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LETTRE CXVII

D'Owfayfaée , moiuUage de Toya'i.

JLrANis un pays où les hommes ne comiaissent souvent de lois que leur caprice, et d'autorité que celle qui est appuyée par la force , il importe peut-être pour le bon ordre que le souverain soit redouté plutôt que chéri. On est trop près d'être victime quand on relâche de ses droits, ou qu'on ne frappe un criminel qu'en .tremblant ^ et, au milieu d'uiï peuple sauvage et indiscipliné, il est toujours prudent et politique de faire sentir j>a puissance, même à ceux qui servent à la maintenir: Les heureux résidtats obtenus par Tamaha^ mah /.•'", et le feu de la discorde qui est à la veille d'éclater à Owhyhée, aujourd'hui que l'audace longtemps maîtrisée a pris la place de la crainte, sont les plus sûrs garans de la sagesse d'une pareille conduite. Comment répondre d'une troupe de mutins armés à qui la justice et la bonne-foi sont étrangères? Comment arrêter par la raison des hommes entreprenans qui n'en ont pas assez pour la connaître, et qui imputent à faiblesse l'humanité qui mettra

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im frein à votre ressentiment? Un seul trait décidé, ime seule action vigoureuse rétablissent souvent le bon ordr« et la tranquillité. Effrayée par un exemple sévère, la multitude rentre dans le devoir, . et si elle refuse de se soumettre a la justice, du-moins obéit-elle a la crainte et a la terreur.

Tamahamah /."' punissait sur un soupçon; son fils ne désanne pas un coupable. Le premier marchait contre un rebelle avant de lui avoir donné le temps d'augmenter le nombre de ses partisans; l'autre craint d'attaquer un chef séditieux placé à la tête de quelques individus remuans qui, dans tous les États, ne vivent que de désordre et- de - guerres intestines. Un - rebelle ennemi de Tamahamah tremblait même au milieu d'un succès; aujourd'hui celui qui aura levé l'étendard dé la révolte peut se croire en sûreté après un échec; toute entreprise contre l'autorité était téméraire alors ; on peut maintenant être injuste et séditieux,' et se soustraire au châtiment. Il est possible que le repos de Riouriou soit le calme du lion; mais ^ quand je vois un homme, un Roi , entouré de sujets . dont le mécontentement éclate à haute voix; quand je sais que, soumis a des usages ridicules, et esclave des iplus misérables préjugés, il craint, sur la foi d'un- prêtre stlipide,

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pu sur les iminiiation^ J>ei*fidés d'tin ihînisttè nise, de tenter un« affaine qui peut ràÔfennirson tronè îchancelant^ je conclus qu'un tel Rdi ne veut pas garder sa couronne, et qu'il sfe VerttL quelque jour chargté de fers, avant d'étt*e sbrti de Son ctoujpable assoupissement.

A-peine Tamahamah I.^ eut appris a Ch^y^ikéè la révoite des Goutiemeurs SHtVhàhm \^ d^ Mo-^ whée, qu'il assembk ses troupes et inai^eha contre ceux qu'il ^lait «châtier. Le* deux t-ebélles ^'Ââiëttt feit déclarer rois des îles qui leur avaitot été côh-f fiées. Celui de MoWhée périt totarageusement dans la preiwière bataille qu'il livra ^ l'autre fiit fait prisonnier , et fti^Ué qiielqtie» jéur^ kptès. Le vainqueur plaça au gouvemi»fient de èes îles èè^ hommes dont rattâfch^toênt lui étftit boAtlu, y së^ journa quelque temps pour w&tiitfet Sa dënfeitéë, après j avoir dépldyé sdn eôurage, et i«viht k Owhyhée s'occuper du bonheur àé «es pfèUpiës et plus encore du soin d^isa glotte.

D'abord pcwif se maimehir 'sur I0 tk^àlie, èri^ite pour appaiser quelques tmubies^ ildtit accoutuiner ses solda» k là fatigue, auxfnîvâftiohs, ârux dangers^. Plus ^ puissance àujgmèntait^ pMs soÉt ànibitioh acquérait de force. C'était trop pèii pour lui que la souv^rsdiiteeé d'un groupe d'îles qui h'ôccùpaient qu'uméspa^ede^centou deux cents lieues; ilétouffait

dans ses possessions , etf résolu une fois de les augmenter^ il y employa tous ses soîoSb II acheta aux ëtrângerd dcu:x ou trois petites goélettes ^ un bridL^ il multiplia à Finfini ses grandes doubles pirogues; et, comme il l'avoua lui-même, il allait tenteif li OMiquéte des Hes des Amis fA, delà Société; niai$ la mon est vemie mettre un frein a aon ambition; il a péri au milieu de ses lauriers, et totoes les idées de grandeur et de puiasance qui flattaieat l'orgueil des compagnons de sea travaux, sont tombées avec celui qui les av&it fidt naître.

