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LETTRE CXVI

D'Owhyhée, rade de Tojû,

xJjn ne peut guère savoir jusqu'à quel point est fondée l'opinion de M. Younk , sur le motif du séjour de Riouriou a Toyaï, qu^ peut-être luimême n'a fait que présumer. Il est toujours certain qu'il faut qu'il y en ait un très-puissant. Je t'ai déjà peint la côte devant laquelle nous sonmies ipouillés, et dont la stérilité s'étend bien au-delà de la pointe qui ferme la baîe : l'aspect de la ville et de ses environs ne flatte guère davantage les regards, et la touffe des cocotiers qui bordent le rivage, et trois autres arbres qui se sont élancés comme par liasard à l'une des extrémités de la ville , font encore mieux ressortir l'affreuse stérilité qui l'entoure.

La maison de M. Younk est sans contredit la plus considérable, ou^ pour mieux dire, la seule passable de Toyaï. Elle est placée sur une hauteur, d'où la vue s'étend au loin sur la mer et dans l'intérieur de l'île. A droite s'élève avec majesté le Mowna-Roay dont la tête se perd dans les nues.

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et dont les flancs nus et dévora par. le soleil soVit sillonnes par de tortueux ravin^. La plus grande aridité règne dans toutes ses parties^ quelques cratères éteints s'élèvent de différens points, et la mer frappe sa base avec violence. A gauche, le Mowna^Kaah domine les collines qui Fentourent; et du -moins, auprès de sa cime, on voit avec plaisir une végétation vigoureuse, que d'épais nuages couvrent presque toujours, en lui donnant la vie. Dans le lointain, et conmie pour remplir symétriquement le tableau, le Mowna-Laé monXve sa pente presque insensible , et se détache magnifiquement en bleu sur le paysage qu'il semble coufonner.

La teinte du terrain sur lequel est bâti Tojaî^ est rougçâtre jusqu'au rivage \ ce sont des débris de laves que Iç temps a pulvérisées, et qui se refusent a donner la vie au plus modeste arbuste.

Deux cents cases a-peu-près forment la ville : elles sont basses, petites, mal couvertes^ plusieurs n'ont pas plus de six à huit pieds de longiieur^ le peuple qui les remplit ne peut nullement souffrir de comparaison avec celui que nous avons vu à Kajakàkooa. On respire dans le premier mouillage; il semble qu'on étouffe dans celui-K^i; encore la cour de Tamahamah doit-elle lui donner un peu de vie. Sur une colline opposée à celle sur

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laquelle est située la maison de M. Younk^ et un /7io/m prodigieusement grand ^ et fermé par un petit mur de pierres de quatre pieds de hauteur; Les statues qu'on y voit sont colossales et régulièrement placées: j'en ai compté plus.de quarante ^ le terrain est couvert de cailloux^ jetés làyisiblement avec intention ; mais j'ignore pour quel motif. Un i]uiturel qui m'y accompagna me fit entendre que^ sur la planche qui se trouvait au milieu de l'enclos , on exposait le cadavre de ceux qui avaient été étraur glés ou lapidés, que ce lieu était taboue pour tous les habitans, excepté pour le grand^prêtre qui y venait journellement consulter les entrailles des victimes. M. Rives me confirma plus tard les renseignemens qu'on m'avait donnés, et que je n'avais fait que deviner.

Inmiédiatement au-dessous de ce mo^niument, est bâti. un fort assez régulier, armé de vingt-deux canons. Il commande à la ville. et à la Jpaie^ et, quoique dominé lui-même par Icmoraî^ il n'est pas a craindre que l'ennemi cherche à s'emparer de cette, hauteur^ tant est grand le.réispect de ces peuples pour la religion de leurs pères.

On appelle temple ici un lieu fermé par une petite haie d'arêtes, de cocotier, au milieu duquel sont deux cabanes. La première sert de demeure au prêtre^ dans la seconde il dépose les offrandes

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