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CHAPITRE XIX

Retour à New-York. — Collection d'antiquités américaines. — Origine sacrée de la pipe. — La midecime aux États-Uni-.

26 septemlre, New-York

Je suis revenn directement de Cincinnati par Cleveland, le lac Érié et Dunkirk. J'ai de nouveau traversé en chemin de fer d'immenses forêts dont l'étendue paraît encore plus grande, quand on songe à la rapidité avec laquelle on les parcourt, Aller comme la foudre pendant trente-six heures, presque sans voir autre chose que des arbres, parmi lesquels on découvre. de loin en loin une ville, un village ou un défrichement, et recommencer le lendemain, cela donne l’idée de l'immmensité, Du lac Érié à New-York, le chemin traverse le prolongement de la chaîne des Alleghanys; des deux côtés du chemin, on voit des montagnes couvertes de forêts, des vallées remplies de forêts; même dans les régions plus rapprochées de la partie anciennement cultivée des États-Unis, combien il y a encore de terrain à défricher et d’espace à peupler!

J'arrive à New-York un dimanche. La tristesse ordinaire du dimanche aux États-Unis est augmentée par un temps smbre et froid. Quelle différence de ce jour avec le jour éblouissant de mon arrivée! C’est une autre saison, un autre ciel. Je suis souffrant, malade même. Dans cette disposition, j'apprends une nouvelle qui m'afflige profondément. Il y a de rudes moments dans la vie du voyageur.

J'ai été plusieurs jours presque sans sortir et sans chercher à voir personne. Il ne faut pas me lasser aller à cet abattement; il faut tâcher de me ranimer, de reprendre courage. L'étude cst dans certains moments une distraction bien incomplète, mais c’est encore la seule qu'on veuille admettre. Le travail est parfois l'unique consolateur dont on puisse supporter la présence...

Ma première pensée, après ce triste intervalle d’abattement, est d'aller chercher M. Davies et les antiquités trouvées par lui dans ces singuliers monuments dont j'ai visité quelques-uns en revenant de Cincinnati. M. Davies m’a montré sa collection dans le plus grand détail et avec une extrême obligeance, prenant la peine de déballer pour moi les principaux objets dont elle se compose, et me faisant part d’une foule de renseignements aussi pré-

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cieux que les objets eux-mêmes. Ce qui domine dans cette collection, ce sont des pipes; mais ces pipes sont fort curieuses. Le fourncau représente ordinairement un animal, quelquefois une figure humaine. Les animaux sont sculptés d’une manière très-remarquable; la physionomie de l'espèce est en général fort bien saisie, ainsi qu’on le remarque dans les sculptures égyptiennes et que je l'ai observé à Leyde, dans la belle collection japonaise de M. Siebold. La figure de l’animal est plus aisée à rendre que celle de l’homme. Lei les artistes indiens ont réussi admirablement à reproduire le caractère des quadrupèdes et des oiseaux dans une action conforme à leurs habitudes : un faucon déchire sa proie, une loutre saisit un poisson avec une grande réalité d’atuitude et d'expression; le faucon déchire, la loutre mord véritablement. Le héron, avec son long bec emmanché d'un long cou, a été aussi naïvement et aussi fidèlement représenté par le sculpteur inconnu que par le grand poëte. Les articulations de ses longues jambes, les écailles et les ouïes du poisson qu’il a saisi sont exprimées avec une extrême finesse; il en est de même des reptiles, de la forme de la tête d’un serpent à sonnettes, des rugosités de la peau d’un crapaud. On trouve là

une véritable ménagerie américaine : l’écureuil,

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la tortue, le castor, l’aigle, l’hirondelle, Îe perroquet, le toucan, le lamantin, etc.; ce n'est pas une sculpture fantastique comme celle des Mexicain: ", ni grossière comme les dessins informes des Peaux- Rouges; c’est un art différent et supérieur, suivant de près la nature et sachant la rendre sans la dcfigurer. V y a aussi des têtes d'hommes d'un trava!l remirquable; l’une d'elies, ayant un caractère bien individuel, représente un chef dont le visage est tatoué; une autre semble figurer la mort. Un homme à quatre pattes et versant des larmes est probablement un ennemi ainsi représenté, pour que son vainqueur pût se donner le plaisir de fumer à travers l’image de sa personne en signe de triomphe.

Ce grand nombre de pipes prouve que l’usage de fumer remonte, comme les monuments dans lesquels on les a trouvées, au moins à un millier d’annécs. La surprise que pourrait causer l'abondance de ces pipes disparaîtra, si l’on réfléchit que l’aclion de fumer a été chez diverses nations de l’Amérique une cérémonie religieuse, et qu’elle forme encore aujourd’hui, chez plusicurs d’entre elles, la portion la plus essentielle du cérémonial dans

! Depuis, j'u vu dans le musée de Mexico des animaux et même des figures humaines sculptés avec une assez grande vérité.

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l’anance l’ac- \méorme elles, dans

éme des

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 241 les assemblées où l'on délibère et où l’on ratifie les traités, J'ai recueilli un assez grand nombre de passages qui montrent qu’aspirer le tabac était un acte religieux, et le brûler un hommage à la Divinité. Quoi qu’il puisse y avoir à cela d’étrange pour certaines personnes, le tabac était un encens. Ainsi il y à encore aujourd’hui des peuplades dans le sudouest qui ont coutume de monter sur un tertre, au lever du soleil, pour lancer une bouffée de fumée vers le zénith, et une dans la direction des quatre points cardinaux; d'autres tribus disatent avoir recu le tabac, comme le maïs, d’un messager céleste du Grand-Esprit, auquel elles offraient

la fumée de leurs pipes, et cette cérémonie précédait toutes les solemnités.

Une tradition singulière existe chez les sauvages qui habitent entre le haut Mississipi et le haut Missouri. Là, sur le coteaux des prauries, se trouve une pierre rouge qui sert À frire des pipes. Toutes les tribus du voisinage s’y rendent en temps de guerre comme en temps de paix, car, disent-elles, le Gramd- Esprit veille sur ce licu, et la massue des combats aussi bien que le couteau à super n’y frappent jamais un ennemi, Quelques-uns des Sioux racontent que « le Grand-Esprit envoyà un jour ses coureurs pour vonvoquer toutes les tribus dans la carrière de

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