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les autres des chapeaux de paille. Comment de pareilles troupes n’auraient-clles pas été battues par les milices que je voyais parader dans les rues de New-York, qui n’offraient pas un modèle parfait de la tenue militaire, mais qui au moins avaient un uniforme et marchaient d’un pas ferme et résolu, — me rappelant un peu l'allure martiale de la garde mobile avant qu'elle fût exercée? Du reste, on m’assure que, pendant la guerre, les Mexicains craignaient encore moins les rifles de leurs adversaires que leurs propres fusils vendus par des Anglais, quelquefois même, dit-on, par dés Anglo-\méricains, et qui éclataient sans cesse entre leurs mains. On ajoute que les Indiens, qui forment la très-grande majorité de la population, étaient assez favorables aux envahisseurs. On ne voit pas en effet pourquoi ils cussent été très-dévoués aux Espagnols, qui les traitent souvent fort mal. Cette désaffection et la manière dont l’armée était commandée expliquent les faciles succès des vainqueurs. Ceux-ci étaient parfois étonnés de leurs propres triomphes. Après avoir franchi la position de Buena-Vista, le général Scott disait, avec un neu de superbe anglo-américaine : « Je ne conçois pas comment ils m’ont laissé passer. J'aurais défendu cette position avec t'ois cents Mexi- Coins. »
Nous sommes allés visiter quelques cloîtres, comme nous aurions fait en Espagne ou en Italie, et comme je ne le pouvais faire aux États-Unis. La ville de Puebla est la seule qui ne s'élève pas sur l’emplacement d’une ancienne ville indigène ; elle fut bâtie en 1550 par le commandement de don Antonio de Mendoza, vice-roi du Mexique. Il y a quelques années, les étrangers qui s’aventuraient à entrer dans Puebla, où nous nous promenons aujourd’hui si tranquillement, étaient reçus à coups de pierre comme dans une ville fanatique d'Orient. La vieille Espagne semble s'être réfugiée ici. Puebla est remplie de couvents et d’églises; c’est la cité la plus monacale et la plus cléricale du Mexique, et les couvents ont des moines. Ces moines, qui manquent à la physionomie traditionnelle de l'Espagne d'Europe, la complètent dans l'Espagne américaine. Le couvent des dominicains a un fort beau cloître. On y entre après avoir traversé un veslibule sur les murs duquel toutes les figures d'un crucifiement sont percées de balles, témoignage des guerres civiles qui forment l’état habituel du Mexique. Dans l’intérieur du cloître, les murs sont couverts de peintures représentant la vie du saint fondateur de l’ordre. Le premier de ces tableaux, qui est de beaucoup le meilleur et qui
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n'est certainement pas de la même main que les autres, montre le jeune saint Dominique vendant ses livres pour en donner le prix aux pauvres: c’est le triomphe de l'amour des hommes sur l'amour de la science. Dans l'escalier qui conduit aux corridors supérieurs, une fresque assez singulière représente saint Dominique mourant. La vierge Mauie tient deux échelles par où descendent des anges dont l’un porte le costume des dominicains. En revanche, un peu plus loin, saint Dominique est représenté avec des ailes d'ange. Dans les anciennes peintures, le Père éternel est parfois affublé d’un costume sacerdotal; on pouvait identifier l'ange et le moine, puisqu'on identifiait le prètre et Dieu. Dans un des tableaux dont se compose l'histoire de saint Dominique, on voit le saint rappelant à la vie des pèlerins anglais qui avaient été précipités dans la Garonne par les Albigeois, Je ne nie point le miracle, bien qu’il s'agisse de la Garonne,.
L'église des dominicains est bien une église espagnole, avec des moulures et des dorures à profusion. Deux chapelles, dont l’une est celle de la Vierge, étalent toute la prodigalité du goût espagnol en ce genre et ce mélange de sculpture dorée, de bas-reliefs dorés, de tableaux encadrés dans l'or,
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qui éblouissent partout dans les églises d’Espagne. La statue de la Vierge est d’une magnificence que je n’ai vue égalée nulle part. Ce lieu rappelle au spectateur qu'il est dans le pays des mines d'argent. La Vierge est posée sur un vase de ce mélal qui a plusieurs pieds de circonférenee ; elle est vêtue en reine, et un petit page habillé de blane, à genoux près d’elle, porte la queue de son manteau. On sait que les peintres chrétiens s’y sont pris de diverses manières et ont souvent employé des moyens bizarres pour exprimer le mystère de la Trinité. de trouve ici une représentation de ce mystère qui n’est pas rare au Mexique : ce sont trois figures semblables ; l’une tient une croix, c’est le Fils; l’autre un livre, c'est le Saint-Esprit; la troisième ne tient rien, c'est le Père,
J'ai remarqué aussi des dominicains indiens sculptés au plafond. Le catholicisme, plus volontiers qu'aucune autre communion chrétienne, ouvre les rangs de son clergé à toutes les races. Il a voulu montrer qu'il ouvrait aussi le paradis à toute la famille humaine, car il y a placé des saints chinois et des saints nègres.
