M. GODEFROY TREMBLAY
La biographie de M. Godefroy Tremblay, que je commence à écrire aujourd’hui, doit être suivi de celles de M. P. Th. Baudreault et de M.
Epiphane Lapointe, tous trois prêtres, natifs de l’Ile au Coudres,
D'autres prêtres, au nombre de quatre : MM. Eloi-Victorisn Dion, aujourd’hui curé de Ste-Hénédine ; Joseph-Octave Perron, missioni:aire au Labrador; et Jacob Gagné, sécrétaire de Mgr l’'Evêque de Saint- Germain de Rimouski, et moi enfin, sommes nés sur ma mignonne petite Ile aux Coudres. Ce qui forme le nombre de sept prêtres, pour la part de ma terre natale,
Si Dien me prête vie, j'écrirai aussi les biographies de MM. Dion, Perron et Gagné, et je terminerai par là le travail que je me suis imposé, pour l’honneur de ma petite patrie dont j'ai écnit l’histoire +.
J'espère que personne n'aura la fantaisie d'écrire la mienne, pour la bonne raison que je suis déjà, mal heureusement aussi et même plus, connu à cent lieues à la ronde, que ne l’est défunt Barabbas, dans l’histoire de la Passion, et que, me faire connaître davantage, ne servirait qu’à causer un dommage réel à ma réputation, déjà assez écornée.
La vie du bon M Godefroy Tremblay, que ‘eus les prêtres du diocèse vénèrent, se trouve liée à plusieurs événements, dont j'ai cru devoir don-
ner un aperçu, et notamment avec
le célèbre choléra de 1832, pendant
+ La mort n’a laissé à M. Maillonx que le temps d’écrirela biographie de M. Tremblay.
— (Note de l'éditeur.)
lequel M. Tremblay a manifesté un si grand zèle pour les pauvres malheureux qui en ontété les victimes.
Les événements de la vie de M.
Tremblay m'ort obligé de parler, en
|passant, de l’incomparable charité
de nos religieuses hospitalières, de la bienveillante hospitalité des prêtres de notre vénérable Séminaire de Québec, du caractère et de l’esprit des écali rs d’alors, et des vacances à St Joachim, dont nous, heureux écoliers de ce temps, ne perdrons jamais le souvenir +.
Comme celle de M. Boudreault, la vie do M. Tremblay, encore vivant (aujourd’hui 8 février 1872, {gé de soixante-douze ans), offre un admirable exemple de patience, au milieu de cruelles douleurs. Malgré cet état habituel de maladie, la vie de M. Tremblay, jusqu’au moment où il a abandonné l'exercice du Saint- Ministère, en 1855, s’est passée dans une activité surprenante. J'ai cru, en commençant cette biographie, devoir avertir que je n’écrivais pas un roman, mais l’histoire d’une vie réelle. Si cette vie paraît accompagnée d'événements extraordinaires, on n'aura pas la pensée, j'espère, de supposer que je les rapporte dans le bnt d'augmenter la vénération dont on l’environne.
En publiant ces biographies, je dois avoir fait ma part, ce me semble, pour l’honneur du petit coin de la terre du Canada, où Dieu a permis .
que je sois apparu sur le théâtre de ce monde.
+ Nous regrettons que M. Mailloux ait onblié de parler du sujet si intéressant des vacances à St-Joachim,
M. Gop,FRoy TREMBIAY
M. Tremblay est un de ces hommes qui n’ont apparu, en Ce monde, que pour souffrir, languir, ou vivre dans un tat de mort journalière. Mais qu’on n’aille pas conclure de cela, que M.'Tremblay a cûse retirer daus quelque coin isolé pour y passer sa vie dans une parfaile ine:tivité.
Ce doit être l'impression qu'ont dû éprouver tous ceux qui n'ont vu | M. Tremblay qu’en passant. A la!
vue de ce prètre courbé avant l'âge, | vieilli avant le temps, respirant à
eine et se déchirant les DE Poe en arracher les humeurs qui étouffaient sa respiration, 1,8 ontcru qu’il n’était propre à quoique ce soit dans la sainte milice sacerdotale. Ce; que je dois en dire les détrompera| entièrement
Jusqu'au jour où il cessa de desservir la cure de Saintt-Agnès, pour
enfin jouir d'un repos qu'il avait|
mn
certes biez gagné, la vie de M Tremblay a été d’une activité beaucoup plus qu’ordinaire. Je parle sérieusement, et je me sens capable de prouver ce que je viens d'avancer.
