‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 75 · LAS · texte numérisé non relu

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d'entre eux des vestes blanches et de grands chapeaux de paille. Tout a un air de canicuke, et nous sommes au 91 janvier.

L'hôtel où nous descendons est tenu par une famille de réfugiés de Saint-Domingue. Comme en Espagne, les chambres à coucher sont petites; elles sont défendues par des barreaux et des volets, mais n’ont pas de vitres. Les lits sont des lits de sangle sans matelas, ce qui est plus frais, et au bout de quelques jours ne semble pas trop dur. L'endroit qui me plaît surtout dans l'hôtel, c’est une terrasse d'où l’on découvre une foule de clochers de toutes formes et de toutes nuances, et où je jouis de l’aspect à demi oriental de la ville étagée à mes pieds dans sa pittoresque irrégularité. Aux États-Unis, dans les promenades publiques, je ne rencontrais guère que quelques pauvres diables lisant un journal; nulle part il n’y avait un lieu fréquenté à une certaine heure par la bonne compagnie, comm le Corso à Rome, Chiaja à Naples, les Champs- Élysées ou le bois de Boulogne à Paris. Ici, j'ai rencontré une promenade admirable aux portes de la ville. Une longue allée part de la mer et suit les remparts ; d’autres allées viennent aboutir à cellelà : c’est un véritable cours, où, avant le coucher du solcil, on se promène en voiture, surtout cn

PROMENADE EN AMERIQUE 179 volantes. Les volantes méritent une description, car elles entrent pour beaucoup dans la physionomie particulière de la Havane. Ce sont des voitures ouvertes, à un cheval et à deux places, dont les roues sont très-hautes; un nègre en postillon les conduit. C’est dans ces chars que les dames vont goûter la fraicheur du soir. L’extrémité de leurs robes se rabat un peu des deux côtés de la volante. J'aime à voir ces voilures d’un aspect singulier passer rapidement, emportant deux ou trois femmes seules dont le regard vous frappe en passant, et à suivre les plis flottants de leur robe blanche aux derniers rayons du jour, en vue de la mer, à travers une allée de palmiers. Puis on revient, à l’autre bout de la ville, gagner une place carrée qui est la promenade d'hiver. Au centre s'élève une eau jaillissante entourée de fleurs et d'arbustes parmi iesquels on remarque la végétation exotique et bizarre des cycas ; on fait le tour de cette place tandis que la musique militaire retentit en plein air. En ce moment, le clair de lune achève d’embellir ces heures nocturnes. Un ciel incomparable, d’un bleu velouté comme l'air qu’on respire, et dans lequel notre regard plonge avec des délices infinies, semble une immense vague d'azur qui se recourberait mollement sur nos têtes. Les choux-palmistes

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