‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 12 sur 76 · CES · texte numérisé non relu

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spectatrices. Les compagnies de secours mutucls établies parmi les étrangers fermaient la marche. On a vu passer tour à tour des Écossais, la corne- Anuse en tête, portant des plaids aux couleurs des différents clans, des Irlandais précédés par la harpe d’Erin et par des drapeaux sur lesquels étaient figurées des images de saints, entre autres celle de saint Joseph.

de n'ai cité que quelques détails de cette procession : le défilé a duré deux heures; il me rappelait certains tableaux flamands duseizièmesiècle, où l’on voit toutes les corporations figurer dans un cortége avec leurs bannières. Ici il y avait quelque chose de plus : non-seulement l’ouvricr, mais le métier luimême élait en scène; c'était une exhibition dramatique, ceux qui avaient un rôle semblaient s’en amuser au moins autant que les spectateurs. Pour moi, charmé de voir ainsi le peuple américain en joie, dans la rue, hors de lui, et moitié gaiement, moitié sérieusement, célébrant une fête qui le diverlit et l'enorgueillit tout ensemble, je suis rentré en me disant : Le roi s'amuse.

Ce qu’il y avait peut-être de plus intéressant dans la cérémonie, c’étaient les enfants des écoles faisant haie dans le parc, criant hourra! au président et à la procession, et commençant ainsi à s’as-

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. o1 socier dans celte fête nationale au sentiment public. L'enthousiasme de ces petits citoyens était certainement le plus vil'et le plus pur.

Puis est venu le diner de quatre mille personnes; il a eu lieu sous une tente, au milieu du parc. Les convives étaient soumis au régime de la tempérance, c’est-à-dire que Île vin était interdit, ce qui n'a paru sage dans une réunion aussi nombreuse ; mais tout le monde a eu du café. Le président, obligé de retourner à Washington, n’a pu assister au banquet. Lord Elgin a prononcé un discours spirituel et sans façon, très-bien conçu pour plaire aux Américains en ne les flattant point. Il leur a donné des louanges convenables sans exagération ; il a revendiqué pour le gouvernement monarchique en Angleterre une somme de liberté égale à celle que contiennent les institutions républicaines des États-Unis. Il a employé fort à propos quelques expressions empruntées au langage parlementaire de ce pays. M. Everett a répondu à lord Elgin avec son élégance de langage ordinaire. Certaines locutions écossaises, placées dans le discours qu’il adressait à un lord écossais, m'ont paru un trait de courtoisie plein d’à-propos et de bon goût.

Voilà comment les choses se sont passées. Voici maintenant ce que j'ai lu dans un journal qui ren-

dait compte de ce banquet : « L'aspect de la vaste assemblée, quand les tables furent garnies, était frappant au delà de toute expression. Il y avait /à une Méditerranée de fraternité humaine sous un firmament de drapeaux, et dans cette mer il y avait des célébrités innombrables des deux hémisphères. » Le soir, on a illuminé, c’est-à-dire la ville et les particuliers ont illuminé. Le vieux Faneuil-Hall, ce bâtiment à forme antique, aux nombreuses fenêtres garnies aujourd’hui de lampions, dessinait sa forme singulière sur le ciel. .Le Capitole était dans une obscurité complète, car l’État de Massachusets n’est pour rien dans la fête de Boston. Il n’y avait point de feu d'artifice officiel, mais chacun pouvait en toute liberté tirer des pétards devant sa porte etlancer des fusées par sa fenêtre. Des particuliers se sont établis au milieu de la promenade publique, et y ont organisé sur le gazon, très-sec en ce moment, un tir de soleils et de chandelles romaines qui a duré jusqu’à minuit. Le principe volontaire qui préside aux associations religieuses et à une foule d'établissements utiles, préside aussi aux diverlissements publics ; le gouvernement n’intervient ni pour les donner au peuple, ni pour empécher le peuple de les prendre; en toute chose, la nation fait ses affaires, et même quelquefois la be-

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YROMENADE EN AMÉRIQUE. 95 sogne du gouvernement. Ici, comme en Angleterre, les mœurs surveillent les mœurs. Si l’on met en vente un mauvais livre ou une gravure indécente, on s'expose à un procès de la part de la Société pour la suppression du vice. Les citoyens font la police et maintiennent le bon ordre. [’autre jour, un meurtre a élé commis, quatre cents personnes se sont mises à la poursuite du coupable. Naguère, au sujet d'un acteur, il y a eu à New-York un commencement d’émeute; la milice est arrivée, a tiré et a tué trente ou quarante personnes, ce que tout le monde a fort approuvé. C’est toujours le même principe : l’ordre par la liberté.

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