‹ Promenade aux Champs-ÉlyséesChapitre 1 sur 8 · E. DENTU , LIBRAIRE-EDITEUR · texte numérisé non relu

E. DENTU , LIBRAIRE-EDITEUR

Palais-Royal, 17 et 19, Galerie d'Orléans.

Oïl éprouve un réel embarras à reproduire les impressions d'une promenade à travers les galeries de l'Exposition. Or, cette promenade, c'est un voyage , un voyage au long cours. Il est difficile d'abord de ne point commettre d'erreur ou d'omission regrettable ; et puis , des réserves sévères doivent y tempérer l'envie que l'on a de donner des éloges. En effet, une observation se présente et domine toute autre pensée, lorsqu'on a parcouru les salles immenses où fourmillent des toiles , sur lesquelles le talent s'est éparpillé, mais où il ne s'est point condensé d une manière suffisante pour mériter une complète admiration. 11 est facile d'y constater que

FArt répond avec empressement à l'appel annuel qu'on lui fait ; mais l'éclat qu'il répand ne ressemble que trop à ces vives lueurs versées autour d'elle par une llamme qui s'éteint.

A côté de tels ou tels noms qui figurent sur le livret , on lit : élève de Paul Delaroche , élève d'Ary Scheffer , de Gros , de Dévéria , de Flandrin , etc. Mais où sont les maîtres qui remplaceront ces maîtres illustres que la mort a fait disparaître ? Voit-on dans le Salon des œuvres capables de révéler l'apparition d'un talent supérieur , je n'ose dire d'un génie , ce serait être exigeant ?

Dans le premier tableau de Géricault , le Chasseur à cheval^ on peut remarquer l'énergie du pinceau qui produisit plus tard le Naufrage de la 3Iéduse ; Léopold Robert annonçait ses Moissonneurs dans r Improvisateur napolitain : Ary Scheffer exposa à douze ans un tableau d'histoire qui fut admiré ; Paul Delaroche débuta par des peintures très-remarquables; les premières compositions de M. Ingres eurent l'honneur d'une discussion sérieuse. Eh bien ! nous sommes loin de ces génies primesautiers , si nous en jugeons par tout ce qui s'étalait cette année le long des murs du Salon ! En fait de chefs d'école , seraitce par hasard M. Courbet qui se présenterait ? Arrière celui qui , sous prétexte de portraits ^ ose exhiber d'affreuses caricatures (1).

(1) Rien do hideux comme ce tableau ; la tète intelligente de Proudiion u'en peut pas racheter les défauts.

Je n'admets point certains motifs qui ont été mis en avant pour expliquer l'abaissement des lettres ou des arts. On a dit , en effet , que le réalisme était la forme de l'art démocratique , d'où il s'ensuivrait que si la Démocratie admet l'art , elle le rend vulgaire. Pour corroborer cette assertion , il en est qui ont cité l'Amérique , où l'esprit démocratique domine et chez qui l'absence d'une vraie littérature et des Beaux-Arts est facile à constater. Cette manière d'envisager la question nous parait fausse : pourquoi le luxe des arts et une littérature élevée ne pourraientils point s'accorder avec les idées démocratiques? Comment ne point se souvenir d'abord que Jonathan n'est , après tout , que le fils du mercantile John Bull ? L'Angleterre est restée aristocratique et cependant les Beaux-Arts y sont reçus dans quelques hôtelleries splendides , dans quelques musées ; ils n'y ont point de vrais domiciles , ils n'ont pas pu s'y naturaliser. Au milieu des brumes de Londres , on a inutilement entassé , depuis Lien des années , les œuvres des meilleurs maîtres ; vainement, à grand renfort de guinées, les Anglais ont dépouillé les autres peuples de leurs richesses artistiques , et ont arraché au Parthénon ses plus belles frises ; toutes ces splendeurs n'ont pu faire s'allumer à leur contact la moindre étincelle de génie ; les

Coloris terne et nul ; pose de M™' Proudhon grotesque , un enfant qui n'a point de cou , perspective oubliée , etc., etc.

pinceaux anglais ne se sont presque jamais élevés au-dessus de la peinture de genre, et encore combien y ont réussi ?

