‹ Promenade aux Champs-ÉlyséesChapitre 2 sur 8 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Vous souvenez-vous de ce conte allemand où l'on voit qu'après avoir lancé dans la mer une coupe d'or, un vieux roi invitait un plongeur à se précipiter dans les vagues profondes pour en retirer l'oltjet précieux? Au moins, Tinfortuné qui se hasarda dans cette aventure , put se précipiter tête baissée au milieu de FOcéan. Et moi, c'est tête levée qu'il m'a fallu affronter un gouffre aux formidables dimensions ! Autrefois, cet abîme se nommait Palais de l' Industrie \ aujourd'hui, constatons un progrès, les Beaux- Arts y sont descendus. Et l'on s'en apercevra bien vite: cen'est point une coupe d'or que j'aurai retirée du chaos enluminé dans lequel je devais m'enfoncer. Je ne puis offrir qu'un pâle croquis rapide, incomplet, insuflîsant. Pourrait-il en être autrement?. Comment sortirait-on d'une longue visite à ce vaste labyrinthe tapissé de couleurs éclatantes, sans être ébloui, troublé , ahuri? En se sauvant de là, on emporte avec soi comme un cauchemar, et des visions fantastiques poursuivent longtemps l'imprudent dont les yeux se sont trop injectés du rayonnement de tant de

cobalt, de jaune vif, de céruse, de carmin et de bleu de Prusse !

Le livret de l'Exposition arrive cette année au numéro 3,544 : c'est donc trois mille cinq cent quarante-quatre objets d'arts à passer en revue ! Or, ce n'est rien, à côté de ceci, qu'une revue de plusieurs bataillons de grenadiers sous les armes. Une revue militaire peut d'abord ne point manquer de charme pour le général en chef à qui elle procure l'occasion de faire miroiter ses larges épaulettes d'or ; rien ne ressemble à un bonnet à poil comme un autre bonnet à poil, à une buffleterie comme une autre buffleterie ; et cela ne m'a point l'air de réclamer beaucoup de connaissances spéciales , que d'être dans le cas, en pareille occurrence, de signaler çà et là quelque léger désordre. Mais à l'Exposition, quelle diversité de touches ! quels contrastes ! que de beautés à démêler parmi des difformités sans nombre ! Vraiment la tâche est difficile. Pour moi, j'entrai au Palais de VIndustrie sans aucun parti-pris ; n'ayant jamais eu l'honneur d'avoir un artiste pour ami , j'allais dire pour camarade, j'étais simplement disposé à louanger ce qui me semblerait digne d'admiration. Maintenant c'est aux lecteurs, comme aux artistes, de me tenir compte de ma bonne volonté et de faire, le cas échéant , une large part à mon inexpérience. Je ne suis point un vieux 'peintre en retraite. Et qu'on ne s'attende pas que, pour déguiser cette inexpérience, j'aille feuilleter un

dictionnaire alin d'y puiser quelques-uns de ces termes spéciaux qui pourraient me faire paraître plus compétent, plus autorisé que je ne le suis. Je n'étais autorisé, je le déclare, que par le directeur d'un journal, l'Echo de France. Quand on /ai^ le Salon, il est assez d'usage de discuter Fart de Raphaël avant celui de Piiidias, qui, pourtant, a , je crois, laprimogénilure. Ce n'est point pour déroger à des habitudes qui ont peut-être leur raison d'être, que je veux donner le pas aux œuvres du ciseau; mais l'art plastiqueofrre,cette année, au Salon un intérêt tout particulier. Dominant tous les bronzes et les marbres groupés autour d'elle, se dresse en effet la grande ligure de Vercingétorix- Le persifïïage de quelques Français nés malins a salué ce type de dévouement à la patrie-, pour nous, nous pensons qu'il n'était point inopportun de le montrer à des générations énervées. Inutile de nous appesantir davantage sur Fà" propos de cette mise en relief d'une vertu que n'ont pu faire ouldier les triomphes de héros plus heureux ou plus habiles ; cette opportunité est fort compréhensible. Nous n'en sommes plus, ce me semble, aux fameuses distinctions entre Gaulois et Francs ; quelle que soit notre tiliation particulière, nous savons que la France n'est point autre chose que la Gaule ; la Gaule est à nous tous Val ma parens ; nous ne pouvons par conséquent que nous incliner avec respect devant celui qui voulut libre et heureuse notre terre natale. Les rayons olympiens de ce Jules

César qui asservit la Gaule , après l'avoir pillée, devaient-ils rejeter à tout jamais dans l'ombre le souvenir de Yercingétorix ?

