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LES MUSÉES

Il lï’est pas plus question ici de tous les musées de Londres qu’il n’était question « tout -à -l’heure de tous ses théâtres et de tous ses monuments. Les exhibitions particulières sont une espèce de spéculation que la cupidité multiplierait au défaut de la vanité, car on paie pour entrer à toutes les exhibitions et meme à celles des musées natio-

naux; ce qui fait que le talent et le génie sont devenus des objets d’industrie et des effets de commerce qui jouissent, même parmi les négodants de profession, d’un assez grand crédit sur la place. Étrange mouvement de la société, et le seul peut-être qu’on doive attendre de la nouvelle direction des esprits.:

les artisans ont cédé la place aux machines , les artistes sont tombés à celle des artisans , et tout se perfectionne !

Comme le musée de Londres admet à ses exhibitions solennelles tout ce qui lui est présenté, sans concours, sans examen et sans jugement, on doit s’attendre à y trou-

ver beaucoup de choses médiocres et beaucoup de choses au-dessous du médiocre; c’est un inconvénient auquel on est peut-être exposé dans certains pays où l’on y prend plus de précautions.

Si les Anglais méritent, comme je le pense , la réputation de bon sens dont ils jouissent parmi les peuples; s’ils ne joignent pas à de justes titres d’orgueil national des prétentions bien exagérées , bien fausses , bien absurdes , j’aime à croire qu’ils ne se flattent pas d’avoir jamais une école dans la sculpture et la peinture historiques. Les raisons qui les ont privés de cet avantage sont probablement très-

faciles à trouver pour les observateurs qui cherchent à reconnaître dans la statistique des différentes nations l’action incontestable des institutions sur les arts. La statuaire n’offre de remarquable cette année que huit, bustes admirables de Chantrein. On remarque dans ce nombre celui de l’éveque de Rochester, et sur-tout celui de sir Walter Scott, dont un marbre vraiment animé reproduit la physionomie comme je la lis dans ses ouvrages, pleine de pénétration , de finesse et de puissance : tout ce qu’il faut de grandeur pour s’élever aux plus hautes conceptions de l’homme ; tout ce qu’il faut d’ingénieuse malice , de

goût et de philosophie pour se jouer, en les prodiguant sans mesure, des ressources du génie meme ; un mélange de Corneille et de Molière , de Swift et de Milton. Le Walter Scott de Chantrein a le front d’Homère et la bouche de Rabelais. Il doit être fort ressemblant.

Dans la peinture, le paysage et la marine sont les genres où les Anglais ont le moins de rivaux en Europe. C’est comme dans la nature, et chacun affectionne les richesses de son pays. Quelques-uns de leurs tableaux surpassent presque toutes les idées qu’on peut se faire de la perfection en ce genre ; mais la palme de l’exposition est due à un grand

paysage de Constable, auquel les maîtres anciens et modernes ont peu de chefs-d’œuvre à opposer. De près, ce sont de larges empâtements de couleurs mal étendues qui offensent le tact à l’égal de la vue, par leur grossière inégalité. De quelques pas, c’est une campagne pittoresque , une maison rustique , une rivière basse dont les petits flots blanchissent sur

les cailloux , un char de paysan qui traverse, le gué. C’est de l’eau, de l’air et du ciel ; c’est Ruysdael , Wouvermans, ou Constable. Il ne faut cependant décourager personne , et les Français ne sont pas faciles à décourager. Quoique nous ayons des paysages moins frais que les Anglais,

parce .que nous vivons dans une atmosphère moins humide, et que notre marine nous occupe moins exclusivement, parce que nous tenons à un continent où nous avons fait quelquefois beaucoup de chemin , nos exhibitions prouvent de temps en temps que nous sommes en état de produire des choses admirables, meme en paysage et en marines. Il faudrait seulement pour cela que nos artistes ne regardassent pas le voyage de Rome comme l’unique complément des études classiques. La nature est classique aussi, car c’est elle qui a formé tous les modèles, et il est bon de la revoir quelquefois. J’ai admiré dans nos

provinces plusieurs de ces aspects enchantés que les Anglais nous envient , que les Anglais nous emportent, si l’on peut s’exprimer ainsi, et que nous sommes étonnés de reconnaître dans leurs dessins, parce que nos artistes ne voyagent pas, ou, si l’on veut bien me le permettre , parce qu’ils voyagent mal. Quel pays, si favorisé qu’il soit de k nature, ne s’enorgueillirait pas de la beauté des rives poétiques de la Loire, ou de la majesté âpre et superbe des Pyrénées? Combien - de fois je me suis arreté , frappé d’admiration, au pied de cette cascade du Jura qui se précipite- du haut du mont Girard , entre des côtes si ri-

ches de fleurs et d’ombrages, ou au bord de ce lac romantique qui baigne , sans les inonder , les vertes pelouses de Chalins! Mais je ne suis pas peintre.

Le genre de l’aquarelle est admirablement traité en Angleterre. Turner y a conservé sa supériorité des années précédentes; mais plusieurs autres se font remarquer à côté de lui, et ce n’est pas une distinction médiocre. On remarque parmi eux quelques artistes français qui soutiennent très-honorablement à Londres la réputation de notre école.

Un Anglais qui m’avait reconnu à la prononciation , et cela n’est pas difficile, avait la bonté de me les indi-

quer, en accompagnant la citation du livret des éloges les plus flatteurs. Cette politesse nationale devrait être chez tous les peuples éclairés un noble objet d’émulation. Les guerres de procédés sont mille fois plus honteuses que celles des sauvages. ,

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