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mélaient le piment et le rocou. Un soldat espagnol disait que ce mélange était bon à donner aux cochons. C'est ce que nos paysans disaient, il n’y a pas longtemps, de la pomme de terre. La pomme de terre elle-même est indigène au Mexique, et ne croît à l’état sauvage dans aucun autre pays. Quand Raleigh l'apporta de la Virginie en Angleterre, elle avait peut-être été déjà portée en Europe, et d'Europe dans le nouveau monde, car on ne voit pas trop comment elle serait arrivée directement du Mexique à la Virginie. Aussi a-t-elle partout en Amérique le nom de pomme de terre irlandaise, pour la distinguer de la patate ou pomme de terre douce. Pour le tabac, j'ai déjà dit que les anciens Mexicains en connaissaient l'usage; ils prisaient et ils fumaient des cigares qu'ils plaçaient dans de petits tubes d’écaille ou d’argent. Fumer était du bel usage à la cour de Montezuma.
Comme aujourd’hui, l'usage du pulque, liqueur spirilueuse extraite des feuilles de l’aloès, était très-répandu chez les Aztèques. Il ne paraît pas qu'ils connussent le vin. Le personnage qu’on appelle le dieu du vin dans leur mythologie était, je pense, le dieu du pulque*. On lui offrait des victimes
1 Les Mexicains liraicnt aussi une liqueur spiritucuse du maïs.
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PROMENADE EN AMÉKUIQUE. 51 humaines en les choisissant dans la province qui passait pour produire le plus d'ivrognes. Les Mexicains d'aujourd'hui sont demeurés très-fidèles à cette partie de la religion de leurs pères, et le: pulquerias remplacent nos cabarets. Du ternps des Espagnols, à la suite d’une émeute, on essaya d'inteydire l’usage du pulque. L'Université publia un manifeste qui énumérait les inconvénients de l'ivresse; mais cette tentative d’une /7° ‘ ‘mnérance, la plus ancienne de toutes, ne , 183ir $ on y avait déjà pensé sous les Aztèques. Les sociétés de tempérance des États-Unis ont mieux réussi. Quand les Espagnols vinrent dans le pays, il n’y avait pas trois cents ans que les Aztèques dominaient à Mexico. Ils y avaient été précédés par diverses races, dont celle qui a laissé la plus grande mémoire était les Toltèques'. Les Toltèques semblent avoir été les Pélasges du Mexique ; et, comme on attribue à ceux-ci les monuments les plus anciens et les plus solides qu'on trouve dans le pays habité plus tard par les Hellènes, on rapporte aux Toltèques la construction des pyramides mexicaines
! On suppose que les Toltèques s’établirent sur le plateau du Mexique au septième siècle, les Chichimèques au douzième, les Aztèques au treizième. On croit que Mexico avait été fondé par les Chichimiques en 1325, et qu’un grand feudataire, nommé Acamapitzin, prit en 1352 le titre de roi, et fut le fondateur de l'empire aztèque.
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et notamment de la grande pyramide de Cholula'. Il me paraît très-vraisemblable que les Toltèques, après avoir émigré, allèrent dans le Yucatan élever ces villes dont les débris offrent les plus grandes ruines du nouveau monde*.
Les Aztèques, dominateurs d'une portion du Mexique à l’arrivée de Cortez, n’y exerçaient pas un empire incontesté. À quinze lieues de leur capitale, l’état de Tlascala, qui formait une sorte de république aristocratique et jusqu’à un certain point représentative ”, avait conservé son indépendance. Un peu plus loin était l’État théocratique de Cholula. Ce fut par le secours de ces ennemis des Aztèques et des chefs, qui portaient avec impatience le joug de leur domination, que Corlez vainquit Montezuma. Outre ses six cents Espagnols, il avait au moins cent cinquante mille alliés; des historiens mexicains disent deux cent et même trois cent mille. Cortez n’en fut pas moins étonnant par l'audace avec laquelle, sans savoir les difficultés et les sccours qui l’attendaient, il s’élança, suivi d’une poi-
* Les Toltèques passent pour avoir inventé les premiers la culture du maïs, celle du coton ct l’art de faire le pain.
* Clavigero dit positivement que quelques-uns des Toltèques émigrèrent dans le Yucatan.
5 Chaque canton, dit Solis, nommait quelques personnages considéra-
bles qui allaient résider à Tlascala, et ces députés formaient le corps du sénat, dunt les Tlascalans observaient les décrets.
