‹ Promenade autour de l'Ile-aux-Coudres [microforme] (volume 2)Chapitre 20 sur 27 · A D ES I IT · texte numérisé non relu

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85 BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY

ses parents. L\, il se souvint que, pendant qu’il était au Séminaire, il avait fait partie de la socié'6 des méciniciens imberbes qui avaient établi une manufacture de papss, c’est àdire gardes-pipes. Le bon et airable Vital Têtu, aujourd’hui occupant une place très-honorable à Québec, ainsi que quelques autres et moi, en particulier, étaient membres de cette importante association. Ayant fait des papos, tant bien que mal, M. Tremblay imagina qu'il pouvait faire un des menuisiers de l’I'e aux Coudres. Sans juger à propos de passer par les lenteurs d'un apprentissage, il se procura quelques outils

de menuiserie et sans plus de céré-|

monie, il s'établit menuisier en chef.

Une maison était commencée sur un terrain où depuis quelques années, ila fixé sa demeure: il se miten frais de la terminer. Mais il a avoué depuis qu’il travaillait à contre-cœur.

Pendant qu’il poussait son rabot, avec la vigueur qu’on peut supposer ch:z un asthmatique, il lui semblait entendre une voix intérieure qui lui disait que la maison qu'il travail lait à finir ne lui serait de presque aucun usage. Et lorsque, plus tard, il voulut l’occuper, le feu la réduisit en cendres.

Ce nouveau genre de travail ne lui allantplus, ettoujours obc dé par une pensée qui lattirait vers qu'elqu'autre occupation, il abandonna ie métier de menuisier sans, dit-on, s'être fait la réputation d’un habile o'vrier. Les menuisiers de l'Ile aux Coudres n’eurent plus l'honneur de le compter dans leur classe et se trouvèrent délivrés de la redoutable concurrence qu’il pouvait leur faire

plus tard. Toujours, sans se douter |

où Dieu le conduisait, M. Tremblay, après avoir abandonné le travail ma nuel, allait faire un pas vers l’état où la Providence le voulait. Il n’a vart été qu’un an commis-narchand, il fut à peine un an et demi maitre menuisier.

Ayant fermé sa boutique et mis

râpes et son papier sablé, il prit la résolution d'utiliser l'éducation que lui avaient procuréeses parents adoptiis.

Dans l’automne de 1824, il laissait l'Ile aux Coudres pour se rendre à la Malbaie, dont M. Pierre Duguay était alors curé. Il prit une école qu'un petit nombre d'enfants fréquenta. Il n’y avait pas moyen d’espérer de se procurer autre chose que des patates et le sel pour les saler, avec la paye qu'il en pouvait retirer.

Cependant. cahin, caha, ileûttoujours quelques élèves qui lui permirent de continuer cette petite écle jusqu'au commencement des travaux des semailles. A cette date, à peu près tous les enfants abandonnèrent de fréquenter son école, non parce que le maître ne la faisait pas bien, mais pour aider leurs parents aux travaux des cham s. Comme un marchand qu’ont abandonné les acheteurs se voit forcé de fermer son magasin, ainsi les enfants ne fréquentant plus son école, M. Tremblay se vit forcé de l’abandonner. Ainsi donc ji; avait été commis marchand pendant un an, maître-menuisier pendant environ un an et demi, il ne fut iustituteur que pendant huit mois. C'était changer de besogne presque aussi souvent qu’on change de chemise. Toutefois le séjour qu'il fit à la Malhaie fut d’une amportance majeure pour l’avenir de M. Tremblay.

Dieu avait voulu se servir du vénérable curé de la Malbaie pour faire connaître à l’instituteur abandonné de ses élèves, qu’il n'était pas à sa place dans le monde, qu'il devait laisser pour entrer daus l’état ecclésiastique. [l lui fit remarquer que n’ayant pu tenir à rien de cæ qu'il avait entrepris, depuis sa sortie du Séininaire, il devait croire que la Providence ne voulait pas qu'il restât dans le monde.

