‹ Promenade autour du mondeChapitre 69 sur 102 · Tome IL · texte numérisé non relu

Tome IL

rentre paisiblement dans ^n Ik ordinaire. €'est alors un spectacle vraitoêtoi^ eunéux que ie paj^ qu'il abandonne. Sûr leis branches robustes dés arbres^ î^stetit suspendues en guitiandés^ des plantes et des fleurs éiraatgères , cpri fotment «quielquefois des dômeîî ëlégans « pittoresquemeit balances. Bienté^ ^lés flots se retireïit avec plus de rapidité; et chaque heure, presque chaque minute , feit naître un paysage noùveiiu. km yeux surpris de l^bsérvateur , te n'est plus Feau qui baisse , c'est la végétation qui s'âève comme par enchantement et domine cette vaste mer. Enfin , la terre se découvre , et ce torrent impétueux qui semblait devoir la ravager, aussi bienfaisant que le Nil, laisse un limon généreux qui hii donne des forces et augmente ses richesses. Le lendemain , le soleil promène ses myons sur une campagne nouvelle , le cultivateur cherche la place de sa cabane enlevée ; et avec des débris lointains qui encombrent les sillons de ses propriétés, il en élève une autre, qui sera, à son tour, détruite par la première inondation.

La G rose, la Nepearty et surtout la rivi^ dHIawkesburjy sujettes à des débordemens considérables, mais moins cependant que le torrent de Kinkham , ont , lors de la naissance de cette belle colonie, causé dans les^établissemens anglais

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d'affreux malheurs; et^ ce qu'il y a de plus remar'*

quable ici^ et de plus affligeant, c'est que les

inondations de ces divers torrfens se répètent cinq

ou six fois par année, et que le moment de la

crue n'est annonce qpe lorsqu'il n'est plus possible

d'en éviter les ravages. Les pluies abondantes qui

tombent sur Les MontagnespBIeiies , et dont les eaux

se trouvant réunies sur un seul point et prennent

une même dînection , expliquent suffisamment

ces phépiomiènes multipliés qui semblent faire de

la Nouvelle'^ Hollande un pays à part, une terre

nouvelle, ou, comme l'appellent avec raison les

Aaglm y h Continent sans pareil. L'imagination

repousserait avec plaisir l'idée . que des orages

parcounent ks tristes désorts de ces montagnes,

au-delà descpieUes sont peut-être des peuples

civilisés et des cit^ florissantes, si l'on pouvait

indiquer • par d'autres causes ces crues rapides

qui font soulever, les fleuvies. de plus de quarante

pie4s aurdesAus de l^ur cours ordinaire* OueUes

masses <àioro!ies d'eaux doivent peser sxkv ces

vastes solitudes! Quelle af&euse situation que celle

des hordes sauvages qui les parcourent 1 Quel

speciade à^'la-rfois imposant et terrible que celui

de ces cataractes impétueuses cpii se précipitent

au milieu des sombres t&réfs ! Quel désordre

ef&ayant dans toute la nature I Vois^tu ,

d'abord , presque imperceptibles , ces légères n^ goles d'une eau claire et limpide s'accroître petità-petit, se creuser bientôt un lit imposant, rouler les arbres et les rochers, -et venir au loin apporter la désolation et les ravages ? — Je me suis laissé entraîner à cette digression pour ne pas revenir plus tard sur ces phénomènes extraordinaires du Continent austral.

A-peine avais-je dépassé le lit du torrent de £inkham, que mon cœur se serra. Ici, medis-je, ne respirent que des scélérats ou des Sauvages ^ ici , on n'entend que des cris de guerre. Les arbres , les coteaux me paraissaient d'une tristesse effrayante, et il ne fallait rien moins que ma vive curiosité pour m'entraîner au milieu des forêts. J'étais* armé, et, malgré mon désir de tuer quelques-uns des jolis oiseaux qui voltigeaient a travers les branches touffues, je redoutai de troubler le silence de cette solitude. J'avançai machinaleriient , et, si » un danger ' imminent se fut offert a mes yeux, je ne sais si j'aurais eu assez de sang-froid pour chercher a l'éviter. Dès qu'une fois nous sentons notre faiblesse, ou que nous nous avouons notre pusillanimité, nulle puissance humaine ne peut nous forcer a prendre une attitude plus a&surée. Aussi, j à-peine eus- je entendu les roulemens lointains du tonnerre qui grondait sur les montagnes, que mon

imagination effrayée me représenta le torrent franchissant ses limites et me retenant prisonnier au milieu de ces déserts. Le bruit que produisaient de grosses goutties de pluie jen tombant sur les feuilles des> arbres, résonnait déjà tristement à mon oreille, et je m'acheminai à grands pas vers le guide prudent qui avait refusé de me suivre. Je négligeai alors toutes les précautions que j'avais prises pendant mon trajet; les buissons étaient foulés, les monticules élevés et peu solides sous lesquels 'des milliers, de grosses fourmis ont établi leur de-^ meure, pressés avec ejffbrt dans ma rapide marche ; le souffle du vent dans le feuillage me représentait le tumulte des vagues qui allaient bientôt m'arréter. Effrayé, j'appelai mon guide. .... Les cris sinistrés de quelques oiseaux répondirent seuls à ma voix; et je.parvins enfin auprès de cette barrière terrible déjà grossie, mais que j'eus cependant peu de peine à franchir.

Airivé à l'autre bord je rougis de mes folles terreurs, et, honteux, j'allais repartir, lorsqu'un léger bruit que j'entendis auprès de moi arrêta ma résolution. J'écoutai et reconnus une voix, de femrne.

