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PROMENADE EN AMERIQUE. 225 parce que cet homme si ferme est en même temps un homme sage, parce qu'il pense qu’il faudrait profiter du moment où l’on est victorieux et fort pour faire aux créoles quelques concessions qui pourraient les ramener”.
Les États-Unis ne renoncent point à s'emparer de Cuba, cette île magnifique qui est à leurs portes et que touchent leurs bateaux à vapeur en allant de la . Nouvelle-Orléans à New-York. Les États du Sud aimeraient fort qu’un État à esclaves de plus fût introduit dans l’Union ; aussi les associations pour préparer la conquête de Cuba se multiplient et s’étendent chaque jour. La société de l'Étoile solitaire est organisée dans toutes les grandes villes des États-Unis, tient des meetings publics et réclame hautement l’annexion de l’île espagnole. Les arguments qui se débitent ou s’écrivent à ce sujet sont quelquefois incroyables : tantôt on insiste sur la nécessité d’avoir un pays dont le climat soit doux pour l’usage des poitrinaires, tantôt on soutient que Cuba est une partie intégrante du continent qui a été accidentellement détachée de la Floride par le gulf stream. À ce compte, la France, qui, aux époques antédiluviennes, tenait probablement
‘ En effet, le général Concha a été destitué brutalement. Après la dernière révolution, le poste qu’il occupait si bicn lui a été rendu.
à l'Angleterre, pourrait, au nom de la géologie, en revendiquer la possession ! Jusqu'ici, ces arguments n’ont pas persuadé le gouvernement des États-Unis, et il ne s’est point prêté aux plans d’invasion ; mais en supposant que l’honnèteté politique soit toujours représentée dans la présidence américaine, ce dont je ne voudrais pas répondre, la constitution donne au président trop peu de pouvoir sur les États pour lui permettre d'empêcher des coups de main semblables à celui de Lopez. Je ne crois pas que ces coups de main réussissent, surlout tant que la flotte et l’armée espagnoles seront là; mais, comme je J'ai dit, elles peuvent être appelées ailleurs. Est-il possible de conserver longtemps un pays qu’on possède malgré lui? Enfin, si les créoles parvenaient à organiser dans l’île une insurrection sérieuse et à tenir sur un point quelconque, ils se trouveraient dans une situation assez semblable à celle des colonies anglaises, quand elles s’insurgèrent contre la métropole pour des griefs beaucoup moindres. Il serait bien difficile alors au congrès et au président de l’Union américaine, poussés par l'opinion, d’empècher que des secours fussent portés aux insurgés, et même de ne pas soutenir à Cuba le principe auquel les États-Unis doivent leur existence.
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25 février.
IL y a un pays plus menacé que Cuba, parce qu’il est encore plus mal gouverné; ce pays, c'est le Mexique. Comme le Mexique est toujours au mo-
ment de se briser et de se dissoudre, si on veut le
trouver à peu près vivant, il faut se hâter de le vi-
siter. J’en ai grande envie, et mon compagnon de
voyage, M. de Villeneuve, y est tout disposé". L’on nous dit que la nature y est aussi puissante que la société y est faible, et que de magniliques spectacles nous y attendent ; mais comment faire? il n°y à pas en ce moment de bateaux à vapeur entre la Havane ct Vera-Cruz. Nous sommes allés voir, il y a quelques jours, un petit bâtiment à voiles; il était si encombré de passagers, que nous n’aurions su où nous loger pendant une traversée qui, dans cette saison, peut être orageuse. Enfin le ciel nous à envoÿé une corvette espagnole; elle a touché à la Havane et va continuer sa route jusqu'à Vera-Cruz. Aller voir la corvette, retenir nos cabines, est l'affaire d’une demi-heure; mais le vent favorable est moins pressé de souffler que nous de partir. Le dé-
t Mon autre compagnon de voyage, M. de Béarn, nous avait quittés à mon grand regret, rappelé à Washington par ses devoirs diplomatiques. Depuis, il a visité lui-même le Mexique.