Ces paroles du bon curé furent comme un rayon de lumière céleste

por l’instituteur délaissé. Le malaise | que, jusque là, il avait éprouvé dans

| toutes les situations qu'ii avait oc-

de côté ses rabot:, se. varlopes, ses |cupées, avait trouvé sa raisca d’ê, e,

a r'éà Jui tifs.

sait re à ua y cole fréd’esque aler, irer.

purs it de u'au s setous fré- 1e le mais vaux aand rs 88 asin, ; plus forcé avait t un

enusti-

M. G. TREMBLAY

Dieu venait de l’éclairer, et le ver-| au Séminaire de Québec

tueux M. Tremblay n'était pas homme à fermer les yeux pour ne pas voir et ne pas suivre le che- Win qui s’ouvrait devant Ini.

Avant de quitter la Malbaie, il était déjà pleinement décidé à se retirer du monde où, disait- 1 aima blement, ‘on court toujours après le bonheur sans pouvoir en attraper un poil de la queue. ”

Il revint donc, pour une troisième fois à l’1le aux Coudres, non comme il y était se venu, pour chercher un moyen de gagner sa vie, mais pour se disposer à entrer de Louveau an Séminaire.

Il ne pouvait espérer qu’on lui donnat la soutane sans avoir termi né ses études. Mais mille difficultés se présentèrent pour le détourner de ce projet. Dans ces perplexités, M.

Tremblay alla consulter M. le curé de l'Ile, avec cette franchise et cette droiture qui étaient un des caractères distinctifs de sa famille.

M. le curé de la Malbaie avait fait connaître à M. Tremblay la volonté de Dieu, M. Lefebvre, curé de l’Ile aux Coudres se chargea de le mettre en moyens de l’accomplir. Après avoir entendu s:s raisons et avoir connu les obstacles qui s’opposaient àson entrée dans l’état ecclésiastique.

M. le curé de l'Ile lui offrit de lui faire repasser sa logique, et avec un zèle, une charité et uu dévouement dont il a donné de si touchantes preuves à ses paroissiens, il se fit son précepteur.

le résultat des leçons que M. le curé de l'Ile avait données à son vieux pupille, fut de le convaincre de sa grande rectitude de jugement et de son rare bon sens.

Ayant acquis celte conviction, ou plutôt, ayant découvert une capacité peu ordinaire dans son nouvel étudiant, M. Lefebvre crut acquitter un devoir de justice de faire connaître M. Tremblay à notre grand et touiours regretté Monseigneur Piessis, qui déjà connaissait tous ceux qui avaient été pensionnaires

| On me pardonnera, en considére-

tion de notre grand évêque Piessis, d'interrompre, pour quelques minutcs, la vie de M. Tremblay, pour signaler un fait qui nous prouve jusqu'où s’étendaient et la sollicitude de cet inco nparable évèque et l’étonnante pénétration de son esprit.

J'avais passé huit ans dans le pensionnat du petit Séminaire de Québec, vivant avec mes condisciples,

|conversant journellement avec eux, les voyant de très-près, et ayant, par conséquent, les relations les plrs intimes avec tous et chacun d’eux.

Ayant pris la soutaue, les directeurs de cette vénérable maison me nommèrent maître de salle. Cette charge m'imposait le devoir, non pas précisément de vivre au milieu des éco:

liers du pensionnat, comme J'avais fait jusque [à, mais de les surveiller, de les diriger et de veiller avec soin sur leur conduits morale. Pour m'acquitter de ces trois importants devoirs, j'étais obligé de les bien connaître, et je ne crains pas de dire que je m’y appliquai avec la plus grande attention possible. Il y avait un an que je ne livrais à cette étude, lorsque je rencontiai Monseigneur Plessis qui, comme c'était sa coutume, me parla des écoliers et surtout des 4, ‘nds qu’il avait plus intérêt de connaître. Eh! bien, je le dis en toute sincérité, il les connaissait cent fois mieux que moimême. Il me les nomma tous les uns après les autres, me faisant un portrait de chacun d'eux, si ressemblant qu'il n’oubliait pas la plus petite particularité. Il savait les talents de chacun d'eux, leur conduite, leurs bonnes ou mauvaises dispositions ; s'ils observaient bien ou mal le réglement du pensionnat,