A la porte d'une cabane construite . avec quelques écorces liées entr'elles par un peu de gazon et de terre glaise, j'aperçus une mère de famille qui faisait rentrer deux jeunes enfans couverts seule-,

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ment d^une chemise bleue. Je m'approchai avec confiance et lui demandai, en français, quelques :^afraichissemens , et la permission de me reposer dans sa cabane- EDe me comprit sans doute, et après m'avoir présenté un siège grossier, elle m'offrit des pêches excellentes et un pain blanc et délicieux. A-peine y avais-je goûté, que les pas rapides d'une personne qui s'approchait frappèrent mes oreilles.

Un homme d'une quarantaine d'années, d'unç piiysionomie de flibustier, entre et me salue par tin fort good momingy auquel je réponds par un timide bonjour qu'il comprend parfeitement. Ses yeux étaient rouges , son front couvert de sueur, ses vêtemens propres et son linge très-blanc. Ah \ vous êtes Français, me dit-il, avec un accent qui décelait son pays. Je aimais beaucoup ce |)ays, et j'y ai séjourhé fort longuement. En effet , Monsieur, lui répondis-je, la France est le pays par excellence; oh y vit à moins de frais qu'en Angleterre, et Paris surtout offre aux étrangers des plaisirs faciles et variés. — Oh! oui, ajoutat-il; vive Paris. C'est un séjour enchanteur. Oii y vole avec une facilité étonnante, et l'on peut s'y enrichir en moins de quihze jours. •— Ce genre de commerce n'a jamais été le vôtre. Monsieur, et. ... . — Pardonnez-moi, pardoimez-moî; je avais

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&it une foFtMoe considërable dans votre pays^ et j'étai& aile U 4^pea$er çn Angleterre ; mais ^ un JQur^ je voulue e$sayei^ les n^œes bénéfices che^ moi, on m'arrêta ei me voilà : vous voyez un voleur d'An^terdam^ de Paris et de Londres^ Avez-^vous de l'^g^t^ Monsieur? A cette quest^oa ioatt^^diiè je gardai le silence et affectai une Gon^fiance qu^ j'e^is bie^ loin d'avoir. Mais moii voleyr d' Amsterdi^m , de Londres et de Paris la nepâi;a d'une vçkiiL si forte ^ qu'il n'y. eut plus moyen de l'esquiver, et que j'avouai frfifnchement que j'avais su^r pK^i cinq, pu, six piastres d'Eapagn^ç. — Tant noiie^ux, Mon^eur^ o^e répoodit-il, t^t mieux., Puisque vous devez partir d'ici iç^oinme vou& y êtes ei^^;ré, )e me félicite d^ avoir l'ocjCasion de vous pfouvfer que. j'ai renoi^cé à n^s anciennes habvtudeS) soyest donc t^r^nqville, Monsieur; ptene% •^cK>re quelques in3tans de repps^ çt déménageons av^nl* la nuit, car }es or^g^s se multiplient sur les mont^goes , ^ le terrent qui grossit déjà nou# menaice^ d^une procbaiijie inondatipa.

Après avoir suivi les conseils de mon hôte, je vouli^ fairç accfipter k sm épouse deux piastres fn ffàemml dp ce qu'elle m'jiiviiit offert; mais h vQhnv de Paris, de Londi^ et d'AiBsierdam, me àî% qu'il prétendait m'avoÂr obligé «ans rétri- }>iDùon, et que je lui. ferais plaisir de ne fm insister

davantage. Je le priai cependant de me permettre d'offrir quelque chose a ses deux jolis enfans; il y consentit, et Je leur donnai un joli mouchoir et un beau couteau que j'avais achetés a Sidney, Ds avancèrent leurs petites mains, et je les baisai de bon cœur. Merci, Monsieur, me dit le convict; voîla un beau cadeau, .cela me portera bonheur. Encore quatre ans et je reverrai ma patrie !

Une grosse larme roida sur ses joues; et cette larme généreuse fut essuyée par les lèvres de sa fenune.

Je partis : ces enfans, cette mère de famiUe, et surtout cette larme, se présentèrent souvent à mon imagination attendrie.

Impatienté de m'attendre, mon guide était retourné chez son maître, et au moment même où il lui annonçait qu'il était probable que je m'étais perdii dans les forêts, j'entrai et je racontai les détails de ma course. On m'engagea fortement à ne pas souvent répéter de pareilles excursions, et je t'assure, mon ami, que je le promis de bon cœur.

Après quinze jours de voyage et de promenades instructives autant qu'amusantes, nous revînmes à Sidney par la même route que nous avions prise en venant. Durant mon retour, j'admirai plus d'une fois la riche toison des moutons et des béliers

qiiî paissaient au milieu des forêts. Les lames sont supérieures à celles d'Espagne , et Ton m^assure qu'en Angleterre les draps fabriqués avec les pro^ duits apportés de Sidney y sont préférés à tous les autres draps d'Europe.

Arrivé à Liverpool , je demandai a saluer le Général irlandais^ mais^ renfermé dans sa chambre^ il refusa mes politesses.

Je trouvai dans la cour de l'hôpital ce corivict dont je t'ai parlé, et qui fut mordu par un serpent noir au moment où il nous tendait une main indigente. Pour te donner une idée de l'activité qu'a le poison de ce redoutable reptile, j'ajouterai ici que , malgré la rapidité de l'opération que s'était faite ce malheureux, et la promptitude de la ligature qui avait eu lieu à l'instant même de l'accident, il souffrait encore des tourmens affreux, et avait fréquemnient des accès de frénésie.

p. s. J'ai appris quelques jours après, à Sidney, qu'il était tout-a-fait hors de danger, et l'on cite ce fait comme une guérison merveilleuse. Adieu.

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