Il est fâcheux qu'il se soit trouvé des gens chez qui l'image grandiose qui leur était offerte, n'a inspiré que quelques-uns de ces quolibets comme pouvait en entendre Gulliver tandis qu'il se montrait à Lilliput. La statue colossale qui est sortie des ateliers de M. Millet étant en cuivre repoussé , l'un de ces aimables loustics dont la petite presse parisienne fourmille, aproclaméque c'était une œuvre de grande chaudronnerie ; et l'on a caricaturisé l'œuvre en superposant sur les pages d'un joli petit journal des croquis de chaudrons pleins d'un vrai sel gaulois ! Ce qui est vrai, ce qu'on pouvait dire, c'est que cette belle statue ne figurait point d'une manière avantageuse pour elle sous les vitrages du Palais de l'Industrie. Elle demande à être vue aune trèsgrande élévation ; ce n'est que dans cette condition qu'elle pourra être appréciée à sa juste valeur. La chevelure, par exemple, se présente en blocs massifs et semble avoir été taillée à coups de hache; mais elle ne produira certainement aucun etTet désagréable, lorsque Yercingétorix se trouvera placé sur une base disposée pour recevoirconvenablementuncolosse pareil. Ce qu'on peut affirmer encore, c'est que pris dans son ensemble, l'aspect du Yercingétorix de M. Millet a de la grandeur, mais pas assez de mouvement, peut-être ; le fier Gaulois a trop l'air absorbé par

de sombres méditations ; sa figure ne respire point la vengeance, ni le désir de nouveaux combats ! Il semble qu'on a plutôt représenté Vercingétorix méditant sur la défaite des siens. J'eusse beaucoup mieux aimé Vercingétorix après Gergovie qu'après le désastre d'Alise.

Il s'appuie sur son épée, dont il serre convulsivement la poignée entre ses mains : ses traits ont encore de la fierté ;mais son front soucieux, ses sourcils froncés, décèlent la tristesse. Telle qu'elle est, et telle qu'on peut la voir, en debors de l'immense cadre d'azur ou de la brume sombre qui doivent bientôt l'environner, et en augmenter l'effet grandiose, l'œuvredeM. Millet n'est point sans de sérieuses beautés, et il faut tenir compte des difficultés vaincues. Je suis cbarmé, qu'un artiste nous le pardonne, de ne pouvoir donner aucun éloge à ce petit César de marbre qui, tout malingre et tout ratatiné , fait trèsmince figure auprès du Vercingétorix ! Sous le front cbauve de ce Jules César, on remarque je ne sais quelle expression indéfinissable, quelque cbose d'bypocrite et de sournois ; il a l'air de méditer un mensonge, une vanîerie , pour l'insérer dans ses Commentaires-^ il est assis , et l'on dirait que son auteur a fait poser comme modèle, l'un de ces êtres dépenaillés qui, à l'entrée des églises de Paris, tendent à tous venants un goupillon trempé dans l'eau bénite : on n'a eu pour cela qu'à remplacer le bonnet de soie noire par quelques brins de laurier. A l'aspect de ce

César assez mal réussi , je vous ai dit que je n'avais pu m'empêcher de ressentir quelque maligne joie; il m'eût été pénible, après avoir observé de la tristesse chez Vercingétorix, de rencontrer un César me toisant d'un air triomphant.

D'un Vercinuétorix équestre, qu'a produit M. Moris, je ne trouve rien à dire. — Un autre Gaulois se trouve encore représenté au salon ; mais celui-ci est loin de m'inspirer de très-vives sympathies : c'est Brennus ! L'allure vive, l'entrain, la pose animée, donnés par M. Taluet à son héros, ne pouvaient suftire pour effacer de classiques souvenirs. Devant ce lier compagnon, trouant le sol avec sa lance afin d'y creuser une place pour le plant de vigne qu'il élève vers le ciel , en le voyant prendre ainsi les dieux à témoin de la joie et des richesses futures qu'il rêve pour son pays, en un mot devant le Brennus du poète Béranger et de M. Taluet , il est permis pourtant de ne point songer au cri que poussa le Brenn farouche de l'histoire , après son entrée dans Rome : « Malheur aux vaincus ! » Maxime exécrable I Brennus sans doute ne l'inventait point; mais combien d'échos elle a eus depuis ! Ne Tentendons-nous pas dans les brumes du nord, ce cri? Ne vient-il pas jusqu'à nous de l'autre bord de l'Océan? Ah ! n'est-ce point malheur aux vainqueurs! qu'il faut dire aujourd'hui! — Le Brennus de M. Taluet a obtenu une médaille ; il la méritait , c'est certain ; mais, si j'applaudis à l'exécution de la statue, je garde

mes antipathies pour le héros dont elle rappelle le souvenir. C'est un couplet de Béranger dont s'est inspiré M. Taluet, d'après le livret : dans ce qu'a chanté Déranger tout ne m'est point sympathique, tant s'en faut !

Mais, à propos de médaille , j'avoue que j'ai été comme surpris de voir que l'on n'en avait point accordé à un groupe que j'ai trouvé charmant: est-ce que les répulsions de l'Académie pour la poésie auraient par hasard influencé messieurs du jury? Ce groupe, c'est la Poésie pastorale de M. Louis Schroder. Des sculptures de ce genre ont mes préférences , parce qu'elles me prouvent que Tartiste a su s'élever au-dessus de Vicléalqui produit, par exemple, la vieille femme barbue et coiffée qui se trouvait cataloguée au numéro 28(53 (1;. La gracieuse statue de M. Schroder se présente comme un strophe charmante ; il y a mieux, ce marbre en dit autant qu'en pourrait faire un long poème didactique sur ce qui doit constituer la véritable muse pastorale. Cette iMuse couronnée de fleurs des champs , est représentée debout sur un rocher , légèrement appuyée contre un tronc d'arbre contourné par de frais liserons ; une lyre rustique d'une construction primitive, un long chalumeau , sont là inactifs pour le moment , parce que la Muse, dont la ligure est douce et sereine, se livre,.

