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caractère n'aurait pas ouvert précisément les meilleures maisons, a fait sur l'Amérique un livre outrageant, qui a charmé en Europe les vanités arislocratiques au service desquelles elle se trouvait assez singulièrement enrôlée ‘. Eh bien! les Américains ont eu le bon esprit de tirer parti de ces injures, auxquelles se mêlaient quelques vérités. Quand un homme, au théâtre, plaçait ses picds à la hauteur de sa tête, on lui criait en riant : Trollope! Trollope! et celle mote peu aimable à passé. Je suis convaincu que les manières américaines sc sont beaucoup améliorées depuis quelques années, car tout ne pouvait pas être faux dans ces tableaux grotesques, dont je n'ai retrouvé presque aucun lrait au sein des mœurs actuelles ; mais il reste à prendre quelques mesures de prévenance et de soin pour les voyageurs, mesures qu'ils ont le droit d'attendre de toutes les nations civilisées, et qu'ils ne rencontrent presque jamais aux États-Unis.
Ma santé, qui ne se remet point, augmente peut-être ma disposition chagrine. J'ai passé tout ce jour en chemin de fer sans manger, car je me
1 Je serais désolé de manquer de respect à madame Trollope, qui est une dame très-respectable; mais il est certain qu'elle était venue à Cincinnati établir un bazar de modes qui ne réussit point, et qu'elle ne vit presque personne. C’est ce que dit tout le monde en Amérique, ct ce que confirme te capitaine Marryat lui-même, très-peu favorable aux États-Unis
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 209 rappelais trop l’exécrable chère que j'avais faite dans les stations où l’on s’arrète pour les repas. 1 est vrai que l’on traverse des forêts à peine défrichées; mais, puisqu'il y a un chemin de fer, il semble qu'il pourrait y avoir de quoi diner.
À Détroit, je n’ai que le temps de monter sur l'Arrovw (la flèche), bateau à vapeur dont le nom pourrait être la devise d'un voyageur aux États- Unis. Avec le jour, je débarque à Sandusky, et prends presque aussitôt le chemin de fer de Cincinnati, où j'arrive à la nuit. J'ai fait à peu près deux cents lieues depuis hier matin, et ne m'en trouve pas mieux.
Cincinnati, 20 septembre.
Je me lève tard, un peu faible et triste, et je marche au hasard dans les rues droites ct spacieuses de la reine de l'Ouest. Le temps est assez froid, le vent aigre, le ciel gris; ma première impression n'est pas gracieuse. Je descends au borc de l’Ohio. Les eaux de la Belle-Rivière sont basses; sur ses deux bords s'étendent de grands espaces ordinairement recouverts par elles, et qui ont cet air de marais à demi desséchés que présente le rivage de la mer pendant le reflux. Pas de quai au bord
du fleuve, trop peu de ponts. Les ponts ici sont les LYC 14
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nombreux bateaux à vapeur qui passent sans cesse d’un bord à l’autre, rompant le silence du dimanche par leur essoufflement. Je remonte dans la ville. Les rues portent des noms d’arbres : le nom du châtainier, du noyer, du pin, ce qui semble un souvenir des forêts qu’elles ont remplacées. Plusieurs sont belles et plantées. L’horreur de l’inutile et par suite l'amour de l’abréviation ont fait retrancher le mot street (rue) sur les écriteaux. Les trottoirs, en larges dalles, s’interrompent parfois brusquement; on sent une capitale fabriquée à la hâte et qui n’est pas finie. Je descends derrière la ville, je trouve des faubourgs en construction, et par delà les faubourgs des hauteurs dépouillées, où restent quelques troncs à demi brûlés, comme dans les défrichements, et quelques arbres que la hache a respectés; lieux d’un aspect triste et pénible à voir : ce n’est plus la campagne, mais ce sera bientôt la \wille. Cincinnati, cité de 116,000 âmes, compte ‘environ une demi-année pour chaque millier d’habitants, et renferme, dit-on, un citoyen plus vieux qu’elle. Elle augmente toujours avec une grande rapidité, car elle a plus que doublé depuis dix ans. Communiquant par les chemins de fer avec les lacs, par l'Ohio avec le Mississipi, elle est le point central du commerce intérieur des États-Unis.
PROMENADE EN AMERIQUE. 211 On appelle Cincinnati la reine de l'Ouest; elle est la capitale de ce qui était, il y a vingt ans, le farwest. Maintenant l'Ouest lointain a reculé à mesure que la civilisation avançait. Tandis que je suis dans l'Ohio, l’un des derniers venus d’entre les États de l’Union et aujourd’hui un des plus florissants, c’est peut-être le moment de dire quelque chose touchant la manière dont se forment les États nouveaux et ce qui caractérise la constitution politique de ceux qui ont été le plus récemment admis dans l’Union. J'emprunte ces détails surtout à l'ouvrage intéressant de M. James Hall, intitulé Esquisses de l'Ouest.
Avant d’être élevés au rang d’État, les pays nouvellement cultivés, et dont la population est encore insuffisante pour qu'ils soient représentés dans le congrès, sont désignés par le nom de territoires et régis pendant cet intervalle par des dispositions particulières habilement combinées. C’est comme une initiation graduelle qu’on leur fait subir avant de les admettre à l'égalité de la représentation. Dès qu’ils sont reconnus, les territoires sont régis par un gouverneur, un sénat et une cour composée de trois juges. Le gouverneur et la majorité des juges adoptent et promulguent celles des lois des autres États qui conviennent à l’État nouveau, et en réfè-
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rent au congrès, qui peut annuler leur décision. Le gouverneur nomme des employés civils et tous les officiers inférieurs; les officiers généraux sont nommés par le congrès.
A ce premier degré d’existence ou plutôt d’enfance politique un second succède lorsque le territoire en est venu à contenir cinq mille mâles libres et majeurs. Alors une chambre représentative est accordée au territoire. Ïl y a un représentant pour cinq cents citoyens jusqu'à la concurrence de vingtcinq; au delà, le nombre des représentants est réglé par la législature, qui se compose du gouverneur, de son conseil et de la chambre des représenta:ls. Le conseil est formé par cinq membresnommés pour cinq ans, à moins que le congrès ne borne à un temps moins long la durée de leur mandat. Ce conseil est nommé par le congrès sur une présentation faite par les représentants du territoire. Les candidats doivent posséder une propriété de cinq cents acres. Tous les bills passés dans la chambre des représentants ou dans le conseil ont besoin de l'assentiment du gouverneur, qui réunit, proroge et dissout l'assemblée. Les représentants et les membres du conseil nomment de concert un délégué au congrès qui a le droit de prendre part au débat, mais non de voler.