‹ Promenade autour du mondeChapitre 70 sur 102 · LETTRE CL · texte numérisé non relu

LETTRE CL

xil est bien douloureux . que les pays snr lesquels le ciel a verse le plus de bienfaits, soient aussi, par une triste compensation , ceux qu'il a peuplés de plus d'animaux malfaisans, et ceux aussi que ravagent souvent les fléaux les plus redoutables.

Quelle terre plus fertile que celle des Moluques? Quelle plus riche végétation que celle qui orne U fltoc de leurs montagnes et descend jusque sur le rivage 7 £h bien ! sous ces masses imposantes de verdure rampent d'affreux reptiles. Quel plus beaïji ciel que celui de la Nouvelle-Hollande ? Et 4X; pays favorisé de k nature est sujet à de fréquentes révoluticms dans l'atmosphère, fimestes.aux dloyenspl^s encore qu^aux arbres et aux moissonsi

M. Péron s'étonne beaucoup que les vents qui après avoir traversé les Montagnes-Bleues, parcourent ensuite les plaines du cointé ^e Cumberland, ne soient pas plus froids que ceux qui viennent de

AtJTOtJîl BU MONDE. 34?

î'Est, c'est-à-dire du coté de TOcéan. Il appelle à son secours tous les résultats des expériences metéorologîques qui ont été faites jusqu'à nos jours, et il en conclut avec raison que les vents ^i franchissent de g^amles hauteurs doivent avoir une tçaoïpérature beaucoup plus froide que ceux qui ont traversé de vastes plaines. Habitué à cette idée qu'il s'était faite ^ et qui est presque g«ié-* ralemSetit vraie, que le pays qui nous occupe est en tout difFérent des autres, il se demande vaine* naent pourquoi ce qui a lieu dans d'autres dimats n'a pas lieu ici, et pourquoi toutes les probabilités .admises par la physique générale ou particulière reçoivent un démenti continuel à la NouvellefloDande.

Ghi dirait, d'après SG» raisonnement, que les Montagnes-Bleues, sembUd)les aux Gordilières , dont elles ont à^p<»i-près la direction , offrent aussi comme elles des plateaux sans ceisse couverts de frimats, et des cimes sourcilleuses toujours couronnées de neige.

Rien n est ' moins vrai cependant. D'abord -kta Montagnes-Bleues, dont il parlé avec wie sorte de crainte religieuse, ne sont généralement élevées que de 3 ou 4^0 toises aii-nlessuadu niveau delà ntisr, et ks sommets les pkis hauts nie dépassent pas 5 ou 6o^*

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Or, par une latitude de 36o seulement, on sent que cette élévation ne doit pas produire un effet très-sensible sur la température du vent, lorsque^ surtout, avant d'arriver jusque là, il a déjà traversé des plaines immenses, où il a puisé une partie de la chaleur qu'un soleil brûlant y dépose.

Aussi la seule raison admissible qui , d'après moi, puisse expliquer ces phénomènes extraordinaires dont le comté deCumberlandest si souvent témoin et victime, est l'existence de ces vastes déserts qui, au-delà des Montagnes-Bleues, caractérisent presque toute la Nouvelle-Hollande.

Rien n'est effrayant, en effet, comme les résultats désastreux du passage de ces vents de N.-O. ' : ils sont comparables, dit Collins,k tout ce que l'Afrique peut offrir de plus redoutable cri ce genre. Je ne résiste pas au désir de transcrire ici quelques-uns des passages du voyage de Pérou, qui les traduit luimême de' Gollins.

« Le souffle dévorant des vents de N. et de N.-O. détruit tout ce qui se trouve exposé à son action ; rien ne résiste à Fardeur de ce campsin austral j en peu d'instans il flétrit la végétation la plus active ; devant lui les fontaines et les ruisseaux se dessèchent^ les .animaux même périssent par milliers «)us sa funeste influence. Mais, comme les effets

cessent ici d'être en rapport avec les causes , c^est à Fexpérience seule qu'il faut en appeler ; et nous pouvons, a.cet égard, après le témoignage unanime des habitans les plus éclairés delà Nouvelle-Galles, nous appuyer de l'autorité du plus précieux historien que ce pays ait encore eu ».

« Dans le mens de février de 1791, dit CoUins, la plupart des torrens et dés ruisseaux étaient à sec; on fut obligé de creuser le lit de la rivière de Sidney, qui pouvait à-peine fournir aux besoins de

la ville Le 10 et le 1 1 , la chaleur devint si

forte, qu'a Sidney-Town, le thermomètre à l'ombre s'éleva jusqu'à loS^^o de Fahrenheit (32<>,4 de Réaumur). A Rose-Hill, la chaleur fut tellement excessive , que des milliers de grandes chauvesouris en périrent.* Dans quelques parties du port , la terre était couverte de différentes espèces d'oiseaux , les uns déjà suffoqués, et les autres réduits aux abois par la chaleur; plusieurs tombaient morts en volant. Les sources qui n'étaient pas encore taries, furent tellement infectées par le grand nombre de ces oiseaux et des chauve-souris qui, venus pour s'y désaltérer, avaient expiré sur leurs bords, que l'eau pendant plusieurs jours en fut corrompue. Le vent soufflait alors du N.-O. , et il fit beaucoup dé mal aux jardins, consumant tout ce qui se trouvait devant lui. Les personnes que des affaires indispen*

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sables appelaient atMlehore^ déclarèrent <}u'il était impo^ble de tenir pendant cinq ftiimitès la féce touraëe du côté d^où venait ce vent ». (^Account of new South JVales, pag. i53, i54).

NoTembre 1791.