les relations bonnes ou mauvaises que chacun deux avait avec ses condisciples, leur piété ou leur ind fference, leur obéissance ou leur manque de soumission à leurs supéieurs, en un mot, il me les fit con-

naître tels réellement qu'ils étaieni, tels que je les voya's tous les Jours

mais avec des particulariès si in-|

times, que je ne revenais pas de mon étonnement. Dans un court entre uen, il m’apprit à me rendre compte

de la communauté cent fois mieux

qu'avec l'application la plus soutenue j2 n'avais pu le faire dans tout le cours d’une année Comme il m'avait appris de certains écoliers des choses que je ne soupçouuais pas même.

rendu à mon poste m'appliqua!

‘a , JC

spécialement à la surveillance de ces!

écoliers, et je ne fus pas peu surpris de découvrir qu'il ne s'était pas trompé d’un seul icta.

Et ce grand évêque, que ceux qui J’out connu pleur-nt encore, était chargé de l'administration du pius vaste diocèse que jamais p-ul!-èire évêque n’eût sous sa direction, ëb ii écrivait presque seul toutes les réponses aux lettres qu’il recevait saus cesse de toutes les parties de son diccèse; malgré une tele besogne. il trouvait le temps de suivre, comme

as à pas, la conduite de Lous les écciers d’un pensionaat, dont il savail les noms et surroms, ceux de leurs parents, la paroisse natale et toutes les particuliarités de leur conduite!

O Monseigneur Piessis, romme il!

est déjà loin ce temps cù vous veniez, le mercredi de chaque semaine, voir ceux que, dans votre bonté et l'étonnante bienveillance de voire grand cœur, vous appeliez vos prêtres de Saint-Roch, dont j'avais l’honseur de faire partiel Oh! qu'il est déjà loin le jour du ?8 mai 1825, alors que, agenouillé à vos pieds, dans l’église cathédrale de Québec, vous im posiez vos mains vénérables sur ma tête et que, laissant tomber sur moi uce Jarme de vos yeux, vous preniez des huiles saintes jour sanctfier res mains et les reudre dignes de toucher la victine adorakle que vous veniez de me doun-r le pouvoir de faire descendre sur l'autel ! Bien souvent, depuis, j'ai pensé à ce jour le plus béni de tous les jours de ma vie, où j'allais une dernière fois, me

M. G. TREMBLAY

mettre à vos genoux, À ce moment, vous preniez entre vos mains mes mains que vous veniez de consacrer.

Puis, vous me demandiez si j'étais décidé à être obéissant envers vous et envers vos successeurs, dont quatre déjà, deunis ce jour, sont montés sur le trône épiscopal que vous aviez illustré par l'éclat de votre in-

comparable grandeur, Les anges du

sarcluaire, le Dieu qui résidait dans le Sunt Tabernacle, ont entenju ma repousse que j'ai la confiance de n'avoir jamais violé, parce que je l'ai toujours regardée conme d’une luipurtaice l1.fi ie pour moi, et peut-

\ètre aussi parce que c'etait à vous, Mous-igu ur Plessis, que je l'avais

fais. Helas!t depuis bientôt quarantesept ans, VOus nous avez laissés! Et uvuus L’avol, plus de vous que le souveuir du Cœur, nous surtout qui avons été vos prêtres de Saut-Roch de Q éb. c que vous avez aitué jusqu’au point de lui léguer votrecœur !

Oui, le cœur du grand évêque qui aimait si graudemen: et ses prêtres

et ses enf.uts de Saint Roch!

Pardon de cette longue digression, que malgré son étendue j'abaadonne avec regret, pour reprendre la suite de la biographie du bon M. Tremblay.