(1) La coifle est d'une exactitude merveilleuse : beau succès !

pensive, à de graves méditations : elle cherche à s'inspirer en regardant le ciel. Ses yeux interrogent-ils rinfini pour lui dérober ses secrets? son oreille veut-elle saisir quelque chant aérien d'un oiseau qui passe, ou l'un de ces bruits vagues et mystérieux qui descendent d'en-haut pendant le calme d'une soirée d'été ? Ce qui est d'une ingénieuse idée, c'est que, tandis que la Muse semble faire monter sa pensée vers les sphères supérieures, à ses côtés, un jeune enfant, un petit berger dont la physionomie offre un heureux mélange de malice et de naïveté, prétend la détourner de ses contemplations mystiques et lui souffler je ne sais quelle idylle. Sous cet ensemble ravissant, il est facile de reconnaître l'emblème de ce qui a inspiré plusieurs de nos poètes contemporains , MM. de Laprade, Mistral, Thaïes Bernard, Achille Millien, Lestourgie et plusieurs autres. Et l'artiste, en faisant se dresser vers le ciel le front de sa Muse, en lui donnant cet air grave et pensif, a voulu nous indiquer sans doute que cette muse, au besoin, sait déposer sa guirlande de Heurs et l'échanger contre une couronne de feuilles de chêne ; elle sort du fond des bois quand il le faut, et alors c'est d'une autre façon qu'elle se manifeste. Dans Tordre d'un idéal gracieux, la Jeune Fille et la Colombe de M. Sobre, et mieux le Message, par M. Hyacinthe Chevalier. Le Message est un oiseau à qui un jeune homme, rayonnant d'espoir, donne la volée. L'oiseau tient au bec une petite fleur

qu'il va transmettre à la bien-aimée : télégraphie poétique et charmante ! Cette statue est jolie, mais on pourrait lui reprocher de n'avoir point des formes assez nettement mises en relief; la cuisse gauche du jeune homme, vu de cOté, m'a semblé avoir des lignes trop droites.

Ine médaille d'honneur a été décernée au Chanteur Florentin de M. Dubois, et cette œuvre est vraiment remarquable, remarquable surtout par la vérité de l'expression : car on croit, en s'approchant, entendre des notes sortir des lèvres entr'ouvertes du jeune virtuose. La pose est on ne peut plus vivante et naturelle ; les mains, qui tiennent une guitare, sont d'un modelé parfait, de même que toutes les parties de cette statue. Et comme ce jeune garçon porte très-exactement le costume du XVi« siècle, un maillot excessivement collant accuse toutes les formes, et par certains endroits les accuse même beaucoup trop, au point de vue de la décence. N'importe, cette statue est un heureux spécimen d'un genre de réalisme qui n'a aucun rapport avec la manière qui a inspiré par exemple , cette année, certaines Olympia et le portrait de feu Proudhon, recherche systématique du laid. Devant Tinscription Médaille dlionnein\ posée sur le socle du Chanteur Florentin^ on ne regrette point qu'une telle distinction ait été attribuée à un talent hors ligne et à un travail si bien étudié; mais on peut désirer que ce talent s'applique à des œuvres plus sérieuses et d'un idéal plus élevé.

Le but réel de l'Art n'est-il pas de faire sentir les beautés morales sous les beautés physiques? Or, quels sentiments peuvent naître à Faspect de la reproduction d'un acte vulgaire? On est également fâché qu'une statue aussi charmante dans sonensemble et dans ses détails, ayant valu à son auteur larécompense la plus distinguée, n'ait point été exécutée en bronze ou en marbre, mais simplement en plâtre. Auprès du petit musicien se place tout naturellement la statue que M. Cambos a fait inscrire sous le titre de Cigale^ avec quatre vers explicatifs tirés d'une fable de Lafontaine : La Cigale ayant chanté , etc. Cette cigale est, ma foi ! très-jolie ; comme une thatte du même fabuliste , elle a pris forme humaine. Presque entièrement nue, elle tient serrée sous l'un de ses bras une guitare muette, et, transie, elle grelotte en se livrant à de tristes méditations. — Mon Dieu! comme elle a froid! — C'est vainement qu'elle souffle sur ses pauvres doigts afin d'un peu les réchautfer ; ces doigts , tout engourdis, ne pourraient point faire résonner les cordes de rinstrumentqui fut le gagne-pain de l'infortunée. Rien qu'à regarder la pauvre frileuse, on éprouvait soi-même comme une sensation de froid ; et Dieu sait cependant quelle température tropicale chautTait l'intérieur du Palais de l'Industrie ! — Par exemple, on ne rend peut-être pas un compte précis de la situation de cette cigale humaine ; parce que cette malheureuse a pincé de la guitare durant tout un été, est-ce un motif pour que

plus tard elle soit vêtue d'une chemise aussi courte ? N'est-ce pas plutôt pendant Thiver que les cigales de ce genre font leurs petites provisions? Je n'ai point ouï dire que les Alcazars et autres estaminets fréquentés par ces Cigales, leur soient fermés Tliiver ; au contraire (1) !

