‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 75 · SRE PRET AE 2 DER D · texte numérisé non relu

SRE PRET AE 2 DER D

qui encadrent le bassin dessinent à nos pieds l’ombre noire de leurs troncs un peu inclinés et l'ombre entremêlée de lumière que jettent leurs palmes. Nulle part je n’ai autant éprouvé dans une ville, dans une foule, le charme des impressions que la nature réserve d'ordinaire pour la solitude; rien n’est poétique comme cette promenade au cœur d’une capitale, sous les tropiques, parmi les palmiers et les cycas. Il est fächeux seulement que l’indolence naturelle aux créoles ne permette pas aux dames havanaises de marcher. À Cadix, à Séville, on fait de même tous les soirs le tour d’une place plantée d’arbres; mais les belles Andalouses viennent y montrer leur taille cambrée et leur pied mignon. À la Havane, les femmes comme il faut restent dans leurs volantes, qui s’arrètent lout autour de la promenade. C'est de là qu'elles jouissent du charme de ces belles soirées en prenant des glaces et en causant avec les hommes de leur connaissance debout auprès de la volante. On les voit beaucoup moins bien ainsi. Se défieraient-elles de l'effet de leur beanté, ct craindraient-elles qu’on ne trouvàt pas au même degré chez elles les agréments dont je parlais tout à l’heure? Je ne saurais le croire. Ce qu’il y a de certain, c’est qu'elles ne. mellent jamais pied à terre. La femme du gouver-

PROMENADE EN AMÉRIQUE, 175 neur actuel a voulu joindre cette réforme à celles que son mari s’efforce d'introduire dans la colonie : elle a essayé de marcher; mais le scandale à été si grand, qu’elle a dû renoncer à une tentative qui semblait ajouter aux causes de la révolution dont l’île est menacée.

Il ne faut pas que cette magnificence de la nature tropicale, cette gaieté d’une ville espagnole, l’élégance des volantes et même les beaux yeux des Havanaises, fassgit oublier la condition de la population esclave, dont la présence aliriste tout ce spectacle. Du reste, les renseignements que je recueille me portent à penser que le sort des noirs de la Havane n’est pas rigoureux. Le laisser aller des manières espagnoles permet une familiarité que ne tolérerait pas la fierté froide et sévère de la race anglo-saxonne. fei les esclaves appellent leur maître niño et leur maîtresse ma, terme caressant qu'on adresse communément à un Jeune homme ou à une Jeune fille.

Lorsque le proprittaire loue ses nègres comme manœuvres ou porlefaix, ce qu’ils font au delà de la tâche ordinaire est pour eux. Quand ils ont gagné cent piastres, ils ont le droit de forcer leur maître à prendre cette son:me en à-compte,

et, de cent pistres en cent piastres données succes-

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