M. Godefroy Tremblay est né, à l'Ile aux Coudres, le 8 février au soir, et ne fut baptisé que le iende main, Comme les autres enfants des hommes, il . Üt son enfance qui se passa, pour lui, fort peisiblemert, sous la conduite d’une mère et d’un
ère remarquables pour leur s: gesse, eur probité, leur piété et leur conduite parfaitement chrétienne.
Dès qu’il commerçi à grandir, le jeune Godefroy annonça qu’il ceviendrait un homme fort, vigoureux, une santé à toute épreuve. Ses larges épaules, sa démarche assurée, la force de ses muscles, teut faisait
résager qu'il serait un homme, seon toute la force du mot. Mais ces espérances furent trompées par une maladie qui brisa celte nature vigoureuse.
A l’âge de dix ans, le jeune ‘Tl'rem-
BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY
blay eût la rougeole, cette maladie!
qui a laissé des traces si funestes sur tant de pauvresenfants. Pendant qu’il était sor * l’influence de la rougeole, le jeune Tremblay eut Pimprudence de marcher dans Peau troide. Il en contracta une affection asthmatique qui ne l’a plus laissé, depuis cette époqueque par de courts intervalies. Cette maladie ruina sa forte sauté, et a été le tourmeni de toute sa vie. Ce qu’elle lui a fait souffrir de misères de toute espèce, pe connu que de Dieu et de 1r° seul,
Attasué dans la racine même ds sa vie corporelle par cette maladie incurable ; appartenant à des parents chargés d’une nombreuse famille ét n'ayant d’autresressou!ces queleurs bras pour cultiver leur terre: le isune Tremblay, privé de la santé et de la vigueur corporelle, se trouvait daus une position très critique pour sou avnir. Heureusement aœuë ses varents étaient les amis de Dieu et que ce jeune enfant était un ange de bonté, de candeur et d’obéissance pour les auteurs de ses jours. Heureusement que le prophète royal avait dit: # J'ai été jeune, et je suis ‘““ vieux: mais je n’ai point encore ‘“ vu que le juste ait été abandonn, ‘ ni que sa race ait cherché du pain” Heureusement enfin que l’auteur de l’Ecciésiastique avait dit: ‘ Ce- ‘“ Jui qui honore sa mère est comme ‘ un homme qui amasse un trésor. ”
Nous allons voir que la divine
| providence ne vouiait pas laisser sans 'récoinpenses, même tempotelles, les
vertus des parents et la piété de l’enfant. Car il faut bien dire à certains hommes de notre siècle que * C’est “ le Seigneur qui ôte et qui donnes ‘Ja vie, qui conduit aux enfers ét ‘ qui en retire, ” Il faut bien encore ‘“ leur dire que ‘c'est le Seigneur “qui fait le pauvre +t qui fait le “riche”; que “ c’est lui qui abaisse “et qui élève. ” Il faut bien enfiu dire aux pères et aux mères de toutes
iles classes de la société, qu'iis se
trompent étrangement s'ils ue font reposer l'avenir de leurs enfa:its que
estes aidant | rouliml’eau ction aissé, ourts na sa nt de a fait spèce, de 1v°
me da aledie arents ille et :leurs re: le nté et ouvait > pour ue ses jeu et 1 ange ssance . Heuroyal e suis bncore lonn, pain ” uteur «6 Ceomme bsOT. ”” divine rsans s, les b l’entains C'est lonns brs ét core pneut hit le aisse enfit outes is 86 font sue
‘dition.
