DANS LB
DB ft9ftft.
par M. Edouard Morren, Docteur en sciences naturelles.
§. I. COUP d'oeil général.
Une exposition de l'industrie pourrait passer comme devant peu intéresser un naturaliste; mais lorsqu'elle est conçue sur une aussi vaste acception que l'était celle de Paris y elle ne se compose pas seulement des produits industriels et manufacturiers de toutes les nations , mais encore des matières premières qui alimentent l'industrie et le commerce. Les limites s'étendent dès lors considérablement ^ puisque cette exposition a pour but de montrer réunies en un seul point 9 toutes les substances minérales, végétales et animales du globe, que l'homme à su utiliser, et permet de suivre toutes les transformations qu'il peut imprimer à ces. matériaux naturels. Le palais de l'industrie, véritable symbole du XIX"* siècle, montrait ce que l'homme a demandé aux choses créées^ comment il s^approprie ce qui lui est nécessaire , et ce qu'il en a su faire : c'est l'image de l'empire de la pensée sur la matière, en 18SS, et le résultat de 5859 ans d'efforts et de labeurs. L'homme y va admirer son œuvre, sa création, car aux grandes assises tenues sur le carré Marigny, on jugeait la matérialisation de la pensée humaine : ce microcosme rappelait notre passé, montrait le présent et laissait pressentir l'avenir.
Après avoir consacré quelques visites à satisfaire son avide curiosité, à calmer l'impression profonde que produit la première vue de tant de merveilles et à s'orienter dans ce vaste temple de l'industrie, il convient de marcher à pas plus lents et de chercher les produits dont l'étude peut laisser des connaissances utiles. Je dis chercher, car il faut reconnaître, en faisant même une juste part à la difficulté de l'entreprise et aux efforts des hommes généreux et éclairés qui se sont consacrés à la réalisation matérielle de l'idée d'une exposition universelle, qu'autant l'impression première que produisaient les premiers pas dans le palais ^ était profonde, magique, enchanteresse, £trtistique , autant il était pénible de constater que l'on avait un peu trop fait en faveur de l'effet général , aux dépens d'une disposition sérieuse, rationnelle et scientifique. Rien, pas même le catalogue ofiiciel, ne pouvait guider l'homme spécial qui cherchait les objets de ses études favorites. Cependant il faut reconnaître que l'on a trop .
critiqué le résultat de la commission directrice, et qu'en résumé , la disposition adoptée a su concilier les choses de manière à produire un admirable effet d'ensemble, tout en groupant convenablement les détails, à permettre la comparaison des produits similaires des différentes nations et à donner une idée de l'état général de l'industrie dans chacun de ces pays, qu'elle a voulu faire autant une réunion d'expositions partielles qu'une exposition universelle. Mais, en voulant satisfaire trop d'exigences, en voulant atteindre plusieurs buts, on devait nécessairement n'espérer la perfection sous aucun rapport. Avant tout, il fallait plaire au nombreux public qui visiterait l'exposition , exposer les objets avec art et avec goût, pour l'attirer, le retenir et le séduire ; sous ce rapport , les louanges ont été générales : le prestige était grand au temple de l'industrie, l'ensemble pittoresque et varié imposait l'admiration, les détails charmaient les sens, piquaient la curiosité. Chaque visite inspirait le désir de renouveler les jouissances qu'on venait d'éprouver.
Il fallait plusieurs visites pour se faire une idée générale de l'exposition^ mais elles suffisaient pour donner l'expérience nécessaire^ pour se guider soi-même , lorsqu'on viendrait examiner en détail
les objets de prédilection. La plupart de ceux qui m'intéressaient , se trouvaient réunis dans l'annexe , section des produits ^ et dans les pavillons du jardin.
Je devais porter une attention spéciale sur les produits de la seconde classe , c'est-à-dire Tart forestier. et les récoltes des produits obtenus sans culture. C'est dans cette classe que devaient être exposés les cartes forestières , hydrographiques^ botaniques , zoologiques et cartes physiques en général , les bois et végétaux divers , des échantillons de sols forestiers, les systèmes généraux d'aménagé^ ment, de reboisement; des échantillons des bois employés comme matériaux pour la charpente, les constructions, la menuiserie, l'ébénisterie , le tour, les constructions navales, etc., etc., les parties de végétaux employées comme matières premières^ tels que les lièges , les écorces textiles , certaines moelles et feuilles , certains fruits ; les matières tannantes , colorantes , odorantes et les parties de végétaux forestiers employées dans la pharmacie ou recherchées pour certaines propriétés spéciales. C'est dans cette même classe, sous le titre de 6° section, et dans la classe XI qu'étaient compris les substances alimentaires , les fécules , les huiles , les tubercules , les racines , les oignons et végétaux divers de production spontanée et comestibles ; les fruits à fécule , à pépins , à noyau et charnus ; les sucres , les condiments et stimulants ; les substances employées pour le vêtement, l'ameublement, l'ornement, etc., les végétaux herbacés, écorces, etc., fournissant des matières textiles; les graines, les fruits, employés comme ornements; les substances savonneuses, racines, baies et écorces employées comme savons; les cires végétales, les gommes, les résines et les baumes; les couleurs et matières tinctoriales d'origine végétale ; enfin les substances diverses employées dans l'économie domestique, l'industrie, la pharmacie , etc. , et les matières premières diverses et d'origine végétale.
Entreprendre une appréciation complète de la classe II, serait une tâche au-dessus de mes forces, et trop vaste, eu égard au peu de temps dont j'ai pu disposer.
Je dois forcément me borner à l'examen d'une partie de la seconde
classe y pour m'occuper spécialement des bois y des matières textiles et des substances oléagineuses, etc. ; en passant sous silence une foule de produits bien intéressants et qu'il serait impossible de mentionner ici.
Nous aurons donc à examiner les produits du sol forestier et tous ceux que le règne végétal fournit spontanément à l'homme, sans l'intervention de la culture. Il importe de ne pas faire entrer dans cette catégorie de produits , ce qui est du domaine de l'agriculture , c'est-à-dire tous les produits obtenus par la culture périodique et régulière de la terre. Je me permettrai de visiter l'exposition en naturaliste plutôt qu'en agriculteur praticien.
Les membres du jury de la classe II, étaient :
M. William Hooker, président, directeur des jardins royaux de Kew {Angleterre).
M. Milne-Edwards , vice-président, membre de l'académie des j^,
sciences, doyen de la faculté des sciences de Paris, professeur de zoologie au muséum d'histoire naturelle {France).
M. Geoffroi St. Hilaire, membre de l'académie des sciences, professeur de zoologie au muséum d'histoire naturelle, président de la société zoologique d'acclimatation {France).
M. Adolphe Brongniart, membre de l'académie des sciences, professeur de botanique au muséum d'histoire naturelle {France). ^
M. Decaisne, membre de l'académie des sciences, professeur %
de botanique au muséum d'histoire naturelle, membre de la société impériale d'agriculture {France).
M. Vicaire , administrateur général des domaines et forêts de la Couronne {France).
M. Therould, armateur à Granville {France).
M. Adolphe Focillon, secrétaire, professeur d'histoire naturelle au Lycée Louis-le-Grand, chargé du cours de zoologie au collège impérial de France {France).
M. Geoffroi de Villeneuve, membre du jury de l'exposition de Paris (1849), député au corps législatif {France).
M. Robert E. €oxe, colonel {Etats-Unis).
M. José Andrate Corvo, professeur à l'institut agricole de Lisbonne (Portugal).
M. le chevalier Parlatore, professeur, (Toscane).
Diaprés le catalogue officiel, S4 nations avaient pris part au concours universel; mais en comptant les diverses colonies, on arrive au chiffre de 84 contrées : sur ce nombre 52 seulement avaient envoyé des produits aux sections qui nous occupent.
Les nations qui s'étaient abstenues sont :
L'Angleterre (*), la Prusse (2), la Saxe, la Belgique (3), le Hanovre, le Wurtemberg, la Bavière, les Etats-Unis d'Amérique, le Brésil, le Danemarck, presque toute l'Allemagne, la Suisse.
Parmi ces nations , il en est dont l'abstention est bien naturelle. Celle de l'Angleterre est amplement compensée par le riche contingent de ses colonies. L'Angleterre s'efforce de faire produire à son sol les aliments et le bétail qui lui sont nécessaires et laisse aux colonies le soin de produire les bois de construction et autres matières premières de l'industrie.
Le nombre total des exposants de la classe II, section 1,2,6, est de 387 qui se répartissent de la manière suivante :
France 18 Report. . 77
Province d'Alger 6 Empire d'Autriche 21
Id. d'Oran 8 Grand Duché de Bade .... 2
Id. Gonstantine ... 12 République de Gosta-Rica . , . 4t
Martinique 12 République dominicaine . . . . 1
Guadeloupe 4i Egypte 1
La réunion 2 Espagne 18
Indes françaises 5 Puerto-Rico ...... 1
Guyane franc 7 Cuba i
Sénégal 1 Golonies aglanises.
Gabon l Nouvelle-Galles du Sud .... 37
Confédération argentine .... 1 Victoria 2
A reporter. . 77 A reporter. 165
(1) L'Angleterre a exposé une collection de bois, arrangée par le professeur Wilson, mais dans la classe III et au nombre des produits agricoles.
(2) M. Sternihof, deScharfenberg, a seul envoyé une moussé (Polytrichum eommune), propre à la fabrication des brosses pour l'encolage.
(5) Le seul exposant belge, inscrit dans l'une de ces sections est M. Sioen, de Gand, qui a exposé des lattes à plafonner et un tronc fendu et divisé en 220 lattes.
Report. iSa Report. 308
Van Diémen 27 République de la Nouvelle Grenade 5
Bahamas 1 Empire Ottoman 1
Canada 27 Possessions Néerlandaises .... 6
Cap de Bonne-Espérance. ... 5 Etats-Pontificaux 3
Ceylan 7 Portugal 4S
Guyane anglaise . 28 lies de Madère et Puerto-Santo . . l
Inde anglaise 5 Afrique portugaise occid. , . , S
Singapoore 1 Guinée portugaise 2
Jamaïque 9 Golfe de Guinée 1
Ile Maurice 4i Afrique portugaise orientale ... 1
Nouvelle Zélande 2 Inde portugaise 1
Grèce 6 Chine et Océanie portugaise ... 1
Guatumala 1 Sardaigne 2
Royaume Hawaien i Suède i
République mexicaine 16 Toscane 4
N^'^^S®- ' J L- Total. . 387
A reporter. 308
Mais on se tromperait fort si l'on voulait préjuger l'importance de l'exposition de chacune de ces contrées, d'après le nombre des exposants. Les seules expositions importantes et intéressantes de l'exploitation forestière sont celles des colonies anglaises, des colonies françaises, particulièrement de l'Algérie, et des possessions néerlandaises et portugaises. L'Espagne et Bade étaient les seules nations européennes qui eussent envoyé des collections convenables. De quelle utilité n'eût pas été une exposition complète des produits forestiers de toutes les nations ! Si l'on avait pu trouver réunis des échantillons convenables du plus grand nombre d'arbres avec leur nomenclature et quelques renseignements sur leur provenance, leur végétation, leurs principales qualités et leur importance dans tel(e ou telle contrée ; l'industrie et le commerce auraient certes trouvé, dans cette exposition, des éléments d'action dont ils ignorent peut-être l'existence , et la science aurait pu mettre à profit cette occasion unique pour résoudre, à l'aide des éléments nécessaires, bien des questions controversées de botanique forestière.
Mais la série des échantillons forestiers présentait malheureusement de nombreuses et profondes lacunes , au palais de l'industrie , et les seules nations qui ont envoyé leurs produits, sont des colonies dont les bois constituent une des principales richesses et un article d'exportation important.
Cependant , malgré ces lacunes , la végétation des forêts des cinq parties du monde était suffisamment représentée au palais de Pindustrie, pour qu'on pût s'en former une idée générale. L'Europe, qui avait envahi presque tout l'espace réservé à l'industrie et aux produits manufacturiers y devait nécessairement céder le pas aux colonies, peur l'envoi des produits naturels du sol, obtenus sans culture.
Une végétation riche et spontanée caractérise les zones chaudes, tandis que c'est à force de travail que l'Europe s'efforce d'arracher à la terre les substances nécessaires à son alimentation. Les principaux et les meilleurs bois de construction et d'ébénisterie employés en Europe, sont importés des colonies anglaises , néerlandaises, portugaises et espagnoles; ce sont heureusement ces colonies qui ont fourni à l'exposition le plus beau contingent en envoyant, non-seulement des échantillons des bois déjà employés en Europe, mais en outre un grand nombre d'espèces jusqu'ici inconnues.
L'Europe forestière était plus ou moins bien représentée par les envois de la Norwége, de la Suède, de l'Angleterre, de l'empire d'Autriche, du Grand-Duché de Bade, de la France, de la Sardaigne, de la Toscane, des États-Pontificaux, de l'Espagne, du Portugal et de la Grèce ;
L'Afrique, par 1 Algérie, l'Egypte, les colonies portugaises, les colonies françaises du Sénégal, du Gabon et de la Réunion, les colonies anglaises du Gap de Bonne Espérance et de l'ile Maurice.
L'Asie, par l'empire ottoman, les possessions néerlandaises aux Indes orientales, les possessions françaises, les colonies anglaises de Ceylan , de l'Inde et de Singapoor, le royaume Hawaien, les possessions portugaises à Goa, Damao, Diu, Macao, Solor et Timor.
L'Amérique septentrionale, par la colonie anglaise du Canada, le Mexique, les colonies françaises de la Martinique et de la Guadeloupe, la république de Costa-Rica, la république dominicaine, les colonies espagnoles de Puerto-Rico et Cuba , les colonies anglaises de Bahama et de la Jamaïque, la république de Guatumala.
L'Amérique méridionale, par la Guyane anglaise, la Guyane fran-
çaise^ la Confédération Argentine, la république de la Nouvelle Grenade.
Enfin rOeéanie^ par les possessions anglaises de la Nouvelle Galles du Sud; de Victoria, de Van Diemen et de la Nouvelle Zélande.
§. 2 EuaoPB.
La Suède avait envoyé quelques bois propres aux constructions navales , quelques chênes , hêtres , bouleaux , aulnes , genévriers, aliziers, ormes, etc., et quelques échantillons de sapins du nord; mais c'était la Norwége qui avait spécialement exposé des troncs, poutres , madriers et planches de pins et sapins du nord ; ils formaient une pyramide élevée dans la galerie d'annexé.
L'Angleterre avait exposé des bois, mais comme produits agricoles; un grand nombre d'entre eux sont en effet le résultat de la culture, ils n'appartiennent pas à des espèces spontanées sur le sol britannique. Parmi les conifères, c'étaient le sapin de Norwége (pmtis epicea^ L.), le pin maritime (pinm pinaster, L.), le sapin à feuilles d'if [pinus piceoy L.), le pin dje Corse {pinus laricio, L.), le cèd^e du Liban {Cedrus Libaniy Bar.), le pin de Genève (pinus sylvestris, L.), que Ton retrouve en Laponie par 70'' de latitude nord. Le bois d'if (taxus baccata, L.) présente un grain serré dur; il est veiné de brun rougeâtre et pesant. Enfin on passait successivement devant des échantillons de bois de houx, de lilas, d'érable, de bouleau blanc, de pêcher, de frêne , de hêtre , de peuplier, de cerisier , d'aubépine , de chêne, de saule, d'orme, de sureau, de noisetier^ d'aulmes, de marronnier d'Inde, de charme, de tilleul, de platane, de faux ébénier et de cytise des Alpes.
Les bois de mélèze de Moravie qui , par suite de la régularité et de l'homogénéité des couches , sont si estimés pour la fabrication des instruments de musique, étaient exposés dans le compartiment autrichien , les uns à l'état brut , les autres serrés et préparés pour la lutherie. Le domaine impérial de Brandere (Bohême) et la société
d'agriculture du district de St. Polten (Basse Autriche) avaient envoyé des échantillons de bois et de plantes forestières : ces bois consistaient surtout en chênes, pins^ sapins ^ frênes , ormes et mélèzes. Les mêmes espèces se retrouvaient dans le bois de la Forêt Noire du grand duché de Bade , bois qui s'exporte surtout vers la France et Paris.
