et me regarcer fixément comme pour me demander protec tion. Je la pris dans mes mains, sans qu’elle témoignât la moindre crainte.

Comme son petit cœur battait fort!

Comme elle était trempée de sueurs!

Comme elle continuait de me regarder avec confiance ! Je la flattai longtemps, cette chère petite créature qui semblait heureuse de mes ca resses. Je la laissai se reposer un peu et s'éloigner du méchant qui l'avait lt da pour la dévorer, puis,

’embrassant comme pour la remer

cier de la confiance qu'elle avait placée en moi, je la laissai s’envoler dans les airs. Il m’a toujours semblé, depuis, que j'avais fait une bonne action, en lui accordant la protection qu’elle était venue re demander. Si je l'avais tuée, je ne m'en serais jamais consolé. Pourquoi Dieu m'a t-il donné la raison et la force, si non pour protéger les êtres faibles qui vienrient implorer mon secours |

Je viens de dire qué je déteste, à l'égal d’un monstre, quiconque tue on moleste les petits oiseaux, j dois ajouter: sans motifs raisonnables. À ce propos, voici un fait que je livre aux réflexions de tous ceux qui se font un jeu de leur cruauté envers les oiseaux:

Pendant que j'étais directeur du Collège de Sainte Anne, en 1837, j'étais parti en compagnie de plusieurs autres, pour aller visiter le Saguenay, C'était pendant le temps de vacances. Nous avions loué une chaloupe et un chaloupier pour faire notre voyage. Le traiet fut assez heureux jusqu’à Tadoussac.

Voulaut visiter le haut Saguenay, nous profitâmes d’un vent d'est qui semblait devoir nous y conduire en peu de temps. Mais, contre notre attente, le vent tourna à la tempête et une pluie diluvienne vint se mêler à la fureur du vent. Bien à contre cœur, nous fûmes forcés de nous arrêter à la Rivière-Sainte- Marguerite, mouillés comme des poules qu’on aurait jetées dans une cuvée d’eau. Quand nous mîmes le pied sur terre, il se faisait déjà tard.

A la façon des voyageurs expérimentés, nous fimes une tente avec ls voiles de notre chaloupe pour nous mettre à l’abri de l'orage et, après plusieurs essais infructueux, nous réussimes enfin à faire du feu pour nous faire sécher les os.

Ce contre-temps dérangeait complétement notre itinéraire. Après avoir passé une assez bonne nuit, sur des lits de sapin vert, nous primes le parti de n’allér pas plus

avait en vojours s fait ordant venue iée, je Pourson et er les plorer

ste, à 1e tue j: dois s, Ace re aux é font rs les

ur du 1837,

loin et de consacrer la journée à faire la pêche à la truite. Nous avions eu soin d'apporter un quart et du sel pour faire une grande salaison de truites du Saguenay. Mais la truite ne mordait que de butte en butte. C'était trop ennuyant pour des hommes en vacances.

J’abandonnai donc et la pêche et ceux qui voulaient pêcher; je ris mon fusil et me décidai à faire a chasse aux pies, dont un grand

nombre, alléchées par l’odeur de la | là

cuisine, passaient et repassaient sans cesse auprès de notre marmite. Je m'étais placé sur une pointe où elles devaient venir et j’en tuai une assez grande quantité, que je ne me donvnai pas le trouble de ramasser, pour l'excellente raison que la chair de cet oiseau est fort mauvaise à manger. Rassassié de ma superbe chasse, je mis mon fusil de côté et je leissai en paix les heureuses pies qui n'étaient pas tombées sous les coups «e mon plomb meurtrier.

C'était un vendredi. Ne voulant pas perdre la messe le dimanche, nous pliâmes bagage, et rembarquâmes dans notre chaloupe, le samedi matin, pour descendre à ‘l'a.

doussac, où nous devions trouver ce qu’il nous fallait pour dire la sainte messe.

Le mardi suivant, nous primes congé du bourgeois du poste, qui nous avait reçus et traités avec une grande bienveillance ; nous remon- ‘âmes le long du rivage jusqu’à la Baie des Rochers, pour y passer la nuit. Le lendemain nous faisions la traversée par le bas de l’Ile aux.

lièvres pour nous rendre à Saint-Ardré d'où nous étions partis. Comme on se l’imagine bien, J'avais complétement oublié mes pauvres pies de la Rivière Sainte-Marguerite. Mais, voilà qu’en abordant au rivage, un

assez grand nombre de pies (six à|Y

huit, je crois) apparaissent sur la g’ève, au moment précis où j'y mettais :e pied, et s’éloignent ensuite.