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. o17 née d'hommes aussi déterminés que lui, à la conquêle d’un vaste empire, et plus encore peut-être par la persévérance intrépide et l’habileté infatigable qu’il montra jusqu’à la fin. Aussi la légende s'est emparée de cette expédition dont la réalité est si grande. On dit que, contemplant Mexico du haut d'un teocalli, il pleura sur cette magnifique ville qu'il allait détruire. Cortez n'a jamais, je crois, répandu ces philosophiques larmes. On a aussi rajeuni pour lui la vieille histoire, déjà racontée plusieurs fois dans l’antiquité, d’Agathocle, de Julien et de quelques autres, qui a laissé un proverbe dans notre langue : brûler ses vaisseaux. Malgré l’autorilé du proverbe, Cortez n’a point brûlé ses vaisseaux par une inspiration héroïque, pour s’enlever tout moyen de retour, Rappelé par le gouverneur de Cuba, dont il était le lieutenant, ayant désobéi à son chef et conservé le commandement malgré lui, perdu s’il revenait, ses vaisseaux, qui ne lui servaient à rien, ne pouvaient que lui nuire en offrant aux mutins un moyen d’aller révéler au gouverneur de Cuba les desseins de son subordonné rebelle : il les sacrifia donc sans regret et sans mérite. Du reste, il ne les brûla point; 1l faut renoncer à le voir, une torche à la main, les embrasant théâtralement sur le rivage. Cortez montra dans tout
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ceci plus de ruse que d'héroïsme : il fit échouer ses vaisseaux secrètement et comme par accident, puis ordonna qu'ils fussent dépecés, gardant avec soin le fer, les cordages et tout ce qui pouvait servir. Ce qu’il accomplit de vraiment étonnant, ce fut d’entrer une première fois à Mexico sans coup férir, par la terreur qu'inspirait son audace, en se servant habilement des haines que les Aztèques avaient soulevées et de la prophétie qui annonçait la venuc d’un homme blanc; ce fut d’enchaîner dans son propre palais un monarque adoré de son peuple comme une idole, d’aller sur la côte au-devant des Espagnols envoyés pour lui ravir le commandement, de les gagner et de revenir à leur tête, puis de rentrer dans Mexico encore indépendant — comme dans une ville conquise. Quand le peuple se souleva enfin, les revers montrèrent Cortez plus grand que ses succès, aidés par la supériorité des armes et le nombre de ses alliés. Il fut plus admirable de patience et de résolution dans la nuit triste (noche triste), quand il sortit de Mexico, sur une étroite chaussée, assailli par une immense mullitude, ayant perdu bor nombre de ses Espagnols et toute son artillerie, que lorsqu'il revint prendre Mexico, à la suite d’un siége de soixante-cinq jours, à la tête des soldats qu’on avait envoyés contre lui
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 519 et de toutes les tribus mécontentes, dont la haine pour les Mexicains était si grande, qu’alors même que les Espagnols étaient fatigués de carnage, ils ne pouvaient empêcher leurs alliés d'égorger et de dévorer leurs ennemis.
Du reste, la cruauté de Cortez fut égale à sa résolution indomptable. Ces hommes étaient ainsi : à {orce de mépriser pour leur propre compte la douleur et la mort, ils devenaient indifférents à les in- Îliger. Tout le monde connait le mot adressé par Guatimozin, mis à la torture pour déclarer où étaient ses trésors, au confident qui, livré aux mêmes tourments, semblait, en regardant son maitre, lui demander la permission de parler :
« Homme de peu de cœur! et moi, suis-je sur unlit de roses? » On ne sait pas aussi généralement la fin de ce Guatimozin, qui ne succomba point aux tortures du feu, et avec lequel Cortez vécut depuis assez amicalement et comme si rien ne s’étail passé, mais qu'il fit pendre un beau jour dans une expédition vers le sud. Avec Guatimozin se trouvait un prince mexicain, nommé Ixtlixochtli”, qui avait toujours été très-fidèle au conquérant, ce qui n’em-
1 Cet allié si dévoué de Cortez lui avait sauvé la vie, et poussait si loin le zèle pour la religion du vainqueur, qu’il menaça un jour sa mère de la brûier vive, si elle ne voulait consentir à être baptisée.
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pécha pas Cortez de donner l’ordre de pendre son frère comme Guatimozin. [xtlixochtli dormait en ce moment. On vient lui apprendre ce singulier trait de reconnaissance. Aussitôt il accourt, et, au nom de nombreux services rendus, reproche à Cortez d’avoir ainsi disposé de son frère sans le prévenir. « Je comptais en effet vous avertir, répondit négligemment Cortez, mais on m'a dit que vous dormiez, el je n'ai pas voulu vous réveiller, » J'ai trouvé ce singulier détail, qui, plus qu'un autre peut-être, montre chez le vainqueur du Mexique l'insouciance de la vie des hommes, dans le curieux récit écrit par un descendant du prince Ixtlixochtli. La véracité de l’auteur n'est pas suspecte, car, moine et bon catholique, après avoir retracé toutes les horreurs commises par les Espagnols, au lieu de se livrer contre eux à l'indignation qu’elles semblent devoir inspirer, il ajoute pieusement : « Nous ne devons pas nous plaindre de la venue des Espagnols, quelles que soient les cruautés qu'ils ont exercées, car nous leur devons d’avoir échappé à l'idolâtrie et connu le vrai Dicu. »
La gucrre de l'indépendance a commencé par un réveil de l'ancienne nationalité mexicaine. Ce fut d’abord une explosion terrible du sentiment in-
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dien, de la haine que la race subjuguée gardait à la race des conquérants. De même, au Pérou, un descendant des Incas, nommé Tupac-Aymara, leva l’étendard de la rébellion contre l'Espagne. Au Mexique, cent mille Indiens se soulevèrent à la voix d’un curé. Une religieuse, doña Maria Quitana, quitta son couvent pour aller combattre. Les insurgés furent écrasés; mais le feu de l'insurrection, comprimé sur. un point, éclatait sur un autre, el après bien des vicissitudes l'indépendance du Mexique fut proclamée. Les Indiens, qui avaient les premiers versé leur sang pour elle, en ont peu profité. Je ne sais, du reste, si elle a beaucoup profité à perscnne,