Monseigneur Plessis reçut avec bien veiilance la lettre que M. le curé de l’Lie lui avait adressée, et il permit à M. Tremblay de venir commcucer l'étude de la théologie dans son séminaire de Saint-Roch. M.

T-er:blay ne prit pas alors la soutane.

Après avoir été assez lougtemps dans le monde, la prudence exigeait qu’on s’assurât de la solidité de sa vocation.

Au reste 1l était nécessaire de connaître si sa santé s'était assez améliorée, depuis sa sortie du magasin de M. Brunet, pour avoir raison d’espérer qu’il serait capable d'exercer le saint ministère.

Qui ne sait que Monseigneur Plessis mourait subitement, à l’Hopital-général, un dimanche aprèsmidi, le quatre décembre 1826, et laissait un immense deuil et un vide plus immense encore, On suit encore

BIOGRAPHIE DE M. G TREMBLAY 89 que le petit collège qu’il avait com-| nombre de jeunes enfan's accourir à mencé, à Suint-Roch de Québec, fut {son école. IL allait réparer a ec éclat discontinué et que les ecclésiastiques | l'échec qu'il avait éprouvé à La Mal-

qui y faisaient las classes et leur théologie, retournèrent au grand Séminaire de Québac.

M. Tremblay prit enfin la soutane le 4 mai 1816, et alla continuer sa théologie au grand Séminaire de Québec. Ce fut Msaseigneur Panet qui, depuis la inort de Monseigneur Plessis, l’avait remplacé sur le siége épiscopal de Québec, qui la lui donna avec tune grande bienviellance, mais en partie à la recommandation, que je suis heureux d’avoir donnée à mon bon et vertueux ami.

Mais Dieu qui avait dessoin d’éprouver de nouveau celui dont, plus tard, il voulait faire an des plus dignes ministres de son Eglise, le soumit à une nouvelle épreuve bien capable de décourager tout autre moins énergique que lui. Au grand Siminaire, la sauté de M. Tremblay devint de plus en plus mauvaise, et quoiqu'il lui en coùtât infiniment de quitter ce saint asile, il fut forcé de l'abandonner. Pour la quatrième fois depuis qu’il avait quitté le petit Séminaire, il dût retourner à l'Ile aux Coudres, dans le sein de sa famille, après avoir été à peine un an au grand Séminaire.

Cette épreuve lui fut très-sensible, non pas en ce sens qu’elle le condamnaitäendurer de nouvelles douleurs

baie, Lorsqu'il lui faliut enco-e changer de position et de résidence. Voici à quelle occasion :

L’aimable et regretté M. C.-F. Painchaud venait de fonder un col ège À Sainte-Anne de la Pocatière, au milieu de mille difficultés qu'un homme de sa capacité et de son énergie seul pouvait peut-être vaincre pour réussir dans ce grand projet. Son collège, devenu si remarquable de nos jours, venait d'ouvrir ses portes à la j u:

uesse Canadienne, qui s’y rendait de toutes les parties du Bas-Canada.

Malgré qu’il eût fait plus qu'il ne fallait pour se procurer des professeurs ecclésiastiques, il n’avait pa obtenir qu’un directeur, le Révd. M.

Etienne Chartier, et un nombre d’ecciésiastiques très-insuffisant,

M. Painchaud avait aopris que M.

Tremb'ay était à Saint-Roch, occupe d’une besogne qui, toute utile qu'elle pouvait être, n'était toutefois pour lui qu’un pis aller. IL jeta les yeux sur lui et alla lui offrir de venir professer dans son nouveau collège, M, Tremblay, qui souffrait une espèce de martyre de se voir condamné à vivre au milieu d’un monde: pouc lequel il n’était pas fait, accepta avec reconnaissance l'offre de M. Pain.

chaud. Il quitta donc son école, qu’il n'avait tenue que quelques mois,

dont il connaissait tout le mérite, | pour aller prolesser au collège de

mais parce qu'elle le mettait daus

l'impossibilité de poursuivre son

cours de théologie. Il continua de

Sainte Anne.