L'exposition des bois français était bien pauvre; en cherchant bien, on parvenait cependant à découvrir une collection de bois des forêts françaises 9 envoyés par M. Millet, quelques chênes-Lièges de la Provence et des bois de l'Ile de Corse , propres à l'ébénisterie.
Dans l'exposition Sarde, on n'avait à remarquer qu'une collection minime des bois nationaux et du hêtre coloré par un procédé nouveau.
Le contingent Toscan était relativement plus riche. M. Siemoni, administrateur du domaine privé, avait envoyé une collection convenable des produits forestiers du domaine grand-ducal de Gasentino et l'Institut l. et R. technique de Toscane à Florence^ une collection de bois pour l'ébénisterie et les constructions.
La société d'agriculture de Bologne , dans les Etats-Pontificaux , avait exhibé une collection des bois des arbres croissant dans la province.
Enfin le gouvernement Hellène avait envoyé une collection de 77 espèces de bois dans l'Achaïe et l'Ëlide, les bois appartiennent aux genres pinus , quercus , populus , ulmus , fraximus , salix , acer, corylusj prunus ^ pyrus , cerasus , cupressus, juniperusj taxusy myrica^ rhammus , berberisj etc., analogues à ceux de nos contrées, mais en outre aux genres platanus, laurus , cupressus , myrtus, lentiscus , etc.^ qui attestent un climat plus méridional.
On sait que c'est de Grèce que sont importés en Europe , les raisins de Corinthe, singulière variété, remarquable par l'extrême petitesse de ses fruits qui manquent de graines ou pépins. On la cultivait d'abord autour de la ville de Corinthe , aujourd'hui elle est considérablement étendue dans les Iles de Patras, Gorfou, Licata, Ithaque, L. Zante, etc.. La quantité de raisins de Corinthe consommée en Angle- ^ terre est vraiment prodigieuse, avant la maladie qui a compromi la
récolte de ce fruit depuis quelques années^ cette quantité s'élevait annuellement à 21 ,000 tonnes. Quant aux raisins secs du commerce, ils lui sont fournis surtout par Valence » Lexia et Dénia en Espagne , par Malaga et par Smyrne : Les raisins du Sultan sont les plus estimés ils sont très gros et ne renferment point de graines.
La Grèce fournit encore à l'Europe une grande quantité de figues sèches, renfermées dans des barrils ou paniers. Les figues sont portées par le Ficus Corica, de la famille des Urticées , mais on sait qu'en dépit de l'opinion commune , les botanistes ne sauraient appeler la figue un fruit : ce n'est autre chose qu'un réceptacle charnu et retourné. Examinez un grand soleil {Uelianthus annuus), et yous trouverez que les grandes inflorescences jaunes , que Pon nomme vulgairement les fleurs, sont en réalité formées d'un très grand nombre de fleurons ou petites fleurs, placées très prés les unes des autres sur la surface d'un large disque ou réceptacle. Supposez maintenant que ce réceptacle ait les bords considérablement relevés de façon à devenir concave, les fleurons seront dès lors renfermés dans l'intérieur du disque et nous aurons un fruit en tout semblable à la figue. Après que les fleurs internes de la figue ont accompli leurs fonctions , le réceptacle s'accroît en volume et enclôt tous les petits fruits dans sa pulpe succulente et douce , cette pulpe est extraordinairement sucrée puisque dans les meilleures variétés (figues dé Smyrne)^ elle renferme jusque 62 p. c. de sucre. Le figuier est un arbre qui atteint des dimensions très élevées et qui donne un caractère particulier à la végétation d'une contrée.
Le relevé des envois forestiers des principaux états de l'Europe atteste que les forêts s'en vont de ce continent. Les richesses forestières appartiennent aux contrées jeunes et partant sont en raison inverse du développement de l'agriculture et de l'industrie. Les seules contrées de l'Europe où les essences forestières soient encore assez développées^ sont la Russie et l'Espagne, précisément celles chez lesquelles l'état de l'agriculture et de l'industrie laissent encore beaucoup à désirer. Mais l'Europe centrale substitue au bois, la houille et le fer; ou demande aux colonies ce qu'il lui serait impossible de
produire elle-même , les admirables bois d'ébénisterie et les meilleurs matériaux pour les eonstructions navales.
La Russie était nécessairement absente du palais de cristal , mais l'Espagne y a envoyé une fort belle collection de bois , la seule même convenable parmi toutes les contrées de l'Europe. Nous ne parlons ici que de l'exposition espagnole proprement dite; sans y comprendre les intéressants produits des colonies. Cette exposition était remarquable, grâce surtout aux envois du gouvernement royal, des écoles forestières de Villa- Viciosa , de Gordoue et d'Alicante. Ainsi l'administration des bois et des forêts royales avait envoyé des échantillons, au
nombre de. . . 227
l'école forestière de Villa- Viciosa 319
le comité d'agriculture de Gordoue 45
Total. ~ S9Ï
Mais par suite des doubles emplois, le nombre des essences différentes doit se restreindre à 2S6 (^).
(1) Voici la liste des essences qui constituent les bois et les forêts de PËspagne :
Acer campestre, L. — A. creticum, L. — A. platanoides, L. — A. saccharinom, Willd. — Voulus hippocastanum , "Willd. — M. pavia, L. — M. rubicunda, Lodd. — Adenocarpas hispanicus, DC. — Ailanthus glandalosa, Desf. — Amorpha fruticosa, L.
Amygdalus communis, L. — A. cominunis, yar. amara, DG. — A. commanis, var. dulcis; DC. — Arbutus unedo^ L. — Armeniaca vulgaris, Lam. — Abies ezselsa, DC. — Abies pectinata^ DC. — Acer monspessulanum , L. — A. negundo, L. — A. pm^odoplatamus, L. — A. rubrum, L. — Alnus glutinosa, Gsrt.
Berberis vulgaris , L. ~ Betula alba, L. — Boelia spherocarpa, Welb. — Broussenetia papyrifera, W. — Buzus sempervirens, L.
Calycanthus floridus, L. — Caprifîcus insectifera, G. — Garpinus betulus, L. — Garyaolivxforrois, Mutt. — Castanea vesca, G. — Catalpa syringœfolia , Act. — Cedrus Libani, Barr. — Celtis australis, L. — G. occidentalis , Willd. » G. orientalis, Tourn. ->• Gerasus caproniana, DG. — G. duracina, DG. — G. juliana, DG. *-' G. lauro-cerasus, Juss. — G. mahalep. , Mill. — G. virginiana , Juss. — Gydonia vulgaris. — Gytisus labumum, L. — Gallula vulgaris, DG. — Gœrasus paclus, DG. — 0. lusitanica, DG. — Gercis canadensis, L. — Gistus ladaniferus, L. — Gistus salvifolius, L. — Gitrus aurantium, Riss. — G. limonium, Riss. — Cornus mascula , L. — G. sanguinea, L. — Goronilla emerus, L. — Gorylusavellana, L. — Gratxgus azarolus , Willd. — G. coccinea,L. — G. cordata, Ait. — G. Grus-galii, L. — G. monostyla. — G. monogyna. — G. oxyacantha, L. — G. oxyacantboïdes. — G. terminalis. — Gupressus fastigiata, L. — G. horizontalis, Mill. — G. thujoides, Willd. — Gytisus alpinus, M. — Geratonia siliqua, L.
Diospiros lotus , L. — D. virginiana , L.
Parmi les produits naturels particuliers à l'Europe méridionale , il faut noter le grenadier, l'olivier, les orangers et citronniers, le caroubier, les amandiers et la pistache de terre.
On cultive le grenadier {Punica granatum) arbre de la famille des Myrtacées en Espagne , en Portugal , en Italie et dans le Midi de la France; en Perse il forme de vastes forêts. Il fleurit en Angleterre mais n'y fructifie point. La pomme grenade a de tout temps été très estimée et son suc sub-acide est un précieux rafraichissement pour les habitants des pays chauds; mûre elle est d'un beau jaune d'or teinté de rouge d'un côté. Le fruit coupé montre
Elaagous augastifolia. — Erica vulgaris , L. ^- Eyonymus europœus , L. — Erica arborea, L. — £. cinerea, L. — £. purpuracens. — £. scoparia, L.
Fagus sylvatica. — Fraxinusamericana, Bosc— F. angustifolia, Vahl. — F. excelsior, L. — F. juglandifolia, L. — F. monophylla^ Desf. — F. ornus, L. — F. florifera.
Fi cas carica, L.
Genista sibirica, L. — G. scoparia, L. — G. monosperma. — G. spberocarpa. Gleditzia siaeiisis, Desf. — G. Triacantbos, L. — Gymnocladus canadensis, L.
Hedera belix, L. — Hibiscus syriacus, L.
Ilex aqnifolium, L.
Juglans regia, L. — J. nigfa, L. — Junipcrus commuais, L. — J, sabina. — J. viiginiana. — J. hispaaica, Lamk. — J.'phœaicea^ L. — J. occicedrus.
Laurus nobilis, L. — Ligustrum japooicum, Thnnb. — L. Yulgare^ L. — Liquidambar styraciflua, L. — Loaioera caprifoHum, L. — L. tatarica. — L. xylosteum, L.
Magnolia grandiflora, L. — Meiia acederacb, L. — Alespilus acerifolia^ Poir. — M. germanica, L. — M. japonica, L. — Morus alba, L. — M. Nigra, L. — M. rubra, Willd.
Myrtus commuais, L. — Morus multicaulis, L.
Quercus cocifera, L. — Q. crioata, Lam. — Q. bumilis, Willd. — Q. bispanica, Lam. — Q. muricata, BG. — Q, sessiliflora, Smith.
Rhamaus alaternus, L, — R. frangula, L. — Rhus tiphina, L. — R. coriaria, L. — Ribes rubrum^ L. — Robinia pseudo-acacia, L. — R. hispida, L. — R. umbraculifera, 1)C. — R. visoosa, Vent. — Rosa hispanica, Bons, et Rent. — Rubus fruticosus, L. — Salixalba, L. — Salix babylonica, L. — S. canadensis, L. — S. fragilis, L. — S. rubra, Hudfl. — s. rufinervis, L. — S. Triandra. — S. viminalis^ L. — Sambucus nigra, L. — s. racemosa, L. — Spartianthus junceus, Link. — Spiraea opulifolia, L. — Staphylea pinnata, L. — Styphnobium japooicum, Sch. — Syringa vulgaris, L. — Sophora japonica^ Thunb.
Tamarix gallica, L. — T. germanica, L. — Taxodium distichum, Ricb. -^ Taxus baccata, L. — Thuja occidentalis, L. — T. orientalis, L. — Tilia americana, L. — T. platyphylla, Scopoli. — T. miorophylla, Vent. — Tecoma radicans.
Ulmus americana, L. — U. campestris, L. — Ulex europaeus^ L.
Viburnum iantana, L. — V. opulus, L. — V. tinus, L. — Vitis agnus castus, L. — Yitis labrusca, L.
un grand nombre de carpelles d^un rouge de sang. On sait que l'écorce du grenadier sert à tanner le célèbre cuir marocain.
L'olivier {Olea Europea) de la famille des oleacées est un bel arbre de grande taille, qui croit lentement et atteint un âge très avancé : ses feuilles ressemblent à celles du saule ^ mais elles sont . plus douces et plus délicates. Nous recevons rarement des olives fraîches : ce sont des baies ovales, très allongées , assez semblables pour la forme et la couleur aux glands du chêne et consistant en un noyau renfermant une graine et entouré d'une enveloppe charnue vert bleuâtre très foncé : ce noyau est extraordinairement dur; il est primitivement biloculaire^ mais une des loges avorte , l'huile existe en grande abondance dans le péricarpe.
Il parait probable que l'oranger est originaire de la Chine et du nord des Indes et que nous devons son introduction en Europe aux Maures : l'orange était inconnue des Grecs et des Romains. Avicenna, célèbre naturaliste Maure est le premier qui mentionne l'orange et parle de l'huile essentielle de ce fruit, connue sous le nom d'huile >de Nérole. L'oranger s'est considérablement répandu , on le trouve en Chine, aux Indes, dans l'Afrique méridionale et septentrionale, dans l'Europe du sud, la Turquie, les iles de la Méditerranée, l'Amérique du sud , les Açores et les Indes occidentales. C'est à la culture seule que nous devons les fruits juteux de l'oranger car à l'état sauvage ces fruits sont acres et immangeables. Risso, en'1818, à décrit 169 variétés du fruit du Citrus aurantium.
L'orange divaèrt {Citrus vulgaris) était connue en Europe longtemps avant l'orange douce. Les maures d'Espagne la cultivaient beaucoup, probablement à cause de ses propriétés médicinales : toutes les anciennes plantations qui nous sont restées des arabes sont de Citrus vulgaris. Le limon {Citrus Limonium), est une sorte d'orange très estimée, originaire des monts Himalaya et que l'on suppose avoir été introduite en Europe à l'époque des Croisades : son suc est acide, très frais et agréable ; c'est un des meilleurs anti-scorbutiques connus. On a ordonné en Angleterre à tout navire qui part pour une longue traversée , de prendre à bord des limons et depuis lors la terrible
maladie connue sous le nom de scorbut a presque entièrement disparu dans la marine militaire et marchande anglaise. On cultive les limons en Sicile et en Portugal. On en importe en Angleterre environ 12,000 caisses de Messine et de Palerme et 3,000 caisses de Malaga et de Lisbonne. Les variétés les plus estimées sont le Limon à cire (C Limonium Ceriescum Risso) , Le Limon impérial (C. Limonium Impériale , Risso) et le Limon de Gaête (C Limonium Gaietanum ^ Risso). Puisque nous sommes à parler des oranges, signalons quelques variétés exotiques dont on importe annuellement une petite quantité en Europe. Le Citrus Decumana y qui croit en Chine a été transplanté aux Indes Occidentales, par le capitaine Shaddock où il a parfaitement prospéré; son fruit est très grand et d'un belle couleur jaune vif. Le Citrus Paradisiy est une espèce très voisine de la précédente dont le fruit est appelé en Angleterre le fruit défendu (the forbidden fruit). Enfin au Brésil on estime fort le fruit du Larangeira Seleta,
Le Caroubier (Ceratonia siliqua, L.) est un arbre de petite taille qui croit en Espagne, en Italie, en Provence, dans les environs de Nice et sur les côtes de Barbarie. Son bois est d'un beau rouge foncé , veiné et devient très dur en vieillissant. Il appartient à la famille des légumineuses ; %es feuilles sont composées de six à dix folioles, coriaces, persistantes, ovales^ obtuses. Les fleurs sont dioïques ou rarement polygames, à calice rougeàtre à cinq divisions, sans corolle. Le fruit nommé Algaroba par les Maures et les Espagnols, et Johannisbrody ou pain de S*-Jean, par les Allemands, est une gousse allongée, d'un brun châtain, renfermant une pulpe souvent noirâtre, et des semences dures, luisantes, d'un brun rouge. La pulpe qui les entoure a une saveur douce et sucrée. En Orient ^ ces fruits servent de nourriture aux enfants et aux pauvres ; ils entrent dans la composition des sorbets, dont les musulmans font un usage journalier.
On sait que Tamandier {Amygdalus œmmunisy de la famille des Drupacées) est un arbre très voisin du pécher, qui est une espèce du même genre {Amygdalus persica)^ et, comme ce dernier, il produit un fruit charnu , contenant une graine renfermée dans un noyau solide (endocarpe). Mais dans l'amandier la chair n'est pas aussi suc-
culente que celle du pécher; elle n'adhère pas au noyau et à la maturité du fruit, elle se durcit et se détache. L'amandier est un arbre dont l'aspect rappelle le prunier commun. Il est très probablement originaire de la Syrie et des parties orientales de l'Afrique, d'où sa culture s'est étendue sur la plus grande partie de l'Asie y la Grèce et toute l'Europe méridionale.
On en distingue deux races principales : l'amandier à fruit doux {A.communiSf t?ar. dulcis) et l'amandier à fruit amer (il. cornmunis, var, amara).