sur les sommes d’argent qu’ils leur |
préparent ou sur les larges et vastes
domaines dont ils veulent les mettre en possession. Je le répète, ces pères et ces mères se trampent étrangement, sien mettant entre les mains de leurs enfants des bieus tempo rels, ils négligent de leur donner la crainte de Dieu et l'amour des biens célestes, dès le temps de ieur en fance. Car il y a une parole divine qui ne manquera jamais d’avoir son accomplissement en faveur de tous ceux qui la mettent en pratique:
‘ Cherchez donc premièrement le ‘ le royaume de Dieu et sa justice, ‘ei toutes ces causes (nécessaires aux “ besoins de la vie de ce monde) vous ‘“ seront dornées par surcroit.” Car sans la crainte de Dieu et la vraie piété qui apprernent à en faire un usage légitime et selon la conscience ces biens que l’on place entre les mains de Ces enfants, ne servent, hélas! que trop souvent à leur per-
Nous venons de voir le jeune Tremblay frappé d’une maladie qui lui ôtait l'espérance de se livrer aux durs travaux des champs, seul moyen qu’il eût de pouvoir gagner sa vie. Sil eat été laisse dans la con-| dition où iletait né, quelsmoyens aurait-til eu desauteuirsa vie. Nerous tronhlons cependant pas. Il y a une Providence ai a dé laré qu’on ne verrait pas l'enfant de ‘’uomme juste | condamné à mendier son pain. Aÿons cosfiince, Dieu est toujours là pour protéger l’enfant qui a honcre ses!
parents. Nous allons nous en con vaincre.
Contre toute prévision humaine, il | arriva qu: Madame Etienne Caice | Jagueux, dunt le mari tenait com-| merce dans la Côiv de la basse-vill:
de Québee, vint dans l’£,8 de 1813, passer ie belle saison à l'ile aux Coudres: Madame Lagueux, par son | mari, se tiouvait assez proche parente de la famille Tremblay. Cette | dame n'avait qu’un fils et elle venait | chercher la ssrié de ce fils terdre-| went aimé dont un rhumatisme in
M. G TREMBLAY 8k
flammatoire mettait la vie en trèsgrand danger. Elle eut la consolation de constater que l’air pur et salataire de l'Ile soulageait grandement son fils.
Où me pardonnera ici, je pense, de dire quelques mots de la famille de Monsieur Lagueux, que j'ai très-bien connue. J'ai, d'ailleurs, ecoinme beaucoup d’autres, moi piuvre en. fant de l’Ile aux Coudres, uue dette à payer à cette famille, et je me re:
procherais de manquer cette occasion de lui en témoigner ma reconnaissance cordiale.
Pendant mon cours d étude au Sie minaire de Québec, on m'avait ac cordé la faveur de m'admettre gratuitement au nombre des pensionnaires. À cette époque, la règle de la maison n’allouait que du pain aux pensionnaires, pour le déjeûner et la collation. Les parents et les amis des écoliers pensionnaires, avaient cependant la liberté d'envoyer à leurs enfants ou à leurs protégés ce qu’ils voulaient pour graisser leur pain. Quant à moi, je n'avais ni [arents ni amis, hors du Séminaire, qui pussent me fournir cette douceur.J’aroue eandider. >3ntque manger du pain sec n’était pas une grande privation pour moi qui u’avait pas toujours eu d'aussi beau et d’aussi bon pain chez mes parents, Car, avant de rentrer au Séminaire, j'avais souvent mang du pain d'orge, de seigle, ou de gaudriole qui, mis en comparaison avec le pain qu'on me donnait au Séminaire, ressemblait assez au mauvais pain bis mis en parallèle avec le pain de savoie le plus exquis Au rest’, possélant un appétit de première Classe, je trouvais ce pain delicieux, et J'éetais par'aitement content de mon sort. Il ariivait bien ausi, uue qies fois que des écoliers, tel yue M. Buillargé, qui alors avait is cœur aussi généreux qu'aujourd'hui, me don paient de quoi graisses MON pan.
Toujours, il arriva, je ue sais commeut, que la famille Lagueux apprit que je n'avais que du pain sec pout
mon déjeûner. Que fit-elle ? Sans me le dire ei sans que je pusse deviner d’où me venait cette bonne fortune, elle m’envoyait, par l’entre.
mise d’un autre écolier, un beau et riche bol de café, tous les matins.
