CAS
"nés les Ppa , CL rde éral lirai
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 5 à celle conquête par le gouvernement de Mexico, les pères se mirent à l'œuvre. Le père Salvatierra débarqua sur la côte avec einq hommes et leur eaporal, éleva un mur aulour d'une chapelle où il avait placé l'image de Notre-Dame de Lorette, et défendit contre les Indiens ce petit fort, qui fut plus tard la capitale de la basse Californie. De leur côté, des franciscains plantèrent une croix dans la Californie supérieure, au fond d’une rade magnifique, qu'ils appelèrent San-Franaisco; les apôtres de la pauvreté marquaient, sans le savoir, la place de la ville de l'or.
L'histoire du gouvernement de la Californie par les missions est une admirable histoire. Résistant aux Indiens par les armes et pansant leurs blessés après le combat, les nourrissant, les instruisant, les gouvernant comme des enfants, défrichant le pays; agriculteurs, architectes, artisans, bâtissant des églises, des maisons, des moulins, jetant des ponts, creusant des canaux, les jésuites montrèrent, là comme ailleurs, cette possibilité de tout faire, qui est le propre de leur institut. L'indépendance du Mexique ct les révolutions qui la suivirent, en désorganisant les missions, avaient plongé la Californie dans la plus irremédiable anarchie. Au milieu du désordre, les aventuriers des États-Unis, venus
je D NT RP EPS
par les eimes de la Sierra-Nevada, regardées long-
temps comme infranchissables, commencèrent à jouer un rôle en appuyant quelqu’une des faclions indigènes qui divisaient le pays. Ils trouvirent un point d'appui dans le capitaine Sutter, qui, après la révolution de juillet, était allé bâtir un
fort et fonder une espèce de principauté indépendante dans la vallée du Sacramento. Bientôt ils se soulevèrent contre la faible autorité du gouvernement mexicain, et proclamèrent leur indépendance en arborant un pavillon où l’on voyait un ours et une étoile. Enfin arriva la guerre du Mexique, et un parti d’Américains, composé de douze dragons sur des chevaux éreintés, de cinquante hommes montés sur des mulets et de cinquante fantassins, attaqua les troupes mexicaines; puis les Américains, aidés d’un renfort arrivé par mer et d’'Espagnols mécontents, parvinrent à mettre en ligne cinq cents hommes qui opérèrent la conquête de la Californie. Elle avait déjà été une fois conquise par une armée cent fois moins nombreuse, les cinq hommes du jésuite Salvatierra.
Ce même capitaine suisse Sutter, qui avait joué un rôle dans ces événements, était appelé à prendre une initiative bien autrement importante : celle de l'exploitation de l’or de la Californie. Un jour,
nce s et , el ons nes ins, Cripaone » de uise
inq
ouë dre » de jur,
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 417 comme il faisait la sieste, un de ses amis, nommé Markham, entra chez lui tout éperdu. La premicre pensée de Sutter fut qu’une attaque se préperaÿ, el il sauta sur sa carabine; mais Markham le détrompa en jetant sur la table une poignée de pépites d’or qu’il venait de découvrir. Ayant vu quelqtes cailloux briller au soleil, il ne s'était pas donné d’abord la peine de se baisser pour les prendre; puis il en avait ramassé un avec distraction el avait reconnu de l'or; 1l s'était rapidement assuré que le précieux métal abondait dans les environs.. Le capitaine Sutter organisa les premiers lavages. Bientôt tout se précipita vers la Californie. Aujourd’hui on dit que Sutter, à la suite de spéculations malheureuses, est entièrement ruiné. Les chercheurs d’or lui ont fait une pension qu'ils lui doivent bien.
Un Français qui revient de la Californie nous montre des échantillons du précieux minerai. La récolte aurifère, loin d'être à la veille de s’épuiser, comme on l’a quelquefois annoncé, donne au contraire les espérances les plus fondées d’un accroissement indélini. Les gisements d’or s'étendent à une grande distance. Chaque jour on en découvre de nouveaux. On a commencé par s'adresser sur-
tout au sable des rivitres, qui offrait le minerai
Ti 27
dans l’état où il est le plus facile de le recueillir et de le dégager; mais ce sable ne contient de l'or que parce qu'il provient des montagnes d’où les eaux l'ont entraîné. Ces montagnes sont les vraies mines à exploiter.
À mesure que nous nous avançons, le ciel est moins constamment pur, et l'Océan remplace sa constante sérénité par des accès passagers de mauvaise humeur, puis reprend son calme et son sourire accoutumés. Nous sommes sur la limite de la mer enchantée des Antilles et de la mer sauvage de l'Europe. Une autre circonstance assombrit un peu les fronts des passagers : les vivres diminuent ehaque jour. En ailant visiter le garde-manger vivant du navire, je vois avec unc cerlaine inquiétude décroître le nombre des moutorrs, des porcs, des poulets. Les bœufs ont disparu, et nous sommes menacés d’être réduits à la viande salée pour les dix ou douze jours qui nous restent à passer en mer. Si le temps est heau, nous toucherons aux Açores pour nous ravilailler. Chacun désire vivement qu’il en soit ainsi.