— Je me suis arrêté avec beaucoup plus de plaisir devant VInnocence, par M. Benoît Bodendieck. Cette figure-ci possède , en vérité , une grâce touchante ; et puis, j'éprouve un plaisir secret à penser que l'artiste a pu rencontrer un bon modèle, un vrai modèle ; ce doit être rare. La naïve enfant manie un petit serpent qu'elle réchauffe dans sa main, à qui elle offre du lait dans une coupe , et qu'elle regarde avec une affection candide ! Hélas ! elle ignore combien est fatale la morsure des vipères et de ces aspics qui déchirent plus volontiers encore le sein des jeunes filles que celui des Cléopâtres ; elle joue avec le péril , elle recevra inévitablement la piqûre mortelle ; et vraiment, c'est dommage ! car elle est bien jolie: la vertu rayonne sur son front ! — On voyait, un peu plus loin , la Pi^emière Pudeur, de M. Martens. Je ne sais trop pourquoi cette pudeur cherche à cacher quelque chose, par exemple son front , tant elle laisse

(1) Le gosier rauque , la voix enrouée d'une virago que la bêtise du public ont mise à la mode, ne cbùment jamais, hiver ni été : automne, ni printemps. Heureuse Cigale ! — Mais si celle-ci, qui est ford laide, n'a point de morte saison, pourquoi n'auraient point autant de faveurs celles qui sont jolies comme la cigale de M. Cambos?

voir d'autres détails de sa personne, sans s'en inquiéter beaucoup ! Cela rappelle par trop la naïveté de Tautruche, qui en cachant sa tête croit dérober aux chasseurs la vue du reste de son corps.

Parmi les statues qui par une beauté élégante attiraient les regards , il faut ranger encore la Devicleuse de M. Salmson. La tête et le buste entier de cette statue ont une correction et une grâce incontestables ; le ciseau en a caressé les contours avec une perfection exquise; mais il ma paru que les jambes de cette jolie Devicleuse péchaient par les proportions. Ces jambes m'ont fait l'effet d'être bien longues depuis les hanches jusqu'aux genoux , et bien courtes depuis les genoux jusqu'aux pieds ! Les draperies sont parfaitement réussies, et l'on comprend qu'en dépit de quelques défauts ce joli travail ait obtenu une médaille. 11 est une petite chicane que cependant, à son sujet, je veux encore faire à M. Salmson. Pourquoi a-t-il donné au peloton que tient sa Devideuse , la forme d'une étoile? Enlevez la vraie soie qui entoure cette étoile et va retrouver l'autre main de la Devideuse, vous risquez d'exposer les gens à chercher ce que signifie une étoile dans la main d'une jolie femme. Serait-ce un emblème , une étoile filante ?

Dans un autre style et possédant des beautés plus sévères , il faut citer en première ligne la Science et la Jurisprudence, ^^v ^l. Gumery. Ces deux statues sont en bronze, l'une et l'autre sont

habillées à l'antique ; et, tout en admirant les formes et les draperies de ces deux figures allégoriques, je n'ai pu m'empêcher de remarquer que quelques accessoires constituaient des anachronismes. La Science^ par exemple, qui, dans l'attitude de la méditation, tient un style et des tablettes , a sur ses genoux un livre relié, un livre relié comme pourrait l'être une œuvre de M. Flourens. Quant à la Jurisprudence, également revêtue du péplum, elle feuillette.... le Code civil de 1801. Ceci ne pouvait manquer de me faire songer à l'étrange costume du nouveau Napoléon de la place Vendôme. Or, je tiens pour certain que les moindres anaclironismes doivent être rigoureusement, scrupuleusement évités dans une œuvre, et bien plus encore dans une œuvre d'art, qui, par la matière dont elle se compose, est destinée à durer longtemps. Est-ce que l'histoire, très-souvent , et la philosophie, n'empruntent point des témoignages aux œuvres d'art? N'est-ce point parmi les œuvres de ce genre enfouies sous les sables des déserts, et datant d'une époque peu avancée dans la civilisation , que beaucoup de gens vont aujourd'hui chercher des preuves à l'appui de leurs théories hasardées? Or, si chez nous, sous la lumière de la civilisation, nous pouvons constater des anachronismes patents dans les nouvelles œuvres d'art , pourquoi voudrait-on que les témoignages ressortant des œuvres du temps jadis puissent trouver du crédit ? —En fait d'âccessoires.la Jurisprudence

porte sur sa poitrine , en guise d'agrafe , une ^ête de Méduse qui , serpents épars autour du front, fait d'affreuses grimaces. Quelque étudiant de quatrième année aurait-il fait partager à l'artiste , me dis-je d'abord, l'effroi que lui a causé l'étude du Digeste ? Cette agrafe , a-t-on assuré , représente l'égide tutélaire ; voyant la chose en telle place, posée entre les deux seins de cette belle personne, j'aurais dû y songer, la Jurisprudence est nécessairement aussi prudente que vertueuse. — La Méditation^ par M. Dumas, de Toulon , est encore une œuvre qui, dans le genre sérieux , mérite l'attention. La figure est suave ; elle répand autour d'elle , en dépit de l'endroit où elle se trouve, une mélancolie toute sympathique.

— Je doublai le pas devant les Nymphes et Bacchantes , Psychés et Vénus , Suzannes et Phrynés, qui n'ont eu garde de manquer à leur rendez-vous annuel. Et cependant, ces sortes de filles de marbre ne se montrent qu'une fois l'an! et elles sont muettes ! Il faut leur tenir compte de cette réserve.

