LETTRE XI
Bagnères-ilc-Liiclion , ce 20 juillet 1815.
Ax. — Eaux minérales. — Formation d'une brèclie calcaire. — Grottes dans les montagnes de la vallée de lArriège. — Gros blocs de granit transportés. — Tarascou. Pain. — Culture de la vigne. — Foix. — Constitution physique des habitans • — Fer. — Forges à la catalane. — Rimont. — Notice historique sur le pays de Foix. — Saint-Girons. — Saint-Lizier. — Vallée du Salut. — Reflexions sur l'utilité des volcans. — Saiut-Martory. — Saint-Gaudens. — Plâtre employé à l'amendement de» terres. — Tour romaine.
A. X est une très-petite ville , mais pas trop laide. Ax. Sa position m'a beaucoup plu. Trois jolis vallons ayant chacun sa petite rivière ou torrent , se réunissent là , pour ne plus former que la vallée de l'Arriège. Les montagnes ne sont poinf nues; elles offrent une agréable variété de bois, de prés et det erres cultivées. Cette culture consiste principalement en seigle et en sarrazin. Du milieu de tout cela il s'élève de gros rochers bien âpres
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qui tonl un très-bon effet. Quelques cascades de
distance en distance achèvent le tableau.
Toutes les sources dans Ax sont chaudes. Pour avoir de l'eau fraîche il faut la prendre dans la rivière, et encore on doit choisir les endroits; car il y sourd beaucoup de sources chaudes.
C'est peut-être à la grande quantité de gaz suîfureux qui se dégage de ces eaux , et qui a pn être encore plus considérable autrefois, que l'on doit attribuer Fétat particulier dans lequel se présentent les granits autour d'Ax. Presque tous sont vermîculés à la surface; quelquefois les ciselures sont très- profondes, et donnent à ces granits l'apparence de madrépores. J'ai bien vu ailleurs , surtout dans les torrens , des granits dont la surface était inégalement usée; mais elle n'avait point la physionomie de ceux d'Ax.
On a mis dans cette ville la chaleur et la qualité savonneuse des eaux à profit, pour établir un petit lavoir de laines, tant de cellesdu pays que de celles ,; qu'on tire d'Espagne , soit ouvertement , soit par i.iks. contrebande ; mais le premier et principal usage de ces eaux est pour la santé. Elles jouissent d'une trè^-honorable réputation; on les conseille surtout aux femmes qui mènent difficilement des enfans à terme. Il y a deux maisons de bains anciennes , et de plus un aubergiste est occupé dans ce moment à faire chez lui un nouvel établisse-
Er.nx min
ment de ce genre. Onlre cela , il y a un gianJ bassin public où chacun peut puiser de l eau thermale et même barboter.
En partant d'Ax , je vis à peu de distance de la ville et sur la rive gauche de TArriège, une Jolie cascade; deux lieues plus loin environ , et vis-à vis un village où l'on tire de l'ardoise , non loin de Lusenac, à la vue du vieux château trèsromantique de Lordat, ie remarquai une roche Formauon d'une nature très-singulière. De petits éclats de caici.iie. schistes de toutes les formes détachés du haut d'une montagne se sont amoncelés à son pied. Là , ils ont reçu les infiltrations des eaux supérieures, qui chargées sans doute de carbonate calcaire, l'ont déposé sur ces morceaux de schiste et les ont liés les uns aux autres plus ou moins fortement. On peut suivre les progrès du travail de la nature. Quelquefois ces schistes ne sont saisis par le gluten calcaire que dans quelques points de rencontre entr'eux , et rlors il suffit du plus léger choc pour en réduire une petite masse en éclats. D'autres fois le carbonate de chaux a rempli tous les intervalles des morceaux de schistes et en a formé une brèche très -solide qui pouriait se scier et se polir; entre ces deux exlremes, il y a toutes les nuances de la solidlîé. Cette roche m'intéressabeaucoupparcequejen'avais pas encore pris la nature sur le fait formant des brcches. A quelque distance de là je retrouvai
des agrégations semblables également en fabrication. Je n'en avais pas vu avant , je n'en ai revu depuis , que dans la vallée d'Aran. Ces schistes sont d'un gris rouillé.