C'est dans une situation à peu près analogue à celle que je comprends , que se trouvaient , je ne dis pas la Grèce , où sculptait Phidias , mais seulement ces villes où tlorissaient les écoles Hollandaises ou Flamandes , où s'élevaient ces maisons communes que l'on admire encore et qui se peuplaient d'œuvres d'art: pour qui Rembrandt peignait-il ses Bourgmestres ? pour qui la Garde de nuit ?

On pourrait tirer le même argument de ces républiques italiennes, où, du reste, on avait le bon sens d'admettre l'élément aristocratique.

Je suis loin de penser , néanmoins , qu'une monarchie soit nuisible pour les arts. Les chefsd'œuvre qui se sont multipliés dans la Rome de Léon X , le règne des Médicis à Florence , celui de Louis XIV en France , et il faut bien le dire , Fépoque de la Restauration , donneraient un vif démenti à qui voudrait considérer le régime monarchique comme n'étant point propice à l'expansion des arts. Mais ce que font les princes et quelques particuliers dans les gouvernements aristocratiques , le peuple peut le faire dans un régime où entrent plutôt les éléments démocratiques. Il faut simplement pour cela , en outre des conditions essentielles que nous indiquerons tout-à-l'heure , que ce peuple se trouve dans une situation normale , qu'aucune crainte ,

aucuneperturbation sociale n'en troublent l'esprit. 11 faut que toutes les idées convergent vers un même but , le progrès dans le Bien et dans le Beau. Quant au Progrès tel que , Tan passé , je l'ai vu se présenter dans un gros livre , n'en déplaise à M. About, je n'y tiens point. Ce Progrèslà se résumait dans le bien-être matériel. Il y a certes longtemps que le grand Sardanapale avait donné le programme d'un pareil progrès, et que les Pourceaux clEpicure l'avaient adopté. Un peuple composé de Pourceaux d'Epicurem'inspirerait un véritable dégoût , une pitié profonde.

Dans un Etat démocratique , abstraction faite des nuages amoncelés par de folles utopies, pourquoi le peuple ne serait-il point capable d'aimer les arts et d'encourager les artistes lorsque ceuxci le méritent? Je ne vois point d'encouragement sérieux dans les commandes de monuments ou de travaux quelconques devant être terminés à jour fixe , expédiés en quelques semaines et tandis que le pinceau et le ciseau sont forcés d'aller de front avec la truelle. En pareille occurrence , Tartiste n a guère à songer qu'aux moyens d'exécution les plus prompts et au produit net des commandes. On travaille avec amour , on applique toute son intelligence à une œuvre , lorsqu'on est assuré que cette œuvre ne trouvera point devant elle un public indifférent. — 11 est indispensable qu'une œuvre d'art soit appréciée par le grand nombre , rémunérée non-seulement

au point de vue matériel , mais encore par cette renommée qui est si cliôre au cœur des vrais artistes. Qui donc , en ce temps-ci , est à la recherche d'une renommée autre que celle qui procure de l'argent ? Et celle-ci , facilement , on peut la trouver et la saisir : il ne s'agit que de monter sur quelque tréteau , dans un estaminet en vogue. Peut-on ignorer que cette renommée , autrefois si délicate et si réservée , se prostitue aujourd'hui au premier venu pourvu d'une audace et d'une effronterie suffisantes pour s'imposer aux foules , ou qui tout simplement fait montre d'une excentricité capable d'attirer les yeux ? Qui voudrait de la gloire de certains amuseurs publics qui font vaniteusement exposer leurs photographies à toutes les vitrines ? — C'est à en dégoûter.

Sous le premier essai de république fait en France , les arts , je le conçois , restèrent dans l'ombre : la liberté , à cette époque , n'existait que dans les mots ; et puis , lorsque la guillotine en permanence fonctionne , quelle main sans trembler pourrait tenir le pinceau ? Les hommes qui gouvernaient alors avaient peur de l'intelligence et de la vertu , le dévouement était puni : ces hommes tenaient dans leurs mains un niveau implacable , et ils abattaient impitoyablement tout ce qui dépassait ce niveau. 11 n'y a donc pas lieu de tirer un argument de l'état négatif des arts en un temps anormal, où, triste mascarade, la Folie prenant effrontément le nom de Raison^

une folie idiote et sanglante, était adorée par une foule servile et abrutie par la peur. Marat ni Robespierre pouvaient être les Mécènes que des bourreaux.