Le nombre de âes ^lirogues était immense; on ,en vokplus ici dans un sin^ple -village qu'on n'en trouverait dans toutes les Mariannes* Il avait le droit ou plutôt le pouvoir de les accaparer; maïs m lui doit cette justice , que jamais il n'a employé lu force pour obtmiir quelcpe cbose de ses sujets. Ses tipupes loagmenitaient en proportion de se^ besoins^ ec ^ &et$ de servir sous un chef si puissant et ai beUiqueûK, 1^ Sattdvricbiens s'enrôlaient avec joie dès quie Téunedmmûh xeeAwk quelque entreprise.

Au milieu de ees siiceAs^ sa fiené eui»^bépen-dam a soufinr un affront dont tôt ^ou tard jl aurait sana doute cherché k se venger. L'île à!At0o4d avait pour cbef un bomme iAtréjÂde ^ V qui ses sujets étaient aveuglément soumis^ et quji

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ne se laissait pas eÔraycr par les succès ni lés menaces de Tamahamah. Elle est montagneuse, couverte de bois. Ses Naturels sont les plus intrépides des Sandwichiens , et les plus féroces. Us lancent leurs sagaies avec une adresse merveilleuse; sont armés de Aisils^ d'arcs et de sabres; et loin de redouter les dangers, ils s'excitent rmutuellement à les braver. Les principaux établi»semens de l'ile sont protégé par des forts bâtis en pitres et hérissés de canons. Tamahamah avait inutilement tenté de s'en rendre maître, et, dans les armées qui lui furent opposées, il trouva pour la première fois un courage et une résistance auxquels il ne s'était pas attendu. U avait battu l'ennemi dans une bataille rangée ] mais ce premier succès, loin de ralentir l'audace des Atooîciens ^ les avait animés d'une nouvelle fureur, et ils avaient juré à leur chef de mourir plutôt que de se rendre et de l'abandonner.

Voyant que son expédition arrêtait l'exécution d'autres projets, Taniahamah proposa une trêve, et pendant ce temps, on fit un accord. où il était stipul^^que le chef diAtooai conserverait le titre de Roi y njais qu'il' payerait un léger tribut annuel a celui d^Owhjrhée. Cet arrangement eut lieu dix ans à-peu-^près avant l{i mort de Tamahantah, qui, depuis lors, n'eut a punir que de faibles

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révoltes , et a renverser que des entreprises témérairels et inconsidérées. •

Ce ne fut quWec une espèce de dépit que le roi diAtooaî se vit contraint de se soumettre au joug qu'on paraissait lui imposer^ il résolut de le secouer a première occasion favorable, et la mort de Tamahamah vient de la lui fournir. Certain de l'apathie de Riouriou^ il lui a fait savoir qu'il se déclarait libre , qu'il cassait les engagemens qu'il {avait pris, et qu'il était prêt à repousser la violence par la force. Que du reste, on veirait peut-être bientôt quel serait des deux rois celui qui payerait un tribut k l'autre.

Il est a craindre que Riouriou ne soit attaqué sous peu dans sa capitale, et que, profitant des dissentions qui diviseront ces peuples, et sous le prétexte de les pacifier , les Anglais ne s'emparent des forts, n'en bâtissent d'autres pour s'y maintenir, et ne montrent k l'Europe étonnée qu'il y a toujours dans leurs arrangemens quelque chose de louche et de perfide. Je m'expliquerai dans ma lettre suivante.

LETTRE CXVni.

D'Owhjhée (tles Sandwich).

