‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 41 sur 76 · PEUR AS PE · texte numérisé non relu

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la pierre rouge; il prit un morceau de cette pierre, en fit une pipe, la fuma sur les Indiens rassemblés, ct leur dit que, bien que se faisant la guerre, ils devraient toujours être en paix en ce lieu, qu'il appartiondrait aux uns comme aux autres, et que tous devaient fabriquer leurs pipes avec celte plorre, Ayant ainsi parlé, un énorme nunge, sorti de sa grande pipe, roula sur leurs têtes, et il disparu dans ce nuage, Les rochers furent envéloppés dus un torrent de feu, de sorte que leur surface en fut fondue, Deux femmes, alors atteintes par les flamnes, tombèrent sous deux rochers sacrés, et personné he peul enlever de la pierre rouge de cel crdroit sans leur consentement, » Il y aurait plusieurs choses À remarquer dans celte légende: üñé soil du tréve de Dieu, le souvenit de quelque éruption volcanique, Je me borne à attirer l'attention sur lo caractère religieux de l'action de fumer attribuée ici à la Divinité elle-même, D'après ce qui précède, on ne s'étonnera pas que des pipes se rencontrent avec une telle profusion dans les tertres de l’Ohio, dont la destination paraît avoir été religieuse autant au moins que funéraire, En effet, on trouve des autels dans un grand nombre de ces tertres, et, dansquelques-uns seulement, des ossements humains,

Dans la collection de M. Davies est un crâne américain provenant d'un grand tertre qui s'élevait sur une hauteur, à quelques milles de Chilicothe, et semblait de là dominer tout le pays. C'était probablement le tombeau d'un chef célèbre de ces populütions inconnues. Ce cräne offre, selon M. Morton, qui était bon juge en cette matière, le type le plus parfait de la race américaine.

Outre les pipes et les autels, M. Davies a rassemblé daïs sa colleetion, provenant de la même origine, beaucoup d'objets très-intéressants. D'abordon y voit des instruments de combat, des pointes de javelot ou de lance en silex, comme on en rencontre dans beaucoup de pays. Ce qui est plus particulier à l'Amérique, ce sont de pareilles pointes de lance en quartz laiteux ou en cristal de roche. Les unes et les autres semblentune imitation d’un modèle fourni par la nature dans les dents fossiles des requins. Les tertres fournissent en grand nombre ces dents, aussi bien que celles de l'ours et de l’alligator : elles paraissent avoir élé eu. »loyées pour former des espèces de colliers, comme certaines tribus sauvages le pratiquent encore aujourd’hui. Quelques outils indiquent chez le peuple qui les employait un certain degré d'habileté. Les cisceaux en pierre ont été polis avec du sable ; une

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espèce de roue qui présente une rainure à l’exté : rieur paraît avoir reçu dans cette rainure un fil peut-être métallique, au moyen duquel on pouvait faire tourner une vrille; des fils métalliques étaient aussi employés à rajuster les obiets en pierre fracturés; des plaques percées de trous, dont l’intérieur va s’évasant d’un côté à l’autre, faisaient peut-être l'office de filière. Des poteries de formes variées et parfois assez gracieuses, quelques-unes présentant à leur surface des festons et des ornements, sont, comme les pipes, très-supéricures à ce que fabriquent en ce genre les races indigènes qui ont vécu depuis dans les mêmes contrées. On à trouvé aussi des coquilles entassées en monceaux, de manière à donner l’idée qu’elles servaient peut-être de monnaie. On sait qu’il en est ainsi dans l'Inde, et que le même usage a été trouvé chez certains peuples sauvages de l'Amérique septentrionale.

[Il n’y a dans tout cela ni or ni fer. L'emploi du fer est postérieur à celui du cuivre. Les armes des héros d’Iomère sont en bronze, et l’on n'a découvert jusqu'ici que bien peu d'objets en fer dans les tombeaux égyptiens. L'ordre des âges fabuleux de humanité est l’ordre historique de la découverte des métaux d’après lequel ces âges ont été désignés. L'or est le premier : on rencontre ce métal à la

PROMENADE EN AMÉRIQUE, 255 surface de la terre ou dans le lit des fleuves. L'argent est plus enfoui, et son exploitation est difficile; aussi l’hiéroglyphe égyptien qui désigne l'argent veut-il dire or blanc. L'âge de bronze ou de cuivre vient après l'âge d'argent, puis l'âge de fer. Ceux quiontélevé les tertres n’en étaient pas encore à cet âge; ils employaient surtout le cuivre, et, en petite quantité, l'argent, qui accompagne le cuivre dans beaucoup de gisements. M. Davies a cru reconnaitre dans des masses de grès compacte une espèce d’enclume «ir laquelle on battait le cuivre. De mème que plusieürs nations de l'antiquité, ce peuple sans nom a touché de bien près à la découverte de l’imprimerie, si, comme le pense M. Davies, il avait des dessins tracés en relief, qui, enduits d'oxyde de fer pulvérisé, servaient à imprimer ! sur des peaux, divers ornements; mais M. Davies ne croil pas que certains tubes creux fussent destinés, comme on l’a dit, à des observations astronomiques. C’étaient plus vraisemblablement et plus simplement des tuyaux de pipe. Ces antiquités offrent ceci de singulier, c’est qu’en général chaque tertre contient une classe particulière d'objets qui y sont entassés à l'exclusion des autres * ici des