Démocratie ou aristocratie , les arts ont bien peu à démêler avec la pensée qui prévaut dans un système de gouvernement. 11 est un Idéal qui plane dans des régions supérieures à celles où les questions politiques s'agitent , et quand on est épris de cet idéal , on ne se préoccupe des évolutions d'un peuple que pour tâcher de les faire tourner au profit d'éternelles vérités : le Bien et le Beau ! — Cet Idéal , appuyé sur la croyance en Dieu , resplendit de l'éclat de toutes les vertus qui lui font une auréole.

Donc , ce qui réellement est important pour les Arts , ce qui les fait prospérer , ou ce qui les conduit irrésistiblement à la décadence , c'est la situation religieuse , intellectuelle et morale d'un pays, c'est que la Justice et la Vertu y soient en honneur tout autant que la Liberté.

Qu'advint-il à l'Art sous le régime abrutissant du sensualisme païen poussé à outrance , sous la domination de ces empereurs de Rome qui favorisaient un sensualisme qui était même pour eux un moyen de tenir le peuple asservi. Tandis que ce peuple se précipitait au Cirque ou vers les Hippodromes , — et pour y courir l'on se passait alors du prétexte de l'amélioration de la race chevaline (1) , — l'Art descendit peu à peu,

(1) On sait où aboutit la prétendue amélioration de la

à mesure que le niveau des vertus viriles s'abaissait , et il en arriva à ces ébauches byzantines que l'on conserve dans nos musées comme des objets de pure curiosité , non , certes , comme des modèles. Ce sont là tout autant de témoignages permanents du point où le dévergondage des moeurs et le despotisme peuvent amener les arts chez uq peuple où ils florissaient. A ce titre, les peintures Jjyzantines ne sont point sans valeur et sans enseignements. Mais je ne comprends point pourquoi , depuis quelques années dans nos monuments , surtout dans les églises , on se livre aux pastiches de l'art byzantin : cela papillote devant les yeux , cela éblouit , cela n'a rien de la gravité et des beautés sévères , qui seules sont dignes de l'art. Je comprends moins encore la manie d'archaïsme qui fait se produire des tableaux où l'on imite scrupuleusement la façon raide de dessiner les formes humaines qui fut adoptée en une époque où l'Art s'était abâtardi.

race chevaline : dépenses folles , argent enfoui sous les sabots d'un cheval , toutes les passions mauvaises excitées parmi la jeunesse , exposition de filles perdues ; exhibition de toilettes resplendissantes ; étalage de voitures somptueuses , de laquais dorés , de grooms vêtus de satin. Je voudrais bien savoir en quoi consiste le mérited'un riche particulier qui, au moyen de son argent, a pu ache'er et faire élever un clieval ? — Le pauvre animal ainsi éduqué va vite , c'est certain , mais la bêtise humaine galope encore plus vite que lui ! c'est elle qui arrive au but. Et comme dans le Brasseur de Preston , le bipède triomphant peut s'écrier :

Ah ! si j'ai gagné la bataille ,

C'est que j'avais un bon cheval !

Que ces imitations puissent encore être appréciées par les sujets du Gzar russe , c'est possible ; mais chez nous on peut faire mieux, on a mieux à faire.

La voix qui dit en France , — il y a longtemps déjà de cela : — « Enrichissez-vous ! » fut une voix fatale ; par malheur elle fut écoutée , comme le sont tous les appels qui caressent de mauvais instincts. Les peintres eux-mêmes consentirent à livrer pour les galeries de Versailles des toiles badigeonnées à tant le mètre carré. En cette circonstance , Versailles s'est trouvé être encore une fois funeste pour la France ; car, à Foccasion de sa transformation en musée qu'on voulut trop vite remplir , comme si un musée pareil pouvait s'improviser, on apprit aux artistes qu'une vaste toile barbouillée de couleur garance et de bleu , qu'une œuvre bâclée pouvait passer pour un tableau. 11 est vrai que , cette année , M. Gérome n'a pas beaucoup mieux réussi en donnant de menues proportions à son tableau d'histoire représentant les Ambassadeurs japonais à Fontainebleau. La peinture ollicielle n'est pas souvent bien inspirée.