25 avril, les Açores.
Enfin nous décounvrons les Acores. Outre l’intérêt lout prosaïque qui me faisait désirer de les aper- :
lir et
que eaux dines
l'est e sa ausoude la re de peu ’havant » dépoumedix ner.
ur'es ent
1té-
Jer=
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 419 cevoir, leur vue, après plusieurs jours de navigation sur une mer sansiles, réjouit l’âme et les yeux. Elles se présentent de la manière la plus gracieuse, annoncées par le Pie, beaucoup plus élevé que le Vésuve, mais qui lui ressemble. En approchant, l'illusion augmente, et c’est la baie de Naples que je crois contempler. Je n’ai jamais rien vu qui la rappelle davantage. L'ile de Caprée seule est absente; mais le Pic à notre droite, à notre gauche une île assez semblable à Ischia, en face une ligne qui s'allonge comme Procida, une autre qui s'abaisse comme le Pausilippe, rendent la comparaison de plus en plus exacte. Seulement, en approchant de Fayal, on s'aperçoit que les collines très-vertes et très-fertiles sont presque entièrement dépouillées d'arbres.
Nous nous arrêtons en face de la ville de Fayal. Ses maisons blanches bordent la mer; les églises sont blanches aussi; les portes et les fenêtres, encadrées d’une pierre noire, ont un aspect particulier qüe je n’ai vu qu'ici. Le capitaine a déclaré qu’on ne descendrait point à terre; quelques passagers n’en risquent pas moins une promenade furtive. Pendant ce temps, le bâtiment est entouré de barques rempliés d’oranges, de petits paniers à la mode du pays, de fleurs artificielles en plumes;
mais ce que l'on voit venir à bord avec encore plus ‘de plaisir, ce sont des quadrupèdes et des volatiles qui nous rassurent tous sur l'avenir de nos dîners.
Bientôt on repart, cette fois décidément pour l’Europe. Nous sommes déjà dans l’ancien monde, car les Açores appartiennent à l'Afrique.
Les Açores, découvertes avant l'Amérique, formaient comme l’avant-poste des régions ignorées vers lesquelles s’élançaient les imaginations du quinzième siècle. On disait qu’on y avait vu échouer des arbres inconnus et même des cadavres, qu’on avait aperçu des canots passer à quelque distance, poussés par les courants. On racontait que, dans l'île de Cuervo, la plus occidentale des Açores, on avait trouvé la statue gigantesque d’un cavalier dont la main s’étendait vers l’ouest et semblait diriger de ce côté l’audace des navigateurs. C'était alors le seuil du monde inconnu. Les uns placèrent de ce côté les îles Fortunées des anciens, les autres l’île flottante de Saint-Brandan. Les Espagnols qui y abordèrent au quatorzième siècle croyaient y trouver une mer enveloppée de ténèbres, aux confins de l’univers. Aujourd'hui les Açores sont comme le terme de notre traversée d'Amérique. Il nous semble en les touchant nous sentir déjà en Europe.
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 421 Ces limites des anciens voyages sont presque pour nous les frontières de la patrie. En effet, à peine a-t-on passé les Açores, que la mer prend décidément l'aspect sévère de l'Océan européen. D'autre part, elle s’anime, on rencontre plus de navires. Quelques jours encore, et l’Atlantique sera franchi. La température perd tout à fait ce qu’elle avait conservé de la douceur des tropiques.
Un seul incident a rompu la monotonie de nos dernières journées de bord, et cet incident était triste. Un vieil agent de la compagnie que nous avions pris à Saint-Thomas est mort subitement dans sa cabine. Quelques passagers ont entendu le vieillard pousser un cri d'angoisse et comme de désespoir; on est entré, et on l’a trouvé expiré sur son lit. Cette mort solitaire pourrait bien être le lot de ceux qui courent le monde. Une telle perspective n’a rien de riant. Je n’aimerais pas à mourir ainsi, d'autant plus que les funérailles n’ont point eu la : solennité que j'attendais. On n’a point apporté le corps sur le pont. Après quelques prières prononcées dans une des chambres du bâtiment, on a jeté sans aucun appareil le cadavre dans la mer par une ouverture pratiquée sur le flanc du navire, et qui sert à vider les cuvettes. Il était enveloppé dans un pavillon; mais, pour ne rien perdre, on a retiré le
pavillon avec une corde. Telle a été le dernier événement de la traversée.
Au bout de quelques jours, nous sommes arrivés à Southampton, et le surlendemain, 10 mai, j'étais à Paris, prêt à ouvrir mon cours au Collége ds France, comme je l'avais annoncé de Vera-Cru: avant de partir pour Mexico.
TABLE DES MATIÈRES