A certains jours, je recevais, en surcroit, de quoi graisser mon pain, sans toutefois soustraire le bol de café. Ces envois durèrent, je crois, pendant toute une ännée scolaire, avant que je connusse d’où ils me venaient. Encore ce ne fut que par l’indiscrétion de l'agent de ce tou chant acte de charité que j'appris que j’en étais redevable à la famille Lagueux.
Si la famille Lagueux savait bien et délicatement faire ia charité, le père de cette respectable famille ne s’élait point enflé d’orgueil au sein de la prospérité. M. Etienne-Claude Lagneux, comme beaucoup d’autres riches marchands de nos villes canadiennes, avait été élevé à la cam.
pagne. Il s’est toujours donné garde de rougir de son premier état.
En laissant la campagne pour prendre commerce en ville, il avait apporté l’hauit d’étoffe du pays qu'il
ortait, dans sa première conuit:on
l avait eu le soin de placer ces vé-
tements dans un coffre ‘ermant à clef. Pour ne pas oublier ce qu'il avait été autrefois, il allait assez souvent regarder ce modeste vêtement en présence des splendides parures que portaient son épouse et ses demoiselles ; il allait quelquefois chercher cette relique pour la leur montrer et leur faire connaître ce qu’il était au début de sa carrière.
M. Lagueux était alors parvenu à une grande prospérité; il était un des plus riches marchands de Québec, à cette époque. Quelle leçon pour tant d’autres qui rougissent ou qui ont rougi, dans la prospérité, d’avoir été des enfants de la cempagne !
M. Lagueux est le grand père de Messire Ovids Brunet aucien professeur de l’Université-Laval. Ce digne et savant botaniste peut, à bien juste titre. être glorieux d’avoir eu
M G. TREMBLAY
pour grand père un homme aussi bon, aussi charitable, aussi modeste.
Maïame Lagueux, digne épouse de ce brave citoyen, n’avait pas oublié que M. Lagueux, avant de deve nir son époux, avait reçu une Cordiale hospitalité du grand père du jeune Gouefroy Tremblay. C'était chez lui que M. Lagueux avait commencé un petit commerce que Dieu avait singulièrement béni. De l'Ile aux Coudres, où il avait fait qu'elqu’argent,M.Lagueux avait transpor:
té son commerce à Québec.
Les personnes vraiment chrétiennes ne perdent jamais la mémoire du cœur. Madame Lagueux, qui était une femme éminemment pieuse, se ressouvint de cette hospitalité accordée à son mari par la famille Tremblay,et voulut s'acquitter de la reconnaissance qu'elle lui devait en proposant aux parents du june Godefroy de l’adopter pour son enfant, assurée que son vertueux ma-.
ri s’associerait de tout cœur à cet acte de reconnaissance. Je n’ai pas besoin de dire que c’ite offre fut acceptée avec empressement. L'avenir du jeune Godefroy Tremblay ne pouvait être placé en de meilleures mains. C’est ainsi que !}1 Providencs venait au secours du pauvre asthmatique, et lui faisait connaître qu'elle n’abandonne point les bons et vertueux enfants.
De retour à Québec, Maäam” Lagueux n'eut pas de peine à engager son mari à se charger de l'éducation Ca jeune Godefroy Tremblay. ls firent plus, ils l’adontèrent comme leur fils et lui préparèrent une place dans leur famille,
Ce fut dans l’année de 1815 que l’enfant d'adoption, alors âgé de quinze ans, dut quitter l'Ile aux Coudres pour aller prendre sa demeure à Québec. Le jeune Tremblay aimait beaucoup son père et sa mère, comme tous les enfants à qui on a inspiré la crainte de Dieu. II les quitta le cœur profondément : Migé et les larmes Gens les yeux. A1 moment de son départ, il se mnit à genoux pour rece-
aussi deste. | pouse as OUdeve e corre du [était | comM- , Dieu à l'Ile qu'’elnspor :
chrémoire i était se, 88 té acamille r de la ait en j'une on en- 1x Ma-.
à cet ai pas fut acavenir ay ne leures Edenco sthmaqu'elle pt ver-
r La- \gager cation y. Ils omrme place
5 que gé de x Coumeure bimait omme 1ré la ) Cœur armes e s0n rece-
voir dévotement la bénédiction paternelle qui, à cette époque, et surtout à l'Ile aux ('oudres, était regardée comme une sauvegarde, une protection et comme un gage assuré de l’aide particulière de Dieu sur l’enfan! qui l’emportait dans son âme.
