CHAPITRE XXII
Littérature moderne du Mexique : théologie, poésie, roman, satire. — La communication des deux mers. — Capitale future du monde.
Pour être juste avec le Mexique, il faut citer tout ce qui peut faire honneur au développement intellectuel du pays. C’est ce qui m’engage à parler de quelques écrivains qu'il a produits. On à publié, sous le titre de Bibliotheca Mexicana, en deux gros volumes, le catalogue des livres écrits au Mexique. Là se trouvent indiqués, parmi beaucoup de traités sur la théologie, un certain nombre de travaux importants sur les langues, les populations mexicaines et sur l’histoire du pays. Sahagun, Torquemada, l’infortuné Botturini, dans ces derniers temps Bustamente, Gama et M. Alaman ont fait beaucoup pour les éclaircir. Je ne parle pas ici de ces tra-
vaux scientifiques, je m'attache à ce qui est plus proprement littéraire. On cite pour l’époque antérieure au dix-neuvième siècle unc religieuse mexicaine, Inez de la Cruz, dont les poésies ont été publiées sous ce titre: OEuvres de la dixième Muse. 1] faut mentionner aussi l’évêque de Puebla, Palafox, adversaire ardentdes jésuiles, l’Arnauld du Mexique, dont Arnauld lui-même raconte avec complaisance les combats contre l'ennemi commun. Auteur de plusieurs ouvrages mystiques, il composa, ce qui est assez étrange, une histoire de la conquête de la Chine par les Tartares, Les jésuites ont eu aussi au Mexique leur écrivain, ce fut Siguenza-y-Gongora, qui, au dix-septième siècle, célébra les merveilles de la nature tropicale en latin, dans cette langue qui offrait un lien aux beaux esprits des deux mondes; il étudia les antiquités, et, mathématicien en même temps qu'il était poëte et archéologue, écrivit, avant Bayle, contre la crainte superstitieuse des comèles.
J'ai déjà parlé de M. Carpio, dont je regrette de ne pouvoir citer davantage. Son poëme sur le Mexique est écrit en très-beaux vers et bien supérieur à celui qu'a publié sur le même sujet Balbuena. Dans ce siècle ont paru deux ouvrages consacrés à peinare, au point de vue satirique, les
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mœurs mexicaines; le premier en date est un roman intitulé El Periquillo Sarniento, par Fernand de Lizardi. C'est le Gil Blas du Mexique, mais bien inférieur à son modèle. L'auteur a imité les romans picaresques de l'Espagne. C'est plutôt un roman leperesque, un roman de gueux, comme Lazarille de Tormes, mais en général sans verve, sans invention, sans comique, et ne relevant point par l'enjouement et l'imagination la bassesse des tableaux. L'auteur moralise beaucoup et dégoûte un peu; il est trop froid pour être amusant, et souvent trop ignoble pour plaire. Le morceau suivant peut donner une idée de sa manière quand il tombe sur un ridicule réel de ses compatriotes et qu'il en tire bon parti: « C'est une chose très-risible de faire parade de luxe et de laisser voir sa misère, d’avoir une voiture et d’y atteler des mules dont on peut compter les côtes, ou d’avoir un cocher qui ressemble à ces figures dont s’amusent les enfants, de posséder une grande maison pour en habiter les combles, de vivre entre le bal et la promenade d’une part, et de l’autre les créanciers et les billets du mont-de-piété. » 11 y a de ces travers, et de pires encore, à Mexico et ailleurs.
On trouve plus d’esprit, de malice, de feu, dans une œuvre satirique intitulée le Coq pythagoricien,