Les Romains tardèrent longtemps à se familiariser avec l'usage des amandes douces, qu'ils nommèrent d'abord noix de Grèce. Aujourd'hui on évalue l'importation des amandes douces en Angleterre à 800 tonnes, qui représenteraient une valeur de 48,000 livres sterling. La variété la plus estimée sont les amandes du Jourdain , qui, nonobstant leur nom oriental , viennent de Malaga. Les amandes de Valence ont la peau iSne, allongées ; les amandes de Barbarie sont plus courtes, plus arrondies et plus petites; ce sont les plus répandues dans le commerce.
Les amandes amères nous arrivent surtout de Barbarie où elles constituent un article de commerce important. Leur usage principal est l'expression de l'huile fixe et la distillation de l'huile essentielle ; on les emploie beaucoup dans l'art du confiseur. L'amande amère est beaucoup plus petite , plus arrondie et plus épaisse proportionnellement que l'amande douce. On sait qu'il est imprudent d'user sans ménagement des amandes amères dont l'huile essentielle constitue un poison dangereux.
Le singulier fruit connu sous le nom de Pistache de terre est le produit de YArachis hypogea, plante remarquable de la famille des légumineuses, généralement cultivée sur les côtes occidentales d'Afrique où elle constitue la base de l'alimentation de la population nègre : on l'y nomme Moonduli. VArachis hypogea paraît originaire d'Afrique quoique quelques auteurs prétendent qu'il soit d'origine américaine : son introduction dans le Nouveau-Monde semble devoir être attribuée aux esclaves. On 'le cultive beaucoup dans les États de
rAmérique du Nord et de l'Amérique méridionale , aux Indes orientales et en Gochinehine dans le but surtout d'en extraire l'huile limpide que les graines fournissent par expression. VArachis hypogea est une plante annuelle rampante ^ à fleurs jaunes y naissant à Taisselle des feuilles au nombre de 6 à 7 par hampe ^ tout contre ou souvent sous le sol; ce sont ces dernières seules qui sont fertiles : elles produisent des fruits d'une forme oblongue particulière renferment ordinairement deux, parfois quatre graines rouges du volume d'un gros pois. Ce fruit est hypogée , c'est-à-dire qu'il mûrit dans la terre. Ce caractère se retrouve dans un autre ^enre très voisin, nommé Voandzeia qui produit des graines très analogues à celles de la Pistache de terre et connues à Surimam sous le nom de Gobbe. Les graines de ces deux plantes sont bouillies par les nègres et mangées comme des pois, souvent on les mange frites. Dans la Caroline du sud on les torréfie, elles servent alors à préparer un chocolat.
A côté de l'exposition espagnole venaient se ranger les produits forestiers du Portugal : bois de construction, bois de marine et d'ébénisterie, mais assez analogues quant aux espèces, à ceux de l'Espagne. On y remarquait en outre des cordages de lin de la Nouvelle Zélande {Phormium tenax) qui peut croître en plein air sous ce généreux climat, et de la soie végétale constituée par des filaments d'Agave.
Les plantes textiles les plus importantes de l'Europe sont le lin {Linum usitatissimum) et le chanvre (Cannabis sativa). En 1850, la culture du lin occupait en Angleterre 120,000 acres dont on peut évaluer le produit brut à 36,000,000 de kilogrammes : les pays où cette culture est la plus répandue sont la Hollande, la Belgique^ l'Italie, la Russie, l'Egypte et la Turquie. L'Egypte était jadis renommée pour la beauté et la finesse de ses lins. On sait que l'examen microscopique des langes de momies Egyptiennes a prouvé qu'elles étaient tisées de fibres de lin. Hérodote parle d'une tunique de lin conservée dans le temple de Minerve à Lindus dans l'ile de Rhodes et qui avait appartenu au roi d'Egypte Amassis, 600 ans avant J.-C. : à l'époque de Pline il restait encore des débris mutilés de cette même tunique.
L'usage du chanvre ne remonte pas à une antiquité moins reculée. Hérodote, il y a 2,S00 ans passés^ parle de la culture du chanvre chez les Scythes qui, dit-il, en font des vêtements aussi iSns que ceux tissés avec du lin. Son usage était devenu populaire chez les Romains à l'époque de Pline , ils en faisaient des cables et des cordages. Il paraîtrait même que le vvfTrsvdviç (Nepenthes) dont Homère parle comme éloignant la tristesse ne serait autre chose que le chanvre. Le pouvoir narcotique de cette plante était connu des Scythes et Hérodote rapporte qu'ils avaient coutume de s'exciter à la joie en respirant ses vapeurs. Le chanvre est réputé aux Indes le générateur des plaisirs, l'^^^^î^^'^^ des désirs, le ciment de l'amitié, la cause de la gaité, etc.
La patrie du chanvre n'est pas connue d'une manière positive mais il parait probable qu'il vient des Indes ; il s'accomode parfaitement des pays froids et l'on observe même que sous les tropiques la qualité de ses fibres est inférieure, mais dans ces contrées Therbe acquiert des propriétés narcotiques et les feuilles, les fleurs et les jeunes tiges exsudent une matière résineuse' particulière. Ce produit nommé ChurruSf est receuilli aux Indes par des gens couverts de tabliers de cuir qui courent à travers les champs de chanvre, heurtant les plantes avec violence; de cette manière la matière résineuse S'attache au cuir et on peut en obtenir une certaine quantité. Une essence plus fine, appelée Momeea est recueillie à la main dans le Népaul ; on la paie à des prix très élevés.
Les effets du Ghurrus paraissent très remarquables. Ingéré en petite quantité il excite l'appétit et procure une grande joie; un excès produit une sorte de délire et de catalepsie. On rapporte des effets surprenants de cette substance que les Fakirs et autres dévots des Indes savent habilement exploiter. Un grain de cette résine de chanvre fut administré à un rhumatisme, à deux heures du matin ; à quatre heures il devint très loquace, chantait, reclamait avec force de la nourriture et se déclarait en parfaite santé. A six heures il s'était assoupi; à huit heures on le trouva insensible, mais respirant avec régularité , son poil et sa peau étaient dans un état normal et ses
pupilles très contractiles à l'approche d'une lunoière. On lui souleva le bras et au grand étonnement des spectateurs il demeura dans la position où on venait de le placer. On reconnut facilement à l'état des membres que le patient avait été jeté sous l'influence du narcotique, dans la plus étrange et la plus extraordinaire de toutes les conditions nerveuses y état que bien peu de personnes ont vu et que beaucoup nient pouvoir se présenter, la véritable catalepsie. On le plaçait dans toutes les positions possibles et toujours il demeurait absolument immobile. Cette action extraordinaire le Churrus l'exerce sur tous les animaux, aussi bien que sur l'homme. Au bout d'un certain temps toute influence cessa et le patient revint à la vie sans ressentir aucun eff'et nuisible.
Connaissant ces propriétés étonnantes du chanvre qui croit sous les tropiques, quelques botanistes, avaient cru qu'il devait constituer une espèce spéciale et il le nommèrent Cannabis indica; mais l'erreur est aujourd'hui reconnue; ce chanvre est une simple variété de notre espèce commune. Aux Indes les feuilles de chanvre sont encore séchées pour être fumées sous Tun des noms suivants : Gunjah lorsque la plante entière et séchée après la floraison et que l'on n'en a point enlevé le churrus et Bang, subjee ou sidhee, si ce sont les grandes feuilles seulement et les capsules sans les tiges. Les Bosjesmens de l'Afrique méridionale fument ce produit dans des pipes formées simplement d'une grosse dent canine de quelque animal, longue de trois pouces et creusée jusqu'à l'émail.
Dans le nord de l'Europe , spécialement en Russie , le Tilleul {Tilea Europea) sert à faire des nattes très employées pour emballer les marchandises , pour doubler les barils de grain et qui servent ici aux jardiniers pour soutenir les plantes contre leurs tuteurs. On fend l'écorce du Tilleul longitudinalement dans toute sa longueur, de telle sorte que l'écorce se sépare tout entière en longues lanières. L'écorce intérieure (liber) se sépare facilement de la couche extérieure ; lorsqu'elle est sèche , on en tisse des nattes de un mètre et demi à deux mètres carrés- On évalue au chiffre énorme de 14,000,000, le nombre de nattes que l'Angleterre reçoit annuellement des divers ports russes, notamment d'Archangel.
En résumé, l'exposiiion forestière de l'Europe était pauvre et composée exclusivement de produits connus; cette pauvreté même donne une idée exacte de l'état actuel des choses; les nations étaient représentées par des envois qui attestaient leur situation forestière réelle Dans la zone arctique , ce sont les bouleaux et les sombres conifères qui donnent un caractère particulier à la végétation. Les forêts de la zone tempérée sont constituées par des chênes^ des hêtres, des tilleuls, des peupliers, etc. Plus au midi, en Portugal, en Espagne, en Italie et en Grèce, nous voyons apparaître des feuillages plus riches et plus épais; ce sont des châtaigniers, des lauriers, des oliviers, des orangers, des lauriers -roses et enfin pour servir de transition aux continents plus chauds, des palmiers nains et quelques dattiers*
§. III. Afrique.
En Afrique, le tableau de la végétation est peint de couleurs toutes différentes ; on y voit des forêts de Lauriers , de Figuiers , de Chénes-lièges , de Platanes et d'Amandiers , des Pins et des Cyprès, le Ghamœrops et le Dattier abondent dans la zone tempérée chaude arctique; plus loin des Dragoniers et des Graminées arborescentes , des Hibiscus , des Acacia , des Tamarindus , des Gesalpinia , et des Gassia ; des Pandaniers, des Sterculia et des Bombacées; des Anacardes y l'Ebène et le Mahoni , des Palmiers et des Bananiers ; des Sapindacées; des Gasuarina, des Zamia. Sous cette végétation élevée brillent de nombreuses et remarquables Liliacées, des plantes grasses telles que les Grassula, les Sempervirum, les Mesembryanthemum, les Aloe, les Stapelia, desSedum, des Gotylédons , de nombreuses Aroïdées, et plus loin, des Ericà, des Diosma, des Protea et des Pelargonium à côté des Ixia, des Amaryllis et des Pothos.
Les plantes alimentaires qui croissent sur le sol africain sont nombreuses : ce sont le Blé, l'Orge, le Riz , le Maïs et le Sorghum vulgare; la Batate, l'Arrow-root , le Manioc, le Dioscorea alata; le Bananier, l'Olivier, le Dattier, l'Oranger, le Figuier, l'Amandier, le Cocotier, le Pisang, le Palmier à huile, l'Arbre à pain; le Lin, le
Chanvre et le Cotonnier; la Vigne, la Canne à sucre; l'Indigo, l'Opium, le Poivre, le Tabac, les Ananas, le Gingembre, le Thé, la Cannelle.
La partie la plus brillante et la plus riche de l'exposition africaine, appartenait sans conteste à FAlgérie , dont le sol fertile et favorisé par un heureux climat , fournira bientôt au commerce et à l'industrie de la mère-patrie, la plus grande partie des matières premières qu'elle est impuissante à produire elle-même. L'Algérie est encore comme l'Afrique proconsulaire romaine, cette femme tenant un épi dans chaque main et debout sur deux vaisseaux chargés de blé.
Les produits naturels de l'Algérie étaient disposées dans l'annexe entre les travées 65 et 70 ; à gauche se trouvaient ses bois et ses denrées alimentaires ; au centre , les huiles , les matières textiles , les vins et les laines, et à droite les ingénieux produits de l'industrie arabe. Cette exposition était l'une des plus intéressantes sous les rapports pratique et scientifique.
La fécondité de l'Algérie n'a pas tari depuis les temps les plus reculés. L'hectolitre de blé pèse en moyenne 79 kilogr. et peut atteindre 86. En 1854, l'Algérie a importé en Europe, 1,035,718 hectolitres de blé et 559,048 d'orge; 3,727,157 kilogr. de farine et 2,696,117 de pain et biscuits de mer. On retnarquait surtout le blé tendre cultivé spécialement dans les provinces d'Alger et d'Oran, de couleur claire et blonde, à péricarpe fragile, à farine plus blanche et plus facile à travailler que celle des blés durs indigènes.
Les principaux fruits de l'Algérie sont : l'Abricot, les Amandes, les Annones (Anona cheirimalia) d'introduction nouvelle, la Pistache de terre {Avachis hypogea), les Arbouses {Arbutus unedo)^ les Aze* rôles [Mespilus azarolus)^ les Bananes (Musa paradisiaca), les Câpres, les Caroubes {Ceratonia siliqua), les Cerises, les Cédrats, les Châtaignes, les Chayotés {Sechium edule)j Citrons, Coings, Dattes, Figues, Figues de Barbarie (Opuntia vulgaré). Framboises, Glands doux, Goyaves, [Psidium pomiferum), Grenades, Groseilles, Jujubes, Limons, Mûres, Myrtes, Nèfles, Nèfles du Japon, Noisettes, Noix, Olives, Oranges, Palmiers nains, Pèches, Pistaches [Pistacia vera)^
Poires, Pommes , Prunes, Raisins, Souchets (Cyperti^ e«cti/enlu«).
C'est un assemblage des fruits d'Europe et de quelques-uns de ceux des tropiques. L'introduction des fruits exotiques a été puissamment aidée par l'initiative et les enseignements de la pépinière centrale du gouvernement, fondée au Hamma, près d'Alger, en \ 832. Elle comprend aujourd'hui :
1 "" Une écofo, dite d'occ/tmaftot», où sont réunis les végétaux exotiques dont on veut tenter la naturalisation ;
2*" Une ècoU d'arbres fruitiers , contenant toutes les espèces et variétés d'arbres fruitiers qui peuvent prospérer à l'air libre ;
3" L'ecofe des arbres forestiers , consacrée à la recherche et à la multiplication des essences les plus propres au reboisement du pays, aux plantations publiques et privées, et à l'industrie;
4"* L'école des végétaux alimentaires et des végétaux industriels.
Les forêts de l'Algérie sont riches en espèces utiles , elles couvrent 1 ,109,128 hectares. Les massifs de la province d'Alger sont surtout formés de Chénes-lièges , Lentisques, Oliviers, Pins, Chênes verts; Chênes à glands doux, Thuyas; Ormes, Frênes, Pistachiers, Tamarins.
Ceux de la province d'Oran, de Chênes verts, Chênes-kermès, Chênes blancs. Chênes-lièges^ Chênes à glands doux, Lentisques, Oliviers, Thuyas, Pins d'Alep et autres, Caroubiers, Sumacs, Arbousiers.
Dans la province de Constantine, ce sont des Chênes verts. Chênes-lièges , Chênes-Zan , Pins , Ormes , Frênes , Cèdres , Genévriers, Lentisques, Peupliers blancs^ Saules^ Châtaigniers, Myrtes, Trembles, Oliviers.
Un caractère particulier de cette végétation est d'être formée en grande partie d'arbres peu élevés ou d'arbustes.
Nous avons compté dans l'exposition d'Algérie 97 espèces de bois (0.
(1) Alnus glutinosa, Gartn., Althsea offîcinalis, Acer neopolitanum , Arbutus unedo (a), Arundo donax; Arundo mauritanica (b), A. féstucoldes, Ailanthus glu-
(a) Beaa bois d'ébënisterie de coalear rosée.
{b) Ce roseaa est parlicalièremeot recherché ponr fabriquer les métiers à tisser les burnous.
Ces bois étaient exposés par l'habile directeur du jardin d'acclimatation du gouvernement, M. Hardy, et par M. Testut, ébéniste à Alger. On y voyait des échantillons d'un diamètre déjà très consi-
tinosa, Ânasiris fsetida , Agave americana (a), Amygdalus communis, Acacia melanoxyla, A. nilotica.
Bambusa sp. , Buplevrum frulicosum , Buxus balearica.
Celtis australis, Cratsegus oxyacantha, Gupressus horizontalis , Ceratonia siligua , Chamaerops humilis, Castanea vulgaris, Cerasus sylvestris , Gupressus semperyirens, Cy tisus spinosus , Cactus opuntia , Glematis cirrhosa , Goronilla pentaphylla , Gitrus medica, Gupressus pyramidalis , Gasuarina equisetifolia, Gerraria myrtifolia, Gallitrix quadrivalvis ^ Gedrus atlantica (6), Daphne gnidium.
Erica arborea (c), Ëphedra fragilis.
Fraxinus excelsior, F. florifera, F. oxyphylla, Ferula communis.
Genista hispanica.
Juniperus phœnicea, J. oxycedrus (d), J. macrocarpa, Jasminium fruticosum.