V ANCOU VE R, dans son voyage autour du Monde, s'arrêta quelque temps aux Sandwich; et, dans une assemblée géfiérale du Roi, des Reines et des principaux chefs, il obtint de Tamahamah (fJon mettrait toutes les îles de sa dépendance sous la protection des Anglais ; ou plutôt il demanda qu'elles fussent offertes au Roi Georges, mais gouvernées par un chef sandwichien. Lia conjoncture, pour s'emparer dès-lors de ce riche archipel, était très-nlélicate ; et le succès qu'auraient probablement obtenu les Anglais ^ eût été acheté par trop de sang; ce qu'il fallait éviter pour retirer quelque fruit d'une pareille entreprise. Et d ailleurs, il importait de cacher aux yeux des nations l'odieuï stratagème qu'on aurait employé, de se montrer philantrope, alors même qu'on violait les droite des nations, et de prévenir les justes reproches de la postérité. Cependant, par cette démarche politique ( et j'entends par ce mot le sentiment qui fait seul

ftgir cette puissance otguéUletise ) , l' Arigleteire ^ rendait comme là mëdîatrice de toutes les dîssentiens <|ui auraient ëcblé aux Sioidwich^ et prëvenait^ par la convention qu^elle venait d'arracher^ toutes les entreprises <}ue d'autres puissances auraient pu tenter* Elle se doutait bien dès-lors^ que lesRoisquisuccëderaieiità T'amahamah,OLaurmeti\ m iè âiémè pouvoir^ ni le méihë courage^ et qu'il serait fabilc dans la suite de ^oumetti^ un peuple qp'<m aurait eu l'air de protéger*

Déjà uH briiit sourd circule dans ces tles qiXl3 la puissance de iiù^Krebce est prête a tomber en d'âutras jmains^ on se di^lose à une affaire gisnérale^ et les Affilas scAit îënfnobiles! * . • PatieBûe^

Un homme fm^ ï*ysé^ perfide^ aAii de Tamar-

hamak^ dont il redouudt le mérite; cilneitii de son

fik, dont il méprise la faiblesse et leâ préjugés, va

tnentôt paraître sur la scène y et sei^ir les intérêts

étrau^er's, sans cesser de te làiaintenir dané le haut

rahg où il est parvenu* Il est persuadé^ quelle que

«oitl'il9Suedes évéBemensquii%pré|f^rent^ qu'il aura

atasez fiât pour être récompensé^ si le sueéés répond

à son attente ^ et qu'il aura toujours assez de «crédit

{Kmr mépriser ceux qui oseraient l'accîuser et le

pbitrsuivre^ si le parti qu'il veut servir était vaincu.

Cet homme artificieux était le premier minis&e

de Tamahamahf qui, après avoir puni le chef

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séditieux dUPP^hahoo* y Favait placé au Gouverne» ment de cette île, la plus fertile de tout l'archipel, après Atooaî, Sa puissance n'était guère inférieure à celle du Roi ; et les Anglais, pour reconnaître quelques services qu'ils en avaient reçus , l'appelèrent Pitt, du nom de leur ministre. Dès qu'il eut appris le danger de Tamahamah, il courut à Owhyhée, et mit a la place qu'il occupait un frère imbécille, dont toute l'occupation est de demander de l'ava a ses sujets, ou quelques verres de vin aux étrangers- Tamahamah mourut^ divers partis se formèrent; les mécontens se retirèrent de la cour; pour lui, il resta auprès de Riouriou et des Reines, attendant l'occasion d'exécuter ses projets. D'abord, il feignit de partager la douleur publique ; peu-à-peu il marcha hardiment à son but, et enfin, il vient de lever tout-àrfait le masque. Il connaît les principes de notre sage Europe ; et, pour se procurer l'amitié de tous les étrangers, il vient de se faire Chrétien, persuadé que ce titre seul lui ouvrait le chemin des grandeurs. . . . Voilà l'homme qui prépare, dit-on, la ruine de son pays, et qui va le faire passer sous une domination étrangère.

La cérémonie de son baptême a eu lieu à bord avec assez de pompe; il faut que je t'en ifasse le récit.

* Le Roi d'Whahoo était le père de Fitt.