L'i4re^/u^5<3, de M. Durand, a des charmes puissants; c'est une forte nymphe. M. Varnier a également doté sa Chloris d'une ampleur telle, que son Daphnis fait bien d'être timide; s'il se montrait entreprenant, le soufflet qu'il recevrait pourrait être rude ! — M. Aizelin nous a semblé avoir mieux réussi sa Suppliante que son Hèhé^ qui n'a pas Pair du tout de remplir son rôle d'é-

^ 30 — chanson-, c'est pour son compte, à ce qu'il paraît, qu'elle a rempli la coupe de nectar. Pourquoi pas? — La Psyché au bord de Veau^ de M. Delorme, est assez belle, et elle n'a rien de commun avec la demoiselle, passablement décolletée, qui s'est fait inscrire sous le même nom, à un autre numéro. — Plus loin j'aperçus une Bacchante qui, en vérité, paraissait avoir le vin bien triste ; cela faisait de la peine à voir. — La Vénus de M. Bégas est une Yénus devant qui le jeune Cupidon agit très-judicieusement en faisant une moueafTreuse.

Je passai d'un extrême à Pautre ; c'est , du reste, à une Exposition de ce genre que l'on peut souvent constater que les extrêmes se touchent, on y rencontre de singuliers contrastes ! — Parmi les rares Madones qui figuraient en mauvaise compagnie, et que l'on aurait dû grouper à part, avec tous les sujets chrétiens , il y avait une Notre-dame-de-Bon- Secours à qui M. Cabuchet a donné une figure et surtout des yeux bien sévères ! Franchement cette physionomie et ce regard ne sont point faits pour encourager les malheureux ; il semble que d'avance toute prière sera repoussée. Notre-Dame-d'Août^ par M. Lavigne, est fort gracieuse ; Pexpression des traits est douce: ce n'est qu'en regardant à certains détails , par exemple à PEnfant divin , que l'on trouverait quelque chose à reprendre. Toutefois, ces deux vierges m'ont paru très- supérieures à Cérès allaitant Triptolème^ par M. Cugnot. Celle-

ci ma produit le môme effet que W" Schneider, transformée en Belle Hélène, aux Variétés-, la mythologie sert tout simplement d'étiquette aujourd'hui pour faire passer des choses grotesques. Léda parade aux Bouffes, le Bœuf Apis xa de front avec Thérésa. — La Cêrès, de M. Gugnot, n'a rien qui dénote une divinité de TOlympe ; c'est une mère quelconque, dont le galbe est vulgaire , et qui fort prosaïquement allaite un enfant qui n'est point très-beau. — Je dois ensuite une mention àM. Mathurin Moreau pour sa charmante Studiosa-, à M. Emile Carlier, pour sa Paresseuse, et pour sa Jeune fille à la cruche cassée , bien que celle-ci n'ait point toute la naïveté désirable. Il est, je l'ai observé, certains modèles qui doivent êtres rares. Et à propos de figures féminines dignes d'attention, n'oublions pas Gélimène : M. Thomas , en sculptant J/"^ Mars, qu'il a représentée assise et en toilette d'apparat, a fait une œuvre remarquable et d'un fini précieux.

Je ne veux pas oublier non plus le buste de cette Gorgone, à laquelle W^ Marcello n'a point donné un air tragique et terrible -, si ce n'étaient les serpents qui sifflent sur sa coiffure , on pourrait prendre cette Gorgone pour une lorette un peu avancée en âge, et paraissant étonnée de voir beaucoup moins d'admirateurs papillonner autour de sa personne. J'ai en outre aperçu, en fait de bustes, une Folie passablement grotesque. Puis, sauf une exception en faveur d'Emma

Livry, par M. Barre, je n'ai accordé qu'une trèsmince attention à tous les masques plus ou moins souriants qui appartiennent à la plus belle moitié (lu genre humain. C'est à peine si en passant j'ai observé Tair souverainement railleur que xM. Charles Cordier a donné au buste inscrit au Ro 2922. — C'est le buste d'une belle dame, l'épouse d'un Crésus , sans doute, car elle joue avec rénorme collier de perles qui pare son cou. Mais comme cette belle dame sourit d'une étrange façon ! On dirait qu'elle regarde quelqu'un qui s'abonne an Petit Journal et qu'elle s'en moque, tout en s'en trouvant satisfaite. Cela pourrait bien être.

Revenons encore un peu aux sculptures d'un genre plus sérieux. Il importe d'abord de parler comme il sied d'un empereur : cet empereur, c'est Charlemagne. Figurez-vous l'allure d'un père noble dramatique mitigée par celle d'un écuyer du Cirque-Olympique, et vous aurez une idée assez exacte du grand Carlovingien qu'a voulu représenter M. Le Veel. Ce Charlemagne imberbe déploie de grands talents hippiques, et il se tient si bien sur son cheval que je crois fort que MM. les Turfistes pourraient l'agréer en leur savante compagnie. Il faut voir comme, sans avoir l'air de s'occuper du noble animal qui le porte, il a l'air de jongler avec le globe terrestre, qu'il soutient à peu près à bras tendu. Ce qui plairait moins aux gentlemen du turf, c'est que, sur ce globe, il y a écrit le mot Capitulaiia.