Laurus nobilis, L. campbora, Lycium arboreum.
Melia acederach, Morus alba, Myrtus communis.
Nerium oleander.
Olea buxifolia (e), Osiris alba.
Pinus alepensis^ P. pinea, P. pinaster, Pypus communis, Punica granatum, Prunus armeniaca, Phyllerea latifolia, Pinus cedrus, Pistacia lentiscus, Phyllerea média, Pistacia articula ta, Phœnix dactylifera, Platanus europaeus.
Quercus ballota (/"), G. ilex, G. suber, G. coccifera, G.pseudo-coccifera, G. infectoria, G. mirbeckii.
Rhamnus alaternus, Robinia pseudo-acacia, Rubus fruticosus^ Rhus coriaria {g), R. pentapbyllum {h), Ricinus communis, Rosa moschata.
Salix babylonica, S. fragilis, S. vulgaris, Schinus mulli (t) , Sorbus terminalis, Smilax mauritianica.
Tamarix gallica, T. africana, Tbuja articulata, Uimus campestris.
Viburnum tbinus, Vitis Vinifera (/).
Zizypbus vulgaris, Z. saliva. Z. lotus {k).
(a) Est employé pour les eonstractions passagères ; les feuilles fournissent d*excellentes tiges textiles, propres à faire divers objets de sparterie.
(6) L'arbre de TAlgérie qui atteint les plus grandes dimensions. On en mesure de 2 mètres et plus de diamètre.
(e) La racine est recherchée pour la fabrication des pipes.
{d) Ce bois est très commun dans Pintérieur de TAlgérie ; il est employé comme bois à crayon.
(«) On dislingue en ébénisterie POlivier à veines rouges et l'Olivier à veines noires ; il est très commun en Algérie, où il atteint les plus grandes dimensions.
(/) Commun en Rabylie, sur les cimes de P Atlas; les glands sont doux comme des noisettes. Bois dur.
(g) Le sumac des corroyeurs n^existe en Algérie qu^à Pétat d^arbuste ; les feuilles sont récoltées pour la préparation des cuirs.
(h) Comparable a Tacajou par sa riche coloration rouge et la finesse de son grain.
(t) Le Poivrier d'Amérique est acclimaté en Algérie, mais il existait, parait-il, dans les jardins des Maures, avant la conquête.
(J) Il y a dans les forêts des troncs de vigne aussi gros que les arbres ordinaires ; le raisin que produit cette vigne sert à faire des vins de qualités inférieures.
(JIe) Se trouve fréquemment dans les défrichements; dans quelques localités exceptionnelles , le Zizyphus lotus atteint les proportions d^un arbre. Les peuples lotophages se noarissaient des fruits de ce jujubier.
dérable d'essences exotiques introduits depuis la conquête, telles que le Casuarina equisetifolia et le Leptospermum flexuosum ; et , chose plus utile, des coupes des bois les plus précieux de la flore algérienne, que MM. Durieu de Maisonneuve et Ernest Gosson explorent avec tant de soin et font connaître dans un ouvrage publié sous les auspices du ministère de la guerre. Le territoire de l'Algérie peut se diviser, sous les rapports botanique et agricole , en quatre régions distinctes, parallèles au méridien, et qui présentent, chose singulière^ des caractères de plus en plus septentrionaux , jusqu'à la dernière , à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, par suite de l'augmentation d'altitude. La première région borde le littoral , elle présente beaucoup d'analogie avec la côte européenne de la Méditerranée. La seconde consiste en plateaux élevés, rappelant ceux de la Gastille. La région montueuse est caractérisée par le Noyer, le Frêne et un Cèdre bien voisin , s'il n'est pas une simple variété du Cèdre que Salomon chercha au Liban. Enfin, l'Algérie se termine aux confins du Sahara par des Dattiers et la végétation de l'Egypte et de l'Arabie. Il est certes bien intéressant de faire connaître quels sont les végétaux utiles des tropiques qui , importés en Algérie , ont pu y prospérer, grâce à des soins particuliers ; on voyait à l'exposition de Paris des Cotons, de la Vanille, du Gingembre, du Caoutchouc récoltés en Algérie , mais nous pensons que , quoi qu'on fasse , ces articles ne pourront jamais s'acclimater dans la nouvelle colonie française, et que les soins que réclamera leur culture ne leur permettront pas de soutenir la concurrence contre les produits des contrées intertropicales. Le thé serait peut-être le végétal dont il importe le plus de tenter l'introduction en Afrique.
Le bois de Thuya {Thuja articulata, Wahl., Callitris quadrivalviSj Ror.) est un des plus beaux bois d'ébénisterie qu'on saurait trouver; les parties les plus estimées sont ces énormes loupes qu'il produit près de la base par suite des mutilations qui atteignent les Souches. Les anciens désignaient ce bois sous le nom de Citri. On raconte que Cicéron paya une table faite de Citre , un million de sesterces (environ 250,000 fr.). Une autre, provenant de la succession du roi maure Juba, fut payée 1,200^000 sesterces ou
300,000 fr. Toute Tébénisterie de luxe des Romains était de Gitre. La vogue est de nouveau à ce bois , dont les ébénistes de Paris font des meubles élégants nuancés de couleur de feu et de la teinte rosée de l'acajou^ des tons chauds, riches et vifs sont brisés et fondus par des veines, des mouches, des chenilles extraordinairement abondantes. Les fibres de ce bois sont d'une texture très tourmentée, iinueuse, sans apparence de couches concentriques; il peut rivaliser avec avantage contre les espèces les plus estimées des tropiques. Une exploitation de bois de Thuya est organisée dans les cantonnements forestiers d'Orléansville , sous la direction de M. Lambert de Roissy.
Les produits des Chènes-lièges exposés par TAIgérie , prouvent que cette colonie peut désormais soutenir la concurrence contre l'Espagne, Naples et la Sardaigne. Les Chènes-lièges {Quercu» suber) y sont très abondants et ils constituent des forêts très étendues dans certaines régions (Galle). Le liège qu'ils produisent est d'excellente qualité, grâce à la réunion de toutes les conditions naturelles les plus favorables : « coteaux secs , terre peu profonde , lieux découverts , absence de froids aigus et prolongés, chaleur diurne élevée, rosées nocturnes très abondantes. Dans ces conditions, le liège devient plus fin de substance, plus élastique, moins poreux, plus exempt de matières terreuses, qualités qui font préférer les lièges d'Espagne à ceux de toute autre contrée. Si les Ghénes-lièges de l'Algérie produisent souvent un liège grossier et propre seulement aux usages les plus communs, cela tient uniquement à ce que beaucoup d'arbres sont souffreteux, rabougris , exposés dès leur jeune âge à la deçt des bestiaux et aux incendies périodiques, enfin à l'absence d'exploitation régulière , condition indispensable pour obtenir un produit de bonne qualité (^). » Gette exploitation ne peut commencer avant que l'arbre ait 40 ans. La première opération fournit, environ 50 kil. de liège; à iOO ans, Tarbre donne 100 kil.
Le Figuier de Barbarie {Opuntia vulgaris), naturalisé de l'Amérique, sert en Algérie à faire d'excellentes clôtures ; ses fruits nourrissent l'homme et donnent un vin rafraîchissant. Son emploi le plus
(i) Catalogue off. des prod. de T Algérie.
intéressant est celui du bois des tiges nommées raquettes. Comme tous les autres végétaux ligneux, il s'accroît en diamètre, par la formation annuelle d'une couche fibro-vasculaire. Mais ici ces couches se détachent aisément l'une ^pl'autre et sont à claire voie ; les fibres, disposées par faisceaux, décrivent de nombreuses sinuosités dans un tissu cellulaire abondant. Celui-ci disparait bientôt , et on obtient ainsi des lames minces , mais solides , légères comme des dentelles , et qui se prêtent à toutes les exigences de la nouvelle industrie. On peut aisément leur donner toutes les courbures nécessaires, et, par l'action d'une solution de chlorure de chaux, elles deviennent d'un blanc presque mat. On en fait une foule de meubles gracieux, des services de dessert , des tables , étagères , grands et petits écrans , des vases, des boîtes, des bracelets, des paniers et même des chapeaux pour dames^ des reliures de luxe , etc.
L'Opuntia vulgaris produit des fruits connus sous le nom de Figues de Barbarie, d'un goût assez médiocre, mais mangés par les indigènes. Ils sont ojiales , de la grosseur d'un œuf de poule, d'un jaune d'or teinté de * rouge d'un côté , et portant çà et là des petites touffes de piquants que l'on doit avoir soin d'enlever.
Le Dattier (Phœnix dactylifera) est la providence du désert. Son bois est employé à tous les usages : on en fait des charpentes, de la menuiserie , des coffres de puits, des tables de puits artésiens, etc. ; en vieillissant il devient très dur. C'est toujours le bois de Dattier mâle que l'on emploie , les pieds femelles étant conservés pour la produQtjon des dattes. On sait que la première question du Bédouin ^est : quel est le prix des dattes à Medine ou à la Mecque? Ce produit est la base de l'alimentation des^populations nomades. L'arbre est magnifique, §on stîpe (tige) s'élance à la hauteur de cinquante pieds et porte une couronne de grandes feuilles élégantes. On sait que, de^ême que la plupart des Palmiers, ce sont des pieds différents qui portent les étamines et les pistils : le Dattier est dioïque. Il faut donc que par un moyen quelconque la poussière fécondante soit mise en rapport avec les seconds , sinon ces derniers restent stériles. Les insectes ou le vent se chargent le plus souvent d'assurer la récolte. Mais en temps de guerre, les parties belligérantes affament
ordinairement la contrée, en abattant tous les pieds mâles. On rapporte à ce sujet que les Persans avaient reconnu, il y a longtemps déjà, que le pollen pouvait conserver pendant longtemps ses propriétés fécondantes et qu'ils avaient coutume d'en renfermer une certaine quantité dans des tubes hermétiquement scellés et qu'ils le projettaient sur les Dattiers femelles dans les contrées où l'ennemi avait détruit tous les individus staminifères. La Datte fraîche est nommée tuteb; on ne peut la conserver en cet état; pour la transporter au loin, on la cueille avant la maturité complète et on la fait sécher au soleil.
Le Laurier franc [Laurus nobilis) ou Laurier d'Apollon, a le bois solide, liant, facile à travailler, qualités qui le rendent propre à beaucoup d'usages. On trouve des Lauriers de la plus grande dimension dans toutes les forêts de la Mititja, et ce bois réunit toutes les qualités requises pour être employé comme monture des armes de guerre. Les Arabes distinguent deux races de Laurus nobilis; le Laurier Sauce et le Laurier d'Apollon. La première se trouve dans toute l'Algérie, sous forme de hautes broussailles; la seconde n'est encore connue que dans la Mititja , où l'espèce croit en arbre et atteint des dimensions considérables.
M. Testut avait exposé une grosse loupe appartenant probablement au Juniperus macrocurpa, ou Genévrier à gros fruits. On nous a assuré que, par une singularité climatérique remarquable, toute la partie de l'arbre, exposée au sud, était loupeuse, tandis que la partie exposée au nord était unie comme dans les Genévriers ordinaires.
Le Laurier-rose {Nerium oleander) atteint les proportions d'un bel arbre dans certaines parties de l'Algérie; les indigènes emploient son bois à la confection de divers objets remarquables par leur solidité et leur légèreté.
Le Palmier nain {Chamœrops htimilis), est employé gpur une foule d'objets divers, non-seulement son bois, mais encore les feuilles et les fruits.
Le Cupressus sempervirens ou Cyprès odorant , fournit un bois employé en ébénisierie et qui a la propriété d'éloigner les insectes par son odeur.
Le Roseau (Arundo donax) est employé dans la construction des maisons pour servir de plancher aux terrasses, grâce à sa grande solidité et à son inaltérabilité.
Nous avons remarqué dans la riche exposition de M. Testut, ébéniste à Alger, des tiges de férule (ferula communis), provenant de Sahel d'Alger, et dont les indigènes se servent pour faire des cages, des paniers, des ruches à miel, des bouchons^ ils l'emploient également comme amadou.
L'Algérie avait exhibé un grand nombre de fibres textiles provenant de végétaux spontanés ou acclimatés dans la colonie.
Le Lin (Ltnum usitatissimnm) croit à l'état sauvage dans les prairies algériennes. Son usage était connu et il était cultivé par les Arabes avant la conquête. En Kabilie, on le recueille en bottes, puis il est séché, broyé, filé par les femmes; il fournit une '^ grosse toile employée à divers usages; les lins étrangers se sont
parfaitement acclimatés en Algérie. Les lins d'Algérie sont particulièrement propres à la fabrication des grosses toiles et des toiles à voile. On peut les comparer aux bonnes marques du fin de Russie; la filasse est d'une belle couleur jaune y souple et fine.
Le Chanvre {Cannabis sativa) est cultivé depuis longtemps en Algérie, mais il donne des fibres de qualité inférieure. Les indigènes cultivent dans le Sahara, comme dans le Tell, une variété de ^ chanvre dite Tschouri, dont la partie florifère constitue le Hachich^
sa taille ne dépasse pas 0™,80. La filasse ne diffère que par sa brièveté de celle du chanvre ordinaire, mais ce défaut suffit pour lui ôter toute valeur textile.
Le Palmier nain {Chamœrops humilis) qui forme une des broussailles les plus communes de l'Algérie, servait aux indigènes à faire des paniers, des nattes, des corbeilles, des chapeaux, des éventails, des sacs et généralement tous les ouvrages de sparterie et de corderie. Ils employaient ces feuilles et ces tiges, mêlées aux poils du chameau et à la laine, à fabriquer l'étoffe des tentes. Les Européens séparent les fibres pour en former des cordages, du crin, de la laine végétale et du papier. Les procédés d'extraction sont très simples.
Dans les régions les plus sèches et les plus arides du Sahara et du Tell , croissent quelques graminées qui seules résistent aux chaleurs; elles s'élèvent en touffes hautes et épaisses, à la hauteur de un mètre à un mètre et demi. Les Arabes désignent ces herbes par le nom commun de Halfa ou Alfa ; ce sont les Stipa tenacissima j S» gigantea, S. barbota et le Lygeum spartum. a Peu de plantes sont aussi précieuses par la multiplicité de leurs emplois industriels. Les indigènes , et à leur exemple , les Européens , particulièrement les Espagnols, font, avec les feuilles rondes et aiguillées, longues et tenaces de l'Alfa , avec ses tiges droites , fortes et nerveuses toute espèce d'ouvrages de sparterie : paniers, corbeilles, tapis, chaussures, chapeaux, sacs, même des cordes excellentes. Cette industrie a pris une véritable importance dans le cercle d'Arrew et d'Oran où toute la région du littoral est extrêmement fertile en Alfa. L'industrie européenne vient accroître la valeur de l'Alfa en constatant l'aptitude de la pâte qui en provient à la fabrication du papier, L'Alfa débarrassé de la matière résineuse qui le pénètre est réduit à l'état de fils nerveux; ces fils sont broyés par des cylindres, blanchis par des agents chimiques. On en obtient une pâte à papier des plus fines comme des plus grossières à volonté. » (^)
Le Diss {Festuca patula, Arundo {Ampelojdesmos) festucoïdes) est une graminée très commune en Algérie et employée aux mêmes usages que l'Alfa.
Le Bananier alimentaire (Musa paradisiaca)^ dont les tiges sont rejetées, pourrait cependant fournir des matières d'une grande utilité. Ses fibres constituent une bonne filasse et peuvent servir à fabriquer du papier d'excellente qualité.
Le Bananier est originaire du Gap-de-Bonne-Espérance , des Iles de l'Afrique méridionale et de l'archipel Indien. Il produit des régimes chargés quelquefois de 150 à 180 fruits, pesant ensemble de 60 à 70 livres. Chaque fruit est long d'environ six pouces, étroit et large d'un pouce, mûr il renferme une pulpe douce, très tendre, qui rappelle la saveur d'une bonne poire. L'importance du Bananier
(i) Gat. des prod. de T Algérie.
pour les populations des tropiques peut-ètr^ difficilement appréciée par l'Européen , mais il est tellement essentiel à certaines races que Ton pourrait presque les nommer frugivores.
