CHAPITRE XXVI
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Départ pour l'Europe. — Vie à bord. — Renseignements sur le Mexique. — La pourpre des anciens. — Colonie française au Mexique. — La Jamaïque.
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De Vera-Cruz à la Jamaïque.
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Nous voilà donc en route pour Southampton et la France. C'est désormais l'affaire du bateau à vapeur. Nous n'avons plus à nous mêler de rien. Bien que j'aie encore dix-huit cents lieues à faire, il me semble que je suis arrivé.
Je trouve que la vie de bord est fort semblable à celle qu’on mène à terre, et particulièrement à la vie de château. Seulement on ne peut pas faire de promenade; mais le château se promène et nous
Le Zen
promène sur celte plaine immense dont l'aspect ne me lasse point, car j'y trouve une varicté infinie d’aspects, grâce aux perpétucls changements de la lumière, du ciel et de l'Océan. Ce qu’on a le moins c'est le sentiment de l’immensité. L’horizon circulaire paraît très-rapproché. Il semble qu’on est porté par un plateau de verre bleu sur les bords duquel poserait un couvercle bleu.
Le matin, je quitte de bonne heure ma cabine pour voir lever le soleil. Je jouis de la fraîcheur de ces premières heures du jour. Après le déjeuner, je travaille jusque vers trois heures, puis je monte sur le pont et commence les visiles du matin. Ces visiles sont un tour d'Europe et même un tour du monde, car il y a à bord des voyageurs de toutes les nations : des Français, des Allemands, des Anglais, des Espagnols, des Mexicains et des Chiliens. Un grand nombre de ces voyageurs ont parcouru diverses contrées que leurs récits me font connaître. Puis vient le diner. Le soir, représentation d’un spectacle toujours le même ct toujours nouveau : coucher de soleil et clair de lune. Les femmes sont assises à une extrémité du pont : c’est le salon de conversation. À côté est la salle de concert. Les Allemands chantent en chœur avec cet ensemble et ce sentiment de l'harmonie qui est le pri-
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 399 vilége de leur nation. Au concert succède le bal. Deux belles Chiliennes apparaissent vers neuf heures, viennent danser la polka, et puis disparaissent jusqu’au lendemain soir. Pendant ce temps, on se promène de long en large sur le pont, exactement comme sur le boulevard des Italiens. Peu à peu les promeneurs se retirent, chacun rentre chez soi. Quelques-uns descendent pour jouer ; moi qui ne joue point, je demeure en possession du pont seul ou avec un compagnon de voyage. En général, je reste le dernier en têle-à-tête avec la lune. Jai de la peine à finir ces belles journées que je ne trouve pas trop longues. J'aime l’uniformité, le repos de ce genre d'existence succédant à la diversité et à la fatigue de la vie de voyageur, et chaque soir, après un jour ainsi passé, je me dis que je suis à soixante-dix lieues plus près de la France, car nous ne faisons communément guère plus de trois lieues à l'heure, comme une médiocre diligence. Quand le vent est favorable, on déploie les voiles et on ménage le charbon. $i ce bâtiment anglais marchait comme le bâtiment américain qui m’a amené d’Europe à New-York, la durée de la traversée serait diminuée d’un tiers. Il à aussi un inconvénient : c’est d'appartenir à unc compagnie qui, sur la ligne que nous suivons, a perdu six bateaux en huit
années. Deux ont péri sur les mêmes écueils. Enfin il est très-inférieur quant au comfortable et surtout à la nourriture. Nous n'avons point de conserves comme sur le Humboldt, nos bœufs et nos moutons sont un peu durs; quant au lait, une seule vache est censée en fournir pour cent personnes qui prennent du thé deux fois par jour. Je dois dire qu'on ne l'épargne point. Je ne sais quel procédé on emploie pout le fabriquer : je n’ai vu que l'extérieur du mécanisme. Comme nous considérions attentivement une manivelle qu’on faisait tourner, le capitaine s’est approché : « Que regardez-vous, messieurs? » a-t-1l dit d’un air aimable. Le docteur Goupilleau a répondu avec un grand sang-froid : « Capitaine, nous regardons faire le lait. » Le capitaine s’est éloigné en. fredonnant. Il fredonne toujours et a l’air très-satisfait. J'imagine qu'il fait avec nous d’assez bonnes affaires. Aussi, quand le docteur entend la petite chanson, il nous dit: « Le capitaine chante; nous aurons un mauvais déjeuner. »
Il y a deux cuisiniers, l’un Anglais, qui est chargé de la partie française de la cuisine, et un Français, qui fait la cuisine anglaise. Comme nous adressons quelques observations à celui-ci, il nous répond avec un aplomb tout français : « La cuisine
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