De l'anglais leur irait mieux. N'Otait cet inconvénient, cette statue équestre devrait être achetée par quelque société hippique, car le cheval du Gharlemagne est assez beau, bien qu'à mon avis il contourne son cou d'une manière singulière. Mais suis-je compétent en ceci, moi qui jamais n'ai fréquenté ni turf m derby '^

Le Prisonnier livré aux bêtes , œuvre de M. Alfred Jacquemard , est placé tout près du Vercingétorix. Ce groupe est bien là à sa place ; il complète, pour ainsi dire, les pensées qu'inspire la vue du fier Gaulois qui osa vouloir secouer les chaînes de sa patrie , empêcher ses compatriotes d'être la proie des Romains et des bêtes féroces. Le prisonnier a été plus heureux que Vercingétorix : il a triomphé de la panthère qui avait été lâchée contre lui. Aussi quelle fière attitude ! qu'il y a loin de cette pose à celle du poltron effaré qu'on peut voir en peinture à un étage plus haut et qu'on donne pour un martyr. Dans ce tableau , un lion vient de déchirer une femme et il s'avance en rugissant vers un homme qui , fou de désespoir et de peur, agenouillé, les yeux hagards , a l'air de se ronger les deux poings. Les barbares et les martyrs chrétiens savaient mourir sans donner aux amateurs du Cirque le plaisir du coup-d'œil d'une terreur aux poses grotesques. La statue de M. Jacquemard est dans la mesure de la vérité ; le tableau de M. Vibert nous parait absurde. Gommeles spectateurs romains devaient bien plutôt frisson-

lier de peur eux-mêmes, lorsque, par hasard, un prisonnier terrassait les monstres chargés de l'exterminer ! comme ils devaient tremhler devant un tel déploiement de force chez l'un de ces barbares qu ils dédaignaient ! Le vainqueur qu'a représenté M. Jacquemard est admirable dans la façon dont il traîne victorieusement la panthère , dont , grâce à lui , les cruelles dents ne feront plus de victimes , et cette panthère est aussi bien réussie que l'iiomme , ce qui est une chose à constater.

Je ne saurais passer sous silence le Gladiateur mourant de M. Oudiné. Il est triste de songer quil fut un temps où des hommes consentaient à s'entr'égorger pour l'amusement des oisifs , et des souverains qui donnaient le signal de ces sortes de plaisirs ! et avant de mourir , les victimes, ô dérision ! étaient forcées de saluer le maître : Ave , César ! morituri te salutant !

Un groupe moins heureux , peut-être , c'est l'Alexandre-le-Grand deM. Dieudonné. Cet Alexandre lutte avec un lion. Userait à désirer que les grands amateurs de batailles se contentassent de triompher en de pareils combats. Le lion est bien posé ; sa gueule ouverte découvre une formidable rangée de dents , et l'animal parait plein de rage. Alexandre , au contraire , se contente de regarder d'un œil impassible la bête furieuse et de vouloir la retenir d'un bras trop faible ; il tient son glaive trop loin du lion. Pense-t-il que son regard suffira pour faire se refermer la

gueule du fauve ? Tant il y a que Pissue de la lutte entre les deux potentats me paraîtrait fort peu douteuse , et j'applaudirais à la victoire du roi du désert , si le livret , en me rappelant l'histoire , ne venait arrêter ce mouvement.

Bacchus figure de plusieurs manières à l'Exposition ; il y a d'abord V Education da Bacchus , par M. Doublemard : un Faune éduque le petit Dieu, mais Véducation qu'il donne a l'air d'être celle qu'un vieux grognard donnerait à un enfant de troupe ; il semble que Bacchus emboîte le pas militaire. Vieux Faune , passez à un autre exercice ! — En fait iVéducation , je préfère le groupe de M. Garnier, où un autre enfant est représenté apprenant à prier Dieu. Il y a quelque chose de suave dans la figure attentive du joU petit chérubin. —Un autre Bacchus est groupé avec l'Amour ; mauvaise société ! Ce garnement de Bacchus engage V Amour à déguster le jus de la treille. Tout en s'appuyant sur l'épaule de son joyeux compagnon , VAmour hésite et réfléchit ; il ferait bien de résister jusqu'au bout , car on sait où souvent Bacchus entraine VAmour.

Saint Paul devant V Aréopage , par M. Le Bœuf , m'a fait l'effet d'un acteur déclamant de tragiques hémistiches. Décidément le sentiment religieux n'est point ce qui a le mieux inspiré les artistes cette année. La peinture offre des Christs impossibles (par exemple, le n« 2181, à peine supportable, mais dont Felfet est amoin-

dri par le n"^ 1427). — La sculpture fournit d'ailleurs bien d'autres preuves de l'absence du sentiment religieux. Ainsi, sont mal réussis : un Ange de la résurrection qui ressemble, à s'y méprendre, à une Renommée ou à une Victoire; un moine étriqué , enregistré sous le nom de Saint Félix de Valois; un autre moine, par M. le marquis Costa; Fébauchede M.LeenhofT, un Christ mort , dont la tête est trop petite et la figure sans caractère. M. Etex a exposé un Saint Benoît dans une posture grotesque : c'est à peine si , comme exception à ce que je viens d'avancer , on peut citer le Saint Jean , de M. Leharivel , ou VEzécfiiel , de M. Gruyère, et Agar dans le désert, i^^r M. Charles Gauthier. — Le Samson, de M. Jules Blanchard , est un très-beau travail anatomique ; il dénote une grande connaissance des muscles , et il y a un singulier déploiement de muscles dans l'action que Samson accomplit : il enfonce ses doigts avec force dans le cou d'un renard. Un pareil colosse, un Samson , a-t-il besoin de faire autant d'efforts pour maintenir un ' renard par le cou et l'envoyer ensuite exécuter un voyage aérien ?