Les fibres du Bananier à corde, Abaca ou Musa textilisj Pers., qui parait être plutôt une variété sauvage du Bananier cultivé , sont employées de préférence à toute autre filasse par la marine anglaise. Ce végétal est originaire de Manille et des Indes ; il est cultivé à la pépinière centrale d'Alger.
V Agave americana^ qui s'est considérablement répandu en Algérie , contient dans ses feuilles une filasse , espèce de soie végétale, d'une belle qualité et d'un excellent usage, propre à faire des cordes^ des filets, des tapis , etc. On le cultive beaucoup à Saint Domingue et au Mexique , où on l'emploie pour la fabrication du papier. La filasse de l'Agave d'Amérique est nommée chanvre Pité. D'autres espèces de même genre y telles que les Agave fetida^ ferox, yuccœfolia, sont cultivées à la pépinière centrale, à titre d'essai, comme plantes textiles.
Les fibres extraites des feuilles de V Yucca ahifolia, forment une filasse blanche, lustrée, qu'on estime plus résistante que celle du chanvre, d'un poids spécifique beaucoup plus léger et à fibres susceptibles d'être amenées à une plus grande finesse.
La culture des Vrtica nivea, Willd. et U. utilis, tentée à la pépinière d'Alger, n'a pas donné les résultats qu'on en attendait. Ce végétal est cependant très estimé comme plante textile. Nous en dirons autant du Gorète textile de la famille des Tiliacées {Corchoriis capsularis), importé de la Chine et dont la filasse, nommée jute^ n'a pas été trouvée de bonne qualité; elle est peu solide et résiste mal à l'humidité. Ce Corchorus capsularis , de la famille des Tiliaceés, ne doit pas être confondu avec une Rosacée à fleurs jaunes et cultivée dans les jardins sous le nom impropre de Corchorus j'apo^ nicus, Bot. Mag. (Kerria japonica , DC). Les fibres de jute sont longues et d'un aspect soyeux. On en importe annuellement de l'Inde en Angleterre des quantités considérables. Elles ont acquis une importance très grande ; on les mêle avec la soie dans la fabrication des satins communs, on en fait des tissus grossiers, des nattes et des
tapis. Le juté est originaire des parties les plus chaudes de l'Inde où sa culture est très étendue, spécialement au Bengale. C'est une plante annuelle, atteignant la hauteur de 12 à 14 pieds. Les fibres existent dans la couche intérieure de l'écorce. Les fleurs ressemblent un peu à celles du Tilleul commun; elles sont portées par 2 ou 3 sur de très courts pédoncules et produisent une capsule globuleuse remplie de graines. Les feuilles ont environ quatre pouces de long, oblongues, pointues et dentées sur les bords, elles se font spécialement remarquer par deux longs appendices grêles et acuminés à la base du limbe.
La Mauve textile (Abutilon indicum) ^ est originaire des Indes; importée en Algérie, elle y croit avec une promptitude et une vigueur extraordinaires; ses fibres sont d'une belle nuance, mais peu solides.
La plante, introduite en Europe sous le nom de Phormium tenax, ^
mais qui ne parait pas être celle dont on extrait à la Nouvelle- Zélande cette filasse si brillante et si recherchée des Anglais , vient admirablement en Algérie dans les terrains un peu frais; ses fibres sont très difficiles à séparer.
La Massette d'eau (Typha latifolia) parait aussi pouvoir être rangée au nombre des plantes textiles, mais de qualité inférieure.
Enfin nous lisons dans le catalogue des produits de l'Algérie :
« D'après Pline, on trouve au pied de l'Atlas, de vastes et -«^
épaisses forêts , dont les arbres , semblables au Cyprès , sont couverts d'une espèce de coton fort tendre, dont on pourrait, avec un peu d'industrie , faire des étoffes dans le genre de celles de la soie. On a dernièrement reconnu le fait, mais on a cru d'abord y reconnaître les toiles de la chenille processionnaire du Pin, qui n'a, jusqu'à présent , aucune application industrielle. D'autres observations ont constaté que le Pin sylvestre revêtait une végétation qui répond à la description de Pline, Une commission a été nommée pour étudier et résoudre la question. Une aulre espèce de laine végétale , moins sujette à contestation , est celle que fournit le Palmier nain et dont les indigènes font divers ouvrages. »
La culture du coton est vivement encouragée en Algérie, et donne
des résultats satisfaisants, d'un heureux augure pour l'avenir; elle réussit particulièrement dans la province d'Oran et le Sahara. Les graines de coton débarrassées des poils qui servent de matière textile, fournissent, comme on le sait, par expression une huile d'excellente qualité. On en^ trouvait dans l'exposition de l'Algérie, ainsi que des huiles de Ricin, de Lentisque, d' Urtica ferox de la Nouvelle- Zélande, et de Elœis guineensisy ou huile de Palme. Les colons pourraient cependant prêter leur soin avec plus d'avantage à la culture de l'Olivier, qui forme en Algérie de vastes forêts où l'on trouve des arbres âgés de plus de dix siècles.
Les colonies françaises de la côte occidentale d'Afrique , le Sénégal et le Gabon, et l'ile de la Réunion (Ile-Bourbon) étaient pauvrement représentés à l'exposition. La patrie des Baobabs avait exposé quelques perches de bois de Santal (5anta//um album) et de Gam-Wood, bois de teinture, de la gomme du Sénégal, qui découle de plusieurs espèces d'Acacia, particulièrement des il. gummiferaei nilotica, de la gomme Gopal sécrétée par le Rhus copallinum, originaire d'Amérique. Ges produits, avec l'huile de palme [Elœis guineensis)^ constituent les principaux articles d'exportation des colonies françaises du Sénégal et du Gabon. On y a sans doute tenté l'introduction du Gaoulchouc, car on avait exposé une petite masse de cette substance.
L'administration de la colonie de la Réunion avait formé une collection des bois, écorces, fruits, matières médicinales, condiments^ épices, et des divers produits utiles de l'ile. Les échantillons de bois étaient au nombre de 250; une grande table en marqueterie offrait un spécimen de chacun d'entr'eux. Quelques-uns de ces bois, appartenant aux genres Imbricaria et Mimusops, sont appelés bois de natte, parce que leur écorce sert à tresser des nattes. Les cafés expédiés de l'ile de la Réunion nous arrivent renfermés dans des sacs fabriqués avec des feuilles deVacoua {Pandanus utilis) ou d'Agave. Les aigrettes de VEchites grandiflora peuvent fournir une soie végétale. Enfin, nous avons noté l'écorce de Weinmannia macrostachya^ servant à la tannerie , du sang dragon , des nids de Salangane (non pas d'hirondelle Salangane), que l'oiseau suspend aux arbres et forme de lichens
du genre Usnea, recouverts d'un enduit glaireux , de la canneile/ de la vanille, du gingembre, des noix muscades, du patchouIi^Pogro^temon patchouli), du vétiver (Andropogon muricatum) , et un plan en relief de l'ile, montrant la distribution de la culture de la Canne à sucre, formant une zone plus ou moins large tout le long du littoral.
Nous ne mentionnons I'Egypte qiTe pour mémoire; car le viceroi n'avait exposé en fait de produits naturels forestiers que du bois de réglisse, du Troène, du Palmier doum et du Tamarin.
Les Colonies Portugaises avaient une exposition plus convenable. Le D' Barrai, à Lisbonne^ avait envoyé une collection de bois de File de Madère; l'arsenal de la marine à Lisbonne, du bois de Taenia y provenant de la province d'Angola (Afrique portug.-occid.). La même colonie avait en outre présenté des cordages faits de fibres de Cocotier. De la Guinée portugaise venaient des bois d'Acajou , de Conta, de Macone et de Cibe et une Liliacée textile du genre Sanseviera. C'est de la Guinée qu'est originaire le Teak d'Afrique ou Chêne d'Afrique, employé pour la construction des navires ; ce bois provient de VOldfieldia africana, Benth. et Hook.
Les Anglais possèdent en Afrique le Cap de Bonne Espérance et I'Ile Maurice. Dans l'envoi de la première de ces colonies, composé d'une nombreuse matière médicale et d'une collection de 77 espèces ligneuses, nous avons remarqué le bois de Podocarpus elongatus^ de YErythrina caffra, qui s'élèvent jusqu'à environ 20 mètres, du Hartogia capensis et du Phoberos EckUmii qui ressemblent à Faca* jou , du Heeria argentea , du Doryalis ziziphoïdes d'un beau jaune clair, du Fagarastrum capense, veiné et ondulé, etc. Les forêts du Cap de Bonne Espérance ne paraissent pas être de très hautes futaies , à en juger par les échantillons que nous avons pu voir. Les premiers colons avaient , comme il n'arrive que trop souvent , défriché le pays, en mettant le feu aux forêts. Du Cap venait encore de la cire du Myrica cordifolia.
L'exposition de File Maurice se composait d'une soixantaine d'espèces de bois envoyées par l'auteur de la Flore de File Maurice, M. W. Bojer, provenant des îles Sechelles et de Maurice, entre autre du bois de Cocotier si finement moucheté.
§. IV. Asie.
L'exposition asiatique présentait, dans son ensemble, un tableau convenable de la végétation de l'Orient et des Indes. La nature se présente, dans ce riche continent, sous un aspect tout spécial. Il suflSt de citer les nombreux Palmiers, les Bombacées, les Ficus, l'Arbre à pain , le Broussonettia , les Myrtacées , les Lauriers , les Ebéniers, les Guttifères, les Casuarina, les Sapindacées, les Mimeuses, les Bananiers, les Bambusacées, qui constituent les forêts avec les Aroïdées , les Rafflésiées , les Orchidées si élégantes et si suaves et les Lianes si rapides.
Le sol fournit en abondance les meilleurs aliments : dans les zones chaudes de TAsie, on se nourrit de Riz, de Maïs, de Sorghum corn- •mun, d'Arrow-root, de Manioc, de Bâtâtes, de Dioscorea alata, de Blé, d'Orge, d'Avoine et de Pommes de terre; les fruits sont ceux du Jacquier, du Pisang, du Cocotier, du Palmier à Sagou , du Dattier, de l'Olivier, de l'Oranger, du Manguier {Mangifera Indicà)^ du Litchi [Nephelium, [Euphoria) Litchi] etc.; enfin le Caféier, le Thé, le Poivrier, l'Indigotier, le Pavot somnifère, le Bétel, le Tabac, la Vigne, la Canne à sucre, etc., y sont cultivés. Parmis les végétaux Oléagineux des Indes, nous citerons le Cocos nucifera, leSesàmum orientale j leGuizotia oleifera^ le Carthamus tinctorius, les Sinapis glauca , 5. Toria , et S, nigra , le Gossypium herbaceum , le Papaver somniferum , le Moringiq pterygosperma, etc.
La transition de l'Europe à l'Asie a lieu naturellement par I'Em- PIRE OTTOMAN. M. DcUa Sudda, pharmacien en chef des armées ottomanes, avait exhibé une nombreuse collection de produits naturels curieux. On remarquait en outre une soie végétale provenant d'une Apocynée, et des racines du Mesembryanthemum nodiflorum^L.j que les Marocains emploient à la préparation d'un savon ; des graines de Fenu-Grec, Trigonellafœnumgrœcum, substance qui, réduite en farine et mélangée à l'orge, sertd'aliment; enfin des tubercules alimentaires du Souchei ou Hab'aziz{Cyperus esculentus) et du salep. La fécule de salep s'extrait comme on sait des tubercules de plusieurs espèces d'Orchidées
de l'Orient; ces espèces ne sont pas déterminées, on sait seulement que les Orchidées de notre pays , les Orchis mono , Mascula et Militarts, peuvent être avantageusement employées à la fabrication d'une fécule de salep de première qualité. Le D*^ Royie, pense que les tubercules de salep que nous importons en Europe, de Smyrne et de Constantin nople, sont récoltés dans le Cachemire et consistent dans les tubercu* les de YEulophiacampestrts. Le salep est très nutritif et de facile diges* tion, il renferme de la fécule alliée à une grande quantité de bassorine. L'une des collections les plus intéressantes qu'il nous ait été permis d'examiner est celle des Possessions néerlandaises aux Indes Orientales, comprenant Java, les Moluques et plusieurs îles de l'Archipel Indien, dans les mers qui séparent l'Australie de la Chine. Tout le monde sait l'importance de ces colonies et combien elles alimentent le commerce de la Hollande. La plupart des produits naturels d'origine organique des possessions néerlandaises formaient, dans la galerie d'annexé , un riche trophée , plus haut que 1 2 mètres et de 10 mètres de diamètre à la base, élevé par les soins de la Société de commerce des Pays-Bas. Ce trophée artistement conçu , était fait d'une collection des principaux produits des possessions néerlandaises, la plupart encore protégés par les emballages qui servent à leur transport en Europe. A la base se trouvaient 34 vitrines recelant un grand nombre d'échantillons de substances plus ou moins inconnues. Nous y avons remarqué particulièrement un grand nombre de fibres textiles, étudiées récemment par M. Royle, ancien directeur du jardin botanique de la compagnie des Indes, à Soharampoor, dans un travail qu'il vient de publier sur les plantes textiles des Indes ; \es fibres du Boehmeria tenacissima ou Rameh des Malais, exposées à l'état brut et à divers états de préparation, sont réputées de première qualité; mais on emploie encore celles du Corchorus capsularis ou Jute, du Palmier Talipot [Corypha umbraculifera) , d'Agave {Agave Rumphit), dont la filasse, nommée filasse dépita, sert à faire des cordages et peut être filée; de| Bananier (Musa paradisiacd), à' Ananas benang nanas, provenant de YAnanassa sativa; de Gonjong (Hibiscus tiliaceus, L.), nommée encore Tompœrœtan et de Ka/fotjon,
fournie par le Musa sylvestris; on nomme Pakoekidang, une sorte de laine végétale fournie par les rhizomes d'une fougère commune à Sumatra , et connue sous les noms d'Agneau de Gytie , Chien roux^ Pinghawar d'Iambie et de Cibotium Cuningii, Kunze, {Polydium Baromez^ L.) par les botanistes; cette matière encore peu étudiée^ et partant peu employée, sert aux Indiens comme hémostatique] d'autres bijoutières renfermaient une espèce particulière de noix muscade , dite muscade sauvage ou màle {Myristica malabarrica^ LoRR); une sorte de coton ou Kapok, provenant de VEriodendron anfractuosum , Brown. {Gossampinus albûj Hamilton); l'algue dont on supposait que les hirondelles Salanganes font les nids (Salangana) célèbres^ si estimés des gourmets chinois. Cette algue ^ appelée à Java, Âgar-agar, est le Sphcerococcus spinosus^ Agardh, des bota-^ nistes ; on en consomme beaucoup en Chine où l'on en fait une colle et une gelée servant à l'apprêt des soieries. Mais les recherches des physiologistes modernes ont prouvé qu'il n'existait dans les nids d'hirondelles des lies Moluques et de la Sonde aucune organisation végétale, et que l'oiseau les bâtissait avec une humeur visqueuse qu'il rend par le bec dans la saison des amours; les naturels assurent cependant que les hirondelles salanganes se servent de frai de poisson pour bâtir leurs nids. A côté de cette algue se trouvait du beurre de muscade fourni par le Myristica aromatica^ LiNK. ; de la gomme ou résine d'Amar {Ammara orientalis), de la gomme élastique {Ficus elastica^ L.) du gutta-pereha (Isonandra gutta, HooK.) et un suc analogue à de la cire dont on fait des bougies et exsudé par le Lahoe-boom ou Ficus cerifera, Blum. Les Indiens le nomment Getah-Lahoe, Lahu Myrah, etc., etc. Ces mêmes vitrines renfermaient des collections de différentes variétés de Café , Riz, Indigo, Thé, etc., propres à la colonie.