Près du village de Cabanes, la montagne de Quiers, placée à la droite de l'Arriège, m'offrit lesplusgrandsescarpemensqiie j'eusse encore vus; les montagnes de la rive gauche qui est celle qui suit le chemin, sont aussi coupées très-brusquement, mais elles ne présentent point des flancs aussi unis. Les unes et les autres sont calcaires, et j'ai même vu d'énormes blocs de marbre qui s'en étaient détachés et avaient roulé jusque sur les bords du chemin, en deçà et au-delà. Ces Grottes dans montagncs renferment beaucoup de grottes, dont gnesdeia OU voït Ics ouverturcs. Plusicurs de ces grottes l'Aiiic-e. paraissent avoir été habitées. J'en ai remarqué une surtout dont l'entrée est fermée par un mur crénelé comme une porte de château. Sans doute qu'elle aura servi de manoir à un chevalier troglodyte. Qnoiqne ces montagnes soient calcaires à droite et à gauche, on trouve dans le Gros blocs fond du vallon d'énormes blocs de granit qui tranipoiics. n out pu être amenés la que de tort lom , et par des torrens tels que les temps historiques n'en ont pas vus. Il me semble que ces grands transports de roches isolées et de couches de cailloux roulés ne peuvent mieux être attribués qu'aux courans marins à Tépoque du déluge , lesquels
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diirent être bien autrement puissans que les torrens de nos montagnes, qui d'ailleurs, ainsi que je l'ai observé plusieurs fois, n'atteignent point ces niasses déplacées. Que l'on se rappelle l'événement du Callao , où la vague soulevée jeta deux frégates armées à plusieurs centaines de toises dans les terres, rasa toute la ville de fond en comble et en entraîna à son retour les débris dans la mer; que l'on se rappelle les effets de la vague contre la digue de Cherbourg, contre le môle de Cette, et l'on verra, je pense, dans les flots de la mer , les véritables agens de ces déplacemens prodigieux qui sont hors d'atteinte , par leur place et par leur masse , des petites fureurs de nos eaux douces.
Avant d'apercevoir Tarascon , on voit une montagne isolée au milieu de toutes les autres, et de forme conique, qui produit un effet des plus pittoresques.
Tarascon est une petite ville insignifiante, Tarascos. mais dans une position charmante , par la vue des montagnes et des vallons qui l'entourent. Du balcon de l'auberge où je m'arrêtai, on a un demi-panorama ravissant. Quelque chose de trèsremarquable encore à Tarascon, c'est le pain. Pain. Depuis Rodez et Lésignan, je n'en avais pas mangé d'aussi parfait.
Après Tarascon, la vallée de l'Arriège s'élargit , mais pour se rétrécir ensuite en appro-
chaut de Foix. Celte vallée a deux étages, comme celles de plusieurs rivières dont je vous ai déjà parlé. Sur le plan le plus élevé, on cultive la viRnc!^ ^^ vigne au milieu des champs Pour cela on débarrasse un terrain de ses plus gros cailloux rernuablos , on les met en rond ei on plante de la vigneau milieu. Quantàceux qui nepeuventpas être remués, on groupe la vigne tout autour. Si, après cela, le reste du terrain est labourable, on y sème du blé. La vigne est supportée par des érables, de manière que chaque arbre ait son pied de vigne-, cette méthode s'étend au-delà du pays de Foix. Cela rend ]a campagne trèsagréable à la vue; mais le vin ne sen trouve pas mieux. Cependant votre vieil ami Pline prétend que le fameux vin de Cécube provenait de vignes ainsi portées sur des arbres, et que même le meilleur se cueillait au sommet. Mais la latitude était plus méridionale, le terrain plus bas et le sol probablement calcaire. Ici , quoique les Tuonta£;nes qui bordent le vallon soient le plus souvent calcaires, le fond est toujours granitique. C'est un terrain de transport charrié d'ancienne date; car aujourd'hui ( et depuis loug-iemps , je pense, ) il est à plus de cent pieds au - dessus des inondations de lArriège Ces circonstances se font toujours remarquer par le promeneur qui porte sa curiosité vers cesiiuitilités, au lieu delà porter sur d autres. Ce sont des es[)èces de nié-
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dailles géologiques, où, à la vérité, lemillésirno est effacé, mais que Ton reconnaît néanmoins pour très-vieilles.
Dans la vallée basse de TArriègeon cultive du blé, du maïs et des légumes.
Environ une lieue avant Foix , on trouve le village de Mont-Gaillard, très-remarquable par le rocher et la montagne qui le dominent et qui lui ont sans doute donné son nom.