Le Semeur , de M. Chapu, et le Berger Lycidas sculptant leboutde son bdton^ par M. Truphème, d'Aix en Provence, sont deux œuvres remarquables à plus d'un titre. J'aime Tair sérieux et pensif de l'homme qui conhe à la terre les semences du blé qui devra nourrir sa famille; il n'y a point chez lui cet air trivial dont , sous pré-

texte de milisnie , on gnitilie tous les paysans mis en scène aujourd'Iuii dans une œuvre d'art; je trouve cette statue supérieure au Laboureur de M. Capellaro , qui n'est pourtant point sans mérite. Dans Taction qu'accomplit le berger Lycidas, on voit le talent qui cherche sa voie; il y ;i comme un éclair de génie dans les traits réllecliis du berger ; le chien qui, à ses côtés , semble suivre de Tœil avec un vif intérêt le travail de son maître , est parfait dans son attitude. M. l^oubaud a produit, dans sa Vocation, quelque chose d'analogue au berger Lycidas ; mais je préfère encore l'œuvre du statuaire provençal. — M. Moreau a rendu d'une manière très-heureuse la physionomie lV Aristophane \ il a pris le philosophe, ou plutôt le poète comique (souvent c'est tout un} , pendant qu'il observe quelque type ridicule excellent à reproduire. Tout est parfaitement rendu : les yeux demi-fermés , le sourire qui plisse finement les lèvres , un air. moqueur et sournois , désignent parfaitement ( elui qui, l'un des premiers , chercha à châtier les mœurs des humains en riant plutôt qu'en les mettant au supplice ! Cette sculpture est en outre d'une si excellente exécution , qu'on peut la reiiarder do tous les côtés en y trouvant des parties remarquables; ainsi la tète m'a semblé plus belle encore vue de profil que vue de face : on ne saurait en dire autant de plus d'une des statues exposées au Salon (l). — Je ne veux point

(I M. Moreau est mort pendant la durée de l'Expo-

passer sous silence plusieurs morceaux trèsgracieux , tels que l'Enfant à l'escargot , de M. liasse; V Enfant au cadran solaire, par M. ***; l'Enfant à la toupie , par M. Léon Perrey ; le Petit Buveur, de M. Moreau-Yautliier ; le Matin elle Soir, par M. Montagny; le Premier amour, par M. Steenaker ; Héro et Lèandre , par M. Déloye ; le Chasseur indien , par M. Caudron , et les Fleurs du printemps, par M. Ch. Week. Mais, pour en finir avec les statues , si je parle de l'Amour dominateur, ce n'est pas pour en f lire l'éloge. Cet Amour n'a pas même la tournure dun amour de Boulevard -, c'est quelque chose de plus inférieur: il est paré d'un pompon grotesque; son ventre rcssemljle à un gros tonneau : c'est un amour siamois , un petit magot de la Chine. Peut-être l'ai-je mal vu; quand les cheveux grisonnent, on est plus disposé à rire des amours et à les trouver ridicules.

Parmi les bas-reliefs , on distinguait les Danaides , par M. Début : ces pauvres lilles ont Pair bien dépité de ne pas venir à bout de remplir leur vaste cuve. Puis il y avait une grande et belle composition où M. Paul-Auguste Gagne (de Paris) a représenté les Titans foudroyés. Les rocs qu'Encelade jetait sont retombés sur les superbes révoltés, et la victoire est restée à ce

sition : en entrant, un jour, dans le jardin du Palais de l'Industrie, j'apervus une couronne d'immortelles nouée avec un crêpe noir , posée aux pieds de la statue d'Aristophane , je compris ce que signifiait cet hommage touchant.

Jupiter , qu'on voit tout en haut du bas-relief, brandissant d'un air terrible sa foudre flamboyante. L'expression donnée à chacun des Titans est parfaite; le dépit et la colère, mélan^a-s de terreur, contractent leurs traits.

Je suppose maintenant que vous ne tenez pas plus que moi à constater si les portraits en buste de M. X***, de M. 0*'% de M. Y^** sont plus ou moins i)ien réussis : plusieurs de ces messieurs étant inconnus , on ne peut point apprécier la ressemblance; mais ce qui est certain, c'est que parmi ceux qui ont livré leur tète à l'Exposition, il en est de doués d'un fameux toupet ! Les artistes ont scrupuleusement copié leurs modèles, et on s'en aperçoit. — Ce ne sont pas les gens à toupet qui font défaut à cette heure , et, du reste, j'en conviens, un beau toupet rehausse un busle , et accentue vigoureusement une physionomie. Je n'ai donc fiiit que passer devant plusieurs tètes numérotées, et le n" -2883 m'ayant donné envie de fuii', — mou Dieu! que ce monsieur était laid ! — je pus m'arrèter devant d'autres pourlraiclurcs infiniment plus agréables à voir. Or ce n'est j)as la seule occasion où l'on peut être tenté de quitter les civilisés pour aller rechercher la société des hôtes naturels des lois.

