LETTRE CV
D^Qwhjhée, mouillage de Kajakakooa, août 1B19.
JM OU S cherchions devant nous le mouillage de Karakakooa^ et nousl'avionsdéjà dépassé. Les guides que nous avions pris étaient si stupides, que nous rie pouvions^ même avec notre dictionnaire du pays^ nous faire entendre en aucune façon. La vue d'une ville assez grande^ située à l'enfoncement d'une baie^ nous engagea à mettre le cap dessus pour prendre de nouveaux renseigncmens. Gomme on n'était pas plus tenu de mouiller a Karakakooa qu'a toute autre partie de File, et qu'on reconnut que cette baie était sùre.^ on laissa tomber l'ancre sur un fond de sable ^ à trois encablures de la ville appelée Kajerooa*.
Un grand nombre de pirogues entourèrent bientôt la corvette; un plus grand nombre encore se dirigeait vers nous de tous les points de la côte; quelques-unes étaient gouvernées par des femmes légèrement couvertes de pagfnes^
"^ C^est M. Railliard qui nous pilota jusquW mouillage, qu'il était allé reconnaître : nous étions sûrs d'être bien mouillés.
! qui briguaient avec instances la faveur de monh-
ter à bord. On eut beau donner des ordres pour défendre toute communication, plusieurs d'entre
I elles, provoquées sans doute par les agaceries des
gens de Féquipage, bravèrent toutes les défenses, échappèrent à la surveillance des officiers de quart, et firent connaisisance, dans le faux pont, avec la galanterie française : elles en parurent très-satisfaites. A neuf heures, une grande pirogue, plus élégante encore que les autres , et montée par douze rameurs , conduisit à bord le chef de la ville. Sa taille était de 6 pieds 3 pouces français, sa figure belle et douce, sa poitrine large, sa coiffiire élégante, son sourire enfantin. Il était à moitié couvert ' d'tm manteau qui nous permettait de prendre une juste proportion de toutes les parties de son corps ; et, quoique peu nerveux, il est difficile devoir des hommes mieux constitués. Du reste, la manière décente dont il se présenta, son langage (et il parlait très-purement l'anglais ), le choix de ses expressions, cet enfant qui, armé d'un élégant éventail, éloignait les insectes de sa personne ; cet officier assez bien vêtu qui lui servait d'escorte; l'empressement marqué que mirent les pirogues qui nous entouraient à lui ouvrir un passage ; l'élégance , la propreté et la grandeur ^e son embarcation : tout nous convainquit bientôt que nous avions ajSairè à