Foix ne devrait être vu que par dehors. Les foix. trois tours qui composent son château , les montagnes qui Tenvironnent , les différentes usines que TArriège et les ruisseaux qui s'y jettent font aller, tout cela forme un tableau fort agréable; mais le charme disparaît dès qu'on est dans la ville. Il pleuvait lorsque je fis mon entrée dans Foix ; j'avais déployé mon parapluie : à la première rue où je me présentai, qui fut celle qui se trouvait vis-à-vis de moi, je sentis mon parapluie arrêté de droite et de gauche ; je crus que c'était quelque contrevent entr'ouvert;mais m'étant reculé de quelques pas pour éclaircir le fait , je reconnus que c'étaient les murs eux-mêmes des maisons qui étaient trop rapprochés pour donner passage au luxe d'abri dont j'étais porteur. Il fallut me jeter sur la gauche, où je trouvai une voie à mon train. Pendant que je déjeunais dans uueaubergeetque je finissais une lettre pour vous, la pluie cessa ; et n'ayant plus besoin d'ouvrir
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mon parapluie , je pus passer partout. Je voulais
visiter le château, et jouir, de la hauteur où il est perché , de la vue du pays environnant. Comme ce château est aujourd'hui une maison de réclusion , il faut une permission pour y entrer. Le concierge la demanda pour moi , et elle fut gracieusement accordée. Après avoir joui du panorama de Foix et de ses environs , je descendis et je me dirigeai vers le chemin de Saint- Girons. Je traversai pour cela une autre partie de la ville, et j'aime à croire que Foix est au premier rang parmi les laides villes préfectorales de France, qui ont échappé jusqu'à présent à mon inspection, car il serait douloureux de penser qu'il y en eût plusieurs qui se permissent d'être plus laides que cela.
J'avais ouï dire, depuis long-temps, qu'à Foix les dames se faisaient porter, au bal , dans des hottes, pour ne passe crotter. Je ne voulais point faire de question sur cette particularité au premier indigène venu, parce que dans ces régions méridionales, tout homme qui n'a pas l'accent gascon est cru Parisien , et par conséquent disposé à trouver ridicules les usages les plus respectables de la province, et d'après cela, on lui cache toujours quelque chose. Je retrouvai justement un homme de la Cerdagne française , que j'avais vu à l'auberge, qui était, je crois, homme de loi , et venu à Foix pour un procès; je lui fis
ma question , mais malheureusement il ne s'était jamais trouvé au chef-lieu de i'Arriège pendant le carnaval, et n'avait pu être témoin de l'espèce de transport des femmes de Foix, volant aux plaisirs du bal. Je suis donc resté dans mes doutes sur cette importante matière.
La Bastide est un bourg qsii n'a de remarquable que ses douze foires de bétail par an. Je traversai positivement ce bourg , un jour de foire; j'y vis un grand concoui-s d'hommes et de bestiaux: on me dit que sans la pluie, il eût été beaucoup pins considérable. Ce qu'il y en avait me suffisait pour continuer les observations que j'avais commencées dès Ax , sur les habitans du pays de Foix. Je me trouvais servi par des circonstances favorables. A Ax, j'avais eu un jour de fête { la Saint-Pierre ), ici j'avais une foire. C'est dans ces concours des habitans <le divers côtés, vers un même point , qu'un étranger est à mêttje de juger de la physionomie des gens d'un pays. Les Phocéens de TArriège , ( car vous savez bien qu'on attribue la fondation et le nom de Foix aux Phocéens de INIarseille ) ceux donc de l'Arriège me parurent moins robustes que les habitans du Pioussillon et de la Cerdagne, mais ils sont généralement bien faits et lestes. Il jne sembla aussi que pour la figure, ils se tiennent plus à distance des extrêmes que leurs voisins. Je
n'y ai pas vu d'aussi belles figures d'hommes, je n'y en ai pas vu d'aussi laides. Quant aux femmes, elles y ont la tête un peu ronde , malgré cela leur physionomie est assez agréable.
Je ne veux point oublier, à l'occasion de la Saint-Pierre dont il était question tout à l'heure , de vous parler d'une pratique qui a lieu dans ce pays-ci , et que je n'ai pas vue ailleurs. C'est que le jour de celte fête, on brûle dans la campagne des écorces de cerisier sur les chcminis, dans les carrefours , avec une certaine solennité plus bruyante que religieuse, mais qui cependant paraît être en l'honneur du saint. Je ne sais point quelle est l'origine de cet usage ; au reste , c'est sans préjutiice au feu de la saint Jean.
