‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 76 · TES · texte numérisé non relu

TES

Tom] RS

De fe

ee

livres espagnols est certainement une des plus

: où régnaient avec le plus d’empire les doctrines de

complètes qu'il y ait au monde.

Encore aujourd’hui, en revenant sur la jetée de Charlestown, j'ai été stupéfait de ces teintes empourprées et dorées du couchant, qui me rappellent les plus éblouissantes soirées de l'Orient. La ville, avec ses maisons de briques rouges, et noyée dans un reflet rouge, offrait un spectacie extraordinaire. Nulle part je n’ai vu l'atmosphère plus diaphane, ies contours des objets plus nets. Cette lumière ne diffère qu’en un point de la lumière de l'Italie et de la Grèce : elle a quelque chose de sec et de dur, tandis que, dans ces pays favorisés, la lumière est à la fois vive et moelleuse. Ici tout est, comme l’homme, énergique et décidé; il semble qu'il n’y ait place nulle part pour la mollesse et la grâce.

J'ai été aujourd'hui entendre un prédicateur unitairien qui a de la réputation, le docteur Walker. Il est assez remarquable que dans Boston, qui fut longtemps le foyer du calvinisme le plus rigide,

la nécessité absolue de la grâce et de l’impuissance radicale de la volonté humaine à faire le bien, la secte qui est aujourd'hui en progrès, qui rallie chaque jour davantage la portion la plus éclairée

2S plus

etée de es eme rap- )rient.

es, et :ctacie phère nets.

la luelque pays

euse.

cidé ;

ir la

teur lker.

1 fut ride, :s de ance , la illie rée

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 51 de Ja société, soit la moins mystique, la plus ratioraliste des sectes chrétiennes, l’unitairianisme. On nomme unilairiens tous ceux qui rejettent le dogme de la Trinité. Leur croyance est une sorte d’arianisme inclinant au déisme. Ce changement est évidemment le produit d'une réaction. Les indépendants, qui furent les premiers colons de la Nouvelle-Anglcterre et jetèrent les fortes bases de la nationalité future des États-Unis, étaient croyants jusqu’à la férocité. Tandis que les catholiques, à Baltimore, et Roger William, à Providence, donnaient, avant Penn, l’exemple de la tolérance, les puritains de Boston condamnaient cette tolérance comme un crime; tout en prolestant de leur attachement à leur mère l’Église épiscopale dAngleterre, ils ne permettaient pas qu’on reconnût l’autorité de cette Église, et se vengeaient des persécutions qu’on leur avait fait subir en brûlant des soreières et en pendant des quakeresses. La tyrannie qu'ils imposaient à la communauté, au nom de la religion, fut poussée par eux jusqu’au plus minuüeux et au plus ridicule despotisme; il n’était pas permis d’avoir des cheveux longs et de porier perruque. Les femmes ne pouvaient porter des manches courtes ou ayant plus d’une demi-aune de largeur dans l'endroit le plus large. 11 était dé-

fendu, sous peine du fouet, d'embrasser sa femme dans la rue, et aux mères d'embrasser leurs enfants le dimanche. Il ne fallait pas préparer la bière ie samedi, de peur qu'elle ne travailldt pendant le jour du sabbat. La Bible était le code de cette société, et, la Bible à la main, on mettait à mort la femme adultère, oubliant le pardon du Christ. Deux théologiens signèrent une déclaration par laquelle ils approuvaient qu'on ôtàt Ja vie à l’enfant d’un chef indien vaincu et tué par les puritains, : parce que la race de l’impie devait être exterminée. Un autre raconte ainsi une victoire des colons sur les sauvages, dans laquelle ceux-ci furent brûlés quatre cents : « C'était un spectacle terrible de les voir fricassés (/rying) dans le feu, de voir le torrent de sang qui éteignait les flammes, et horrible était l'odeur qui en sortait ; mais la victoire semblait un sacrifice plein de douceur. » (Cotton-Mather, Mémorial, p. 189.)