D'où venaient-elles? Je n’en sais absolument rien.

PROMENADE AUTOUR Dx L'ILE AUX COUDRES 67

Après avoir passé quelques jours avec M. Flavien Leclerc, curé de Saint-André, je louai une chaloupe pour me faire traverser à l'Ile aux Coudres. Mais à mon grand étonnement, voilà qu’en accostant le rivage de l'Ile, le même nombre à peu près de pies viennent m’y recevoir et, dès que je suis débarqué, s’éloignent aussitôt. D'où venaient-elles? Encore une fois, je n'en sais absolumentrien. Mais toujours elles étaient

Je passai très-peu de temps à l’Ile aux Cuudres, et je pris mon bon ami Bonaventure Mailloux et un de ses neveux pour me conduire, par eau, jusqu’au Cap-Tourmente. Partis avec le commencement de la marée montante, nous arrivâmes au Cap à marée haute. Mais, encore ici et, pour la troisième fois, voilà les pies, le même nombre je crois, qui viennent à ma rencontre au moment où je mets le pied sur le rivage, et s'éloignent dès que je suis sur le sable. D'où venaient-elles ? Je n’en sais encore absolument rien. Ce que j: sais, c’est que j'étais dans un grand étonnement.

La chaloupe retourna à l'l'e aux Coudres avec la marée baissante.

Quant à moi, je me rendis à la première maisou, où je louai une voiture pour me faire conduire chez M. le curé de Saint Joachim, où je passai la nuit, non sans être fratpé de l'apparition soudaine de ces pies qui se présentaient à chaque rivage où j'abordais, depuis la guerre meurtrière et insensée que je leur avait faite à la Rivière-Sainte-Marguerite.

Le lendemain matin je dis adieu au vénérable curé de Saint Joachim (M. Bssserer) ; je louai encore une voiture pour me faire conduire à Québec, dernier terme de mcn voage.

J’espérais bien ê!re débarrassé erfin de la vue de ces oiseaux, lorsqu’en arrivant au [ont de la Rivière- Saint-Charles, mes pies, oui bien certainement mes pies, vinrent se poser

ERREUR DE RIRE SET à 2 RE z

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sur lesgardes-:orps du pont, au grand!

étonnement de tous ceux qui le tra-| versaient et qui s’exclamaient à la:

vue de mes pies, qui, cette fois'encore.

me laissèrent passer, sans s’effrayer du tumulte, et puis s'éloignèrent, comme élles avaient fait aïlleurs.!

J'ajoute que, depuis cette quatrième!

fois, je ne les ai rencontrées nulle part ailleurs, mais je vous assure: que je n’en ai Jamais perdu le souvenir. |

n’a pas faites pour me servir de jouet.

Je vous prié ‘de ne pas passer sans rénäréuer vette Adulte butte qui ter mitie l'a petite Tlette, dont je vous ai parlé un peu plus haut: la voici, à notre gauche, toute près du chemin où nous passons. Je veux vous En parler, pour la raison qu’elle à été fort célèbre ‘dans le temps où l’Ile aux Coudres était le rendez-vous

[d’un grand nombre de gibiers. Les

launes, aùu word et-au sud de da petite

Voilà l’histoire de mespies, racontée en toute sa vérité. Il ne s’agit.pas| de la nier ou de dire que je.ne les!

ai point vues, ni à Saint-André, ni à, l'Ile aux Coudres, ni au Cap Tourmente, ni sur les gardes-corps du pont, de la rivière Saiut-Charles : ce se.

rait peine perdue. Car ce fait a eu lieu en plein jour; j’avais une trèsbonne vue et je ne rêvais certainement pas. Si je ne les avais vues qu’une seule fois, il n’y aurait rien de, bien étonnant, maïs quatre fois, au moment où j'arrivais sur une plage étrangère, dans un même voyage, accompagné d’arrêts plus ou moins longs. Ce serait donc folie de nier un tel fait. Qu'on essaye plutôt de s’en rendre compte; c’est le seul parti raisonnable.