Plus haut étaient entassés avec goût une foule de tonneaux^ de caisses et de ballots de toute espèce, en partie déballés, pour mon-* trer sous quelles formes nous arrivent les principaux produits des Indes orientales. Les matériaux de cet édifice étaient notamment le Riz {Oriza sativa), le Café (Coffea arabica)^ le Coton (fiossypium), un
tonneau de 250 kilogr. de noix muscades, une autre de Sagou, des emballages de sucre, des sacs et caisses de Cochenille, des caisses d'Indigo, du tabac, des caisses de thé, des sacs de clous de girofle ( Caryophyllus aromaticus ) , des sacs de cannelle , de poivre, des noix d'Areca, des myrobolans (Ternima/m cherbula)^ et d'autres épices. Au-dessus flottaient, attachés à des bambous dont les nœuds sécrètent des concrétions pierreuses nommées Tabuschir et surmontés de couronnes faites de feuilles de caféier, de tabac, de cannelier, de canne à sucre, de théier, etc., 18 banderolles de couleur orange portant les noms de quelques résidences de Java; sur une autre plus grande, étaient inscrits les noms des principales iles de l^Archipel des Indes Orientales, telles que Java, Sumatra, Bornéo, Célèbes, Moluques, Banka, Timor, Riouw; le tout était terminé par un grand pavillon néerlandais portant une ancre dorée
qui fait partie des armes de la Neederlandsche Handel-Maatschappy. Le sagou est une fécule fournie par différentes espèces de palmiers, particulièrement les Sagus Rumphii, S. lœvis et S. Raphia originaires des Indes. Ces palmiers croissent dans les lieux maritimes, leur stipe est peu élevé mais épais et abondant en tissu cellulaire. La fécule se trouve déposée dans les cellules du parenchyme qui sépare les faiseaux vasculaires et analogue à la moelle; elle y est très abondante et est destinée à servir de nourriture au fruit pendant sa maturation; en effet, aussitôt que la floraison est passée et que le fruit commence à se former, toutes ces cellules disparaissent en lais^» sant le stipe complètement vide, comme le chaume d'un bambou. Poàr obtenir le sagou, il est nécessaire d'abattre l'arbre avant qu'il ne fleurisse; on coupe le tronc en plusieurs billes que l'on fend pour enlever la moelle formée de tissu cellulaire tendre et spongieux; celle-ci est écrasée et soumise à des lavages réitérés dans des entonnoirs faits avec 4'écoree du sagouier et au-dessus de tamis de crins. Par cette opération le sagou est entraîné par l'eau et déposé sur des linges; on le fait sécher au soleil et on a la fécule ou fleur de sagou qui sert d'aliment ou d'amidon dans plusieurs manufactures. Avant de l'envoyer sur les marchés de l'Europe, les naturels de l'Archipel
Indien ont la coutume de granuler le sagou, c'est-à-dire de lui donner Ift forme de petites perles translucides, par un procédé encore inconnu des Européens.
C'est File de Ceylan qui fournit au commerce , la meilleure cannelle^la cannelle de Ceylan. Le cannellier , Cmnamo^Ttum zeylankumj est un bel arbre de la famille des lauriers , à feuilles persistantes , d'un vert pâle , veinées et réticulées , la partie la plus aromatique et la plus épicée, est Técorce intérieure. Les gens chargés de la récolte de la cannelle, nommés choliahs à Ceylan, enlèvent l'écorce des jeunes rameaux de trois ans , en pratiquant deux ou plusieurs incisions longitudinales et en introduisant ensuite la lame du couteau entre le bois et l'écorce; le lendemain la couche superficielle et la zone verte de l'écorce se séparent facilement de la partie interne : c'est celle-ci que Ton met sécher; pendant cette opération elle se roule sur elle-même , mais avant qu'elle ne devienne dure et cassante on a soin de renfermer les plus petits rouleaux dans les plus grands, de manière à former des cylindres compactes de trois pieds environ de longueur, qui ne sont pas sujets à se briser facilement et prennent peu de place dans l'emballage. L'écorce séché de cannelle prend une belle couleur brun fauve , elle est fragile et la meilleure est très mince et a les fibres dirigées longitudinalement.
Les Hollandais conservèrent longtemps le monopole de la culture du Muscadier dans les Moluques, sa patrie; mais les Anglais profitèrent de leur courte occupation de ces iles pour le transporter avec d'autres épices aux iles Malaises et dans leurs possessions aux Indes. L'usage de la noix-muscade est relativement moderne; Avicenne^ le célèbre naturaliste maure est le premier qui en fasse mention et qui s'en servit en médecine, ainsi que du macis que l'on sait être l'arille de ces graines. Les noix-muscade sont les graines du Myristica moschata, arbre qui atteint 6 à 8 mètres de hauteur et ressemble assez bien au poirier, par son aspect général et la forme des fruits. On trouve parfois dans le commerce des muscades de qualité inférieure qui proviennent d'autres plantes , telle est la muscade longue ou mus* cade sauvage de Sumatra et de Madagascar , qui est le fruit du My-
ristica Madagascariensis; son écorce est brun-foncé , comme vernie, elle mesure environ quatre centimètres en longueur et n'est pas beaucoup plus épaisse que la muscade ordinaire. La noix-muscade sauvage de Brésil (Myristica otoba) , est moins répandue, elle a l'écorce mince, noire et profondément sillonnée par les traces de l'arille (Macis). Enfin on substitue encore parfois aux muscades les fruits du Myristica spuria de VAcrodiclidium camara^ de VAgtahophyllum aromaticum et du Cryptocarpa moachata.
On sait que les clous de girofle sont les boutons à fleurs d'une Myrtacée, le Caryophyltus aromaticus; la corolle et les sépales du calice forment la tète du clou , l'ovaire long et mince en constitue la pointe, c'est à cause de cette ressemblance que cette épiée est appelée Naghel par les Hollandais, Clavo par les espagnols, Chiodo en Italie et Clou en français, etc. Le Giroflier est un fort bel arbre toujours verdoyant , produisant une énorme quantité de panicules de fleurs et ressemblant assez bien au poirier. Les boutons sont portes par des pédicelies articulés ce qui facilite beaucoup la cbùte des boutons lorsqu'on les récolte en frappant les arbresd'une baguette ou d'un roseau.
L'usage des clous de girofle ne parait pas être fort ancien; on trouve la première mention de cette épice sous le nom de scccpvo(4>uXXoy, dans les œuvres du naturaliste grec, Paulus Egineta du septième siècle; on suppose qu'elle est le carunfel de Gerapion et le Carunfel bellum de Avicenne, tous deux naturalistes arabes du onzième siècle. Le Giroflier, originaire des Moluques, fut pendant longtemps l'objet d'un commerce important avec Amboine la seule de ces iles où les Hollandais toléraient la culture d'un petit nombre de ces arbres. Dans le but de se réserver le monopole de ce commerce et de conserver aux girofles une valeur élevée, ils avsiient extirpé avec le plus grand soin tous les Girofliers des iles Moluques, n'en laissant subsister qu'un petit nombre à Amboine et payaient même une indemnité aux souverains de quelques-unes de ces iles dont ils avaient détruits tous les Girofliers. Cette politique étroite eût des conséquences inévitables ; elle stimula le désir des autres nations de posséder une épice aussi précieuse. Vers 1770 les Français parvinrent enfin à l'introduire à
File Bourbon, de là elle passa à Gayenne et aux Indes Oecidemales et se trouve maintenant répandue partout où le elimat lui est favorable.
Le Poivrier (Piper nigrum) est une plante volubile, originaire des Indes, dont les tiges articulées peuvent atteindre trois mètres de longueur; ses feuilles sont épaisses, charnues, elliptiques, larges à la base, pointues à l'extrémité. Les fleurs forment des épis compactes, elles sont petites et insignifiantes; il leur succède des baies d'abord vertes, puis d'un rouge vif lorsqu'elles sont mûres; ce sont ces baies sèches qui constituent le poivre du commerce : on les recueille aussitôt qu'elles commencent à se teinter de rouge parce que si on les laisse mûrir complètement, elles perdent leur force et tombent sur le sol ; on les fait sécher et pendant cette opération elles devien* nent noires et ridées. Le poivre noir et le poivre blanc du commerce proviennent de la même plante; mais pour obtenir ce dernier on enlève le péricarpe noir et ridé qui entoure les graines de couleur blanche-grisâtre ; pour cela il suffit de ramolir les baies sèches dana l'eau et de les triturer jusqu'à ce que le péricarpe se dessèche.
Le poivre était connu des anciens; les Grecs et les Romains l'em^ ployaient en médecine et comme condiment et le recevaient des Indes. Le poivrier est une plante tropicale dont la culture s'est considérablement étendue aux Indes orientales et occidentales, à Bornéo, à Sumatra, aux îles Moluques, dans la Péninsule Malaise, à Siam, Malabar, etc.
Le Gingembre du commerce est la lige souterraine ou rhizome d'une élégante plante tropicale le Zingiber officinale. Il se présente sous forme de fragments de 5 à 7 centimètres de long , sur 2 centimètres de diamètre, de couleur blanche et tendres. On en distingue deux variétés d'après le procédé de préparation. On récolte le rhizome lorsqu'il est âgé d'un an , on le plonge dans l'eau chaude puis on le met sécher; ainsi traité il est appelé Gingembre noir. Mais si en outre, on a le soin de gratter le derme irrégulier et sali, on a le Gingembre blanc. On peut supposer que la véritable patrie du gingembre est la zone chaude de l'Asie ; il est connu et estimé depuis longtemps; Dioscoride et Pline en font tous deux mention; le pre-
mier sous le nom de ^yifteptç, le dernier sou» celui de Zingiberi. Les botanistes l'avaient d'abord appelé Amomum zingiber, mais M. Roseoe l'a distrait des Amomum pour l'ériger en un genre spécial, le Zingiber officinale.
Quelques bois rares entraient dans la composition du trophée de la Société Néerlandaise des Indes Orientales. Nous y avons noté le beau bois d'Amboine ou de Kyabuoa provenant du Pterospermum Indicum de la famille des Buttnériacées , nuancé de rouge clair et de jaune foncé; différents bois noirs ou Ebènes appartenant au Dios^ pyros Ebenus , au Diospyros melanoxylon et au Dalbergia latifolia.
Le bois de fer est extraordinairement lourd et compacte ; on sait qu'il est au Metrosideros vera et qu'on l'importe spécialement de la Chine. Le bois de Parbre à pain {Ariocarpus integrifoUa), est jaunâtre et ressemble à celui de l'oranger ; celui du Cc^salpinia Sapan^ appelé bois de Sapan ou Bresilet des Indes , est employé en teinture pour sa matière colorante rouge que l'on ne parvient cependant pas à fixer facilement. Cet arbre s'élève jusqu'à 12 mètres de hauteur, son feuillage est élégant , ses fleurs jaunes ; on exporte en Europe ses branches débarassées de leur éçorce et fendues en bûches de trois pieds de long sur 2 ou 3 pouces de diamètre.
Quant aux Possessions françaises pes Indes , leur envoi était loin de répondre à ce que l'on était en droit d'attendre. Le petit nombre d'échantillons que la plupart des colonies françaises, l'Algérie exceptée, avaient envoyés, étaient de plus, disposés péleHonéle sans aucune sorte de classification. D'après les renseignements fournis par M. Textor de Ravisi, la société d'agrieulmre et du commerce.de Pondicbéry, avait exhibé des échantillons de céréales, de graines et de noix (*)•
(i) Cette collection se composait des produits suivants Cambou, — PeniciUària Spicata; Tennei, — Panicum italicum ; Cadalei; — Cicer arietinum; PatchepayeroU; — Phaseolus mungo; Karamani, — Holcus aorghum;
Les colonies anglaises de Ceylan , de PInde et de Singapour , ont su mieux représenter la végétation de l'Asie tropicale que Pondicliéry et Karikal. L'ile de Ceylan , dont les immenses forêts sont si riches en bois de construction, avait envoyé des échantillons de Fagrœa; un bois brun à larges veines jaunes, nommé bois de Calamander ou de Goromandel {Diospyros hirsuta) et dont on fait des meubles de luxe; un immense rotang de 270 pieds; un certain nombre de fibres textiles, entre autre celles de cocotier, d'Antiaris saccidora, dont on fait des sacs bruns et grossiers, du Gnidia eriocephala et du CcUotropis gigantea; divers ustensiles de ménage en noix de Coco, des épices et des articles de commerce complétaient l'exhibition de Ceylan.
Motchekottey, — Lahhlab vulgaris ;
Panipayroii ou Elipayrou, — Phaseolus trilobatus. var.
Nelly-Chamba, — Oryza sativa^
Solou, — Holcus sorghum, var. à graias noirs i
Colliu, — Dolichos uniflorus;
Varagou, — Panicum mUitteeum ;
Tovarei, — Cajanits indiens;
Samei, — Holcus spicatus;
Karrow-Ponpayerou. — Phaseolus tnctximus}
Hevarou, — Elensine caracatta;
Ouloundou, -- Phaseolus radiatus;
Sadepayerou, -- Dolichos sp,;
Pattani, — Pisum sativum;
Viodium, ~ Trigonella fœnum grœcum ;
Rottcpakou^ — Areca catechu;
Yetti-kattei, — Strychnos nux vomica,
Tettan kattei, — Strychnos patatorum.
La même société ayait envoyé des échantillons de sept graines oléagineuses :
Calophyllutn tacamohaea, — Pinneikatlei;
Argemone mexicana, — Brumaragachi;
Melia azedarack, «~ Vepankottei;
Papaver somniferum^ — Cassacassa ;
Sapindus emarginatus^ — Poangan kottei ;
Jatropha curcas, — Ceran kottei ;
Cassia longifolia, — Houpe kottei.
Dans renvoi de la Société d* Agriculture, Commerce et Industrie de Karikal, on remarquait onze échantillons de bois de construction, savoir : Borassus flabelliformis (Palmier); Swietina Chloroxylon (bois satin); Averrhoa fit/em6t (Tamerla); Tectona grandis (Teck-blanc); Diospyros melanoosylon (Ebène); Thespecia populnea; Cedrela toona (Pâte, Toon, Tunga, Poma, etc.) ; Berrya ammonilla (Trinquemale on Temaca des îles); Artocarpus integrifolia (Jacquier); Dalbergia lalifolia (Ebène).
La compagnie des Indes orientales avait su former une collection bien nombreuse des produits naturels de son territoire , et on y remarquait les bois de Teck, de Toon {Cedrela toona) ressemblant au Mahony, de Santal blanc (Santalum album) d'une odeur agréable , des bois noirs, etc. Le célèbre bois de Teck^ plus connu sous le nom de chêne de Malabar, appartient au Tectona grandis de la famille des Verbenacées ; il est peut-être le bois le plus durable , il est très solide et son tissu abonde en particules de silex ce qui le rend très lourd; sa texture est régulière et ferme; sa couleur marron-clair et saveur amère, propriété à laquelle il doit de ne pas être attaqué par les vers. On raconte que les navires construits de ce bois, ont pu tenir la mer pendant plus d'un siècle , mais son emploi est restreint dans la marine à cause de son poids extraordinaire. Le Tectona grandis est très commun dans l'empire des Birmans.
La collection de fibres textiles de la compagnie des Indes était nombreuse et classée méthodiquement par M. Royle; d'une part les fibres parallèles des graminées, des Musacées, des Liliacées, des Broméliacées et des Palmiers de l'embranchement des Monocotylédons; de l'autre les fibres plus ou moins réticulées des Malvacées, des Thymélées, des Tiliacées, des Urticées, etc. , appartenant aux Dicotylédones.
Les fibres de Puja ou Pooah, constituent une excellente filasse depuis longtemps employée dans l'Inde à divers usages. On en fait des câbles et des toiles à voile qui peuvent sous tous les rapports, rivaliser avec les tissus de chanvre de Russie ou des meilleurs lins. Ces fibres proviennent d'une plante de la famille des Urticées, le Boehmeria puya, Wall., (Urtica frutescens, Boxb.; non Thunb.); cette famille est riche en espèces à fibres textiles; notre Ortie commune (Urtica dioïca) elle-même pourrait être utilisée ; on cite en outre les Urtica cannabina, heterophylla et nivea, L., (Boehmeria nivea). Cette dernière surtout à des fibres tenaces et soyeuses, supérieures à toute autre pour la fabrication des toiles fines : elle constitue le célèbre Grass-cloth dont les fibres servent de base aux tissus les plus fins des Chinois.
Ce peuple prépare depuis un temps immémorial, le papier avec la moelle de XAralia papyrifera, du Broussonetia papyrifera , les Bambous et le Riz. Dans l'empire des Birmans, les matériaux usités pour cette fabrication sont les feuilles de Palmiers, de Pandanus, l'écorce d'un bouleau nommé Bhosputter^ les fibres du Daphne cannabina,\e Sanseviera zeylanica ou Moorva, V Hibiscus cannabinus ou Ambara, le Corchorus olitorius et le Crotalaria juncea.