En arrivant à Québec, il se rendit directement ch z ses parents adoptifs, qui ledépouillèrent de ses habits de paysan etle métamorphorèrent en jeune citoyen de la bonne vills de Québec. Ainsi transformé, il fit son apparition sur le théâtre du grand monde, mais modeste et craintif comme le petit oiseau qui, pour la première fois, laisse le nid de sa mère pour prendre son vol dans les airs. Il n’en pouvait guère être au trement pour un enfant qui venait de quitter la paisible demeure de ses parents et le séjour non moins pai
2 de l'Ile aux Coudres.
8 parents adoptifs l’envoyèrent
‘ -cole chez un M. Vaillancourt, notaire, qui outre les devoirs de sa profession dont il s’acquittait à la satisfaction de tous, se dévouait à l’6ducation des jeunes enfants. Sous la direction de cet habile maitre, le jeune citoyen de la bonne ville de Québec, apprit à bien lire et à écrire convenablement, dans l’espace d’un an,
Profondément pénétré de la crainte de Dieu dès ses plus tendres années, et tombé à cette époque de sa vie sous la directien et la surveillance d’autres parents aussi soigneux et non moins vertueux que ceux
u’il avait quittés sur l'Ile aux
oudres, le jeune Godefroy y fut préservé de M contagion des mauvaises compagnies et de ceile, non moins funeste, des mauvais exemples. Il eut ainsi le bonheur inappee de conserver intactes les
onnes et religieuses dispositions de sa première enfance.
Un an après son arrivée à Québer, le ler mai 1316, Godefroy entrait
ensionnaire 41 = éminaire de Quéec pour y Commence" s0n COUTrS
d'études. J'étais alors pensionnaire |6
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dans cette sainte maison, depuis tantôt deux ans. Je suis donc parfaitement en mesure de rendre compte de la conduite qu'il y a tenue.
Il serait inutile, je pense, de parler de la conduite morale du jeune séminariste, parce que déjà on le connaît sutfisamment, et que M. Tremblay était alors ce qu'il avait toujours été jusqu’à celte époque et ce qu’il ne pouvait manquer d’être dans la suite: bon, sage, doux, soumis, aimant Dieu, ses devoirs, ses maîtres, et surtout ses supérieurs.
Estimé de ses professeurs pour son application, sa sagesse et sa docilité, il ne le fut pas moins de ses condisciples avec lesquels il sut vivre dans une grande union et dont il faisait les délices par s1 charité et la bonté de son cœur. Sa conduite était telle qu’on pouvait appliquer à ce bon enfant l'éloge que l’auteur du livre da l’Ecclésiastique faisait de Moïse, qu'il dit avoir été aimé de Dieu et des hommes et dont le nom était béni de tous.
Le jeune Godefroy Tromblay avait uns assez bonne mémoire, un peu lente à apprendre, à la vérité, mais conservant ben ce qu'une fois il lui avait corfié. Mais ce qui le disninguait entre bien d’autres, beaucoup plus favorisés que lui par de brillants taients, c'était une rare juste-se de jugement, que favorisait un caractère réfléchi et ne se trou.