La cathédrale de Puebla est construite sur le plan des cathédrales espagnoles. Le chœur, séparé du sanctuaire où se trouve le maître-autel et en-
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 567 touré d'une enceinte, obstrue la nef. Une disposition semblable nuit à l'effet général dans les cathédrales, si admirables d’ailleurs, de Tolède et de Séville. Du reste, tout est d'une grande magnificence. Le tabernacle est formé d’une seule pièce de tecali, espèce d’albâtre mexicain. Des marbres du pays, de couleurs variées, décorent l'autel ; un beau crucifix en bois noir est, nous dit-on, un don de Charles- Quint. L'art de la sculpture en bois, qui a été porté si loin par les Espagnols, se révèle en ce lieu par des demi-figures pleines d’expression et de vie. A chaque objet que le guide nous fait remarquer, il a soin de dire : May viejo ! (très-ancien !) Cependant presque tout me semble appartenir au dix-huitième siècle. Un Christ peint cest probablement de l’école de Bologne. De bonnes copies, réduites sur cuivre, de la Transfiguration et de la Communion de saint Jérôme, ont élé apportées de Rome par le dernier évêque de Puebla. Le chœur porte la date de 1722; ces incrustations en bois, qu’on appelle en lalie tarsie, sont d’un art assez pur pour celte époque. Je crois retrouver un souvenir du goût moresque dans une chapelle dont les ornements imitent les lettres arabes. On sait qu’au moyen âge on copia quelquefois les entrelacements gracieux de ces caractères dans lesquels on ne voyait qu'une dévora-
lion, et qu'on a lu sur à dalmatique d'un évèque celte phrase du Koran, reproduite en toute innocence : « À} n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. » Pendant que nous visitions la cathédrale, un dominicain est monté en chaire et a prononcé un sermon dont le ton général était assez élevé, I a montré dans Pythagore et dans Platon les précurseurs du christianisme. [la dit que la charité était plus importante que la mortification. Cette prédication, inspirée par l'esprit du dix-neuvième
siècle, bien que conforme à l'esprit de l'Église pri-
milive, était d’une autre date que les dorures de l'église.
L'église des Carmes contient huit cableaux qu’on donne pour des Murillo. Trois d’entre eux me semblent être des copies de l’école italienne. Sur les cinq autres, 1l en est quatre qui peuvent, je crois, appartenir à Murillo; mais un tableau vivant et bien espagnol était celui qu'offrait un coin de l’église dans lequel on faisait la loilette de la Vierge. Une señora la parait pour une solennité religieuse, exactement comme une femme de chambre habille sa maitresse.
Je suis allé voir une autre église, qui est plus spécialement celle des Indiens; elle appartient à un couvent de franciscains. Les franciscains sont
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 509 partout l'ordre populaire le plus particulièrement en sympathie avec les misérables. La façade est revêtue de plaques de faïence où sont tracées des arabesques parmi lesquelles figurent des perroquets. L'église était pleine d’Indiens accroupis sur le pavé. Un prédicateur indien est monté ::: chaire. Son sermon était fort différent de ‘2: qui: J'avais endu le matin à la cathédrale et dans lequel il était aestion de Pythagore et de Platon, précurseurs du Christ : doctes considérations à l'usage du beau monde et des fortes têtes de Puebla. L'orateur jaune que je viens d'entendre n’était pas si savant. Le premier mot de son discours à été el demonio… le diable; c'était probablement celui qui était le plus propre à frapper ses auditeurs et à éveiller leur attention.
En sortant de cette église, on trouve l’ancien Alameda. Cette promenade est abandonnée aujourd’hui pour le nouvel Alameda, situé à l’autre extrémilé de la ville. C’est dommage, il y a ici de beaux arbres qu’ailleurs on n’improvisera pas. À gauche, on découvre les majestueux sommets des montagnes, la Vierre-Fumante et la Femme-Blanche.
J'aime mieux donner la traduction de leurs noms mexicains que ces noms eux-mêmes, dont la prononcialion est presque impossible. Sur une colline
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hors de la ville est une jolie église dédiée à Notre- Dame de Guadalupe, la Vierge des Indiens, qui, on s’en souvient, est devenue la patronne de la république mexicaine.
Cet édifice, qui porte la date de 1812, montre que les Mexicains de nos jours entendent très-bien la décoration extérieure des églises. La façade est tapissée de plaques de faïence colorées en rouge et en vert, de l'effet le plus élégant et le plus gracieux. Des colonnes blanches et légères portent un chapiteau ionique qui semble surmonté d’un voile. Une jolie balustrade, de sveltes clochers, couronnent agréablement l'édifice; sur des médaillons sont représentées diverses apparitions de Notre- Dame de Guadalupe, avec les légendes qui accompagnent ordinairement son image : Mulier amicta sole, une femme qui avait le soleil pour vêtement; Non fecit taliter omni nationi, elle n’a pas fait cela pour toute nation : parole où la superbe espagnole se mêle à la dévotion! Le cloître est à demi démoli ; partout on aperçoit des traces de balles, vestiges de la guerre civile qui rappellent à chaque pas la condition agitée de ce beau et triste pays. De l’esplanade qui est placée devant cette charmante église, nous avons joui d’une vue ravissante : les grands volcans avec leurs capuchons de neige s’élevaient à
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 571 l'horizon ; à nos pieds se déroulait la ville de Puebla comme hérissée d'églises ; çà et là dans la campagne solitaire pointaient des clochers et s’arrondissaient des coupoles; le ciel, aux approches du soir, a pris ces teintes extraordinaires dont rien ne saurait égaler la mollesse et la suavité. Nous sommes redescendus lentement dans la ville, interrompant sans cesse notre marche suspendue à chaque pas par cet enchantement et cherchant en vain à découvrir d'ici la grande pyramide de Cholula, que nous visiterons demain.