‹ Promenade de Dieppe aux montagnes d'EcosseChapitre 1 sur 35 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Je prie le lecteur de rejeter cette brochure s’il s’est promis de lire un voyage; elle ne contient que les tablettes d’un homme qui passe rapidement dans un pays nouveau pour lui, et qui écrit ses sentiments plutôt que ses observations.

Aucun pays n’est plus digne de l’intérêt du voyageur que les montagnes de l’ouest et du nord de l’Ecosse. Elles ont cependant inspiré si peu de curiosité aux nôtres

que M. Chantreau a dédaigné d^y pénétrer. Le savant Faujas de Saint- Fond, qui ne s’occupait que de géologie , n’y a cherché et n’y a vu que des pierres. M. John Rnox, dont les études purement économiques se bornaient aux pêcheries , n’a parlé que des poissons. M. Gilpin est un imàgiste plutôt qu’un voyageur. Abstraction faite des préventions d’un vieillard morose dont l’imagination était depuis long-temps décolorée, il y a beaucoup de choses utiles et intéressantes dans le voyage de Samuel Johnson, comme dans tous ses ouvrages, M. Pennant lui seul

a élevé un monument parfait dans toutes ses parties. Je crains que ces deux derniers auteurs n’aient pas eu chez nous les honneurs d’une traduction complète.

Il reste donc un excellent livre à faire sur l’Ecosse , à moins que ce livre n’ait paru à mon insu ; mais indépendamment des qualités nécessaires pour faire un livre excellent, il faut avoir vu et revu le pays qu’on se propose de décrire , avant de pouvoir se flatter d’en donner une idée juste aux autres. Ce petit volume ne promet que ce qu’il peut donner, l’esquisse à peine

ébauchée d’une promenade rapide.

Puisse-t-il même donner ce qu’il promet.

Cependant, puisque mon journal est devenu une espèce d’ouvrage, et que le voilà livré aux chances d’une publicité pour laquelle je ne l’avais pas fait , je dois me mettre à l’abri d’un reproche qui me serait plus pénible que tous ceux de la critique, celui de manquer de reconnaissance envers des personnes dont nous avons reçu des marques signalées de politesse et de bienveillance, et que je me ferais un plaisir de nommer toutes , si la multiplicité

des égards et des services ne ren-* dait pas cette tâche un peù difficile : je citerai seulement parmi nos compatriotes, M. le comte de Caraman, chargé d’affaires de France en Angleterre; M. Hugot, consul à Édimbourg; M. Herman, agent de commerce à Glasgow ; et d’une autre part, Lord Fife, à Londres; le général Dulf , en Écosse ; et notre inappréciable ami , M. Hulmandell dont la sollicitude pour nos besoins et pour nos plaisirs passe toutes les expressions. J’ajouterai en mon nom à cette liste le nom du célèbre docteur Hooker qui a dirigé mes ex-

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cursions dans le comté de Lennox et ses environs, et qui m’a chargé, à mon départ, d’une riche moisson de plantes rares pour notre ami commun Bory de Saint- Vincent.

Celui-ci m’a aidé à son tour à débrouiller des notions presque effacées de ma mémoire , en me prêtant cette facilité d’observation et cette clarté d’analyse qui lui assignent un rang si distingué parmi nos premiers naturalistes.

Il me resterait à rendre grâces à mes compagnons de voyage de ce qu’ils ont fait pour donner à cette légère brochure le seul mérite qu’elle

pût offrir au public, si je savais exprimer tout ce que je leur dois sans craindre de blesser leur modestie.

Heureusement je connais assez leurs* sentiments pour croire qu’ils me sauront plus de gré d’une simple expression d’amitié que des éloges les plus recherchés. M. Eugène Isabey, digne héritier d’un nom européen dont j’ose garantir qu’il soutiendra la gloire, a enrichi mon petit livre de deux de ses dessins.

M. de Cailleux a bien voulu prendre sur des occupations plus importantes de beaucoup, le temps de tracer l’itinéraire de notre prome-

nade de sept cents lieues. M. de Taylor m’a adressé la relation détaillée d’une excursion vers le Nord, beaucoup plus variée de faits et d’observations que la mienne , et qui m’est plus chère encore par l’expression des sentiments qu’il accorde à mon amitié , que par l’ornement qu’elle ajoute à mon faible écrit.

On voit qu’après cela, il me reste infiniment peu de chose dans cet ouvrage, et c’est ce que personne ne sera tenté d’y réclamer.

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