L'Oadal est le nom indien des fibres du Sterculia villosa; on remploie pour faire des cordes de la plus grande force, très durables et d'aussi bonne qualité que les meilleurs cordages de chanvre. Le Sterculia villosa est un arbre très commun aux Indes Orientales ; il suffit de le décortiquer pour obtenir un liber à fibres souples et fines; l'écorce elle-même sert à faire des cordages communs dont se servent les chasseurs d'éléphant dans les jongles. Le D*" Roxburg parle en ces termes du Sterculia guttata, dans sa Flore de PInde : a Les Malabars convertissent l'écorce de cet arbre en une sorte de vêtement : l'arbre est abattu^ ébranché; le tronc en est coupé en morceaux de 6 pieds de long ; chaque pièce est incisée perpendiculairement, l'écorce ainsi entr'ouverte est entièrement enlevée, découpée, lavée, puisséchée au soleil. De celte manière, et sans autre préparation, elle est propre à se confectionner en vêtements. »
Enfin, parmi les produits de l'Archipel indien, de la Péninsule malaise 9 de la Gochinchine et de Siam, on remarquait le bois de Penang, de la Cire et du Suif végétaux de Bornio, des fibres d'Ananas, de Bananier, d^Agave, de Rami, d'Yucca gloriosa, de Dracena draco, etc.
§ V. Amérique du Nord.
Après avoir admiré les produits remarquables de la végétation de l'Asie, produits si nouveaux et si intéressants, l'Européen se croit presque en pays connu, lorsqu'il aperçoit les végétaux de l'Amérique septentrionale. L'élégant trophée que la colonie anglaise du Canada avait élevé dans l'annexe, était formé à la base de barriques remplies de denrées alimentaires et de céréales sur lesquelles
s'élevaient des bois de charpente et de construction. Il était terminé par des pelleteries et couronné par le drapeau britannique. Ces bois sont légers , blancs ou à teintes pâles et appartiennent aux mêmes genres que les essences de nos forêts , sauf les Carya alba^ tomentosuy glabra, amara, espèces de Noyers séparés par Nuttal des Juglans de Linné, le Tulipier {Liriodendron tulipifera) et le Sassafras officinale. Ils étaient envoyés au nombre de 64, par M' Andr. Dickson , de Kingston , dans le Haut-Canada (^).
Il était facile de voir que ces espèces sont , sinon toujours les mêmes, au moins les représentants de celles de l'Europe tempérée froide. La même analogie existe quant aux produits agricoles du Canada, comme le prouvait la collection, exposée par M' Sbepherd, de Montréal , des végétaux alimentaires cultivés et des plantes d'ornement des jardins. Miss Shepherd avait joint à ces objets un superbe album, colorié à la main et représentant les Orchidées indigènes du Canada et les fruits de la colonie. Les bois de construction les plus estimés de l'Amérique du Nord , sont le Pin d'Amérique {Pinus strobus), le Sapin jaune {Pinus palustris et P. mi' tis)y le Pin de Virginie (P. rigida) , le Tararack {Larix americana\ le Cèdre rouge {Junipents Bermudiana), le Chêne blanc de Québec (Quercus alba) , le Chêne rouge {Quercus rubra) et le Chêne noir (0. tinctoria).
Mais bientôt le tableau change et trop subitement, par l'abstention des Etats-Unis, qui devaient relier le Canada au Mexique. C'est
(1) C*étaient : Acer saccharinum , L. — AInus incana, Wild. — Abies balsamea, Marsh. — A. canadensis, Mich. — A. alba, Mich. — A. nigra. Poir. — Betula papyracea. Ait. — B. exselsa, Ait. — B. lenta, L. — B. nigra, L. — Castanea vesca, 6. — Gerasus virginiana, Juss. — Cratagus coccinea, L. — C. crus galii, L. — Cerasus pensylvanica, Loisel. — C. cerotina, DC. — Cratagus punctata, Jacq. — Cornas florida, L, — Carya alba, Natl. — C. lomentosa? Nutt. — C. glabra, Torrey. — C. amara, Nuit. — Carpinus americana, Mich. — Fraxinus jiiglandifolia, L. — F. sambucifolia. — F. pubescens, Walt. -— Fagus ferruginea, Ait. — Juniperus virginiana. — Juglans cinerea, L, — Liriodendron tulipifera, L. — Larix americana. — Ostrya virginica, Will. — Prunus americana , Marsh. — Pyrus americana, DC. -— Quercus nigra, L. ~ Q» alba, L. — Q. rubra, L. — Q. bicolor, Wild. — Rhus typhina , L. — Sassafras officinale. — Tilia americana, L. — Ulmus fulva, Mich
passer trop brusquement de la végétation des Bouleaux , des Conifères, des Chênes, des Tilleuls, des Peupliers ^ des Hêtres, etc., aux forêts de Laurus, de graminées arborescentes, de Palmiers, de Cactus, de gigantesques Lilia<;éeS; telles que Yucca et Agave. Tels sont cependant les genres que nous retrouvons parmi les 245 échantillons exposés par Vera-Cruz , Yucatan et Tile del Carmen de la République Mexicaine.
Les colonies françaises de la Martinique et de la Guadeloupe n'avaient exposé que quelques échantillons de bois de charpente, de teinture et d'ébénisterie , quelques écorces et feuilles textiles.
On fait avec un tissu lâche et réticulé, nommé torchon , une sorte de petits ouvrages légers. Cette substance , rappelant le bois dentelle (Lagetta lintearia) et le bois de Cactus {Opuntia vulgaris) de l'exposition de l'Algérie, est le tissu fibrovasculaire du fruit du Momordica luffa, de la famille des Cucurbitacées. Le Cecropia pellata (Ano^ carpée) a les tiges creuses et renflées aux articulations ; ce qui lui a valu le nom vulgaire de bois trompette. C'est un arbre élégant des Antilles , qui crott souvent à la hauteur de 30 pieds avant de se ramifier. Le Panax chrysophyllum porte parfois le même nom.
Le Fagara pterota , employé dans la médecine des Nègres (bois à Pian) y fournit le bois de fer de la Jamaïque; c'est au même genre qu'appartient le bois à flambeau {F. heterophylla) de l'île Bourbon. De la Guadeloupe venaient de la vanille, des noix de Bancoul [Aleurites biloba) et du coton de Bombax ceiba. Le bois d'ébène vert de la Guadeloupe [Bignonia leucoxylon) est estimé dans les constructions pour sa solidité et sa longue durée, dans rébénisterie pour ses belles nuances , son grain fin et son homogénéité^ et en teinture, pour la belle couleur jaune qu'il fournit.
On donne le nom de bois de chandelle ou bois de lumière à plusieurs sortes de bois résineux dont on se sert en guise de flambeau ; ce sont par exemple ceux du Dracena reflexa , de VA^ave fœtida^ de YErithalis fruticosa et de VAmyris elemifera. C'est à cette dernière espèce que se rapporte, pensons-nous^ le bois de chandelle de la Guadeloupe.
La même catégorie de produits représentait la république de Costa-Rica , la république Dominicaine , les colonies portugaises de Porto-Rieo et de Cuba , la république de Guatemala et les colonies anglaises de Bahama et de la Jamaïque. Cette dernière était convenablement représentée par des échantillons de divers articles d'exportation. On y observait beaucoup de bois, en beaux échantillons de 1 mètre de hauteur, parfaitement classés; en tr'au très un magnifique spécimen du bois d'ébénisterie le plus répandu, l'acajou. Linné dédia cet arbre au hollandais Swieten^ médecin de Timpératrice Marie-Thérèse, et le nomma Swietenia mahogoni. Le Cœsalpinia brasiliensis , dont le nom rappelle une des gloires de la botanique, Césalpin, médecin du pape Clément VIII, donne un bois rouge qui peut fournir une matière tinctoriale. On remarquait encore un bois exhalant une odeur de musc assez prononcé et remarquable encore par des veines noires. Il appartient au CordiaRumphii; le bois jaune pâle duChavailler {Xantoylon dava) et les bûches de bois de Caféier, de Cocotier, de Gayac , d'Acacia , de Morynga pterygosperma dont les graines nommées Pois queniques ou Chicot , un peu plus grosses que des marons, d'un gris cendré, polies comme de la porcelaine et ailées, fournissent l'huile de Ben estimée pour sa limpidité et ses qualités sicatives ; de Cardia gerascanthus de la famille des Borraginées, de Hibiscus elatus, de la famille des Malvacées , de Calyptranthes jambolanay etc.
Le bois dentelle {Lagetta lintearia) ou Lagheto, de la famille des Thyméléacées croit à la Jamaïque. C'est un arbrisseau de 4 à 6 mètres de haut, d'un bois compacte et jaunâtre. Les couches du liber se détachent aisément sous forme d'un tissu léger^ souple, blanc et fort et constituent une dentelle végétale qui sert aux habitants des Antilles à confectionner des fichus, des manchettes, des nattes et des cordes.
Le bois de fer de la Jamaïque est le Fagara pteropa, mais ce nom a été appliqué tians presque tous les pays à une espèce différente; à la Guyanne aux Robinia panacoco et tomentosa, aux Antilles au Rhamnus ellipticus et à \jEgiphila martinicensis ; à Ceyian au Mesua ferrea; à l'île Maurice on appelle bois de fer le Sideroxylon cine^
reum , etc. On cultive beaucoup à la Jamaïque une sorte de poivre nommée Toute-Epice, parce que sa saveur ressemble à un mélange de noix-muscade, de clous de girofle et de cannelle; c'est le fruit de VEugenia pimento, cueilli un peu avant sa maturité et séché au soleil. La consommation de cette épice devient considérable en Europe ; en 18S0, on en a importé en Angleterre 22,000 sacs, pesant 1022 tonneaux , dont un cinquième environ a été réexporté.
La collection des fibres textiles de la Jamaïque était la plus remarquable de l'exposition , non-seulement par le grand nombre d'échantillons exhibés, mais bien plus encore par leur bonne nomenclature botanique et leur belle préparation : elle avait été préparée par l'actif et intelligent surintendant du jardin botanique de la Jamaïque, M. Nathaniel Wilson. L'énumération des plantes textiles cultivées par M. Wilson , prouve que la Jamaïque possède les plus belles et le plus grand nombre de matières textiles du globe : cette énumération contient les noms de 82 espèces , la plupart spontanées à la Jamaïque (*).
§ 6. Amérique Méridionale.
La végétation de TAmérique tropicale, suffisamment représentée à l'exposition universelle par les envois des colonies de l'Amérique du Sud , présente des caractères de richesse , de vigueur et de variété inconnus partout ailleurs. Les arbres des forêts sont de nombreux Palmiers, les Quinquinas, le Mahoni, des Bombacées, l'Arbre à pain, des Ficus, des Buttnériacées, des Malpighiacées , le Bertollettia , les Acacia et Cesalpinia, des Pandanées , des Scitaminées et le Cocotier,
(1) Yucca gloriosa^ Yucca aloifolia, Bromelia caratas, Bromelia pinguin, Ananas sativa, Musa sapientium, Musa var. martinique, Musa paradisiaca, Musa Cavendishii, Musa violacea^ Musa coccinea, Heliconia Bihaly H, brasiliensis^ H. psittacorum, Tillandsia serrata, T, usneoides, Pandanus spiralis, P. variegatus, Agave americana, Canna indica, Triumfetta semitriloba, Malvaviscus arboreus^ Abroma augusta, Hidia calycina, Belicteres jamaicensis, Guazuma ulmifblia, Kleinhoffta htspita^ Sida, s p., Ochroma lagopus, Cecropia peUata, Cordia sébestena, C, gerascanthus , C, monophylla^ C. collocouM , Brosimum spurium, Ficus elastica, F. religiosa, F. vireus, F, americana, Hibiscus rosa sinensis, H. liliiflorus, H, esculentis, H, elatus, H, latifoliusy H. tiliaceus, Lagetta lintearia, Daphne tenuifolia, Coccos nucifera, Artocarpus incisa, Pterocarptts santalinus, Crotalaria juncea.
entremêlés de Bambusa et de Saccharum, d'Agaves gigantesques, de Meloeactus et de Cereus ligneux : d'immenses lianes s'élancent vers leurs cimes et viennent former une nouvelle forêt au-dessus de la forêt : ce sont des Paullinia, des Banhinia, des Aristolochia, des Passiflora, etc. Des Orchidées épiphytes, des Aroïdées phyllodendres et des Balanophorées brillent au-dessus de la végétation épigée, suspendues sous les cimes de leur soutien. Le sol formé d'une couche d'alluvion d'une énorme épaisseur, est d'une prodigieuse fertilité.
L'Angleterre avait compris que ce n'était pas à son territoire européen qu'il fallait péniblement arracher quelques mauvais arbres : ses nombreuses et vastes colonies réparties sur toute la surface du globe, lui donnent des bois au-delà de ses besoins. Les plus riches de ses forêts sont celles de la Jamaïque, de la Guyane et de l'Australie. La Guyane Anglaise est celte vaste contrée de l'Amérique du Sud qui s'éiend entre 8% 40' de lat. N. et 3°, 30' de lai. S., et entre le 50"*' et le 68""* degré de longit. 0. du méridien de Greenwich. La végétation présente donc le tableau de la fécondité de Téquateur.
ff La surface accidentée de la Guyane britannique , offre la plus grande diversité de productions indigènes : les végétaux exotiques , introduits à différentes époques, se sont parfaitement accomodés du sol et du climat de ce pays. La végétation marche sans interruption^ la verdure, d'un feuillage qui ne tombe jamais , brille d'un éclat incomparable. L'étranger dont les regards sont habitués à se reposer sur la végétation comparativement maigre des climats plus froids, est à la fois surpris et charmé , à l'aspect de la grandeur de ces gigantesques efforts de la nature, manifestés par l'ampleur, la variété de formes et la prodigieuse rapidité de croissance de tout le règne végétal. Le caractère spécial de la côte, c'est la ceinture de Manglier (Mangrove) et d'Avicennia nitida (courida) qui entoure immédiatement les terrains cultivables. Dans l'intérieur du pays, des savanes bien arrosées, d'une grande étendue et d'épaisses forêts couvrent Tespace qui sépare le sol cultivé des premiers étages de montagnes. Dans ces forêts vierges, les arbres à bois tendre atteignent une hauteur étonnante; leurs troncs et leurs branches sont ornés de
végétaux parasites (Orchidées) et rattachés les uns aux autres par des lianes qui souvent après avoir dépassé leurs cimes, redescendent à terre et y prennent de nouveau racine. Les Palmiers de diverses espèces, mêlent leurs gracieux feuillages à celui des arbres forestiers; les eaux elles-mêmes se parent de toute une flore de plantes aquatiques. Les oiseaux 9 les insectes et les reptiles peuplent de leurs innombrables tribus ces solitudes dont leurs gazouillements et leurs bruissements troublent seuls le silence; c'est le domaine de quelques peuplades dindiens, restes des anciens possesseurs du pays. De jour en jour ces peuplades deviennent moins nombreuses : elles conservent, pour la plupart; cette indifférence apathique, contre laquelle viennent échouer tous les efforts de la charité chrétienne, pour implanter parmi elles, les germes de la civilisation.
« 11 serait donc presque inutile de dire que les forêts de la Guyane britannique peuvent fournir en quantité illimitée, les meilleurs bois de charpenle, sans égaux, quant à la solidité, pour les constructions civiles et navales, outre des bois précieux, pour la menuiserie et l'ébénisterie. On ne connaît encore qu'imparfaitement les arbres et les plantes de ces forêts dont les produits ont une valeur commerciale, soit comme médicament, soit comme matière première propre à divers usages industriels. W »
L'exposition des produits forestiers de la Guyane britannique se composait des échantillons de 110 espèces différentes. Cette collection était placée dans la galerie d'annexé du palais de l'Industrie^ au commencement de la galerie du 1^' étage, à gauche, en entrant par la place de la Concorde.