M. Isidore Bonheur sculpte ce que peint si bien M"e Rosa Bonheur (1); c'est au fond despàtura-

(I) Ou sait, que M"^ Buulieur vient d'être uommée

ges qu'il vn preiulro ses nioflèles, et ce (jiril n va, il le reproduit d'aup t'arou merveilleuse. Il a exposé deux Taurcau.c eette année ; il semble que l ou entend mugir Tun de ces maguiliques animaux appelant sa génisse. Ce taureau est destiné à entrer au Sérail, il est en plâtre, — le livi'et nous apprend qu'il fait partie d'une collection de béLes commandée par le grand Sultan des Turcs. —Le Vutitour et le Lion du. Sahara, par M. Auguste Cain , sont des morceaux exceptionnels. Le lion est magnitique dans son attitude; il est couché, il rugit, et l'on peut lui dire ce que dit un des personnages du Son'je d'um nuit cl'rt- : « lUen rugi, lion ! « — Le Vautour est en bronze, mais de ce bronze qui a cette teinte verte que les siècles ont donnée aux mi'dailles antiques et qu'on nomme pafinr: jiosi' sur une belle tète de Sphinx, ce vautour étire son aile, il va prendre son vol. Je ne sais s'il y a ([uelque allégorie cachée dans cette réunion d'un sphinx et d'un vautour. Le Sphinx interi'ogé a refusé (U' répondre à mes questions. - J'ai i-egardé encore avec un plaisir inlini le Héron de M. Emile Cana. Ce liéi-on s'apprête à déjeuner d'un escargot: repas frugal, comme vous voyez. Le héron, cependant, en vrai gourmet, hérisse les plumes de son cou en signe de joie ou de

Clieralièrr do la Lét^ioii friloniieur (juaiid dune établiral-on une croix, une mùdaillc spéciale [lour les lettres ou les arts et, n'ayant rien do commun avec celles qu'on aagne sur les chaniiis de hatailli^, ou jtar des services rendus à la France '.'

ronvoitist', tandis quela chétive bestiole cheiiiiiie tout doucement, se croyant aliritée par sa co- ([uille. Elle parait loin de se douter qu'elle va être la victime du terril)le bec qui sournoisement s'allonge au-dessus d'elle. Psous pourrions citer encore [eTigrr de M. Hippolyte Heizler, le Cliicn terrier de M. Salmon, la Pa-drix blessée de M. PaulComolera, etc., et nousénumèrerions encore l)ien d'autres ligures d^inimaux , si nous voulions, ou plutôt si nous])ouvions nous arrêter à celles qui, dans de plus petites dimensions, ont été taillées dans le bois ou modelées en cire. Je me bornerai à signaler une ]'acln\ (!»> M. Félix Ogier; une. Perdrix morte, par .Al. Sylvain Lacliaise (terre cuite ; une autre Perdrix, ]);ir M. \vsou; Jeunes Renards, de M'"* Renard de basclet , les cires de Mène. — Et il nous faut revenir aux gens, car nous no saurions laisser dans l'oubli la statue en pied du maréclial .S>rrurier, par M. Donblemard, et celle de Ric/nu'd Lenoir, par M. Louis Hochet. La statue de Serrurier n'a rien qui la distingue de toutes l(>s statues de grands bommes du grade militaire qu'on a pu voir jusqu'ici ; elle est belle dans son ensemble: mais comme le maréchal est en grand costume d'apparat, on ne peut s'empêcher de penser qu'il faut être doué d'une cerlaine vigueur pour porter avec aisance un manteau si lourd , tant de franges, de broderies , etc. Ce costume majestueux doit être incommode. — .rignorais, fr.\ncliement. que Richard Lenoir fût

un ^rrand homme, un porsonnapo liistorique : j'aiétéonchanté de ce que le livret nVa révélé (le lui, mais je ne saurais en dire nulant de sa statue. On pourrait la mettre en rei»arddu hideux portrait de Proudhon, par M. Coiirbet. Qu'il soit utile d'offrir M. Richard Lenoir à la postérité, en buste ou en pied , passe encore ; mais en quoi peut-il être avantai?eux que l'on nous présente, sans nous faire grâce d'une seule , les verrues que le même Hicluird avait sur sa figure? 11 y en a trois, si j'ai bien compté. Est-ce de l'art que la reproduction scrupuleuse des moindres détails qui enlaidissent une figure ? Ces reproductions sont dans les arts aussi importantes quele sont dans la critique littéraire les observations minutieuses où se complaisent certains lettrés. On a été plus loin pour la statue de Richard Lenoir : il avait, à ce qu'il paraît, b^s jambes un peu tortueuses, un peu maigres ; son pantalon, ou plutôt sa culotte, avait des plis disgracieux ; on n'a eu garde, pour ces détails encore, d'en priver nos regards. On appelle cela faire de l'art ! Et quelle pose a été donnée au grand honmie : il a la main plantée dans son gousset , geste de parvenu, pose de Mondor !

Si je me suis assez appesanti sur les œuvres sculptées, il me serait difiicile d'agir de même relativement aux tableaux : il y en a tant ! Et puis , à vrai dire , le ciseau , cette année, m'a paru plus heureux que le pinceau ; ce qu'il a produit est réellement plus digne d'attention,

mieux imprégné d'un véritable sentiment artistique, plus cligne crencouragement.

J'escaladai toutefois avec courage les grandes marches du Palais de l'Industrie. Après tout, c'est plus aisé que l'ascension du Mont-Dlanc; quels que soient les orages, les gouffres, les ouragans et les glaces qui attendent en haut , — ils n'y sont qu'en peinture.

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