Enrichissez-vous ! Dans le temps actuel , le désir de posséder et de jouir est bien le but où chacun vise , et dans tous les étages de la société : aux joies d'un succès mérité , à la gloire, dans Facception sérieuse du mot , personne n'y songe. Quand on entreprend un travail , quel qu'il soit , on calcule d'abord ce qu'il rappor-

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tera. Le génie de l'Industrie et le génie des Beaux- Arts ont signé entre eux une étroite alliance , et par malheur cette alliance porte préjudice à l'une des parties contractantes. Apollon s'en va ])ras dessus , bras dessous , avec Mercure , qui , au moyen delà réclame que lui fait Bilboquet , débite les œuvres d'art à côté de ce qui fait repousser les cheveux, et de mille drogues infectes. L'Art ne pourra se rénover que lorsqu'il se sera dégagé d'une liaison dangereuse. C'est delà pensée du commerce et du gain , mêlée au sentiment artistique , que provient la grande quantité de tableaux de genre qui tapissent à eux seuls presque toute l'étendue des galeries de l'Exposition.

Et , en y réiléchissant , on ne peut s'empêcher de trouver que le Palais de l'Industrie est un lieu bien choisi pour agglomérer de nombreux échantillons de pareilles peintures : ce palais devient un bazar, de jolies marchandises y sont placées à un étage, tandis qu'en dessous , au même moment , des denrées coloniales y sont exposées.

On peut se rendre compte de la profusion de tableaux de genre que l'on y aperçoit • à ceux qu'ont subitement enrichis un pari gagné sur le turf ou bien une heureuse opération de bourse, il faut des tableaux pour orner antichambre et salon , cela fait bon effet ; pour de tels amateurs , les tableaux de genre suffisent. A quoi bon delà peinture d'histoire pour ces messieurs ?

D'abord , il serait inopportun de peindre pour eux Crésus ou Midas pourvu de ses appendices ; il faudrait même se donner garde d'expliquer sur le livret du Salon ce qu'on a représenté : on y ferait peut-être un de te fabula narratur qui ])Ourrait tomber juste et déplaire. Il pourrait arliver qu'ils n'y comprissent rien ; n'importe, ce qu'il faut à ces manieurs d'argent , qui payent bien quand ils font tant que de payer , ce sont avant tout des peintures qui leur rappellent les triomphes de leurs écuries à Lonchamps et pardessus tout de ces sortes d'images qui sont capables d'aiguillonner les cinq sens , quand ceuxci sont blasés. Et l'art consent à exposer sur les marchés , pour les plaisirs de ces gens-là , des Callypiges . des Anadyomênes de toute taille et de toute posture , des pacotilles de nymphes ou des nymphes de pacotille , de ridicules assemblages de la sottise et de la lubricité !

C'est également à l'usage de tels chalands que de tout jeunes gens, presque au sortir des lycées, consacrent les primeurs de leur intelligence , fatiguent les facultés de leur cerveau à écrire de petits livres piquants et graveleux , à couvrir de facéties et de gaillardises les pages de certains journaux. La Littérature et les Beaux-Arts ont entre eux de grandes afîlnités ; ils marchent de front. Pans ambo. Cette connexité presque inévitable est aujourd'hui facile à constater.

Cependant , tout ce que nous trouvons d'ignominieux dans les lettres et dans les arts ne sau-

raitnous faire désespérer pour Tavenir. En France , une fois déjà , les mêmes causes ont produit les mêmes etfets. Après que Law , par l'essai de son système , eut tourné Tesprit français vers la spéculation , les traitants et les financiers jouirent d'une considération égale à celle des capitaines qui revenaient vainqueurs des champs de bataille , supérieure à la considération d'un artiste. Les fermiers généraux , les maltôtiers , en arrivèrent à toiser les passants d'un air dédaigneux ; les drôlesses (l) montèrent en carrosses dorés , et ce fut en toute vérité que l'on vit les pauvres vertus s'en aller à pied , tandis que le vice , à cheval , caracolait avec fierté. Et soutenus , exploités , propagés par les nouvelles puissances , en ce temps-là fathéisme et la corruption s'infiltrèrent profondément jusqu'aux dernières couches sociales ; et un Rétif de la Bretonne compta parmi les lettrés ; et l'Art , qui avait été porté si haut par Le Brun , Poussin et Lesueur , descendit jusqu^à l'étalage exclusif des minauderies coquettes , des bouches en cœur , des pompons bariolés , des ornementations contournées , des amours bouffis , des nudités mignardes , des petites bergeries , des riens ! — Et pour être juste , remarquons-le en passant , les œuvres de AVatteau et de Boucher avaient des grâces et des beautés de convention