blaut jamais. Godefroy, au reste, employait bien tout son temps, et pendaut l'étude et penda:t la classe, Mieux que beaucoup d'autres, il comprenait que, [our un écolier surtout, le teuups perdu ne revient jamais. Sa conscience se fut élevée contre lui et ne lui eût laissé aucun repos, s’1l avait mal employé son temps. Ælle lui eût crié bien haut qu'il était un voleur envers Dieu aovnt il perdait le temps, et envers ses parents ou ses protecteurs auxquels 1: faisait donner de l’ar-
|gent inutilement. Sans être ua
éeolier brillant, le jeune Tremblay tñnit un Don eécolier, dans touie la
D ob Em er We Re EE ml
force du mot. Je n'ai pas besoin d’ajouter qu’un bon écolier vaut presque toujuurs mieux qu’un brillant écolier, parce que de ce dernier on peut dire assez souvent: Tout ce qui brille n'est pas de l'or, mais jamais du premier, parce qu'il n’est point entiché de lui-mêrre, source de toute bévue possible,
Ce qui prouvera par un faît péremrtoire, ce que jr viers de dire à la louange de M. Tremblay, c’est que d'autres écoliers qui depuis l2ur sortie du Séminaire, ont fait beaucoëp de bruit et de tapage dans le monde, n'avaient bas la capacité intellectuelle de M. Godefroy Tremblay. Si on voulait me mettre, avec assez de raison, au nombre de ces hommes qui o t fait beaucoup de bruit pendant leur vie, appuyé sur j: ne sais quel fondement je déclarerais ici, pour qu'on me rendit meilleure justice et qu'on sut mieux apprécier M. Tremblay, le fait suivant: J'étais entré au Séminaire près de deux ans avant M.
“remblay. Lorsque je commençais ma première année de philosophie, il était devenu mon compagnon de classe, Peur rendre raison de ce fait, il faut admettre, ou que j'avais imité le lièvre de la fable qu: se repose, dort, fainéantise, pendant que la tortue re Cesse un instant de marcher vers le but, ou que M.
Tremblay courait plus vite que moi.
Or, je v’etais pas un paresseux.
Si on voulait continuer de me
prendre pour terme de comparaison |
afin de juger M. Tren Flay, malgré que, je n’en pusse ou uusse retirer que de la coniusion au jugement de ceux qui m'ont fait dans le c'ergé, une place qui ne m’apparlient nas, j'ajouterais qu'avant d'entrer au Séminaire, dans l'automne de 1814, j’avais commencé à étudier la gram maire française pendant six mois, auprès de M. Boudreault, alors curé de l'Ile aux Coudres. M. Tremblay, au contraire, n'avait appris À lire et à écrire qu'après son arrivée à Queébec, en 1815, et n'avait commencé à
M. G. TREMBLAY
étudier qu’en 1816,
Cette dernière comparaisn :net en ore un poids d'au moins mille hvres contre moi, faiseur de bruii.
airain sonnant et cymbale retentissante et en faveur de M. Tremblay, dont la vie sacerdotale s’est passée dans un petit coin de la terre incornue, sans bruit, peut-être sous le coup de cet anathème d'humiliation à Il a occupé le poste qu'il méritait — Placé un peu plus haut, un peu plus en lumière. il n'eût pas eté au niveau de la position ! {
Ne se croyant pas appelé à l'état ecclésiastique; ne voulant être ni un avocat, ni un médecin, ni un personnage important, M. Tremblay laissait le Séminaire cinq ans après y être entré, le premier mai 1821.
Une situation avantageuse et convenable à ses goûts se présentait, il ne voulut pas la perdre. Le jour même qu’il laissait le Séminaire, il entra comme commis-narchand chez M. J.-0. Brunet qui tenait un magasin de marine. Là, M. Tremblaÿ se trouvait encore en famille. Ta femme de M. Brunet était, avant son mariage, une demoiselle Etienne- Claude Lagueux, père adoptif de M.
Tremblay.
Cette nouvelle position, toute avantageuse qu’elle avait d'abord semblée, ne pouvait converir à la sarté du nouveau commis marchand.
Obligé d’être presque toujours dans lcs étages inférieurs d’une maison de la basse ville de Québec, par le nature même de ses occupations, M.
Tremblay ÿ trouva une nouvelle ceuse qui na pouvait qu'augmenter sa maladie. Cependant, comme fl aimait Monsieur et dame Brunet; comme il était en sûreté pour sa vertu, dans eelte respectable ma;son ;
omme il tenait plus que tout au monde à snivre {e chemin dans leiquel il avait marché ju:qu’alors; comme enfa1 ce nouveau geure de vie lui convenait assez, M. Tremblay |ne négligea aucun moyen de pouvoir garder cette situation. A la fin il dût céder aux conseils de ses mé-
“net mille D'Uié.
pptisblay, assèe ncorus le tion :
tait — lus en de la
l'état re ni ni un nblay après Conait, il jour re, il 1 chez n iNambla y e. Ta at son ennede M.
toute abord r à la hand.
s dans aison bar le s, M.
ivelle enter e fl unet; ur sa $C ; ut au ns lealors ; re de ablay poua fin s mé-
BIOGRAPHIE DE M. G. TREMBLAY 5
decins qui lui déclarèrent qne sa santé ne pouvait s’accommoder de cette position et qu'il lui fallait absolument y renoncer. Malgré qu'il luien eoûtÂât infiniment, il fn& contraint de déférer à l'opinion des hommes de l’art. Il abendrnra le magasin de M. Brunet, après y avoir ue à peine l’espace d'une ann e.