Pour ma part, je suis convaincu que l’apparition soudaine de ces oiseaux, n’était pas un châtiment, puisqu'ils n’ont fait aucune démons tration hostile contre moi, mais plutôt un avertissement de ne plus me servir de ma raison et des moyens que j'avais pour tuer ces pauvres petites créatures, dont je ne pouvais tirer aucun profit ; tandis qu’elles ne nuisent à qui que ce soit et qu’elles ont le courage de subir la rigueur de nos hivers pour ne point abandonner leur pays d'adoption. Depuis cet avertissement, que je crois m’avoir été donné par la Providence, je me suis bien donné garde d’ouplier que mon créateur ne m'avait pas doué de raison pour me faire un amusement insensé de détruire, pour un vain plaisir, des créatures qu’il

Lette, sont remplies de mares dont l’eau est sans cesse renouvelée, soit par les hautes marées, soit par les pluies. C'était là que Les canards et les sarcelles venaient s’abattre pour y manger les racines des herbes qui poussent au fond de ces mares peu profondes. Du haut de cette butée on peut apercevoir la superficie de toutes ces mares et tous les gibiers ui s’y seraient posés.

Dans le temps de la chasse, à la petite pointe ‘du Jour, les chasseurs grimpaient sur cétte butte pour s’y embusquer. Et là, les jambes croi-

sées, un bras‘appuyé sur leurs fusils,

ils inspectaient de leurs regards perçants toutes ces mares, les unes après les autres, et pas un gibier ne pouvait se dérober à leur vue. Une fois découvertes par le regard du chasseur, les pauvres volatiles ne manquaient jamais de recevoir du plomb qui mettait fin à l’existence de plusieurs. ‘Celles qui avaient échappées à cette mitraille allaient se placer dans une autre mare, où un autre chasseur les attendait pour réparer la faute du premier tireur.

Oh! si le bon Lafontaine eût vécu alors à l’Ile‘aux Coudres, ces oiseaux n’eussent pas manqué de ‘venir lui demander de leur dresser une requête pour que quelqu’un d’entreeux put aller implorer protection contre ces chasseurs inhumains.

Mais n'ayant jamais trouvé personne pour leur aider à faire entendre leurs raisons, aujourd’hui encore le petit nombre d'entre les survivants qui se hasardent à venir chercher

leur nourriture dans ces mares, où tant de leurs devanciezs ont perdu la vie, subissent le même sort Avant peu d'années, il est probable que les chasseurs de l'Ile aux Coudres ne se serviront plus de leurs fusils pour faire la guërre aux canards et aux sarcelles, dont quel ques-uns seulement apparaissent sur l'Ile ou n’y font plus qué passer.

A plusieurs reprises, je vous ai déjà fait remarquer diverses singularités dans la conformation de l’Ile aux Coudres. En voici encore quelques unes, que je ne dois pas manquer de vous signaler.

.Je vous ai déjà parlé des trois avancements qui forment le bout auest de l'Ile. Mais ces trois avance.

ments, la Pointe de l’Ilette, où nous sommes, la Pointe-à-Antoine que nous voyons devant nous, et la Pointe des-sapins que nous verrons bientôt, sont munis, chacune d'elles, vers l’est, et en arrière, de caps qui semblent avoir été placés là comme pour leur servir de contre-forts.

N'est-ce pas une singularité qu’on ne rencontre peut-être nulle part ail leurs qu’à l’Ile aux Coudres. Considérez ces contre-forts et vous vous apercevrez, qu’ils sont d'autant plus solidement construits et que leurs bases s'étendent d'autant plus loin qu’ils semblent devoir être exposés à soutenir un plus grand choc. Suivez-moi, et vous allez voir que ma remarque est appuyée sur des faits visibles. |

10. Considérez la Pointe de F'Ilette, où nous sommes. Vous voyez qu’elle s'étend au loin vers l'ouest. A son extrémité, elleest défendue par deux gros et solides rochers qui la protègent contre toutes Jes attaques possibles. Kortifiée par cés’ deux masses de pierres solides, le pilier et la charge, elle n’a tout au plus besoin que d’un faible contre-fort.

Considérez maintenant cette butte que j'appelle son contre-fort. Elle est placée à une distance d'au moins dix arpents du gros pilier ; elle est très étroite, et presque entièrement

composée de terre légère, ou de tufs mêlés avec cette terre, qui n’offrent que peu de résistance. Ce n’est pas tout. Cette butte est isolée du rem-

part qui borde l'Ile, et sa base ne

se prolonge vers l’est que d’environ deux arpents et demi, où elle s’abaisse au niveau des terrains qui forment les fonds. Ici, la force de résistance est concentrée à la Pointe-

de-l’Ilette, et elle n’a besoin, tout

au plus, que d’un faible coatre-fort, tel que vous l'offre cette butte.

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