(1) Je crois qu'à cette époque , les gens restés sérieux , appelaient tout simplement ces femmes-là des coquines.

charmantes ; mais ces grâces et ces beautés ne valaient point les sentiments et la recherche de vérités morales et physiques qui prédominent encore chez plusieurs de nos peintres de genre, chez les meilleurs. — Dans cette recherche et ces sentiments , il est bon d'observer , en outre, que cène sont pas du tout ceux qui se piquent d'être les amis de la Vériiè (1) , — on les nomme réalistes , le mot est plus drôle, —qui sont le plus heureusement inspirés , tant s'en faut. Mais pourquoi s'obstinent-ils à ne reproduire les choses que sous le côté le plus laid? pourquoi, en fait de modèles, vont-ils , par exemple , choisir des femmes malpropres , et , après cela , reproduire jusqu'à la crasse qui enduit leurs con-

(1)A l'Exposition (n° 782) , des Amis de la Vérité ont été peints }iar eux-mêmes. Il y a dans ce tableau plusieurs Messieurs groupés autour d'une femme nue ; ils boivent et ne paraissent pourtant point assez gais, assez lancés , pour qu'on puisse dire d'eux : In vino vcritas. Ces Messieurs sont dénués de politesse et des sentiments de convenance les plus élémentaires. Comment donc en face d'une femme , de la Vérité ! ils gardent sur leur tète leur chapeau, — un affreux tuyau de poô'e ! — Puis , nonchalants et distraits , ils regardent , qui à droite , qui à gauche. On dirait qu'ayant la Vérité devant eux, ils ne la voient pas , ne veulent pas lavoir et ne tiennent pas du tout à la voir. L'un de ces Messieurs,dont la tête a passé sous le fer d'un coiffeur français , est habillé d'une robe chinoise ou japonaise : vérité dans le costume ? Ce qui est bien drôle , c'est qu'au milieu de ce groupe figure le bouquet offert par une négresse à VOlympia exposée par M. Mané , c'est donc un bouquet de rencontre et con're lequel s'est frotté le gros matou noir qui fait ron-ron autour de cette belle personne.

tours ? Olympia n'est pas la seule qui se trouve dans ce cas.

Donc , résumant notre pensée , nous dirons que nous conservons de l'espoir, parce que nous comptons que le niveau de l'Art se relèvera quand le niveau moral se sera relevé lui-môme. Les mêmes coups de verge qui chasseront les vendeurs du temple feront déguerpir la spéculation des ateliers ouverts aux Beaux-Arts. Quand la Bourse entendra moins rugir entre ses quatre murs des passions ardentes, lorsque les loups-cerviers âpres à toute curée , seront moins nombreux ; dès que la généralité des esprits cessera d'être tournée vers les intérêts matériels, la littérature abandonnera ses tristes allures et l'Art renaîtra.

L'essentiel , pour le moment , n'est point par conséquent , de critiquer tel ou tel tableau, telle manière de peindre. Ce qu'il faut , c'est dire à tous les gens de cœur : Unissez-vous de tout votre pouvoir, travaillez à Famélioration des mœurs des hommes , ce sera plus utile que l'amélioration de la race chevaline !

Que les cupidités excessives de l'industrialisme et la sottise des matérialistes soient enfin repoussées et les choses sérieuses remises en honneur ; que Thonnôteté reprenne son empire; que la critique pour les lettres comme pour les arts soit sincère et cesse de se mettre au service exclusif des coteries ; que le bon sens public fasse justice des charlatans , des menteurs de profession , des saltimbanques de tout acabit ;

que les croyances religieuses reviennent dans les cœurs, en même temps qu'une saine morale, et tout aussitôt , soyons-en convaincus , l'enthousiasme des belles et saintes choses rallumera les clartés qui , par malheur , sont aujourd'hui sous le boisseau ! Et l'on verra le Rien et le Beau reprendre pleine et entière possession de leur ancien domaine , la France ! Pussent nos vœux hâter le moment de cette rénovation sociale !

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