Jans sa nouvelle position, je re.

grette d’être obligé d'écrire que le

porter la soutane qu’il honora tou-|bon et paisible M. Tremblay eût

jours par une conduite aussi sage

que régulière.

beaucoup à souffrir de la part d’un des autres professeurs, sans toutefois

Au contact de l'air natal, sa san-lque M. Painchaud, qui estimait

té s’améliora de jour en jour. Se|beaucoup.M. Tremblay, en eût la croyant assez bien, non pour retour | moind re connaissance. On Jugera ner au grand Séminaire, mais pour | de la charité de M. Fremblay Si Jarendre quelques services à la jeu-|joute que jimais il ne s’est plaint de nesse de son pays, M. Tremblay tra- | ces mnuigues traitements, qui eussent versa à Saint-Roch-des-Aulnets pour | révolté tout autre que lui. Je ferai y tenir une école. S'étant fait une | lemarquer que Ce n'est que par haseconde fois instituteur, il eût la sard et p:r une voie détournée, que consolation de voir un grand|j'ai appris la conduite de ce proies- }

seur. Aussi il est bon que l’on sache que le malheureux auteur des déboires de M. Tremblay fut bientôt forcé de laisser la soutaue, tandis que M. Tremblay, par la patience et la douceur qu'il avait montrées, s'assura le respect et l’estime de tous les grands écoliers. J'en ai connu plusieurs et c’est d'eux que je tiens ce fait.

M. Tremblay ne fut que sept à huit mois au collège de Sainte Anne Les misères de tout genre qu'il avait éprouvées, pendant son séjour dans cette maison, avaient réveillé les douleurs de sa cruelle maladie. Souffrant et épuisé, il fut contraint de regagner l'Ile aux Coudres, dont le salutaire climat lui redonnait des forces.

H passa encore près d’une année dans son Ile natale, étudiant, priant, méditant, souffrant et offraut à Dieu sa maladie toujours renaissante.

Nous étions dans l'été de 1830, et depuis déjà plusieurs mois j'étais curé de Saint-Roch-de-Québec. M.

Tremblay, qui était à bout d’expédients pour parvenir au but de ses plus légitimes désirs, vint me rendre uue visite, pendant laquelle il me fit part de ses embarras. Je ne pus entendre le récit qu’il m’en fit, sans être touché d’une immense compassion. Après avoir gagné mon Cœur, il me demanda si je voudrais le re.

cevoir au presbytère de St-Roch, dans l'espérance qu’il pourrait y trouver les moyens d'achever son cours de théologie.

Outre le titre d’enfant de l'Ile aux Coudres que M. Tremblay partageait avec moi, nous étions des amis d'en fance et des compagnons de classe; ce qui, alors peut être plus qu'’aujourd’hui, nous rendait comme les enfants d’une même famille. Nous étions logés très grandement à St Roch et je pouvais, sans me gêner, donner une chambre et une pension à mon bon et saint ami. Je lui dis donc de me venir trouver et que je le recevrais à bras ouverts. Quant à lui faire continuer l'étude do la thé-|

M G. TREMBLAY

ologie, je ne le pouvais, par la ra'son que je n’en avais pas le temps, mais qu’il pourrait aller en conférence au grand Séminaire de Québec, tout en demeurant chez moi.

Je me rendis chez M, le supérieur du Séminaire, pour lui faire par de l’arrangement conclu entre M.Tremblay et moi. M. Antoine Parent, mon ange-gardien, me reçut, comme toujours, avec une grande bienveillance et accorda une pleine liberté à M.

Tremblay de venir assister à la conférence, une fois chaque jour.

Grande fut la joie du bon M.Trem.

blay en apprenant cette heureuse nouvelle.

J'ai honte de rappeler ici la reconnaissance sans bornes que m'’a conservée M. Tremblay pour le service que je lui ai rendu, dans cette circonstance.