La doctrine théologique de ces sectaires impiloyables anéantissait le libre arbitre, elle niait que l’homme fût capable de faire et même de désirer le bien. Leurs docteurs les plus célèbres, Jonathan Edwards et Hopkins, en vinrent à aflirmer que le péché, là où il se rencontre, est, en somme, meilleur pour le monde que ne le serait, à sa place, la

| femme enfants bière Île dant le ete somort la Christ.

on par l'enfant

ritains, ‘

rminée.

ons sur brûlés e de les torrent le était lait un

r, Mc-

impiait que ésirer jathan que le meile, la

sainteté, que non-seulement il est permis par le père des lumières, mais, en son lieu, préféré par lui à la sainteté et introduit directement par son action. Enfin on mit en avant ce dogme étrange, «que le désir d’être damné pour la gloire de Dieu est nécessaire au salut. » À ces violences dogmatiques s’élait opposé, dès le principe, un parti de théologiens modérés, appelé le parti des anciennes lumières; mais les nouvelles lumières prévalaient chaque jour davantage. Les Américains apportent dans la religion l’ardeur et l’impétuosité qu’ils mettent en toute chose; même aujourd’hui, dans l'hôpital de Worcester, le nombre des fous pour cause de religion égale celui des fous pour cause d’intempérance. Puis vinrent les revivals avec accompagnement de convulsions et de frénésie, les sermons des prédicateurs ambulants, qui insultaient les ministres établis, et décrivaient les tourments de l’enfer à leur auditoire de manière à lui donner des attaques d’épilepsie. Le méthodiste Whitefield vint deux fois d'Angleterre aviver encore cet enthousiasme, qui touchait au délire. Les chaires, qui s’élaient d’abord ouvertes pour lui, lui furent fermées. Alors il prêcha sous le grand orme du parc, devant trente mille auditeurs.

Toute cette exaltation finit par révolter le bon sens TI. à

des Bostoniens. La résistance à ces saturnales du fanatisme religieux est venue, après plusieurs générations, aboutir à l'unitairianisme. Repoussé par une doctrine qui anathématisait la liberté morale, dégoûté par des excès de convulsionnaires, on s’est jeté, pour ainsi dire, à l’autre extrémité du christianisme, sauf à être tout près d’en sortir. Voilà comment l’unitairianisme a pu faire des progrès si considérables à Boston. Aujourd’hui il y a dans cette ville vingt églises unitairiennes, et il n’y en a que quatorze qui se rattachent au puritanisme, savoir : treize congrégationalistes et une presbytérienne; il y en a dix épiscopales, dix catholiques, huit baptistes; c'est dont l’unitairianisme qui est en majorité.

En attendant le sermon de M. Walker, j'ai parcouru le livre qui contient les hymnes composées pour la congrégation unitairienne devant laquelle il va prècher. Ces hymnes sont en général consacrées aux vérités de la religion universelle. On y trouve la prière de Pope. Jésus-Christ y est appelé l’homme du Calvaire, le grand prophète. Cependant deux faits surnaturels sont mentionnés dans ces hymnes : la résurrection et le second avénement du Christ. L’unitairianisme n’est done point un pur déisme, c’est une secte chrétienne prenant

rnales du sieurs gépoussé par lé morale, s, On s’est du christir. Voilà S progrès y à dans In'yena Itanisme,

e presby-

holiques,

e qui est

J'ai parmposées laquelle l consale. On y t appelé pendant ans ces nement oint un prenant