1 Dupaix dit avoir vu au Mexique des moules antiques pour imprimer sur la toile de coton ou le papier d'aloës {page 10).

pipes, là des pointes de flèches en quartz, ailleurs un amas de plaques de mica, qui servaient probablement d’ornements ou d'insignes. M, Davies pense que chaque sorte d'objets était consacrée, comme le tertre et l'autel, à une divinité spéciale, que les ossements qui les accompagnent quelquefois appartenaient à un chef ou à un prètre particulièrement attaché au culte de cette divinité, et qu’on ensevelissait auprès de l'autel.

Les autels ont été trouvés enterrés. Plusieurs des objets déposés anciennement sur ces autels portent visiblement la trace du feu. Comment expliquer ce fait? Ces objets servaient-ils d'offrande? Les autels ont-ils été enfouis pour être mis à l'abri des vainqueurs, quand le peuple inconnu fuyait devant des populations plus barbares qui l’auraient anéanti? Ce qui est certain, c’est que ce peuple, quel qu'il fût, était en relations avec des points très-divers et très-distants de l'Amérique septentrionale. I fabriquait des ornements en os ou en coquilles, et les recouvrait de cuivre et d'argent; il avait des couteaux d’obsidienne, pierre volcanique très-dure employée par les anciens habitants du Mexique et du Pérou; les yeux des animaux sont souvent figurés par des perles. Or le cuivre ne pouvait guère venir d’ailleurs que des bords du lac Supérieur, l'obsi-

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 255 dienne du Mexique, les perles du golfe auquel ce pays a donné son nom. En somme, la collection de M. Davies, unique dans son genre, — car aucune collection en Europe ne possède rien qui appartienne à cette classe d’antiquités, — serait une acquisition précieuse pour un musée européen. Je la voudrais pour la France.

M. Davies n’est pas seulement un archéologue passionné pour cette antiquité mystérieuse qu'il à contribué, plus que personne, à découvrir; il est en même temps professeur de matière médicale dans une des écoles de médecine de New-York,

lei une école de médecine n’est point l’œuvre du gouvernement, c’est une corporation libre qui, dès qu’elle a obtenu sa charte, se gouverne à sa manière et fait comme elle l’entend concurrence à ses rivales. Il peut y avoir autant de colléges médicaux que d’autres colléges. Voici comment a été fondé le medical college dont M. Davies fait partie. Un certain nombre de particuliers ont mis en commun 50,000 dollars (250,000 francs), et ont fait cette entreprise en commandite. Les professeurs sont des associés. Ceux qui n'ont pas le capital nécessaire pour fournir leur quote-part en payent l'intérêt, qui est retenu sur leurs appointements, c'est-à-dire sur la rétribution de 15 dollars que donne chaqueélève,

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plus 40 dollars pour le diplôme. On voit que c’est tout à fait une affaire commerciale : — mise de fonds pour élablir les bâtiments de fabrique, une somme fournie par les associés sous formc de capital ou d'intérêt, — chance de bénéfice, le prix de la marchandise fournie, qui est la science et Îles diplomes, —- produit net de la fabrique, mise en cireulation chaque année d’un certain nombre de docteurs". Le public ne semble avoir d’autre garantie que l'intérêt de la manufacture à donner des produits de bon aloi pour entretenir la demande. Cela n'empêche pas qu’il n’y ait des médecins ct des chirurgiens fort distingués aux États-Unis. II est vrai que plusieurs d’entre eux ont étudié en Europe, ont suivi les cours de notre École de médecine et la chinique de nos hôpitaux. armi les médecins éminents que. j'ai rencontrés ou dont j'ai entendu parler, je citerai M. Warren, possesseur du fameux mastodonte de Boston; il porte le nom et, je crois, est neveu du général Warren, qui le premier mourut à Büunkershill pour la cause de la liberté américaine, et qui était. aussi médecin; M. Green, qui a inventé un instrument pour intro-

1 Un collége médical de femmes établi à Philadelphie il y a un an,vient de tenir sa première séance publique annuelle. Les jeunes gens étaient d’abord disposés à rire ; mais le sérieux a pris le dessus, et une douzaine de femmes ont reçu le titre de docteur.

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duire le nitrate d’argent liquide jusqu’au fond des bronches, et qui a guéri ainsi beaucoup d’affections graves du larynx et de la poitrine; M. Hunter de Philadelphie. M. Drake a écrit un ouvrage très estimé sur les maladies de la vallée du Mississipi. La

médecine, comme l'astronomie des États-Unis, a déjà son histoire.

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