Les vallées du pays de Foix sont très bien cultivées, où elles peuvent l'être ; quelquefois même la culture s'élève a des hauteurs qu'il serait plus avantageux d'abandonner aux arbres. Pour quelques années de récolte , on condamne un sol à une éternelle stérilité, parce que les terres remuées sont entraînées par la pluie.
On fait souvent ici deux récoltes dans une année sur le même champ; après le seigle ou le froment , on a du sarrazin.
1er. Les montagnes de l' Arriège fournissent le meil-
leur fer de France; elles donnent aussi de lacier naturel. Vous savez que la différence entre le
fer et l'acier consiste en ce que ce dernier contient nne petite quantité de carbone que le fer n'a pas. *
Les forges sont très-multiplie'es dans le pays cauLoe* de Foix. La rature du minerai permet qu'on le traite à la catalane, c'est-à-dire que l'on mette immédiatement la mine dans le creuset, sans l'avoir fait passer à l'état de fonte, dans les hauts fourneaux. Déplus, l'air est fourni ici par des trompes, c'est ce qu'on aj)pelle aussi soufflets à la catalane. Comme on ne s'en sert guère dans l'intérieur de la France, peut-être ne serez-vous pas fâché de savoir en quoi consiste ce mécanisme; je serai le plus bref possible. Un tuyau perpendiculaire qu'on appelle trompe, dont la partie supérieure a la forme d'un entonnoir, et qui est percé au - dessous de l'entonnoir par quatre ouvertures latérales et obliques que l'on appelle trompilles, reçoit de l'eau d'un canal supérieur; cette eau produit un courant qui fait entrer l'air dans la trompe par les trompilles, le-
* C'est la connaissance de ce i'ait qui a conduit à convertir le fer en acier. Pour cela, on fait chauffer des barres de fer rangées par couches avec du charbon pilé , dans des caisses disposées à cet effet. Par l'action de la chaleur, le fer s'empare d'une certaine quantité du principe du chai'bon avec lequel il est en contact, et devient de l'acier C'est ce qu'on appelle acier de cémentation.
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quel air se précipite avec l'eau dans une tonne foncée placée au-dessous de la trompe, et dans laquelle plonge celle-cî. L'eau et l'air sont reçus par une pierre ou planche établie entre les deux f^onds et sont divisés par cette chute. L'air se dégageant remplit bientôt la capacité de la tonne; puis poussé par de ïiouvel air qui arrive sans cesse , il s'échappe par un tuyau placé au fond supérieur qui le comiuit à la tuyère, tandis que Veau s'écoule par des trous pratiqués au bas de la tonne. Cette méthode simple et économique ne produit cependant pas des résultats aussi puissans que ceux que Ton oblient des pompes soufflantes avec la même chute d'eau. Mais comme dartsceis montagnes, on a généralement tantd'eau et tant de chute que Ton veut , l'économie dans la construction est ce qu il y a de plus à rechercher. J'ai visité une de ces forges auprès de Foix.
Le fer tenant une si grande place parmi les objets d'industrie du département de TArriège, ce devrait être un motif de plus d'y faire ménager le bois par de sages règlemens.
Le département de l'Arriège est un de ceux de France qui ont le moins profité de l'introduction des mérinos pour Tamélioration des laines: on ne dira pas que c'est faute d être voisin de l'Espagne. Mais toutes ces négligences méridionales s'accumulent dans ma tête , et mon mécontentement fera explosion iôt ou tard.
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Je crois que Rimont a la prétention d'être ou P'I'^ioxt. d'avoir été une ville ; ce n'est pas même un bourg, et je ne le nommerais point, si, près de là, je n'avais trouvé uik; substance qui me parut avoir beaucoup de rapport avec la lave , et si les montagnes que j'apercevais autour de moi , en cheminant n'eussent en la forme volcanique. Cependant il est reçu qu'il n'y a point de traces de volcan dans les Pyrénées. Si des profondeurs de mon ignorance , j'osais émettre un sentiment sur cette contrée des environs de Rimont, je dirais que j*^ crois qu elle a été bouleversée de volcans; mais avant le déluge qui a émoussé les cônes volcaniques et les a terminés en calottes. Quand il y aurait quelque différence entre les pierres de ces volcans et les laves connues, est-on bien sûr d'avoir compris, dans le genre des laves, toutes les fusions volcaniques qui mériteraient ce nom ?
