‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 75 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Établissements scientifiques. — Institut de Smithson. — Archtecture américaine, — M. Henry. — Mon père, inventeur du télégraphe élec-

lrique. — Patent-Office. — Observatoire, — M. Maury. — M. Bache. — Diner avec Kossuth chez le président.

Délournons nos regards de ces perspectives alarmantes pour jeter un coup d'œil sur plusieurs établissements scientifiques d’un véritable intérèt : l'insutut de Smithson, le Patent-Office, où sont les modèles de toutes les machines inventées aux États- Unis, et un musée ethnographique; enfin l’observaloire et létablissement dans lequel on grave les caries marines et terrestres du littoral des États- Unis.

L'institut de Smithson, qui porte le nom d’un particulier dont la munificence l’a fondé, est un établissement fort bien entendu ; il a déjà rendu et

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 79 il est appelé à rendre de vrais services à la culture des sciences aux États-Unis. Les fonds dont il est dépositaire ont plusieurs emplois distinets : on y forme une bibliothèque, on y fait des cours. Le but principal est de publier des travaux scientifiques contenant des faits nouveaux. C’est dans les deux premiers volumes de la collection publiée par linstitut qu'ont paru les recherches de MM. Davies et Squier sur les curieuses antiquités dont j'ai parlé. les travaux de M. Hitchcock sur les ps fossiles, qui lui ont permis, d’après ces vesliges conservés à travers les siècles, de reconnaître et de classer un assez grand nombre d'espèces perdues. L'institut ne se borne pas à publier les résultats des recherches scientifiques, 1l en provoque de nouvelles ; 1l a organisé un système d'observations météorologiques sur l'étendue presque entière des États-Unis. Déjà, de cent cinquante points différents, des rapports mensuels lui sont transmis.

Un physicien distingué, M. Hare, a donné à l’institut une fort belle cn!iection d'instruments de physique. Dans un rapport que j'ai sous les yeux, je lis ces paroles : « [ne serait point conforme à l’organisation qu'a reçue cet établissement de réserver l'emploi des instruments aux personnes qui en font partie. On permetllra l'usage de ces instruments,

sauf certaines restrictions, à tous ceux qui sauront s'en servir. Îl peut en résulter que des instruments seront perdus ou brisés; mais la diffusion et le progrès de la science qui résulteront de cette manière d'agir compenseront largement les frais qu’elle pourra entrainer. » Cela est libéralement pensé, es rappelle le mot de sir Joscph Banks, qui avait aussi ouvert son cabinet de physique à ceux qu: voulaient y expérimenter. Un jour le gardien vini tout en colère lui apprendre qu'un instrument de grand prix avait été cassé par un jeune homme: sir Joseph se contenta de répondre en souriant : « Il faut que les jeunes gens cassent les machines pour apprendre à s’en servir. »

La collection d'histoire naturelle s’est élevée en une année à dix mille individus : ce sont surtout des poissons et des reptiles. Parmi les derniers figurent ces êtres curieux, appelés salamandroides, qui participent de la nature de deux classes d'animaux, qui ont des pattes comme les reptiles et des branchies comme les poissons. La collection renferme, m’a-t-on dit, plus de cent espèces propres à l'Amérique, et qu n’ont pas encore été décrites. IL est à regretter qu’une institution si sage soit logée dans un édifice si excentrique. C’est un nouvel exemple de celte singulière architecture qui pro-

PROMENADE EN AMÉRIQUE. SI digue hors de propos les créneaux, les tourelles et les ogives; et ici l'emploi en est d'autant plus à regretter, qu’il a coûté fort cher, que presque tout l’intérêt du fonds légué à l'établissement a été employé à bâtir; cette sotnme eût été beaucoup mieux dépensée si on eût construit un bâtiment plus simple et publié un certain nombre d’ouvrages de plus. On a fait comme pour le collége Girard, et l'on n’a pas élevé un monument qui vaille le palais de Philadelphie.

J'ai déjà en occasion de parler de ce mélange de styles que les Américains se permettent, et que même ils semblent rechercher dans leur architecture. Je trouve ici un ouvrage où cette doctrine, à l'occasion de l'institut de Smithson, est exposée systématiquement. L'auteur, M. Owen, a fait de cet éclectisme la loi de l'architecture américaine ; il cherche quelles doivent être les autres conditions de cette architecture : partant de la nature du pays et du peuple, 1l arrive, par une argumentation 'ngénieuse , # de singuliers résultats. D'abord, l'auteur pose en principe que l’architectare est un art d’utihté, qu’il n’y a pas d’excellence abstraite, parce qu'il n’y a pas de convenance absoluc. On ne s’étonnera pas de cette théorie toute positive dans une esthétique écrite aux États-Unis.

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«Que ferions-nous, dit-il, dans notre âge utilitaire, de constructions religieuses tellement vastes, qu’audessus pût s'établir, comme à Luxor, un village avec ses habitants"? » Ainsi voilà les vastes monuments religieux supprimés; 1] suffit que dans chaque église il y ait de quoi placer les banquettes de la congrégation. L'auteur ajoute avec un sens tout pratique : « Les trésors que les Égyptiens prodiguaient pour la sépulture des morts, nous aimons à les approprier ce qui est certainement plus sage, au comfort des vivants. » Les Égyptiens, selon Hérodote , disaient en effet que, la vie étant passagère, 1] fallait bâtir des maisons fragiles, et, la mort étant pour toujours, des tombeaux éternels. Les Américains ne pensent pas ainsi : les Égypüens étaient le peuple de la mort, ils sont le peuple de la vie. M. Owen dit encore : « L'architecture des États-Unis, née à la fois dans des climats éloignés et divers, doit s’écarter d’un type uniforme et ‘se faire remarquer par sa variété. » Je ne trouve pas qu’il en soit ainsi : les Américains reproduisent au contraire partout le même type de construction ; ils ont comme une ville stéréotypée qu’ils portent avec eux ainsi qu’une tente, et qu’ils

‘ Ce n’est pas à Luxor qu’un village a été construit sur la plate-forme d'un temple égyptien, c’est sur la rive opposée du Nil, à Medinel-Abou.

dressent à l’est et à l’ouest, au nord et au midi. Enfin, de la liberté qui règne aux États-Unis, l’auteur conclut qu’il doit y avoir dans les monuments une certaine indépendance des différentes parlies', dispensées par le principe du self government sans doute, de correspondance et de symétrie. Je ne crois pas à cette architecture de la liberté,

et, quelle que soit la tendance des États à ne point

se subordonner les uns aux autres, je crois qu'il y aura loujours dans l’architecture des parties subordonnées, el Je désire que l’absence de centralisation ne se traduise pas dans l'art par une incohérence qui le perdrait.

J'ai été heureux de rencontrer dans le sécrétaire de l'institut de Smithson, M. Henry, l’homme qui en Amérique s’est occupé de l'électro-magnétisme avec le plus de suite et de succès. La théorie de l’électro-magnétisme, créée par mon père, m'inspire un intérêt bien naturel pour tous ceux qui ont marché sur ses traces. Un grand plaisir m’attendait à Washington, celui de trouver, dans une dépositior judiciaire faite par M. Henry à l'occasion d’un procès où 1l s’agissait de se prononcer sur les droits de M. Morse à la découverte d’un télégraphe électrique,

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