M. Tremblay vint donc prendre son logement, en compagnie de MM.

J, B.-A. Ferland, D.-H. Têtu et Z'phirin Lévêque qui alors étaient con damnés à me servir de vicaires.

Ayant pris quelques jours pour s’essoufler, M. Tremblay co nmença à suivre les cours de théoiogie au grand Séminaire de Québec.

Sa santé se soutint au delà de toute prévision, soit par le moyen de l’exercise corporel qu’il prenait tous les jours, soit surtout par la jouissance de l’aimable société des vicaires de la cure de Saint-Roch et en particulier de celle de M. Ferland dont la gaieté et les manières délicates ont fait le charme de tous ses amis.

À cette époque, M. Tremblay n'était Âgé que de trente ans, etilavait l'apparence d’un vieillard de cinquante. Sa figure amaigrie, les traits de son visage contractés par la douleur, sa respiration embarrassée, ses pas lents, sa démarche fatiguée, son corps déjà courbé, son apparence maladive, ses fréquents voyages aux mêmes heures de la journée et presque toujours par les mêmes rues, lui suscitèrent un genre de persécu-

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tion auquel il était bien loin de s’attendre.

Certaines habitantes des rues de St-Roch par où passait et repassait M. Tremblay tous les jours, s’intri guèrent de ces allés et venues, et soupçonnèrent que ce devait être quel ,ue vi-ux curé qui avait commis quelque grand crime et qu’on avait condamné pour sa pénitence à faire le continuel pèlerinage de Saint Roch à la Haute-ville et de la Hauteville à Saint Roch. Ce qui, au jugement de quelqnes commères, don nait plus que des soupçons sur sa conduite passée, c'est qu'on ne lui voyait jamais dire la messe.

Ces suppositions devinrent, en fort peu de temps, des réalités qu’on ve pouvait révoquer en doute, et M. T'emtblay fut bien vite devenu un sujet de curiosité, pour ne pas dire de scandale. On le regardait venir de loin ; on sortait aux portes

. quand il passait auprès des maisons;

on le suivait des yeux, quand il était passé. Et bientôt, M. Tremblay entendit les commères qui appe:

laient leurs voisines pour voir passer, disaient les unes, le vieux voyageur ; le vieux prêtre interdit, disaien!

les autres.

Le bon M. Tremblay, qui alors

-était dans les ordres sacrés, enten-

dait, de ses propres oreilles, ces propos pas trop flatteurs pour la soutane qu'il portait et, encore moins, pour la dignité à laquelie il allait bientôt être élevé. Contre son habitude de douceur et de patience, ilen fut passablement troubié, off u sé, irrité même. La chronique du temps rapporte que, pour ne pas eiitendre ces propos offensants, il prit le parti de passer par des rues détournées pour faire $ses voyages journaliers. Gomme biographe véridique, j'ai cru devoir rapporter cette chronique, tout en avouant qua je ne la crois p1s fondée. Ce qui w’empêche u’y ajouter foi, c'est 1: constant mépris que M. Tremblay a toujours fait des cancans de cette nature, et qu'ayant toujours tenu

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une conduite régulière et sage, il n’a jamais cru devoir se troubler des accusations malveillantes portées contre lui.

Nousétions dans les premiers mois de l’année 1832, et depuis qu’il étudiait la théologie, M. Tremblay avait subi plusieurs examens et les examinateurs avaient ren lu de lui les t6moignages les plus avantageux. Monseigneur Panet, à qui j'avais donné l'assurance de le garder avec moi, si sa santé ne lui permettait point de travailler au saint ministère, consentit à l’ordonner prêtre, le 7 avrild: la célèbre année de 1832, Ainsi l'Eglise allait avoir pour ministre un prêtre éprouvé et qui, par sa charité, sa petierce, son z le, ses souffrances, ses prières, sa prudence, sa rare sagesse, son abnégation, allait être, partout où il irait, comme la bonne odeur de Jesus-Christ,

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