Le plus important de ces bois est celui du Uora excelsa, Benth., l'arbre le plus majestueux de tous ceux des forêts de la Guyane , qu'il domine de son sommet, souvent haut de 30 à 40 mètres. Son bois nommé mora, est extrêmement serré, d'un grain croisé ^ par conséquent difficile à fendre , ce qui le rend spécialement approprié aux constructions navales. Sir Robert Schomburgk dit, en parlant de
(1) Extrait du catalogue spécial des produits de la Guyane Anglaise.
cet arbre ^ que dans ses premiers voyages à travers la Guyane, il n'a jamais vu de moras aussi gigantesques que ceux des terres voisines du Barima, dans la partie supérieure à son cours, v Quand nous avions doublé^ dit-il, l'un des nombreux promontoires que la rivière contourne , et que nous avions devant nous une longue étendue de son bassin , les touffes de cet arbre majestueux apparaissaient dans le paysage comme des collines couvertes de verdure , jusqu'à ce qu'en approchant notre illusion cessât, et nous reconnaissions que ce qui nous avait semblé être des collines , se trouvait être formé d'un seul arbre de 1 30 à 1 50 pieds de haut, représentant à lui seul, il est vrai, la végétation de toute une forêt. La valeur du mora, pour les constructions navales, est actuellement bien reconnue dans la Grande-Bretagne ; elle ouvre un nouveau débouché au commerce d'exportation de la colonie. »
V Acrodichlidium camara, Schomb., camara ou noix d'Accawai, a le bois aromatique amer et jouissant de la propriété d'éloigner les vers et les insectes. Les Indiens extraient d'un Amyris la cire végétale, nommée par eux Garman ou Guri-mani, dont ils se servent pour ajuster les hameçons de leurs lignes et les cordes de leurs arcs : de là les noms de Maniballi , Candelwood ou bois chandelle. Le Yaruri, Massara ou Paddle-wood [Aspidospermum^ êxcelsum, Bentb.), est singulièrement cannelé ûu sillonné^ il ressemble à un faisceau formé de nombreuses tiges sarmenteuses réunies ou bien au fût d'une colonne gothique cannelée. C'est avec les protubérances aplaties de la partie inférieure du tronc que les Indiens font leurs rames et les manches de leurs haches; le bois, léger et élastique, est en même temps dur et très fort. Les troncs du palmier Acuyuri {Askvcaryum aculeatum, Mey), s'élèvent à la hauteur de 18 à 21 mètres; il est couvert de longues épines et d'un bois solide, employé pour l'ébénisterie fine. UAvkennia nitida, Jac. ou Gourida, croit avec une étonnante rapidité, mais son bois est faible et se détruit aisément à l'air. Le bois de serpent {Brosimum AubletUj Polp, ou Piratinera guyanensiSf Bourra-Gourra, Pavia, Leiter-wood), est d'un rouge foncé , moucheté de taches noires qui varient de forme et de gran-
deur^ ce qui lui a valu les noms de Bois-aux-Iettres^ Letter^wood, ou bois de serpent, Snake-tvood. Le tronc atteint de 0,60 cent, à 0,90 cent, de diamètre. Mais le cœur^ la seule partie qu'on puisse employer^ n'a jamais que de 1 5 à 1 8 centimètres.
Le Carapa guyanensis est un arbre propre à la Guyane et qui a reçu son nom du savant Aublet qui se livra avec ardeur à l'étude de la Flore de ce pays. Un arbre dont les dimensions rappellent celles du Mora^ est le Carijocar tomentosa, Dec, ou Pekea tubercu^ losUf Aubl.y nommé souari à la Guyane. Son bois est très durable et excellent pour les constructions navales.
L'écorce des Copaifera pubiflora et bracteata^ Benth., (Mariwayava ou Purpleheart), sert aux Indiens à faire des canots, nommés woodskinsy dont quelques uns sont assez grands pour naviguer sur l'eau douce avec 20 ou 25 personnes à bord. Ces arbres croissent principalement dans la région montagneuse au-dessus des cataractes et dans les savanes , près des rivières ; leur bois est élastique autant que solide; il résiste mieux parait-il , que tout autre , aux chocs des détonations de l'artillerie.
L'arbre qui produit la graine connue sous le nom de Fève de Tonka, le Dipterix odorata, Wild., possède un bois dur, solide et éminemment durable; il est mieux approprié que tout autre aux ouvrages qui doivent résister à une forte pression. Le bois du Dre^ panocarpus cuneatus, Mey., très commun dans la Guyane, sur les bords des rivières et des criques, est nommé Hikiburi ou Corkwood , bois de liège , à cause de sa faible densité ; il est usité comme flotteur pour la pèche. Le bois du Duguestia guitarensis ^ Lindl., Yari-Yari ou Lance-wood jaune, sert aux Indiens à faire la pointe de leurs flèches; il est fin, solide et élastique.
VEperua falcatà, Hubl., provenant de la rivière Berbice, et très commun sur tout le territoire de la colonie , est d'un rouge foncé , dur et pesant; il donne une gomme-résine qui passe pour un remède efficace en cas de coupure récente et de blessure. Le Baracara ou Erythrina corallodendron y L., est un arbre à bois dur, serré et imprégné d'une huile résineuse qui le préserve de l'action de l'humi-
dite, et dont les graines rouges sont usitées à faire des colliers, des bracelets et autres objets de parure.
Le Genipa americana, L., est un bel arbre de la famille des Gincbonacées 9 voisin des Gardénia, et dont le bois, d'un grain serrée ne se fend jamais, il est nommé Janibaha ^ ses fruits renferment une pulpe vineuse délicieuse.
Le bois de Gampèche {Hematoxylon campechianum y L.,) est nommé Logwood. On sait que Thuile crab est fournie par les graines de crab-wood ou Bylocarpus carapa, Spr., {Carapa guyanensis)^ son bois est léger, et comme il prend un beau poli il convient parfaite-^ ment pour l'ébénisterie. Le Simeri , arbre aux sauterelles , Locustetree, ou Himenœa courbaril^ L., est un bel arbre dont le tronc atteint de i8 à 24 mètres et dont le bois, très employé en Angleterre, surtout pour les planchers des navires, est d'un grain serré, dur, compacte et d'un brun veiné.
Le bois de Warracouri, Cèdre blanc, arbre à l'encens, ou Icica altissima, Âubl., est léger, facile à travailler et aromatique : il croit abondamment dans les terres basses et fournit une gomme résine très odorante.
Le Lecythis grandiflora^ Lindl., de la famille des Myrlacées, est très commun dans toute la Guyane britannique où il croit touffu et droit et acquiert de grandes dimensions; on l'y nomme Wadaduri ou Monkey-pot, pot de singe; son bois dur, d'un grain serré, très sain, sert pour l'ébénisterie et à faire de bonnes douves pour les tonneaux à sucre. Le bois du Lecythis ollaria, L., ou Kakaralli, possède toutes les qualités requises pour la construction des bâtiments de guerre; il est lourd, solide, d'un grain serré et n'est pas attaqué par les tarets. Les couches dont est formé son liber, se séparent facilement sous forme de feuillets ayant toute l'sTpparence du papier satiné. Le Lucana mammosa, Gartn., dont le bois est dur et solide est aussi nommé Zumaramara ou arbre à la marmelade, parce que ses fruits délicieux ont le goût d'une excellente marmelade.
Un des plus beaux bois de la Guyane est le bois de tigre ou Blachœrium Schomburgkii . de la famille des Papillionacées ^ d'un
beau brun moucheté comme une peau de tigre. Les stipes du palmier Ita {Mauritia flexuosa, L.), se font surtout remarquer par leur extrême souplesse; les Indiens ont su tirer parti de ses fibres, mais elles résistent mal à l'action de Thumidité.
Le Maximiliana regia^ Mart., palmier cueurit ou koquerit, dont les jeunes feuilles, avant de sortir de la spathe qui les renferme^ composent un chou délicieux qui figure quelquefois sur les bonnes tables de la colonie, est très répandu. Une espèce de Mimusops, ce nom rappelle la forme singulière des fleurs qui figurent une face de singe, nommée à la Guyane Burnea, BuIIy ou Bellet-tree, a le bois solide, pesant, d'un grain serré, très durable et d'un beau rouge foncé; marqué de petites taches blanches.
On rencontre dans les contrées basses voisines des côtes , le Nectandra Rodtoei, Sch., de la famille des Laurinées^ connu dans sa patrie sous les noms de sipîriy hibiru, green-heart. Son bois fin, d'un grain uni, très dur, est placé par le Lhoyd au rang des huit meilleurs bois de marine : il n'a pas de rival pour la résistance aux forces de tension et de compression : on en distingue notamment deux variétés, la jaune et la noire : celle-ci est la plus rare, la jaune est la plus commune, mais le mélange de ces deux couleurs est encore plus fréquent. Un autre bois , que l'on suppose appartenir à une espèce de Nectandra ou d'Oreodaphne , se présente , sous des conditions bien différentes : il est plus léger que l'eau et contient un principe amer qui éloigne les vers et les tarets. VOmpholobium Ldmbertiy Dec, Haiawaballi ou Hyawaballi, fournit un bois très recherché pour l'ébénisterie , en raison de sa beauté et de la facilité avec laquelle il se laisse manier, et connu sous le nom de Zébra- wood.
Un Palmier, nommé Tooroo, mais indéterminé scientifiquement, fournit un bois utilisé pour fabriquer des ouvrages de marqueterie , des queues de billard, des cannes, etc. Un autre Palmier, nommé Awara, un Astrocaryum peut-être, très commun à la Guyane, possède un bois très durable ; les Indiens préparent , avec le fruit mûr de cet arbre , leur boisson favorite ; ils font des anneaux et des bracelets avec le bois de la noix : ce bois est noir, très dur et prend un beau poli.
Le Simarouba {Simaruba officinalis^ Dec, S. amara, Tubl.) croit sur les pentes des collines ; il y parvient à la hauteur de 1 5 mètres ; il est très ramifié et un peu contourné. Le bois ressemble à celui du Pin quant à la couleur ; il est très employé pour faire des cloisons et des boiseries intérieures des maisons habitées; mais il ne résiste pas au contact de l'air extérieur.
Le Strychnos toxifera y Schomb., Wouraly ou Ourari, a un bois dur, d'un grain serré, du même brun que celui de Cèdre. Le bois de Tabernamontana utilis , Arn., est léger et mou; cet arbre est nommé Hya-hya, ou arbre au lait, parce qu'il donne en grande abondance un suc laiteux. Le Virola sebifera, Aubl., est un grand et majestueux arbre, qu'on voit très fréquemment sur le bord des rivières ; son bois est léger et facile à fendre ; les graines donnent , dans l'eau bouillante , une huile concrète dont on fait des bougies comparables aux bougies de cire. Le Vochysia guyanensis, Aubl., appartient à une famille voisine des Gombrétacées et croit à la hauteur de 9 à 12 mètres; le bois est tendre et facile à travailler^ les Indiens en font des corials ou canots.
Tels sont les bois les plus utiles pour les constructions navales, l'ébénisterie et la charpente, que produit une seule colonie anglaise.
La Guyane avait en outre exposé un grand nombre de matières textiles intéressantes.
Le Bananier (Musa paradisiaca) contient des fibres très estimées, mais faute d'une machine propre à les séparer, l'arbre n'est ordinairement cultivé que pour son fruit, et on laisse pourrir les tiges sur le sol. Beaucoup de personnes se sont cependant occupées du problème. La lige du Bananier, presqu'exclusivement formée par les gaines des feuilles, atteint en moyenne 3 mètres de haut et 0",68 de circonférence; elle contient plus de 90 p. c. d'eau chargée de sels et de tannin ; le reste consiste en fibres reliées entre elles par du tissu cellulaire. Nous avons vu, à l'exposition de Paris, des fibres brutes, du fil et des cordes de Bananier cultivé; des fibres du grand Bananier {Musa sapientium, L.), et du Musa texHliSy Nec, qui fournit la matière connue sous le nom de chanvre de manille. Les
Indiens préparent une soie végétale formée de fibres très fortes d'une espèce de Bromelia; ils en font des cordes pour leurs ares, des filets y des lignes et des cordages. Le coton {Gompium arboreum^ L.) a été jusqu'en 1 820, le principal article d'exportation de la Guyane britannique : cette exportation a entièrement cessé aujourd'hui pour faire place à la culture de la canne à sucre.
Un autre coton, nommé Colon longue soie et provenant des capsules à graines du Bombax seiba, L., est connu des Indiens sous le nom de Gomaca. Les autres matières textiles de l'exposition de la Guyane étaient les fibres d'Aloês {Agave vivipara, L.], les fibres de rOchro sauvage ou Jamby, produites par une espèce de genre Vrena; des fibres à divers état de Mahoe ou Mohoé {Tespasia po^ pulneay ou Hibiscus elatus^ L.) remarquables par leur grande force et employées pour fabriquer des cordages , des balles à café, etc. Ce végétal très commun à la Guyane y acquiert les dimensions d'un arbre sur les bords des rivières et dans les terrains humides; la fibre textile s'obtient par la macération de l'écorce intérieure des jeunes arbres et des rejetons; des fibres extraites des jeunes feuilles du palmier Ita {iVauritia flexuosa , L.), d'autres provenant de la spathe du palmier^ cucurit {Maximiliana regia, Mart.). On sait que c'est des feuilles du Carduhvica palmata que sont faits les fameux chapeaux de Panama qui valent jusqu'à iOOO fr., et que l'on peut laver à l'eau ^ plier et mettre en poche sans le moindre inconvénient.
Les végétaux fécuiifères de la Guyane ne sont ni moins nombreux ni moins remarquables que les bois et les matières textiles. Ce sont : l'Arrow-root {Maranta arutidinacea, L.), les fruits de l'Arbre à Pain {Artocarpus incdsay L.), la Mangue^ fruit du Mangifera indica, les rhizomes de la Cassave douce [Janipha Lofflingii, H.), la Cassa ve amère {Janipha manikot), les fruits du grand Bananier coupés par tranches et sèches à l'état vert [Musa sapientium), les fruits verts du Bananier nain {Musa paradisiaca, L.), le Riz {Oryza sativa, L.), le Tannia ou Hog {Caladium ou Colosasia , species)^ les capsules de rOchro {Hibiscus esculentus), qui séchées, forment la base d'une soupe très nourrissante et très estimée à la Guyane britannique; le
Maïs {Zea maïs)^ le blé de Guinée (Sorghum vulgare, Pers.), le Cacao {Theobroma cacao), la Patate douce (BatcUas edulis), l'Igname buck {Dioscorea triphylla); la fécule Tous les mois, s'extrait des rhizomes du Shot des Indiens ou Buck sbol, espèces de Canna (Canna coccinea, liUea, occidentcUis, Achevas) qui croissent partout dans la colonie; l'Igname commune (Dioscorea sativa), l'Igname de Guinée {D'toscorea, sp.).
Enfin nous avons porté notre attention sur les singuliers objets manufacturés par les Indiens, presque toujours fabriqués de matériaux encore à l'état naturel ; ce sont entre autres des hamacs de Mauritia flexHosa, L., des sarbacanes d' Arundinacea Schomburg^ kii, Benth., dont les entre-nœuds ont parfois 4"',80 de long; des bonnets faits avec la spathe du Palmier Manicaria saxifera, Gaertn. des canots d'écorce de Copaïfera bracteata , des brosses de noix de coco. Nous avons noté des semences de Soap-Berry*tree ou arbre aux baies de savon : ce sont les fruits du Sapindus saponaria, L. On en fait des bracelets , des colliers et divers objets de parure ; ces fruits, à Tétat frais, ont une épaisse enveloppe charnue, qui se délaie dans l'eau et la fait mousser : on l'emploie quelquefois aux Indes Orientales en guise de savon.
Oh devrait s'attendre à rencontrer, à côté de ce riche envoi de la Guyane britannique, quelque chose d'analogue venant de la Guyane FRANÇAISE, dout le territoire est inculte et inoccupé, et dont il était urgent de faire connaître les productions naturelles, afin d'étudier le parti qu'on en saurait tirer.
Le vaste empire du Brésil ne présentait ainsi qu'un pâle reflet de ses richesses végétales; c'étaient 28S petits échantillons de bois, sans indication d'origine, et une collection des produits utiles d'un Palmier, le Copemicia cerifera, Mart., consistant en bois de construction, fibres textiles, fécule et cire sécrétée par les feuilles et employée , mêlée à la cire des abeilles pour la fabrication des bougies.