Le Roi voulut, y assister. La Reine-mère raccompagna. Le canot du commandant, sous les ordres de M. Jeanneret, fut chargé de transporter à bord tous les membres de la famille royale. J'étais à terre ^ et, désirant faire de cette scène le sujet d'un dessin, je préférai m'embarquer sur une double pirogue que le Roi avait fait préparer pour lui. M. Gaimard suivit mon exemple, et préféra cette embarcation à la yole qu'on nous avait envoyée. Le Roi demanda quelques momens pour s'habiUer ; et peu galant envers les dames , il se (it attendre plus d'une demi-heure. Ses deux plus chères épouses étaient déjà embarquées; avant d'entrer dans le canot, il se fit détabouer pour pouvoir se mettre a couvert du soleil sous une tente ou sous un parapluie. Sa inisé n'était pas brillante; il portait ime petite veste bleue légèrement galonnée^ des pantalons vfetts colans, et un chapeau noir de paillé: il ménageait ses grands costumes. Il fiit le -dernier qui s'etnbarqua; et nous remarquâmes qu'en entrant dans le canot ^ il appuya fortement son nez sur celui de la Reine-Jnère, et qu'ils répandirent tous deux quelques larmes.

Son embarcation ouvrait la marche; la nôtre suivait immédiatement; et derrière nous étaient encore deux doubles pirogues, et quatre ou cinq «impies^ qui portaient des personnes de distinction.

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Il nous fut aisé de comparer la légèreté de ces diverses embarcations. Quand nous voidions attein* dre celle du bord, nous n'aviœis qu'à recommander a nos conducteurs , qui étaient des ofEciers de RiQuriou, de donner neuf ou dix coups de pagaie, et hous nous trouvions sur la première ligne. Mai$ pour hâter la marche générale, nous primes à la remorque le canot des princesses, et nous atteignîmes bientôt la corvette.

Le Roi fut salué de omie coups de canon^ Il descendit dans la batterie pour voir exécuter le feu. L'autel était prêt; M. Pût était a bord depuis f^ de deux heures ; M. l'abbé de Quél^ï , notre excellent aumônier, officia tout simplement, ae pcHivant se faire comprendre de l'auditoire qui l'entourait. Notre commandant était le parrain; M. Gabert , son secrétaire , la marraine ; leur dome^ticpie, le sacristain. On offrit des chaises aux princesses, dont la plupart se coudbèreQt par terre, peu curieuses de voir ce cpi^se passoil:, iBolgi^ les pressantes invitations de M. Bives, qui laur disait que c'était charmant, et qui l^ ^xbort^it à ne pas perdre l'occasion. J'ai vu le momeiH où SQU éloquence persuasive arrachait au démon iine cinquantaine d'âmes^ U>i|t6s éltcmuées qu'on eût l'air d'attacber tant d'in^port^nee à %me çérémom^ si simple. Plusieijrs des officiers nous demundèreni

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combien on ferait santer de d^ts^ et eonibien on arracherait de membres à leur ministre; et nous eâmes beaucoup de peine à leur faire entendre que ces sacrifices étaient contraires à notre religion, et qu'il fkllait y renoncer en l'adoptant. Ces bonnes gens, qui ont l'habitude de se plonger continuellement dans l'eau, ne pouvaient pas concevoir qu'on fît un si grand mérite à un homme qui s'en laissait répandre une cuillerée sur la nuque, et qu'<m Ten récompensât. La marraine Gabert aurait bien voulu les convertir tous; mais, au moment où il commençait son sermon, on l'appela à d'autres fonctions, et il fut contraint d'obéir.

Pendant la cérémonie, le Roi demanda une pipe et fuma. Les Reines étaient étonnées du costume brillant du prêtre, et de la beauté de l'image de la Vierge qui se trouvait sur l'autel, et demandèrent a la baiser. De temp*-en-temps , elles nous priaient de leur faire apporter a boire; ce qu'on n'osait pas leur refuser, et ce qui les mit de bonne humeur, car la longueur de la cérémonie paraissait les avoir fatiguées : elles visitèrent le navire avec empi^ssement et curiosité; elles descendirent Jusque dans nos chambres, et nous firent entendre qu elles nous estimaient heureux d'avoir des couchettes si élégantes et si commodes.

La femme du nouveau chrétien s'exposa, dans

la batterie , à donner d'autres prosélytes à notre, religion^ et ce n'est pas sa faute, si son mari ne reçut sur le front, ce jour-la, que les caractères de son salut.

Des rafraîchissemens furent prodigués à tout le monde. Le conmiandant invita a une collation les principaux des officiers, et nous jouîmes bientôt a notre aise du plaisir de nous trouver de nouveau seuls avec quelques engageantes personnes, et surtout avec la charmante Kaoch-Onoé ^ qui fut , ainsi que les autres princesses, excluse de la table du Roi.

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