K L'excessive chaleur, durant ce mois, reqdit beaucoup de monde malade. Le 4^ un convictqui, sans avoir la tête couverte, attendait M. White dans le passage de sa maison à sa cuisine , fut frappé d'un coup de soleil qui le priva prescpi'aussitot jtfe la parole, du mouvanent , et, en moins de vingt-» quatre heures , de la vie. Le thermomètre , a midi de ce jour-là , se soutenait a 96<^,o , F, ( a8«,o R. )^ et le vent ëtait au N. O. A cette même époque^ notre eau se trouvait, non-«eulement altérée, maïs encore tellenaent réduite par l'évaporation, que le Gouverneur donna l'ordre qu aucun laïa^ire ne put en j&ireau ruisseau de la ville; et , en outre y pouf remédier dans la suite à ce mal, autant du-moins que l'état de la colonie pouvait le permettre, il ait^éta qlie toutes les pierres de <taille enqployées a la c<Mis^ruoUon^''des édifices publias ou porticu-p Vers , seraient prises dans le lit du ruisseau , dé manière à former des espèces de citernes e2f>ables de con^rvei* une assez grande quantité d'eau pour en

AUTOUR DU MOIYDE. 3Sl

jEbumir ua siJipplëment auxx^itc^eiis durant la saison cbaude »* (^puge 189 )>

«( La tWQpëraitiiFe^ durant ce mok^ fut trè»<-farte. Le 5 , 1^ cbukiir fut ébo^Bamte^ k yent soufflait avec violehoe du N.-O. La contrée, comme pour ajouter a IWdeur dévorante de l'atmo^héne , était &i fht de toute part. A Sidney^ Vhàrhe et les bro»»fiaîUes qui se trouvasèut derrière la coUine de iFOiiesl de la crique , avaient juis feu , <!» peut-iôtre avaieiit pris. feu par Fincendie escitë par le "Vènt dbaud qui soufflait aVee force, se propageait rapidement^ et dewrait tout année une incroyable furie. Déjà une maison était brûlée ; toute la <^ê^ du Coteau était ocmyerté de flammes qui menaçaient la ville d'unër entière destruction^ Heureusenient les efforts réunis de la ^amisopi eA des baibitans parvinrent à nrréter te$ progrès de cette terrible ^conflagratibo. La «irainte du dàn»er avait contraint tous les indt^ vidés à sortir de I$ur6 niaiseBS : à-peine on potiva^ respirer^ la chaleur était insupportable; la végétation souffrait beàueoMp ; les ieuilles4e la jplupart «des ^ntes potagères étaient réduitcSs en ^0»dve]^ et le thermomètre à Fombre se soutenait à 1 00^,0 iF»^ ( 3o<>,a R. ). A P(»ramatta», a Tongabée/ la cbar leur n^était pas moins exisessite ; tout le paiys élait ipareyHemènien.&u., et quelques habiuitions^deicia-

rent la proie des flammes. Pendant ce jour d'alarmes , le tonnerre se fit entendre a diverses reprises^ dans le lointain, et sur le soir il tom})a quelque pluie qui rafraîchit un peu l'atmosphère » {jpdge 25'j ). « L'action de ce vent redoutable se fit sentir jusqu'à la hauteur de l'ile Maria , et conséquemment a plus de aSo lieues de distance du port Jackson ; car à la même ëpoque.oii le vent de N.-O. dévastait ainsi la colonie anglaise , le navire américain ihe Hope éprouvait, aux environs de l'île Maria, une horrible tempête excitée par ce même vent. Le temps était sombre^ pesant et très-rchaud. L'atmosphère paraissait .comme remplie d'une épaisse fumée » (^page 255 ).

« Le vent brûlant de terre nous visita le qS pour la première fois dans cette saison , soufflant jusqu'au soir avec beaucoup de violence j alors il fut remplacé, comme il arrivait ordinairement après ces jours si chauds, par le vent du Sud » {page 386).

Eh bien ! mon ami ; que me dirais-tu si je t'avais raconté les détails de ces phénomènes vraiment eflfrayans ? Tu m'accuserais d'exagération , n'est-ce pas, et tu me demanderais peut-être ensuite une garantie en faveur des autres faits de ma narration. Pourtant celui qui publie ces divers récits , est un

AUTOUR D«U MOBDE. 353

bomme rec€immand]able>^ TéHcfique;. U a écrit ea pi^ésence de& temoinsde tôuslesdésaalros qu'il 4l AuI ^nnaitre^ sa rektiona ëte répandue en Europe et dan^ )a Nouf^eUe^HoUnnde ; mille bouclier m

fausse ^ «t- Pérdft -lùi^tiiétii^ qui Ta traduite , y Âjome iin€f^^f<yi> [daine et entièi^.

Pmir'hioi, j'avoue ïrhnoheineutique je n'y croi« ^s beaf i^bup y itta^i^ le caractère <iu narrateur J Comment! il <*iet en doute si le» arljnes et, les »•* bustes ont ëte embrases par les Natui^ls ou par la chaleur déTâtmiosphèfe^'iet le thersaoïnèlre nes^e^l jamais élevé qu'a 32^ de Ré^uimiir! Conua^entl les convicts mouraient quand ils demeuraient exposés au soleil seulement pendant quelques minutes ! Les feuilles se carbonisaient ! la végétation périssait ! . • . Mais a Timtjr^ la chaleur est régulièrement aussi forte, et un jour où, à l'ombre , le thermomètre était a plus de 3l*, j'ai fait, avec mon ami Guérin, une course de plus de six lieues, presque toujours exposé à l'action ardente du soleil, sans ressentir aucun de ces redoutables efîets dont parle CoUins ;" la plupart de nos matelots chasseurs ont fait des promenades plus pénibles encore sans en éprouver plus d'inconvénient que moi.

La relation que je cite est donc fausse , me diras-tu'? Non , je la crois vraie; ncwis comme elle

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