Quelque brillante place que tienne le nom de Notice his-
^ ' * * toi iqnc sur
Foix dans notre histoire, par les Gaston et les le pavs de Phœbus, ce que je vous dirai de l'histoire particulière de ce pays, sera plus proportionné à la petitesse du territoire , qu'à l'éclat du nom. Les premiers comtes descendaient de ceux de Carcassonne; ils devinrent par la suite comtes de Bearn. Leur race s'éteignit en Mathieu de Foix, dont la sœur Isabelle épousa Archambaud de Grailly , Captai de Buch, qui commença la se-
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conde maison de Foix. Celle-ci finit en François Phœbiis, dont la sœnr Catherine porta toute sa succession dans la maison d'Albert.
Le comté de Foix était un petit pays d'états composés des trois ordres. Ils s'assemblaient tous les ans; les sessions ne duraient que trois jours. Girons. Saint- Girons, petite ville placée dans un charmant pays, me parut en outre mieux bâtie et moins sale que beaucoup de villes plus considérables du Midi. Ses rues sont passablement larges, ses places assez propres ; elle a une jolie promenade sur les bords du Salât , rivière qui va se joindre à la Garonne au-dessous de Sainl-Martory , et lui porte de bateaux jusqu'alors inconnus à ce tleuve fameux. A Saint - Girons , le Salât est un torrent fougueux qui cause souvent bien des ravages.
Les habitans de Saint-Gironssont industrieux et font un coiunjerce considérable avec l'Espagne.
A une demi-lieue de Saint-Girons, on passe le Salât, sur un pont, au bas de Saint -Lizier» jadis village épiscopal. Le palais de i'évêque , qui €St très-grand et qui a des tours comme un château , est aujourd hui converti en un dépôt de mendicité. Je ne doute point qu'autrefois les évéques de Saint-Lizier n'eussent, au besoin, logé dans leur palais tous les habitans du cheflieu de leur diocèse, comme une poule couvre
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ses poussins; leurs ailes étaient assez grandes pour cela, et leur charité les tenait entrouvertes.
Saint- Lizier s'est appelé auparavant Anstria, lizÎer. sans doute à cause de sa position australe , par rapport à toute l'Aquitaine. Je ne suis pas fâché de vous dire , à cette occasion , que le nom d'Austria appartient mieux à cette hicoque qu'à toute l'Autriche , que l'on devrait écrire Olriche ou Osiriche, et en latin 0^/r/«, comme nous disons Ost-Frise , Ostrogot hs. Car la première syl • lahe a la même origine : l'Autriche se dit en allemand Oestreich , royaume de l'est , comme les Ostrogoths étaient les Goths de l'est. Par la même raison, nous devrions écrire Ostrasie , qui était aussi le royaume du levant dans la division de la grande France des enfans de Clovis. Mais les Romains * traitaient harharement les langues harhares , et nous sommes, sous ce rapport, des Ron)ains barbarisans.
L usage de iaire porter la vigne sur des érables se continue dans toute cette contrée. On taille l'arbre tous les ans comme la vigne. Il paraît que celte tonte annuelle empêche l'arlire de croître. Il est rare qu'ils aient plus d'un pied de
* Ce ne furent pas les Romains qui défigurèrent les noms appliqués aux divisions teiriloriales de rAlleniague et de la France; mais des hommes dont toute l'éducation <.'t l'iuslruction étaient latines.
=^^4 COLSERANS.
circonférence , et ils ont presque lonjonrs beaucoup moins.
Saiat. La valloe du Salât est fort jolie. Le fond est
en prés ou en champs bien cnUivés, les coteanx plantés en vjgnts qui s étendent aussi dans la plaine; les montagnes ne sont point trop dépouillées de bois, et Ton ne perd jamais pour Jong-temps les Pyrénées de vue.
Malgré la crainte de vous fatiguer de mes volcans, que vous direz que je vois partout , je ne puis guère m'empêcher de vous dire que la forme mamelonnée <les montagnes que j'avais à ma gauche, et la constitution apparente des roches qui en faisaient partie , me portaient à croire que ce pays-là a été travaillé par le feu avant l'eau.