Engagé dans le commere?, occupé des affaires par elles-mêmes très-distrayantes, placé au milieu de la société des marchands de la basse-ville, une des classes la plus morale et la plus respectable de la bonne ville de Champlain, M. Godefroy Tremblay ne dévia pis d’une ligne de la route que, jusque là, il avait constamment suivie, Comme commis marchand, il fut ce qu'il avait été dans la maison paternelle, dans celle de ses parents adoptifs, dans le pensionnat du Sémipaire: bon, sage, paisible, vertueux et régulier à s'acquitter de ses devoirs religieux.
Comme tous les écoliers qui savent apprécier les soins et l'amour qu’on leur a prodigués, dans une maison telle que l'antique et vénérable Séminaire de Quéhec, M. Trem blay n’oublia ni ses supérieurs, ni ses professeurs, ni Is condisciples au milieu desquels il avait passé de si heureuses années. Semblable, en tout point, À ces vertueux écoliers qui. par leur conduite réguliè e, se sont fait des amis de cœur de leurs supérieurs et de leurs condisciples, pendant leur temps de séminaire ; se.iblable encore à tous ceux qui, sortis de la maison où ils ont reçu leur éducation gour aller vivre au milieu du monde, n’y out point quitté la route qu’un leur avait montrée pendant le temps de leurs
études; semblable enfin à tous ceux |
qui n’ont point à rovgir en revoy
ant leurs supérieurs de Séminaire |
et les vertueux concisciples qu'ils x avaient laissés M. Tremblay aimait à revoir cette vémérabie maison où il était demeuré pendart cing ans,
etces compagnons d'études dont il s'était fait autant d'amis. Ii en doit tonjours être airsi. Gar, la réunion des jsunes gens, dars le prnsionnal d’un séminaire, doit avoir pour ré.
sultat infaillible d: former entre eux des liens qui ressemblent à ceux qui exis'ent entre les enfants d'une même famille. J’oserais même dire que ces liens doivent être et plus intimes et plus durables. La raison m'en paraît évidente. Les liens, formés entre les enfants d’une même famille ne le sont qne par le sang, une commune origine et des intérêts corimuns, que des alliances et d’autres intérêts, comme dans une succession, par exemple, peuvent facilement rompre, au lieu que les causes d'où naissent les les liens du pensionnat, sont une affection mutuelle, un amour désin téressé, une connaissanca intime des plus nobles instincts du cœur humain, que le temps, la diversité d: s vocations, l'éloignement, ne sauraient Aétruire. De là ce bonheur et cette joie qu’on éprouve toujours en revoyant, après de longues années, un compagnon de class:, un professeur, un supérieur de séminaire.
De là encore les douces réminiecences de ces jux de collège, de ces luttes de classes, de ces promenades et de ces retours de vacances! De là enfin ces touchants adieux qu'après ses études terminées, on adresse à cette salle de jeux communs, à cette classe où chaque jour on se réunissait pour s'iustruire, à ces professeurs chéris, à ces supérieurs dévoués, à ces compagnons bien-aimés, à cette maison enfin où l’on a passé tant d'heureux jours dans la paix, dans la joie, dans cette douce insouciance qui forme un des plus beaux priviléges d’un pensionnat!
Osligé de laisser le magasin de M.
Brunet et de se séparer de sa bonne et vertueuse épouse, qui le chérissait
mme un fière bien-aimé, M. Trerblay cessa d’être citcyen de la bonne ville de Québee pour retourner à
ces pieux pre res qui l'avaient dirigé | l'Ile aux Coudres, dans la maison de
af