‹ Promenade botanique dans le Palais de l'Exposition universelle de 1855Chapitre 3 sur 3 · OCÉANIE · texte numérisé non relu

OCÉANIE

La végétation de l'Australie se présente sous des formes et un aspect tellement spéciaux, qu'il est presque impossible de méconnaître ce qui lui est propre. On dirait un nouveau monde ou plutôt un reste d'un vieux monde, une création spéciale indépendante de celle qui a accompagné l'arrivée de l'homme sur la terre. Dans ces forêts on rencontre des Palmiers, Pandanées, Bananiers, Bambu* sées, Artocarpées, des Acacia et Mimosa, des Urticées, Broméliacées et Pipéracées^ des Casuarinées viennent s'y adjoindre sous la zone équatoriaie , avec des Hibiscus, Ficus et des iVIyrtacées, et plus loin avec des Eucalyptus, Melaleuca, Eugenia, Metrosideros , Leptospermum , des Protéacées (Dryandra et Banksia), des Epacridées, des Zamia, des Restiacées , des Araucaria et de belles Lianes.

Les végétaux alimentaires ou utiles, tout à fait propres à ce continent, sont rares : le plus connu est le lin de la Nouvelle Zélande.

Une espèce de Zamia fournit aux indigènes un fruit féculifère. Une conifère, Y Araucaria Bidwelliana, produit des fruits d'un pied environ de longueur, dont on mange les graines rôties.

Le Doryantkes excelsa est une plante textile qui croit très abondante sur les bords de l'IUiwara. Les semences du Panicum Icevinodum, que les indigènes de l'Australie nomment Cola, servent dans certaines localités à fabriquer un pain qui ressemble beaucoup au pain d'orge. y La grande utilité du caoutchouc et de la gutta-percha donne de

l'importance au suc du Ficus ferruginea de la Nouvelle Galles du Sud, qui réunit les propriétés de la gutta-percha et de la glu. La gomme du Xanthorrhea hastilis est avantageusement employée pour la fabrication des vernis.

Les habitants cultivent le Sagou, la Batate ou Gamote, l'Arrowroot , le Tacca integrifolia, le Cocotier, l'Arbre à pain , le Choupalmiste; la canne à sucre, le bétel, le Broussonettia papyrifera, et beaucoup de légumes introduits par les colons.

Ce sont les envois des Colonies Anglaises et spécialement de la Nouvelle Galles du Sud, qui permettent aux visiteurs de l'exposition universelle de Paris d'apprécier les caractères principaux

de la végétation australienne. Les commissaires de la Nouvelle Galles du Sud pour l'exposition universelle de Paris, ont envoyé 530 échantillons des espèces de bois de la jeune et déjà si prospère colonie; M. Moore, directeur du jardin botanique de Sydney, avait envoyé une autre collection.

Le sol forestier de la Nouvelle Galles du Sud se divise en trois fiions bien distinctes. La première, la plus riche, longe les côtes de la mer et couvre les plaines, les vallons et les coteaux les plus fertiles, a Ces forêts, dit le catalogue spécial, exigent de la part de l'étranger un long et très-pénible examen , pour distinguer les arbres appartenant à des familles très-différentes. Leur feuillage est souvent si élevé et tellement entremêlé avec celui des arbres voisins et des plantes grimpantes ; leurs troncs sont tellement couverts d'épiphytes et la lumière pénètre si difficilement sous cette végétation confuse, qu'on est souvent obligé de couper un arbre pour pouvoir déterminer son identité; même alors il est fréquemment nécessaire de couper plusieurs arbres voisins , avant de pouvoir faire tomber celui dont l'observateur veut examiner le feuillage ^ tant les branches de ceux-là sont solidement attachées aux branches de celui-ci par des plantes grimpantes. La période incertaine de la flo* raison et de la fructification, donne lieu à d'autres difficultés. Quoiqu'on les ait examinés plusieurs fois à de courts intervalles , à l'occasion de l'exposition, pendant un espace de six mois, on fut surpris d'en trouver un si petit nombre à l'état de fertilité. Ce petit nombre étant une exception plutôt qu'une règle applicable aux espèces particulières qu'elles concernent, il paraîtrait certain que la majorité des arbres de cette classe ne fleurissent pas chaque année, et que plusieurs d'entre eux ne deviennent en fleurs qu'à de longs intervalles. Comme preuve des nombreuses espèces composant ces massifs , on peut assurer qu'en parcourant la longueur d'un demi-mille, plus de 60 espèces furent remarquées poussant à une distance de 25 mètres de chaque côté. On peut remarquer également qu'il n'y a pas 2 massifs qui se ressemblent ; de nouvelles espèces apparaissent avec de nouveaux massifs , pendant que l'on perd

de vue , en avançant , les espèces que Ton avait remarquées dans les précédents. »