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 55 l'Écriture pour base de sa foi et l'interprétant à sa : manière. La forme extérieure du culte est la mème “0 que dans les églises calvinistes; mais le sermon 4 que j'ai entendu ne saurait être accusé de mysti- © cisme, ce sermon me surprend même pour un 7 scrmon unitairien. Ce n’est pas un discours sur la théologie ou la morale, ce sont des conseils sur 0 l'art de se conduire en ce monde, qui peuvent L s'appliquer à toutes les professions aussi bien qu’à la profession de chrétien. Le point de sagesse pra- + tique que M. Walker s'attache à développer est « celui-ci : « Il faut concentrer ses efforts sur un # objet déterminé et ne pas les éparpiller sur plu- © sieurs; il faut avoir un plan bien arrêté et le suivre invariablement ; il faut, dans ce plan, subordonner les détails à l’ensemble. » Tout cela me semblait être dit au point de vue de la réussite beaucoup plus qu’au point de vue du devoir. M. Walker est cependant lui-même un homme d’une haute moralité ; mais la moralité proprement dite manquait presque entièrement à son sermon. Pour le dogme, même philosophique, il n’en a pas été question. Je dois dire que dans la dernière phrase il y a eu un mot sur l'éternité. Je ne voudrais pas juger l’unitairianisme ni M. Walker, qu'on me dit posséder au plus haut degré le don de l’éloquence, sur le

hasard d’un sermon. On me parle d'un autre pridicateur unitairien de Boston qui est plein d’onction, et d’ailleurs les unitairiens n’ont-ils pas eu leur Fénelon dans Channing?

Je suis allé voir M. Charles Sumner. Son nom fait frissonner certaines personnes, car il est frecsoiler ‘soupçonné d’abolitionisme. Cela ne m’effraye pastrop; du reste, onne m'en a pointdit d’autre mal, et on reconnaît généralement qu’il est un des plus brillants orateurs du sénat. En attendant M. Sumner, je remarque dans son salon des vues d'Italie, des souvenirs de Rome. Le goût des arts et de l'antiquité n’est donc pas étranger ici. Allons, quoi qu’on en dise, je ne suis pas tout à fait en pays barbare. Cette veine européenne qui pénètre la société des États-Unis mérite bien d’être signalée, parce que, sans rien changer au caractère fondamental de cette société, elle en modifie considérablement l’aspect. M. Sumner me montre le Capitole; car, dans le chef-lieu politique de chaque État, l'édifice où se rassemblent les sénateurs et les représentants s'appelle du nom, selon moi trop emphatique, de Capitole. Celui de Boston renferme une belle statue

‘ On nomme ainsi ceux qui s'opposent à l'introduction dans l’Union d’un nouvel État à esclaves.

autre prélein d’onc- -ils pas cu

. Son nom il est freee m'effraye ‘autre mal, in des plus I. Sumner, ‘Italie, des : de l’antions, quoi | pays barla société lée, parce damental ablement ole; car, , l'édifice ésentants tique, de Ile statue

dans l’Union

… de Washington par Chantrey. C’est bien le héros … simple et rigide de la révolution américaine. Tout près, dans l’Athenæum, est un buste marqué d’un

caractère plus individuel, et qu’on dit la seule

1 effigie vraiment ressemblante du plus pur des 0 grands hommes : Washington, extraordinaire par 1 la rectitude et la simplicité, qui ne fut ni un éloquent orateur ni un subtil diplomate, mais que nul n'a surpassé pour la droiture du cœur et de … l'intelligence, et qui eut le vrai génie politique, le

« génie de la vertu.

M. Sumner ne propose point que le gouverne- U ment intervienne dans la constitution des États à

esclaves; une pareille pensdésétaït"{rop céntraire à la politique de ce pays, politiqué"dorit'Yéssérice West le respect du droit qu'à chaque État due conduire comme il l’entend. Ce qu’il demande, c’est

que le gouvernement ne’ protégé point l'ésélaväge ;

i ul-2 }

\ que l'esclavage soit, comme il.dit, sectionnel:etnon national ; que par ékémple R lé goufertemén( fédél'al 7) ne prête point main-forle. aux propriétaires d'esà claves fugitifs, quand eux Viénneñt « dans es © États du Nord, pour les réclamer: C'est ‘aû nom

» 9 {lit 9Ù

.… de l'indépendahie ‘inême des Etats qu'il repousse

La ns

; cette intervention } “car;”si les États: du! Sud’ ont lé

D droit d’avoir des esclaves, les Étais du Nord à antle

droit de donner asile à ceux qui viennent chercher la liberté sur une terr® libre".

Page 1