‹ Promenade de Dieppe aux montagnes d'EcosseChapitre 33 sur 35 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

J E jette un dernier regard sur le Shakspeare-hill , si admirablement décrit dans le Roi Lear (i) qu un des bons commentateurs de l’Eschyle

(i) Acte IV, scène VT, tome VT, p. i53 de l’édition de M. Guizot.

anglais prétend qu’il ne s’est jamais transporté par l’imagination au-dessus du précipice , sans éprouver , en mesurant ses menaçantes profondeurs, un mouvement de vertige.

Les côtes d’Albion commencent à se confondre avec les nuages , et je perds de vue cette terre aux deux extrémités de laquelle le génie a imprimé deux sceaux également imposants; l’admirable poésie d’Ossian sur les noirs rochers de Morven , l’admirable poésie de Shakspeare sur les blanches falaises de Dover.

France! France! Voilà la patrie!

la patrie plus belle , plus aimable au cœur du voyageur que toutes les merveilles de la terre de l’étran-

ger! Ici le premier son qui frappera mon oreille fera parvenir à mon esprit une idée intelligible et une parole connue. Ici le premier regard qui accueillera mon arrivée sera celui d’un compatriote et peut-être d’un ami. Deux jours à peine me séparent de vous que j’aime! Les abymes de la mer ne m’en séparent plus j et le secret merveilleux de la navigation peut se perdre sans que je perde rien de mon bonheur. Grâces soient rendues aux flots qui m’ont ramené sur les côtes de France ; ils ne me gardent point d’autres bienfaits , et aucun bâtiment venu de loin ne sera chargé des espérances de ma

fortune ou du trésor de mes affections. Il est ici.

Maintenant ce rêve de cinquante jours est terminé, et je vois se confondre, comme les édifices d’une ville qu’on a quittée la veille , et qu’on regarde du haut d’une montagne déjà éloignée, tous les objets qui ont occupé mes yeux pendant ce temps-là. Les sensations les plus vives de ces journées si pleines d’idées nouvelles s’éteignent dans ma mémoire. Qui peut fixer les impres* sions passagères de la vie ? Quel intérêt offriraient d’ailleurs celles d’un homme qui voyage pour voyager , vit polir vivre , quelquefois même pour oublier qu’il vit , et rem-

plit sans dessein de réflexions sans but les pages d’un mémorial inutile?

Cependant le fruit de ce journal brusquement improvisé en passant d’une chaise de poste à un bateau ne serait pas entièrement perdu, s’il inspirait à un homme mieux organisé et plus capable de tirer de son oisiveté un parti avantageux pour les autres , le goût des voyages d’observation dans des pays trèsvoisins que nous ne connaissons pas.

Il ne manquerait rien au seul succès que j’ambitionne , s’il me savait quelque gré de lui avoir indiqué dans la grande île Britannique quelques dignes sujets de curiosité, de surprise et d’admiration. — Oxford , Cantor-

bery , Durham , Yorck , Alnewick Édimbourg. — Le château de Dun barton, le lac Rattrine, le Ben Lomond. — Et Miss Relli.

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