C'est dans ces admirables forêts que s'élancent les stipes gracieux des fougères arborescentes et les majestueux palmiers. C'est là que Ton s'arrête stupéfait au pied des troncs, hauts de 70 mètres et mesurant une circonférence de 10 mètres de l'Ortie géante {Urtica gigas); c'est là encore que l'imagination la plus vive est dépassée par Pénormité et la bizarrerie du Ficus macrophylla. Le vent ou les oiseaux déposent ordinairement une graine de ce figuier sur la branche d'un arbre : elle germe ^ et la jeune plante dirige ses racines vers le sol : dès qu'elles l'ont atteint, la plante prend des dimensions extraordinaires^ elle étreint son soutien. Ce mastodonte végétal domine de sa cime toute la forêt; elle forme une vaste coupole soutenue par de forts piliers. Un seul individu du figuier à grandes feuilles mesure souvent 30 mètres de tour. L'espèce la plus répandue dans les forêts paraît être le Cedrela australis, bois excellent pour rébénisterie et la menuiserie.

La seconde région est formée de forêts d'une végétation moins vigoureuse : les arbres*soni très élevés, mais peu branchus, garnis de feuilles épaisses, coriaces, riches en huiles essentielles; ce sont, par exemple, des Eucalyptus, des Melaleuca, des Angophora , des Callistemon y des Syncarpia et le Lophostemon. Ils alimentent les besoins de Sydney, mais on remarque que ces bois ont rarement le cœur sain, et quand ils l'ont, il est sans valeur, à cause de sa grande fragilité; les couches concentriques d-u tissu ligneux se séparent facilement les unes des autres.

Enfin la troisième région forestière de la Nouvelle-Galles est aride; le sol y est sablonneux et pierreux, très aride et très sec; les broussailles qui le couvrent sont détruites, tous les 4* ou 5 ans, par des incendies qui s'y propagent avec une grande facilité; mais par contre, c'est dans ces mêmes régions que fleurissent la plupart de ces jolies plantes que l'horticulture a transportées de l'Australie dans les serres d'Europe.

Dans la collection de MM. Mac- Arthur , on remarquait d'abord

de nombreux échantillons d'Eucalyptus. Ce bois est le plus commun et le plus précieux de la colonie : on le dit propre à tous les usages; il est presque inaltérable, susceptible d'un très beau poli^ et peut servir de succédanée à l'acajou. Le beau bois du Stenocarpus salignus, que l'on pourrait employer pour Tébénisterie de luxe, sert à Sydney à couvrir les maisons. On remarquait de beaux échantillons montrant des coupes verticales et longitudinales du Cedrela australis, d'un très grand usage parmi les colons; A'Endiadra glauca, exhalant une forte odeur aromatique, de couleur brune, à grains fins et denses; de Dacrydium Franklinii ou Pin huon d'un Jaune d'or brillant; de Podocarpas spinulosus dont on tire des planches sans nœuds, à fibres régulières et à grains très fins; de Ceratopetalum apetalum, remarquable par sa légèreté et la finesse de sa texture; de Tristania neretfolia très élastique, de Melaleuca uncinata, propre surtout aux ouvrages souterrains et submergés; d'une espèce de Vitex, dont le bois, à l'état sec, est insensible aux variations de la température, et d'un Elœocarpus, élastique et léger. On remarquait enfin de nombreuses espèces d'Acacia , le Pitosporum undulatum , VEpicarpurus, VAchras australiSy le Rulingia pannosa, le Monotaca alba, le Duboisia myaporoïdes, le Myrcine variabilis, à bois blanc moiré, le Xylomelum pyriforme et le Personnia linearis.

Dans la collection de M*^ le professeur Moore, on remarquait un énorme quartier de Flindersia australis , des échantillons d'Araucariay de Casuarina et de Grevillea mimusoïdes.

La colonie de Victoria était représentée par une collection de 70 espèces de bois ; ceux de Van Diemen attestent un climat plus chaud que les espèces de Sydney; leurs nuances sont plus riches que les tons plus ou moins pâles et indécis des régions tempérées. Cette collection n'était malheureusement accompagnée d'aucune indication sur les espèces qu'elle renfermait; il s'y trouvait des bois de Myrte, de Sassafras, de Chêne, de bois de iMusc, de Laurier, de Fougère, etc.

La Nouvelle-Zélande avait, comme on devait s'y attendre, exhibé des échantillons de Phormium tenax et de nombreux spécimens de bois malheureusement sans étiquette.

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