Pour ne plus revenir sur ce chapitre des volcans, je vais vous dire ici ce que je pense de leur emploi ou utilité dans la nature.
s^fiSiué Par la formation continuelle des coquilles , des volcans, jjçg coraux , des madrépores qui , vous le savez , font des bancs , font des îles dans la mer; par la cristallisation des substances minérales , tant métalliques que calcaires et autres, une prodigieuse quantité tl'eau passe de l'état liquide a l'état fixe. A la longue , un pareil changement altérerait trop sensiblement la constitution physique de notre planète , pour que les corps organisés qu'elle supporte n'en fussent pas affectés.
Les volcans , en réduisant a nne extrême siccité tous les corps soumis à laclion de leurs feux, en dégagent l'eau qu'ils tenaient enfermée et la livrent de nouveau à la mer ou à l'atmosphère.
Vous vuilà, mon cher frère, regrettant tous les volcans éteints et craignant de voir la mer se pétrifier. Rassurez -VOUS: selon le célèhreW erner, nous avons encore cent quatre-vingt-treize volcans en activité de service, et il paraît que cela peut suffire encore long-temps à nos besoins.
Saint-lNJartorv fait ce qu'il peut pour avoir Saixt-
..... -Il * • •! ■ ' . Martory.
1 air d une ville; mais il est tres-resserre entre la rive gauche de la Garonne et une montagne. Ici on se trouve dans une région chaude , et je revis le redoul , ce joli arbrisseau du midi , que je vous ai dit avoir rencontré pour la première ibis, dans ce voyage , entre Alby et Castres.
Saint-Gautlens est dans une plaine et au-des- Sai:st-
,, , . , I 1 • 1 I Gacdeks.
SUS dune pleine; tout cela est le bassin de la Garonne. Vous savez ce que j enîends par bassin ; celte expression n a point ici letendue qu on lui donne quelquefois en géographie, où on lui lait comprendre la région entière de toutes les rivières et des ruisseaux qui affluent dans un fleuve principal je |)arle de ceiie petite cuKCite dans laquelle serpente chaque rivière , et que peut embrasser l'œil du vovageur, élevé seulement de quelques centaines <!e toises ou
niênie de pieda , et non porté dans la moyenne région de l'air.
x^iaiicera- j^^ plaine supérieure de la Garonne serait
pl<iTe a la- ' r
uiPii dément médiocrement fertile, mais l'industrie des habitans féconde son sol par 1 usage de la marne et du plâtre. Ce dernier amendement n'est pratiqué que depuis dix à douze ans ; mais il devient de plus en plus employé, et le plâtre que fournit ce pays est déjà envoyé au loin pour cet usage. J ai quelques raisons de croire ces renseignemens exacts , car je les tiens d'un marchand de plâtre avec lequel je cheminai, pendant quelque temps, sur la route de Saint Martory à Saint- Gaudens, et auquel je fis plusieurs questions touchant son état. 11 me raconta que la méthode d'employer cette substance comme engrais avait été introduite, dans le pays, par un natif, mais qui l'avait apportée des environs de Lyon où il l'avait vu pratiquer. Cela me rappela que j'avais souvent gémi de voir des contrées où le plâtre abonde , et dont les cultivateurs s'obstinent à ne pas en faire cet heureux emploi.
Le rez-de-chaussée du bassin de la Garonne est plus fertile que le premier étage; mais ce canton a été ravagé cette année par une grêle épouvantable qui laisse bien peu de chose à recueillir aux cultivateurs.
J'ai oublié de vous dire que , dans la plaine supérieure, toujours entre Saint- Martory et
Saint-Gaudens , j'ai vu, dans une vigne, une tour romaine revêtue en petites pierres carrées comme tant d'autres monumens romains , mais d'une plus petite dimension qu'elles ne sont ordinairement. Elle est massive ; je suppose que c'était un fanal , tel que nous en avons deux en Saintonge ; elle est carrée comme les nôtres , mais plus petite. Le propriétaire de la vigne , qui y travaillait, me dit qu'il avait bonne envie de renverser cette tour, parce que cela lui tenait une place inutile et lui donnait de l'ombre. J'espère que le barbare respectera ce monument de ses anciens maîtres.
De cette partie de la route on voit , sur une petite montagne qui ap[)artient aux derniers échelons des Pyrénées, le château de Montespan qui rappelle un nom plus célèbre par la femme qui le reçut que par le mari qui le donna.
On commence à voir quelques vignes basses sur la droite du chemin ; mais sur la gauche elles sont encore portées sur des arbres.
Adieu, mon cher frère, je vous laisse dans ces vignes, qui ne seront pas pour vous /^5v/^«^^ du Seijmeur.
Tour romaine.
Saint'