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CHAPITRE XVI

Les couvents. — Concert, — Combat d'un ours et d'un taureau, — Mœurs mexicaines, — Education des femmes, — Un colléze, — L'école de dessin, — Les Chamb:es. — Le gouvernement.

Les cloitres abondent à Mexico; on dit qu'il y existe cinquante-huit églises ét trente-six couvents. L'enceinte de San-Francisco renferme plusieurs églises et plusieurs cloîtres entourés d’un mur élevé qui donne à l’ensemble l’air d'une forteresse. Il semble que la tradition du grand téocalli mexicain, qui comprenait soixante-dix-huit édifices consacrés au culte des Azlèques, se soit conservé sur une moindre échelle dans cet entassement d’édifices religieux chrétiens. Comme la Nouvelle-France du Canada est en réalité pour nous la vieille France, la Nouvelle-Espagne est vraiment la vieise Espagne, l'Espagne avec des moines et avec tous les abus de la vie monacale dégénérée, Les moines de Mexico sont loin de mener une vie édifiante. Un légat du pape est en ce moment dans cette ville; 1l y a été

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envoyé pour tâcher d'introduire dans les couvents ane réforme dont ils ont grand besoin. On dit qu'il désespère de réussir. Le pape actuel voudrait faire ici ce qu'il a tenté à Rome : réduire le nombre des couvents en agglomérant les religieux d'un même ordre dispersés dans plusieurs maisons, dont chacune possède des fondations qu'a rendues démesurées la diminution graduelle de ceux pour qui on les avait inslituées. Les moines de Mexico, malgré loutes les révolutions, sont encore très-riches; le meilleur emploi qu'ils fassent de leur argent est de le prêter à 6 pour 100, ce qui est d'une véritable utilité dans un pays où le lauxordinaire du prèt est beaucoup plus élevé, mais ce qui est peu en harmonie avec leur vocation et avec les doctrines de l'Église catholique, si contraire au placement à intérêt, dans lequel elle a toujours eu beaucoup de peine à ne pas voir une usure déguisée.

Pendant le carême, les spectacles sont fermés à Mexico; mais nous allons avoir un concert au grand théâtre. Je verrai du moins la salie et le public. La salle est loin d’avoir le brillant aspect de celle de la Havane; le carème empêche qu’elle soit remplie.

‘On fume au parterre. De temps à autre, j'entends

un pelil bruit sec : c’est le frottement d’une allu- T. I, 138

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mette chimique destinée à ‘llumer un cigare. En Hollande, on fume dans les couloirs du théâtre, et à Séville des prêtres savouraient devant moi la cigarette dans la sacristie de la cathédrale ; mais fumer en plein parterre, c’est ce que je n'ai vu qu'à Mexico. On nous annonce une chanteuse qui vient de Californie. Le concert n’aura lieu que lorsque les robes * seront arrivées ; elles se trouvent

de madame maintenant entre Vera-Cruz et Mexico, et il faut bien qu’elles arrivent, car elles sont annoncées sur l'affiche. Les toilettes successives de madame ** y figurent aussi bien que les morceaux qu’elle doit chanter.

En attendant, on raconte son histoire. Madame *** est Française. Les parents d’un jeune homme qui l'aimaitimaginèrent ‘envoyer leur fils en Californie pour le guérir de son amour. Îl y avait consenti et ittendait à Bordeaux le moment de s’embarquer. Sur ces entrefaites, madame **” était venue chanter sur le théâtre de Bordeaux; le vent se trouvant contraire, le jeune homme alla un matin voir madame “**. Le résultat fut que le soir, au lieu de paraître sur le théâtre, elle était avec lui embarquée pour la Californie. Le bateau à vapeur envoyé à leur poursuite arriva tout juste pour voir cingler vers la pleine mer le navire qui les emportait. Voilà

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. Cp ua petit roman californien assez agréable, et qui, comme tout roman bien conduit, s’est terminé par un mariage.

Les autres plaisirs de Mexico sont le jeu et les combats de coqs. Je n'ai pas cherché à être témoin de ce cruel passe-temps, que les Mexicains aiment avec passion. Quant au jeu, je n'ai nulle perdre mon argent au monte, ne voulant p:

recours à la ressource dont parfois ont usé, in à sure-t-on, des jeunes gens de Mexico, qui, se trouvant à sec, sortaient d’un salon et aliaient arrêter un passant dans la rue, puis rentraient et continuaient leur partie avec les sommes qu’ils s’étaient ainsi procurées.

Il ya ici, comme en Espagne, des combats de taureaux dans lesquels les Mexicains montrent une audace qui rend difficiles à croire toutes les histoires que l’on fait de leur contenance devant l’ennemi dans leur dernière guerre avec les États-Unis. En ce moment, on ne nous offrait d’autre divertissement que le combat d’un ours et d'un taureau. Il fant le désœuvrement du voyageur pour aller cher-

cher un pareil spectacle. Cependant je dois avouer qu'il a été assez curieux par fe dénoûment inattendu qu’il a présenté. Comme l’ours avait tué, il y a quelques jours, deux ou trois imprudents qui s’é-

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